‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 18 sur 78 · ENS · texte numérisé non relu

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rues sont ordinairement étroites ; les grands édifices y sont peu nombreux; ils sont ouconsacrés au service public, ou habités par les principaux mandarins. Les maisons n'ont-ordinairement qu’un étage. Devant celles où il y a des boutiques, s'élèvent toujours deux longs poteaux peints, dorés et bordés de planches, avec de grands caracières en or et des peintures indiquant les marchandises que l'on y vend.

Malgré le soin avec lequel on ferme les portes des villes pendant la nuit, et le mode rigoureux de surveillance établi à l'entrée et dans l’intérieur, les voleurs n'en trouvent pas moins les moyens d'exercer leur funeste adresse, surtout en cas d'incendie. Rarement ils commettent des violences, parce que s'ils sont surpris les armés à la main la loi les condamne à être étranglés. La dextérité et l'audace des flous chinois sont extrêmes.

D'autres voleurs sont plus redoutables; ce sont ceux qui courent les campagnes, el massacrent souvent les malheureux qu'ils ont dépouillés. Ces brigands sont quelquefois en si grand nombre, qu'ils font trembler même de très-grandes villes. D'autres prennent des bateaux et des navires, et infestent les côtes. Ges pirates ont, à diverses époques, causé de vives alarmes au gouvernement.

Langues. — 11 y à en Chine quatre espèces de langues : 4° le kou-wen ou la langue des livres de l'antiquité; elle n’est plus en usage; 90 le wen-tchang dont on se sert dans les compositions nobles et relevées; 3° le kouan-hoa ou le mandarinique, parlé à la cour et par les lettrés : il est entendu dans tout l'empire; les courtisans, les dames le prononcent avec beaucoup de grâce, surtout à Péking et dans la province de Kiang-Nan où la cour résidait autrefois; 4° le hiang-tan : c’est le patois du peuple. On conçoit que chaque localité a le sien.

Chez nous, la lettre est à la fois le signe de la prononciation et de l’idée. En Chine, lalèttre est simplement le signe de l’idée. La prononciation n’a point de caractères propres, sinon quelques rares indices phonétiques insérés dans le signe de l’idée. Lalangue parlée et la langue écrite sont donc bien séparées. L'opposition des deux mondes devait essentiellement se manifester dans le caractère de leurs langues.

Les instruments employés, à différentes époques, pour tracer les caractères, ont fait varier la forme des traits qui les composent. Il est résulté de ces changements une Succession de styles d'écriture analogue à nos lettres unciales romaines, gothiques, italiques, etc. Chaque caractère chinois peut être transcrit dans ces différents styles sans éprouver aucune altération.

L'écriture commune, maintenant usitée pour l'impression des livres, offre un mélange de pleins et de déliés, et une régularité de formes qui la rendent agréable à là vue. En écrivant avec le pinceau, les Chinois tracent les caractères d’une manière moins régulière, et avec une liberté qui comporte un haut degré d'élégance.

“Les caractères se placent les uns sous les autres en colonnes perpendiculaires, qui sarrangent de droite à gauche. Dans les inscriptions composées d'un petit nombre de mots, quand l’espace ne permet pas d'écrire verticalement, on dispose les caractères X Côté les uns des autres, en commençant par la droite.

On possède maintenant en Europe des moyens assez faciles d'apprendre la langue chinoise. IL y a même une chaire de langue et de littérature chinoises établie au collége de France, la seule qui ait été fondée jusqu'ici en Europe. Mais on peut apprendre passablement cette langue avec les seuls secours des méthodes grammaticales et des dictionnaires publiés par les Européens. Les Chinois ont plusieurs excellents dictionnaires tout chinois. Le plus célèbre et le plus répandu est celui de l'empereur Khang-hi (Khang-hi-tseu-tsian), non que ce prince en soit l’auteur, mais parce qu'il en a écrit la préface et qu'il à été publié sous son règne. Les mots ou

| caractères les plus usités de la langue chinoise, au nombre de 52,000, y sont expliqués avec le plus grand soin et dans un ordre très-régulier. La méthode qui y est suivie à beaucoup d’analogie avec celle que Johnson a suivie dans son célèbre dictionnaire anglais, où des citations nombreuses d'auteurs expliquent les différentes acceptions des mots. | Littérature. — La littérature chinoise, a dit M. Rémusat, est incontestablement la première de l'Asie par le nombre, l'importance et l'authenticité des monuments. Les ouvrages classiques, qu’on nomme king (livres révérés), remontent à une époque trèsancienne. Les philosophes de l’école de Confucius en ont fait la base de leurstravaux sur la morale et la politique. L'histoire a toujours été l’objet de l'attention des Chinois, et leurs annales forment le corps le plus complet et le mieux suivi qui existe dans aucune langue. L'usage des concours a donné un grand essor à l’éloquence politique et philosophique. L'histoire littéraire, la critique des textes et la biographie, sont le sujet d’une foule d'ouvrages remarquables par l'ordre et la régularité qui y sont observés. On possède beaucoup de traductions chinoises des livres sanscrits sur la religion et la métaphysique. Les lettrés cultivent la poésie qui est assujettie chez eux au double joug de la mesure et de la rime. Ils ont des poëmes lyriques et uarratifs, et surtout des poëmes descriptifs, des pièces de théâtre, des romans de mœurs, des romans historiques et des romans où le merveilleux est mis en usage. On a composé en outre un grand nombre de recueils spéciaux et généraux, des bibliothèques et des encyclopédies ; et dans le dernier siècle, on a commencé l'impression d’une collectior d'ouvrages choisis, en cent quatre-vingt mille volumes, Il n’y a pas, même en Europe, de nation chez laquelle on trouve tant de livres, ni de livres si bien faits, si commodes à consulter et à si bas prix.

Cette grande collection ou bibliothèque d'ouvrages choisis en cent quatre-vingt mille volumes, dont il est parlé ci-dessus, fut commencée, en 1775, par l'empereur Khiang-loung, grand-père de l'empereur régnant. Cette bibliothèque est intitulée Ouvrages réunis des quatre magasins (Sse-khou-tsi-chou). On continue à l’imprimer, et en 1818 il avait déjà paru 78,731 volumes de cette immense collection. La bibliothèque royale de Paris possède plusieurs belles collections d'ouvrages chinois, dont quelques-uns mériteraient d'être traduits et connus en Europe. On peut même dire que certains ouvrages chinois de politique et de morale produiraient une sorte de révélation d’un monde nouveau, que tout ce qu'on en connaît jusqu'ici n’a pas encore fait entièrement deviner. Ce serait rendre un grand service à notre civilisation que de la mettre à même de s’enrichir ainsi de tant de trésors étrangers.

Instruction publique. — On doit présumer que chez un peuple qui cultive à un si haut degré la littérature, l'instruction publique ne doit pas être négligée; aussi est-elle très-répandue en Chine. Il y a des colléges dans les grandes villes et des écoles dans les plus petits villages; il n’y a pas d’artisan qui ne sache lire quelques caractères et faire usage des livres relatifs à sa profession. La foule des lettrés qui n'ont pu réussir dans les examens se répand dans les villes pour y enseigner l'écriture et les éléments de la littérature. Les colléges n’ont pas de professeurs à gages, mais des examinateurs et des proviseurs, dont la grande affaire, dit M. Rémusat, est de diriger les concours et de surveiller les étudiants. Il y a à Péking un collége pour les interprètes où l’on enseigne les langues des pays voisins de la Chine; mais partout ailleurs l'étude des langues étrangères est entièrement négligée : la Chine .vit chez elle.

Le gouvernement ne subvient aux frais d'aucun collége de province; il n’entretient que celui de Péking, où l'on élève les enfants des grands. Plusieurs classes de mandarins

ont'le droit d'y envoyer leurs enfants. Les gens riches ont des précepteurs chez eux. Ce sont des hommes qui étudient encore pour arriver au grade de docteur; l’état de récepteur est honorable; les enfants ont un profond respect pour leur maître.

pès l'âge de cinq ans, les enfants commencent à apprendre les caractères. Ils répètent deux fois par jour leurs leçons. Ils n'ont de relâche que durant les réjouissances du nouvel an, et quelques jours dans l’année. On les exerce ensuite à écrire, Soit en calquant les caractères, soit en les recouvrant avec de l'encre, et en suivant eXaCtement les contours, soit en les traçant sur une tablette blanche et vernie, qu'on jave ensuite. Les Chinois s'appliquent à bien écrire; car, dans les mémoires présentés aux autorités, il faut que les caractères soient tracés avec précision et netteté.

On écrit avec des pinceaux faits de poil de lapin; le manche est de bambou; on le tient perpendiculairement au-dessus du papier; les doigts seuls agissent; cette position est fatigante et demande de l’habitude.

Lorsque les enfants sont assez instruils, on les envoie aux examens qui se font dans les villes du troisième ordre; puis successivement dans une ville de premier ordre, pour le grade de sieou-tsai (bachelier); dans la capitale de la province, pour celui de kiu-jin (licencié), et enfin à Péking, où se confère le titre de tsin-ssé (docteur).

IL n’y a point en Chine d'école publique où la médecine soit enseignée : quiconque veut éludier cet art se met sous la direction d’un médecin qui lui apprend ses procédés et ses secrets. La science des médecins consiste principalement dans l’étude du pouls; on dit qu'ils ignorent entièrement l'anatomie, parce que leurs préjugés les empêchent d'ouvrir un cadavre; cependant des dissections ont été ordonnées à plusieurs époques, et l’on sait que la circulation du sang est connue à la Chine depuis. plusieurs siècles. Ils ordonnent des tisanes et des cordiaux, et recommandent la diète. Au lieu de saigner, ils font venir le sang au dehors de la peau, en la frottant fortement avec une pièce de cuivre. Ils enfoncent des aiguilles dans certaines parties du Corps; l'habileté consiste à savoir les placer et les retirer à propos. C’est une opération qui, pendant quelque temps, fut à la mode en France. Les Chinois ne pratiquent jamais l'amputation.

On voit dans toutes les grandes villes des charlatans qui profitent de la crédulité du peuple en lui vendant toutes sortes de spécifiques. Les prêtres composent aussi diverses sortes d'emplâtres qui ont un grand débit.

«Les fièvres épidémiques et la petite vérole causent quelquefois de grands ravages; malgré la malpropreté des Chinois, les maladies cutanées sont rares parmi eux; les ophthalmies sont assez fréquentes.

"Sciences et arts. — L'astronomie a été cultivée par les Chinois depuis les temps les plus reculés de leur histoire. Sans y avoir fait des progrès aussi grands que les Européens depuis .deux siècles, on peut dire cependant qu’ils ont porté cette science à ünélat assez avancé sans le secours des instruments modernes. 2,357 ans avant notre èré, sous le règne de Yuo, ils avaient déjà fait des opérations astronomiques par lesquelles on peut conclure qu’ils étaient assez avancés en astronomie , puisqu'ils avaient deux divisions du ciel, l’une en 28 parties égales, l’autre en 12, nommées les douxe palais du soleil, et qu'ils connaissaient, à très-peu de chose près, la grandeur dé l'année solaire, la fixant à 565 jours et 6 heures. L’astronomie est encore cultivée . Maintenant en Chine; mais ce sont, le plus souvent, des Européens ou des étrangers qui président le tribunal d'astronomie établi à Péking, et dont les fonctions sont de prédire les éclipses et de rédiger le calendrier annuel.

M. Ed. Biot a publié dans le Journal Asiatique (tome X, 1840) le calendrier dit de la dynastie des Hia (2205-1766 avant Jésus-Christ), qui fut retrouvé au VE siècle de

notre ère dans le tombeau de Confucius. Il ressemble en beaucoup de points à l'alma nach de Mathieu Laensberg. En voici un extrait :

PREMIÈRE LUNE (celle qui, au temps des Hia, précédait l’équinoxe de printemps). : Commencement du mouvement des vers. L'oie sauvage retourne vers son habitation du nord. Le coc crie et bat des ailes. Les poissons montent et soulèvent la glace. Le laboureur attache les pièces de s: charrue. Au commencement de l’année, il consacre la charrue. II commence à's’en servir pour la longu: campagne. j Dans le jardin, il faut visiter les plantes potagères (littéral. la plante kieou, le porreau). A'cette époque on éprouve des vents violents, des jours froids, des variations de temps, des gelées, de l'humidité, Le rats des champs sortent de leurs trous. Les inspecteurs de l'agriculture divisent également les terres L'animal ta (probablement la loutre) immole le poisson. L'oiseau de proie devient l'oiseau kieot (tourterelle). Les travaux de culture sont contrariés par la neige et l'humidité. Commencez par vou: occuper du champ de l’État. *+ Cueillez la plante yun (espèce de trèfle ou de plante potagère). A cette époque Kie (division stellaire) se voit. Au commencement du soir, Tsan (division stellaire déterminée par d Orion) est au milieu du ciel. Le Manche du boïisseau pend en bas (e & 7 Grande-Ourse, timon du Chariot). bi Les saules jettent leurs chatons. Le prunier, l’abricotier, le pêcher se couvrent de fleurs. On tisse IE soie blanche. Les poules prennent ensemble leur nourriture, ou, suivant une autre interprétation, les poules couvent et nourrissent leurs petits. | M

Le calendrier chinois de nos jours diffère peu de celui des Hia.

Les éclipses causent toujours aux peuples chinois une frayeur vraiment inexprimable. Tous, depuis l’empereur jusqu’au dernier de ses sujets, sont dans des transes terribles tant que le soleil ou la lune sont privés de leur lumière habituelle. On prend le deuil, toutes les affaires sont suspendues, léclipse est annoncée d’avance, et des images représentant grossièrement le phénomène futur sont affichées au coin des rues,

De tout temps la musique fut très-estimée à la Chine; elle accompagnait toutes les cérémonies. Il en est de même aujourd’hui à la cour. Les Européens qui ont entendu cette musique trouvent qu’elle ressemble à celle de nos églises. Les airs étés instruments n’ont aucun rapport avec les nôtres, et déplaisent à nos oreilles. Par contre, les Chinois goûtent peu notre musique. Ils ne connaissent point l'usage des notes, ils se servent de caractères qui expriment les noms des tons de la gamme, el doivent, dit-on, cette manière imparfaite d'écrire la musique à un missionnaire.

Les Chinois ont fait assez peu de progrès dans les mathématiques; cependant leurs méthodes de numération sont bonnes et fondées depuis une haute antiquité sur le système décimal, qui est suivi dans leurs différentes mesures. !

Les arts du dessin sont imparfaitement cultivés à la Chine. On n’y connait pas, Ou du moins on n’y observe pas la perspective à la manière européenne. La peinture.a

* Le Chinese Repository du mois d'avril 1837 (journal publié à Canton) donne une description intéressante et curieuse d’une série de six tableaux peints par un nommé Sunqua, artiste chinois à Canton.

Elle est de nature à modifier considérablement l'opinion des Européens sur les défauts de la peinture des Chinois. Ces six tableaux, dans le genre d'Hogarth, connus sous le nom de Bake’s progress, représentent les diverses phases de la vie d’un homme livré à ce vice oriental qui consiste à fumer de l'opium, et cet homme, du comble de la fortune et de la santé, se jette dans la misère et la dégradation. Ges compositions ne sont cependant point une imitation de celles de l'artiste anglais, elles sont originales et non sans quelque mérite sous le rapport de l’art. |

Le premier de ces tableaux représente un jeune homme riche et de haut rang, magnifiquement vêtu et doué de tous les attributs de la jeunesse et de la force; derrière lui, sur une table de marbre, est une élégante pendule de fabrique étrangère ; à sa droite, sont un coffre fort, de l'or et de l'argent; à sa gauche, auprès de lui, est son domestique particulier, et un peu plus loin, un homme attaché à son service, et dont l’emploi unique est de préparer l’opium acheté brut et de le mettre en état d’être fumé.

Le second tableau le représente étendu sur un magnifique sofa, fumant l’opium, entouré de courtisans, deux desquels sont jeunes et ont les attributs de musiciens ; il paraît prodiguer l'argent sans égard à sa valeur.

Dans le troisième il ne peut plus se passer de fumer l'o pium, il en devient insatiable; son teint est peut p I

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aussice caractère sec et tranché qui méconnait la distribution des ombres; mais les peintres chinois excellent dans les détails, et il serait difficile de trouver en Europe d'aussi bons peintres de fleurs, d'oiseaux et de poissons. Pas un pétale de fleur n’est omis, pas une écaille de poisson n’est oubliée ; les nuances les plus délicates et les plus#fines sont reproduites. Ils excellent aussi dans ces peintures en miniature si connues en Europe par leur grâce et leur fragilité. Ils réussissent admirablement et depuis très-longtemps dans la gravure sur bois, mais au trait seulement.

Varchitecture a pris un assez grand développement en Chine, surtout dans la construction de monuments d'utilité publique. Tout le monde a entendu parler de cette grande muraille qui a plus de 600 lieues de longueur, et sur le sommet de laquellé cinq à six cavaliers peuvent marcher de front. C'est un de ces monuments qui, comme les pyramides d'Égypte, attestent plutôt la force matérielle qui entasse, que l'art qui combine; cependant le génie des Chinois dans l'architecture s’est déployé dans la construction des ponts, des digues, des canaux, etc. L'architecture civile a aussi laissé de belles marques dans les édifices du palais impérial à Péking, dans plusieurs monuments publics, dans les temples et dans ces nombreuses et hautes {ours à neuf étages, dont la grande tour de porcelaine de Nan-king est un des plus célèbres modèles. Dans les monuments ou édifices particuliers, les pièces en charpente dominent. Les ponts sont en pierre, la plupart formés d’arches en plein cintre, d'une solidité et d’une longueur remarquables. Quelques-uns ont les arches en ogives. Les” plus beaux ponts sont dans la province de Fou-kiang; l'un de ces ponts, qui est à Tsiouan-tcheou, est jeté sur un bras de mer : il a 2,300 pieds chinois de longueur, 20pieds de largeur et 126 doubles piles assez hautes pour laisser passer de gros bâtiments qui viennent de la mer. Il y aussi en Chine des ponts en chaines de fer, suspendus et d’une grande hardiesse. Les villes sont presque toutes construites sur le même plan, qui, dans l'antiquité chinoise, était symbolique. Elles ont généralement li forme d’un carré, et sont entourées de hautes murailles flanquées de tours d'espace envespace. On voit dans ces villes des inscriptions en l'honneur d'hommes ou de femmes célèbres, des arcs de triomphe, des tours faisant ordinairement partie des monastères de bonzes.

plombé, ses yeux sont caves et hagards, il est amaïgri, les épaules arrondies et remontées, les dents décharnées : ses traits marquent une sorte de léthargie et l'incapacité de se livrer au moindre travail. Dans cet éfat de stupidité, il est assis sur un canapé très-Commun, Sa pipe est auprès de lui, ainsi que sa cassette et tout ce qui est nécessaire à un fumeur. En ce moment ses femmes, ou plutôt sa femme et une concubine, paraissent entrer; la première, voyant le coffre fort vide, est comme accablée de douleur et d’étonnement; le regard de l’autre est fixé sur les objets étalés sur le canapé.

Dans le quatrième tableau, il semble qu’il ne possède plus rien, ni terres, ni maisons; son lit de repos est remplacé par quelques planches inégales et un vieux matelas: ses souliers ne tiennent plus à ses

pieds; ses traits sont entièrement contractés, son corps est penché, et il respire avec grande difficulté. | Sa femme et son ‘enfant sont debout devant lui, accablés de misère et souffrant de faim. Celle-ci, dans sa colère, a dispersé à terre tous les attirails du fumeur; le petit enfant, incapable encore de discernement, bat des mains et rit de l'emportement de sa mère. Mais son père reste stupidement insensible à ce qui se passe autour de lui.

Dans le cinquième, le fumeur d’opium est réduit au plus extrôme dénûment, quoique sa passion de fumer soit plus impérieuse que jamais. Il ne lui reste plus qu'un souffle de vie; cependant il a | réuni quelques pièces de cuivre, et il se hâte, en chancelant, d’arriver dans une tabagie pour y acheter

quelques parcelles du résidu de la pipe d’un autre fumeur, afin de soulager son insatiabilité.

Au sixième tableau son abrutissement est complet, il est idiot; assis Sur une chaise de bambou, ilest réduit à dévorer le sédiment de l’opium, mais il est si épais, si dégoûtant, qu’il lui faut du thé pour l'aider à l'avaler. Sa femme et son enfant, assis auprès de lui, sont occupés à dévider des

écheveaux de soie, dernière et faible ressource d'existence dans la dégradation et la misère où ils sont réduits,

Industrie. — L'industrie des Chinois est passée en proverbe; elle est merveilleuse en tout ce qui concerne les aisances et l'agrément de la vie. L'origine de plusieurs arts, qui ont pris un grand développement en Europe, et que les premiers voyageurs européens en Chine ont fait connaître, doit leur être attribuée; elle se perd même chez eux dans la nuit des temps. Depuis la plus haute antiquité, c’est-à-dire depuis les temps historiques, qui remontent à 2,637 ans avant notre ère, les Chinois ontsu élever des vers à soie et fabriquer de leur produit des étoffes qui ont attiré che eux des marchands de toutes les parties de l'Asie.

La fabrication de la porcelaine a été portée par eux à un si haut degré de perfection, qu’il n’a été que depuis peu dépassé en Europe. La vivacité et la solidité de certaines de leurs couleurs font encore le désespoir de nos fabricants: Tout le monde connaît les beaux ouvrages en vernis de la Chine et du Japon, que lon ne peut égaler en Europe. L’encre de la Chine, si utile dans les arts, ne se fabrique bien qu’en Chine, Le blanc de plomb ou la céruse est encore un produit chinois. Ce sont les Hollandais qui les premiers ont exploité en Europe cette grande branche d'industrie, et il est très-présumable qu’ils avaient emprunté leur procédé aux Japonais, avec lesquels ils avaient depuis longtemps des relations importantes. En effet, leur procédé pour fabriquer la céruse est presque identique, selon M. Biot fils (Jour. Asiat., 1855), avec celui qui est indiqué dans les ouvrages chinois et japonais pour la préparation de cette substance. Seulement, au lieu de chauffer les pots avec le feu, les Hollandais entourent les pots avec du fumier et du tan, ce qui donne à la céruse ainsi faite une teinte grisâtre. Auprès de Vienne, on chauffe les pots avec du feu, et le blanc fabriqué est très-pur : c’est exactement le procédé chinois.

Sans cultiver la chimie comme science, les Chinois savent clarifier l’eau vaseuse des rivières de manière à pouvoir l'employer sur-le-champ, en l’agitant avec un bambou creux dans lequel ils mettent un morceau d’alun : ils savent ramollir la corne pañla vapeur de l’eau dans des vases bien clos; ils savent extraire de toutes sortes de sub= stances, préparer et mêler les plus brillantes couleurs, et les donner, avec les teintes les plus riches et les plus agréables, à la soie, au coton, au papier. Ils connaissent fort bien le procédé de fondre le fer, et font de ce métal des ustensiles minces et légers qu'ils enduisent de vernis pour qu'ils soient moins cassants; mais ils ne parviennent qu'imparfaitement à rendre le fer malléable et à le convertir en acier. Ils fondent aussi le bronze et en font des statues.

Leur artillerie est restée en arrière, quoiqu'ils aient connu, dès avant Fère chré tienne, l'usage de la poudre à canon. Cette poudre est mauvaise; chaque particulier en peut fabriquer. Un des devoirs des soldats est de préparer celle dont ils ont besoin.

Les Chinois ont connu depuis le sixième siècle l’art de faire du verre. Ils ont appris à mettre une couche d’argent sur le verre plat, et s’en servent quelquefois pour miroirs ; ordinairement les miroirs sont d’un métal poli qui paraît être un alliage de cuivre et de zinc. Ce peuple est parvenu, après avoir vu une montre venue d'Europe, à limiter exactement ; il a l’esprit vif et la conception facile, ses doigts menus exécus tent fort bien des ouvrages délicats, il donne beaucoup d'élégance aux bijoux en filis grane d'argent. |

On connaît assez généralement, en Europe, ce papier de Chine qui est si avantageux dans l'impression en taille douce, pour reproduire toute la pureté des traits delà gravure. L'impression des ouvrages sur ce papier élève les exemplaires ainsi imprimés à un prix que la netteté admirable des caractères et. l'impression veloutée et pure des pages compensent bien au delà. On fabrique maintenant en France de ce papier de Chine, par le procédé chinois; mais ce papier, qui sous quelques rapports ressemble

u véritable papier de Chine, est cependant bien loin de l’égaler. On sait que ce apier se fabrique en Chine avec du bambou. Get arbre sert dans ce pays à faire des nilliers d'ouvrages de toute espèce, depuis les échafaudages et les charpentes des lus grands bâtiments, jusqu'aux plus petits ouvrages de fantaisie.

Les toiles de coton de la Chine sont exportées dans le monde entier. Le nankin, qui ire son nom de la ville de Nan-King, où en sont les principales fabriques, a une renommée populaire. Un grand nombre d’inventions que l'Europe s’approprie sont dues aux Chinois. Ils connaissaient la polarité de l’aimant 2,500 ans avant notre ère; à cette époque leur histoire nous en fait connaître une application à des chars magnétiques qui ndiquaient la direction du pôle. La poudre à canon et d'autres compositions inflammables dont ils se servent pour construire des pièces d'artifice d’un effet surprenant, élaient connues des Chinois depuis très-longtemps, lorsqu'on a cru les inventer en Europe. La gravure sur bois et l'imprimerie stéréotype remontent, en Chine, au milieu Ju dixième siècle de notre ère. |

Au dix-huitième siècle, dit M. Biot, plusieurs inventions de ce peuple singulier furent signalées par les missionnaires, et parmi elles on trouve l'usage des puits forés pour chercher les eaux souterraines, l'emploi du gaz naturel pour l'éclairage des villes, en le conduisant par des tuyaux dans les rues, l'application du fer à la construction des ponts suspendus; mais d’abord on fit peu d'attention à ces indications. L'emploi du gaz pour l'éclairage fut presque révoqué en doute, et l'invention des ponts suspendus fut critiquée comme inutile par M. de Paw. Près d'un siècle après, ces inventions ont reparu parmi nous comme des découvertes nouvelles, et alors l'esprit des Européens, essentiellement porté à perfectionner, leur a donné un développement d'application bien supérieur à celui qu'elles ont jamais obtenu en Chine.

» Le sucre de fécule, ajoute M. Biot, qui n’a été connu en Europe qu’en 1811, après les expériences de Kirhoff à Saint-Pétersbourg , était connu depuis très-longtemps à la Chine et employé dans presque toutes les préparations des confiseurs. Il est cité dans l'Encyclopédie japonaise (réimpression, avec additions, d'une Encyclopédie chinoise), et dans le Tien-koung-kaïi-we , ouvrages qui datent des années 4713 et 1637. Il est même indiqué dans le Pen-thsao-kung-mou, qui date de l'année 1578. »

L'art d'extraire le sucre de la canne a été importé de l'Inde en Chine sous la dynastie des Thang , en 707.

L'agriculture est très-avancée en Chine, où elle est en honneur depuis la plus haute antiquité, Nous avons vu que l’empereur se fait gloire d'ouvrir chaque année la saison du labourage, en traçant quelques sillons en présence de toute la cour. Les instruments araloires y dénotent un art avancé. C’est de Chine que sont venus en Europe les semoirs mécaniques, dont on trouve la figure dans les ouvrages d'art et d'agricul- Lure qui existent depuis une haute antiquité en Chine, et que l’on possède à la Bibliothèque royale de Paris. Il en est de même de la machine à vanner le blé, connue en France sous le nom de tarare ; elle est représentée dans le Lien-Toung-Kaï-We avec son ventilateur et telle que nous l’employons. é

L'art mécanique dans lequel les Chinois semblent avoir atteint le plus haut degré de perfection, est celui de découper l'ivoire et la nacre de perle; on connait en ce genre leurs éventails, de grandes corbeilles, des modèles de temples et de pagodes, el loutes sortes de colifichets qui sont d’un fini admirable et à très-bon marché. ;

On ne peut s’imaginer tous les usages auxquels les Chinois emploient le bambou , ils en font leurs chaises, leurs tables, leurs paravents, leurs écrans, leurs bois de lit et beaucoup d’autres meubles, dont quelques-uns sont très-jolis. Dans les navires, le bambou sert à faire les voiles, les vergues, les câbles, les menus cordages, et à cal-

fater. Les charrettes, les brouettes, les machines à élever l’eau, les sacs pour mettre le grain, et une infinité d’ustensiles de culture, sont en bambou. On mange les jeunes tiges de ce roseau; ses fibres composent les mèches des chandelles. On l'emploie à tout, soit entier, soit fendu en lattes ou divisé en fils, ou broyé; on le met’en pâte et l’on en fabrique du papier. Enfin il embellit la demeure du monarque, couvrela chaumière du laboureur, et, dans les mains du pouvoir, tient tout l'empire dans le respect et la crainte, puisqu'il est LABTEUIRER avec lequel on inflige les punitionsMles. plus fréquentes. |

Dans leurs manufactures de papier, les Chinois emploient la paille de riz et d'autres grains; l’écorce du mürier, le cotonnier, le chanvre, l’ortie, beaucoup d’autres plantes et des chiffons. Ils font des feuilles de papier si grandes, qu’une seule suffit pour tapisser un côté d’une chambre de moyenne grandeur. La plus belle espèce de Pat écrire est aussi unie que du vélin. |

Dès le dixième siècle de l'ère vulgaire, l'imprimerie fut connue à la Chinô on y emploie des planches en bois gravées; on ne se sert de caractères détachés que pour des gazettes ou des ouvrages de peu d'importance. Pour l'impression, on fait usage d’une encre particulière. Tout Chinois peut avoir boutique et imprimer ou gravertdes caractères lorsqu'il a les moyens, les talents et les instruments nécessaires. Les biblio thèques sont rares, quoiqu'il y ait beaucoup de livres. Les temples seuls en possèdent des collections considérables. Quiconque veut publier un ouvrage, doit faire tous4les frais de l'impression. Ce n’est que par grâce spéciale que l’empereur accorde larpermission à quelques grands personnages de faire imprimer leurs livres aux fraisdu gouvernement. Es à

Quand on publie un ouvrage, l’usage est d’y apposer son cachet, qui est ordinaire ment de forme carrée et gravé en écriture ancienne. L’encre dont on se sert, pour imprimer avec le cachet, est rouge. Ces cachets contiennent ou le nom de la personne à laquelle ils appartiennent, ou une sentence.

Commerce. — Le commerce intérieur de la Chine est beaucoup plus considérable que son commerce extérieur; il se fait principalement par les rivières et les canaux, présentant le plus grand développement de navigation intérieure qui existe dans le monde. Plus de 350 canaux artificiels distribuent dans le vaste empire chinoisMles produits de toutes les provinces. Le canal impérial (Yu-ho) est la grande route mari time des provinces éloignées du Midi à la capitale; c’est par ce grand canal qu'arnivent annuellement à Péking d'innombrables BAtmenEs chargés de et de tributs en grains des provinces.

Depuis longtemps la boussole est connue des Chinois; mais leurs jonques ou navires sont lourds et manœuvrent mal; c’est pourquoi ce peuple se borne généralement à naviguer le long des côtes de l’empire : ce cabotage est très-actif. Cependant ces bâtiments, si mal construits, entreprennent le long et périlleux voyage de Batavia ; l’on est surpris qu'ils puissent soutenir les ouragans affreux, nommés typhons, qui désolent la mer de la Chine. Ces jonques fréquentent aussi les ports de l’An-Nam, la Corée, le Japon et Manille. Un négociant chinois ayant voulu faire bâtir un navire sur le modèle de ceux de l'Europe, le mandarin de la douane l’en DÉC et de plus lui fit payer une grosse amende.

Le commerce intérieur est très-animé. Il est facilité par les canaux et les grandes routes, qui sont larges et souvent plantées d'arbres de chaque côté; quelquefois elles sont pavées. Le gouvernement s'occupe peu de les tenir en bon état; à des distances assez rapprochées on y rencontre des corps de garde.

On n'y manque pas de cabarets ni d'auberges; le gouvernement entretient dans les

villes et les bourgs des hôtelleries, dans lesquelles s'arrêtent les personnes qui voyagent par son ordre. Il y a d’autres maisons en pierre, couvertes des deux côtés, où les voyageurs peuvent se mettre à l'abri de la pluie et du soleil; d’autres où ils peuvent déposer leurs effets lorsqu'ils craignent les voleurs qui trouvent un asile dans les montagnes. |

On se procure facilement sur les routes des portefaix, des palanquins, des chaises à porteurs, des charrettes et des brouettes à louer ; les portefaix sont fidèles. Le gouvérnement entretient des postes pour son usage; Ses courriers seuls peuvent se servi des chevaux qui y sont attachés.

Les carrosses chinois n'ont que deux roues; ils ne sont pas suspendus sur des ressorts. Les grands personnages vont en litière; on voyage aussi à cheval. Dans plusieurs provinces on se sert de brouettes à voiles à une seule grande roue. On rencontre souvent une espèce de flotte de ces brouettes, garnies d’une voilure semblable à celle des bateaux chinois, ou d’une simple voile attachée à deux bâtons plantés sur les deux côtés de la charrette.

L'argent et le cuivre ont seuls cours pour régler la valeur des échanges; l'or est regardé comme une marchandise dont le prix varie. L'argent est en lingots de différentes dimensions et se pèse. La monnaie de cuivre est fondue et non frappée; les pièces ont au milieu un trou carré par lequel on fait passer un fil de jonc pour en lier quatre-vingt ou cent ensemble, suivant le cours, parce que le rapport du cuivre à l'argent varie. Il faut, dans la règle, mille pièces ({sien) pour une once d'argent. Les piastres ont cours dans le commerce.

Le commerce extérieur consiste principalement en thé, en porcelaine, en étoftes dé soie et de coton. L’exportation annuelle du thé, par Ganton seulement, s'élève à une valeur de plus de 100,000,000 de francs. L'Angleterre et l'Amérique sont en première ligne pour la consommation de ceite denrée. Nous ne donnerons point ici le détail complet des importations en Chine par Canton, et des exportations du même port pour l'Angleterre et les États-Unis d'Amérique. Nous nous contenterons d'en offtir les résultats sommaires pour l’année 1853-1854, tels qu’ils se trouvent dans le Chinese Convmercial Guide , Canton, 1854.

Voici d’abord le résultat de la balance commerciale des marchandises :

Total des exportations en dollars de 5 fr. 30€. . « « + + + * 20,965,270 d. M uportationsss à su Lange entr Le ‘eee, tn tnt ? 23,416:195

Balance en faveur des importations étrangères . + + En dollars. 2,503,523 En francs. 13,552,122fr.

Exportation d'argent en barres.

En Angleterre : dollars espagnols et brésiliens. «+ « + + + + * LR ÉREER 155,730 d. — argent en barres du Mexique . A PT Er à 26,941 ’

A Calcutta : dollars espagnols et brésiliens «+ + + + + + + * 104,704) 29.93

— argent SyCa. ° ° e . 0 ° ° e e e e e . e ° ° 4,825,227) 1,9 9,951

A Bombay: dollars espagnols et brésiliens. . + + + + + + * 671,655 S4 284 ME SNC Ad. + "+ +. .° 4 far ia a 3189 647) 5,854,284

A diverses places : dollars espagnols et brésiliens. 145,295 A PA En QU Re à 111,450 277,819

— argent sud. am. + . . s ads 25,154

Toraz de l'exportation de l'argent, celui exporté par la Compagnie des Indes compris. 6,217,820 d. — 35,161,706 fr.

TOTAL en francs de l’excédant des importations en Chine sur les exportations, + + 46,513,828fr.

"Il faut joindre à cela le tableau de l'importalion de l’opium.

206 sur ASIE, — CHINE.

Importation d'opium en Chine,

Depuis le 1er avril 1833 jusqu’au 31 mars 1834.

Anglais. Portugais.

De Patna et de Bénarès. . . . ‘7,511 1,000 caisses. DO MATWAEMERNE ANNE ER TS 1.000 De Demauti wire AN avr 100,539 0,600 17,615‘ 9,600 un, “RS 20,213 ‘/2

Ces 20,000 caisses d’opium représentent une valeur d’environ 100,000.000 de francs. Ce commerce a été depuis en augmentant. En 4836, le nombre des caisses fut de 27,111.

On ignore généralement ce qu’il y a d’affligeant dans le commerce de cette drogue. Ges vingt mille caisses réparlies à raison de vingt grains par jour et par individu, suffisent pour démoraliser et perdre près de trois millions de personnes. L’habitude de l'opium, une fois acquise, ne peut plus se discontinuer et s’enracine chaque jour davantage; la cessation est une mort certaine; la continuation est encore la mort. Il faut que la malheureuse victime se laisse entraîner au funeste attrait du poison. De plus en plus il lui devient impossible d’y résister, et bientôt, débile de corps. et d'esprit, elle ne peut plus s'occuper du moindre travail. Souvent elle perd ainsi le moyen de satisfaire l’insatiable besoin qui la dévore. Elle succombe par la privation en proie à d'horribles tourments. On voit ces êtres cadavéreux se trainer autour des boutiques des vendeurs d’opium qui les repoussent après leur avoir soutiré leur dernière obole. Également repoussés de leur propre demeure par leurs parents irrités ou par leurs créanciers, ils gisent dans les rues où ils meurent sans secours.

L'importalion de l’opium est frappée de prohibition depuis 1796; mais on n’en conlinua pas moins le commerce par contrebande, et la consommation de cette drogue s’accrut chaque année. L'empereur décréta, en 4834, des mesures plus rigoureuses, que l’Angleterre considéra comme des affronts faits à sa nationalité et à l'honneur de son pavillon. La ruine du commerce de l’opium en Chine porterait un coup funeste aux possessions anglaises du Bengale, où le pavot qui le fournit est l'objet d’une immense culture. < ro nie

On voit par ces états d’importations et d’exportations, puisés à des sources authentiques, que la balance du commerce à Canton, entre les Anglais et les Chinois, est toute en faveur des premiers de plus de 46,000,000 de francs, non compris l’opium: I n’est pas étonnant, d’un côté, que les Anglais tentent par tous les moyens possibles d'étendre leurs relations commerciales avec les Chinois dans d’autres ports que Canton; et, d’un autre côté, il est également naturel que le gouvernement chinois, qui prévoit quel doit être Le résultat de ce commerce avec les nations étrangères, y apporte le plus de restrictions possible. je

L'état du commerce des États-Unis d'Amérique avec Canton présente un mouvement uniforme d’importations et d’exportations de 9,887,502 dollars, ou d2,753,844 francs, pour les importations, et autant pour les-exporlations; de sorte que la balance du commerce entre la Chine et les États-Unis n’est pas plus à l'avantage de l’une que des autres, c’est-à-dire qu’elle présente un avantage réel pour les deux nations, qui trouvent ainsi à écouler leurs propres produits.

Un fait curieux et important qui ressort du lableau des exportations de thé par

les négociants anglais, c’est que le thé Congo coûte à Canton, 21 taëls le pécoul, A on so gnumse ga nu et 44656elalivre.

Le thé Soutchoung, 22 taëls, où . . + . + + . . + . 1 24

Le thé Péko, 29 taëls, ou . . . . . . . + . + . . 1 63

Le thé Hyson, 47 taëls, où . . . . . + . . ... . 2 65

Le thé impérial, ou poudre à canon, 55 taëls, où . . . 3 10

Une autre route du commerce de la Chine avec les nations européennes est celle le Kiakhta, sur les frontières de la Sibérie et de la Mongolie. Selon quelques voyareurs, le prix de toutes les marchandises qu'on y échange surpasse rarement la somme de 24,000,000 de francs par an. Les fourrures de la Sibérie y trouvent moins de débit depuis que les Anglais et les Américains apportent une grande quantité de pelleteries 1 Canton. Cependant c'est par la route de Kiakhta que la Russie tire la presque totalité du thé qui se consomme dans ce pays et dans plusieurs parties de l'Allemagne, Un grand nombre de marchands chinois visitent encore régulièrement ces diverses contrées.

Malgré le préjugé qui flétrit les Chinois sortant de leur patrie, ce peuple s’est établi dans l'ile de Java, aux Philippines, dans diverses parties de l'Hindoustan, de Siam, de l'An-Nam, à Sumatra et dans d’autresiles; partout ils se distinguent par leur honnêteté, leurs mœurs paisibles, leur activité.

Nous avons déjà parlé de ces peuples sous le rapport de la géographie, de l’histoire

naturelle et de l’histoire politique (pages 1 à 165); il nous reste à les passer en revue relativement à leurs mœurs, à leurs usages et à leurs costumes. …Mrao-Tseu. — Quelques tribus de Miao-Tseu habitant les montagnes de Nan-Ling, reconnaissent l'autorité des mandarins chinois; d’autres obéissent à leurs chefs héréditaires. Ceux-ci sont partagés en deux États appelés l'un grand et l’autre petit Kin- Tchouan (ruisseau d’or). Chacun de ces États est gouverné par un prince particulier ayant sa cour, sa capitale, ses places fortifiées, sa milice régulière et soldée et des armes à feu. Plusieurs petits seigneurs les considèrent comme leurs suzerains,

Nous n'avons point trouvé de renseignements sur le chiffre de la population ni sur là langue de ces peuples, qui, selon toute probabilité, sont d’origine germanique.

Les armes ordinaires des Miao-Tseu sont l’arc, la pique et le mousquet. Ils se servent de peaux de buflles pour se faire des cuirasses, qu'ils recouvrent de petites lames de fer ou de cuivre battu. Leurs chevaux, qu’ils vendent fort cher, sont estimés pour leur force musculaire et leur légèreté. Lorsqu'on choisit des officiers, les prétendants sont obligés de descendre au grand galop les pentes les plus roides, et de franchir d'un saut de larges fossés dans lesquels on a allumé de grands feux.

Ce peuple bâtit des maisons en briques et à un seul étage. Tout le bétail, logé au rez-de-chaussée, répand une odeur infecte dans l'étage supérieur. Les familles sont réunies en villages; elles cultivent la terre, fabriquent de la toile et des espèces de tapis de soie qui leur servent de couverture pendant la nuit. La toile faite avec une sorte de chanvre est une mousseline grossière, mais les tapis sont bons et bien tissés. Les Chinois, sans pénétrer dans leurs montagnes, achètent à l'amiable le bois de

leurs forêts; ce bois, jeté dans les rivières qui entrecoupent le pays montueux, arrive flotté dans les plaines. |

A l'exemple des Chinois, des historiens européens ont voulu flétrir ces montagnards jaloux de leur indépendance ; mais le P. Régis et d’autres missionnaires qui ont levé la carte du pays, rendent témoignage de leur activité, de leur bonne foi et dedléur obligeance.

Ils portent leurs cheveux noués sur le sommet de la tête, et les couvrent ordinaire. ment d’un morceau de toile. Leur habillement consiste en une espèce de pourpoint et de haut-de-chausse; ils vont pieds nus. Les jeunes femmes ont une coiffure singulière. Elles se posent transversalement sur le haut de la tête une petite planche légère, longue de plus d’un pied et large de cinq à six pouces. Leur longue chevelure ramenée sur cette planche, y est fixée avec de la cire. Elles travaillent, elles se promènent, se couchent avec cet ajustement qu'elles ont soin de ne peigner que trois mois après, à la chaleur d’un grand feu, pour rétablir ensuite l'édifice dans toute-sa fraicheur et son élégance. Fr

Manpcuous. — Le pays des Mandchous forme la province de Ching-King, divisée en trois gouvernements : Ching-King, Kirin et Sakhalian-Oula.

La ville de la province est Moukden ou Ching-Yang. Elle s'étend sur le penchant d'un coteau, près de la rive droite du Hounou-Hou, affluent du Liao-Ho. Elle*est formée de deux villes; l'intérieur est ceint de murs à près d’une lieue de circonfé rence, et renferme.tous les édifices publics. Les empereurs mandchous ont pris soin de la rétablir, de l’orner de beaux bâtiments, de la pourvoir de magasins d'armes et de vivres. Ils la regardent comme la ville royale de leur nation, de sorte qu'après même leur entrée à Péking, ils y ont laissé les mêmes tribunaux souverains que dans celte capitale, excepté celui de l'administration suprême de l'empire. Ces tribunanx ne sont composés que de Mandchous; tous les actes s’y dressent dans la langue de“ce peuple; ils sont souverains pour tout le pays qu'ils occupent.

Moukden est aussi la résidence d’un vice-roi, qui a sous ses ordres, dans la ville même, plusieurs lieutenants généraux et une garnison nombreuse de Mandchous.“kt palais impérial, celui des cours de justice, les hôtels des principaux mandarins, plu sieurs temples, sont dans la ville intérieure où demeurent les employés du gouvernement. Les commerçants et les artisans habitent la ville extérieure, dont les murs, qui ont plus de trois lieues de circuit, entourent les deux villes.

Près des portes, on remarque deux magnifiques mausolées des premiers empereurs de la dynastie mandchoue. Ils sont construits tous deux suivant les règles et les dessins de l'architecture chinoise, et ceints d’une muraille épaisse garnie de créneaux et un peu moins haute que celle de la ville. Plusieurs mandarins mandchous de divers rangs sont chargés du soin de ces monuments, et de pratiquer, dans les temps marqués, les cérémonies prescrites avec le même ordre et les mêmes témoignages de respect que si ces monarques vivaient encore. | :

Les autres villes de la province de Ching-King sont peu considérables, mal peuplées, mal bâties, sans autre défense qu’un mur à demi ruiné ou fait en terre battue, quoi qu'il y en ait qui soient bien situées pour le commerce et que leur terroir abonde même en coton.

Mais Foung-Hoang-Tchin, à 31 lieues à l'est-sud-est de Moukden, sur la rive droite du Tsao-Ho, est considérable, bien peuplée et très-marchande, parce qu’elle est comme la porte de la Corée. C'est par cette ville que les marchands de ce pays sont tenus de passer pour entrer dans l'empire. Cette circonstance y attire beaucoup de Chinois, qui y sont établis, et elle est devenue en quelque sorte l’entrepôt des deux contrées. Le

principal objet qui s’y fabrique est du papier de coton; il est fort et durable, mais il n'est ni bien blanc ni très-transparent : cependant il s’en vend beaucoup à Péking, où l'on s’en sert pour garnir, en guise de vitres, les châssis des palais et des maisons principales.

En franchissant la palissade qui ferme le Liao-Toung au nord, on entre dans Île gouvernement de Kirin, qui se prolonge sur la rive droite de l'Amour jusqu’à son embouchure. Sur celte grande étendue on ne compte que trois villes mal bâties et entourées d’une muraille en terre. La capitale, Kirin-Oula, est sur la rive droite du Sounggari ; c’est la résidence d’un général mandchou. Tout ce gouvernement est peuplé de-Mandchous et de Chinois que les lois ont condamnés à l'exil. Ninggouta, sur la rivière Hourka, est le berceau de la famille impériale. Les nomades apportent dans cette ville leur tribut en peaux de zibelines. Ce trafic y attire un grand nombre de Chinois des provinces les plus éloignées, et leurs maisons, jointes à celles des soldats, forment des faubourgs quatre fois plus grands que la ville. Ce pays est peu propre à la culture; on n’y récolte guère que de l’avoine et du millet; le ginseng y croit en abondance et il s’en fait un grand commerce.

Sur les bords de l'Ousouri, l’un des affluents les plus considérables de l'Amour, habitent les Tartars nommés Yupi. Il faut que cetle rivière soit extrêmement poissonneuse, puisqu'elle fournit des poissons à ses habitants autant qu'il en faut pour se faire des habits de leurs peaux et pour vivre de leur chair. Les Tartars savent préparer ces peaux, les teindre en trois ou quatre couleurs, les couper proprement et les coudre d’une manière si délicate qu'on les croit d’abord cousues avec du file soie; ce n’est qu’en défaisant quelques coutures qu'on s'aperçoit que ce n'est qu'une courroie très-fine coupée dans une peau encore plus fine.

La forme de leurs habits est la même que celle des Mandchous. La seule différence qu'on y remarque est que l’habit long de dessous est bordé ordinairement d’une bande dedifférentes couleurs, verte ou rouge sur un fond blanc ou gris. Les femmes ont aubas de leur manteau de dessous des deniers de cuivre ou de petits grelots qui avertissent de leur arrivée. Leurs cheveux, partagés en plusieurs tresses pendantes süleurs épaules, sont chargés de petits miroirs, d’anneaux et d’autres bagatelles qu'elles regardent comme autant de joyaux.

“La manière de vivre de ces Tartars n’est pas moins remarquable; ils passent tout été à pêcher. Une partie du poisson est destinée à faire de l’huile pour la lampe, autre leur sert de nourriture journalière, enfin la troisième est séchée au soleil sans Létresalée. On ne cultive qu'un peu de tabac dans le voisinage du fleuve.

Ces Yupi se servent ordinairement de dards pour prendre les grands poissons et de Milets pour les autres. Leurs barques sont petites, et leurs esquifs ne sont faits que d'écorce d'arbre si bien cousue que l’eau n’y peut entrer. En hiver, les chiens tirent leS traineaux sur les rivières glacées.

Le pays des Kalcheng s'étend depuis la ville de Tondon-Kajan jusqu’à l'Océan, le long de l'Amour. Dans un si long espace, qui est d'environ 150 lieues, on ne trouve que des villages médiocres placés presque tous sur l’un et sur l'autre bord de ce grand fleuve. Tout le reste est désert et fréquenté seulement par des chasseurs de zibelines.

La chasse et la pêche procurent à ceux du Sandan, c’est-à-dire du territoire infé- | rieur de l'Amour, une subsistance abondante. Les Æileng, sur les rives du Khen-Khoun, sont dépeints par les géographes chinois, comme des gens forts et robustes, mais peu civilisés. Hommes et femmes s’habillent, en hiver, de peaux de cerf, et en été, de vêtements faits de peaux de poisson. Ils appartiennent à la famille des Ainos, qui OCCupent la longue montagne de Khi-Kata, dont le golfe de Tarrakaï baigne le versant

Lo

oriental. 11 en est de même des Fiaka qui se tiennent sur Les bords de la mer, près de l'embouchure du fleuve. C'est un peuple grossier, mais brave dans les combats; Jes hommes marchent loujours armés d’un sabre. Leur vêtement est, en été, de peaux de poisson, en hiver, de peaux de chien. Les martes zibelines de ce pays sont d’une rare beauté.

Les Oroichis habitent la baie de Castries. M. La Pérouse les visita en 4787. « Leur village, dit cet infortuné voyageur, était construit sur une langue de terre basséel marécageuse exposée au nord, et qui nous a paru inhabitable pendant l'hiver; maisà l'opposite, et de l’autre côté de la baie, sur un endroit plus élevé, à l'exposition du midi et à l'entrée d’un bois, était un second village composé de huit cabanes plus vastes et mieux construites que les premières. Au-dessus, et à une très-petite dislance, nous avons visité trois iourtes ou maisons souterraines absolument semblables à celles des Kamtchadales; elles étaient assez étendues pour contenir, pendant da rigueur du froid, les habitants des huit cabanes, et complétement meublées, quoique délaissées pendant la belle saison. A

» Enfin, sur une des ailes de cette bourgade, on trouvait plusieurs tombeaux mieux bâtis et aussi grands que les maisons; chacun renfermait trois, quatre ou cinq bières, proprement travaillées, ornées d’étoffes de Chine, dont quelques-unes étaient de brocart. Des arcs, des flèches, des filets, et généralement les meubles les plus précieux de ces peuples, étaient suspendus dans l’intérieur de ces monuments, dontli porte, en bois, se fermait avec une barre maintenue à ses extrémités par deux supports. Les corps des habitants les plus pauvres sont exposés en plein air, dans une bière placée sur une rotonde soutenue par des piquets de quatre pieds de hauteur, mais tous ont leurs arcs, leurs flèches, leurs filets et quelques morceaux d'étolé auprès de leurs monuments, et ce serait vraisemblablement un sacrilége de les enlever.

» IL était évident que nous n'avions visité les Orotchis que dans leurs maisons de Campagne, où ils faisaient leurs récoltes de saumon, qui, comme le blé en Europe, fait la base de leur subsistance, J'ai vu parmi eux si peu de peaux d'élan, que je fus porté à croire que la chasse y est peu abondante; je compte aussi pour une très-petite partie de leur nourriture quelques racines de saranne, que les femmes arrachent sur la lisière des bois el qu’elles font sécher auprès de leur foyer.

» Sans doute les différentes familles dont cette peuplade est composée étaient dispers sées dans les baies voisines pour y pêcher et sécher du saumon. Elles ne se rassemblent qu’en hiver, apportant alors leur provision de poisson pour subsister jusqu’au relout du soleil; c’est ce qui explique la cause du petit nombre d'habitants que nous vimes.

» Ges peuples, ainsi que ceux de l'ile de Tchoka, paraissent ne reconnaître aucun chef et n'être soumis à aucun gouvernement. La douceur de leurs mœurs, leur respeët pour les vieillards, peuvent rendre parmi eux cette anarchie sans inconvénient. Nous n'avons jamais élé témoins de la plus petite querelle. Leur affection réciproque, leur tendresse pour leurs enfants, offraient à nos yeux un spectacle touchant; mais n0$ sens étaient révollés par l’odeur fétide de ce saumon , dont les maisons, ainsi que les environs, se trouvaient remplis. Les os en étaient épars et le sang répandu autour du foyer; les chiens, avides, quoique assez doux et familiers, léchaient et dévoraient ces restes. Ge peuple est d'une malpropreté et d’une puanteur révoltantes; il n’en existe pas de plus faiblement constitué ni de plus laid ; leur taille moyenne est au-dessous de quatre pieds dix pouces; leur corps est grêle, leur voix faible et aigre, comme celle des enfants; ils ont les os des joues saillants, les yeux petits, chassieux et fendus diagonalement; la bouche large, le nez écrasé, le menton court, presque imberbe, el une peau olivâtre vernissée d'huile et de fumée; ils laissent croître leurs

heveux, les tressent à peu près comme nous : ceux des femmes leur tombent épars ur les épaules; on ne les distingue des hommes qu’à une légère différence dans ‘habillement, et à leur gorge, qui n’est serrée par aucune ceinture : elles ne sont sependant assujetties à aucun travail forcé. Tous leurs soins se bornent à tailler et à ‘oudre leurs habits, à disposer le poisson pour être séché, et à soigner leurs enfants, qui elles donnent à teter jusqu'à l’âge de trois à quatre ans.

» Elles paraissent jouir d’une assez grande considération; aucun marché n’était sonclu sans leur consentement : les pendants d'oreilles d'argent et les bijoux de suivre servant à orner les habits sont uniquement réservés aux femmes et aux petites filles. Les hommes et les petits garçons sont vêtus d’une camisole de nankin ou de peau de chien ou de poisson, taillée comme les blouses des charretiers. Si elle descend u-dessous du genou, ils n’ont point de caleçon, dans le cas contraire, ils en portent \ la chinoise, qui descendent jusqu’au gras de la jambe. Tous ont des bottes de peau de phoque; mais ils les conservent pour l'hiver, et dans tous les temps et à tout âge, méme à la mamelle, ils ont une ceinture de cuir à laquelle sont attachés un couteau y gaîne, un briquet, un petit sac pour contenir du tabac et une pipe.

ÿLes femmes sont enveloppées d’une large robe de nankin ou de peau de saumon, qu'elles ont soin de tanner parfaitement et de rendre extrêmement souple. Cet habillement leur descend jusqu’à la cheville du pied; ils sont quelquefois bordés d'une frange de petits ornements de cuivre, qui font un bruit semblable à celui des grelots. Les saumons dont la peau sert à leur habillement ne se pêchent pas en été et pèsent 50'et 40 livres; ceux que nous venions de prendre dans le mois de juillet étaient du poids de 3 ou 4 livres seulement; mais leur nombre et la délicatesse de leur goût compensaient ce désavantage : nous croyons tous n’en avoir jamais mangé de meilleurs.

> Nous ne pouvons parler de la religion de ce peuple, n'ayant aperçu ni temples, ni prêtres, mais peut-être quelques idoles grossièrement sculptées suspendues au plafond de leurs cabanes : elles représentent des enfants, des bras, des mains, des jambes, et ressemblent beaucoup aux ex-volo de nos chapelles de campagne. II serait possible que ces simulacres, que nous primes pour des idoles, ne servissent qu’à leur rappeler le souvenir d’un enfant dévoré par un ours, ou de quelque chasseur blessé par ces animaux ; il n’est cependant guère vraisemblable qu'un peuple si faiblement constitué soit exempt de superstition, Nous avons soupçonné qu’ils nous prenaient quelquefois pour des sorciers; ils répondaient avec inquiétude, quoique avec politesse, à nos différentes questions, et, lorsque nous tracions des caractères sur le Papier, ils semblaient prendre les mouvements de la main qui écrivait pour des signes de magie. »

L'ile Tchoka, Tarrakaï ou Sakhalian est habitée par des tribus d’Ainos. Ces insulaires, courts et gros de taille, ont le teint brun foncé, la barbe et les sourcils très-épais; leur Corps est aussi fort velu. Ils laissent croître leurs ongles comme les Chinois; ils saluent

comme eux et ont tous leurs usages. Ils se font des vêtements d’écorce d'arbre, de nankin bleu natté et dont la forme diffère peu de celle des habillements chinois. Leurs bottes sont de peaux de phoque, avec un pied à la chinoise très-artistement travaillé. Leurs armes sont des flèches garnies en fer, des arcs et des piques. Ils portent au Pouce comme une bague ou bourrelet de plomb ou de corne, qui leur sert de point d'appui pour couper et dépouiller le saumon, avec un couteau tranchant qu'ils portent tous pendu à leur ceinture. Les femmes ne sont pas aussi basanées que les hommes ; quelques-unes se coupent les cheveux autour de la tête, d’autres les laissent croître el les relèvent en haut; elles se teignent de bleu les lèvres et les sourcils.

Les Français qui visitèrent cette île avec M. La Pérouse furent extrêmement surpris de trouver chez un peuple chasseur et pêcheur, qui ne cultive aucune production-de la nature et qui n’a point de troupeaux, des manières en général douces, graves,el peut-être une intelligence plus étendue que dans les classes communes des peuples.de l'Europe; tous les individus paraissent y avoir reçu la même éducation. Ils sont d'une grande probité et montrent un respect presque religieux pour les propriétés: navette leur est connue. M. La Pérouse rapporta un métier avec lequel ils font de: toiles absolument semblables à celles de France; mais le fil en est fait de l'écorce d’un saule très-commun dans leur île. £

Les cabanes de ces insulaires sont construites avec intelligence; toutes les précautions y sont prises contre le froid ; elles sont en bois, revêtues d’écorces de bouleau , surmontées d’une charpente couverte en paille séchée; la porte est très-basse et placée dans le pignon; le foyer est au milieu, sous une ouverture du toit qui donne issue la fumée. De petites banquettes en planches élevées de huit à dix pouces règnentau pourtour, et l'intérieur est parqueté avec des nattes. On trouve dans leurs cabanes beaucoup de racines de sarouc qu'ils font sécher pour leur provision d'hiver, de l'huile et du poisson fumé qui répand une odeur insupportable. Ils ont sans cesse la pipeà la bouche; leur tabac est de bonne qualité, à grandes feuilles; ils le tirent de la Tartarie et leurs pipes du Japon. En général, leurs meubles sont artistement travaillés et presque tous de fabrique japonaise. L'huile de baleine est pour eux un commerce très-important.

Les voyageurs ont remarqué que la langue des Aïnos contient beaucoup de mots qui ressemblent, pour la forme et l’idée, à des mots allemands. |

Sur la rive gauche de l'Amour inférieur et du Sounggari s'étend le gouvernement de Sakhalian-Oula jusqu'aux frontières de la Sibérie. Le gouverneur chinois réside à Sakhalian-Oula-Koton, ville située sur la rive gauche du fleuve dont elle porte le nom: Elle est dans une plaine fertile et parsemée de villages. Cette place fortifiée formeun des principaux boulevards de la Chine du côté de la Russie. IL s’y fait un commerce considérable en pelleteries. Au nord habitent les tribus nomades des Tongous.

Tsitsikar, à 80 lieues au sud, est une autre place forte élevée pour assurer les frontières contre les Russes. Les rues sont étroites et les maisons en terre. La popte lation est commerçante; elle se compose de Mandchous, de Solons, et surtout de Tagouri où Daouriens, anciens habitants du pays.

Les Solons sont d’intrépides chasseurs. « Nous les vimes, disent les missionnaires partir pour aller à la chasse des martres zibelines, vêtus d’une robe courte et étroile de peau de loup; ils avaient une calotte de la même peau sur la tête, et l'arc a dos : ils menaient quelques chevaux chargés de sacs de millet et de leurs longs male leaux de peaux de renard ou de tigre, dont ils s’enveloppent pour se défendre du froids surtout la nuit. Leurs chiens sont faits à la chasse; ils savent grimper et connaissent les ruses des martres. »

Le pays de Khortchin, traversé par les dunes sablonneuses des monts Lian-Pi, est habité par diverses peuplades mongoles, telles que celles de Nayman, d'Onhiot, de Charot et de Ketchikten.

On n'a pas de données positives sur la population totale de la Mandchourie. On l'estime à environ trois millions d'hommes. Tous appartiennent à la race jaune. Les Mandchous ont en général des formes plus robustes, mais une physionomie moins expressive que celle des Chinois. Ils se rasent dès que leurs cheveux commencent pousser et s’arrachent les poils de la barbe, ne gardant que les moustaches et unê Louffe de cheveux qu'ils laissent pendre négligemment sur le dos en forme de queue:

Le costume des Mandchous est en général le même que celui des Chinois. Leurs emmes ne défigurent pas leurs pieds: comme les Ghinoises par une chaussure extrènement étroite. Suivant le récit des voyageurs européens qui les ont rencontrées Jans les rues de Péking, elles portent de longues robes noires qui leur tombent usqu'aux talons, et leurs souliers paraissent autant excéder la grandeur ordinaire, que ceux des Chinoises sont au-dessous. L’empeigne de ces souliers est ordinairement le satin brodé; la semelle, de papier ou de toile, a un pouce d'épaisseur; la pointe nest carrée et un peu relevée. Les femmes mandchoues ont les cheveux relevés et bien lisses de tous les côtés, à peu près comme ceux des Chinoises; elles les ornent lefleurs naturelles et artificielles. Quoique leur visage soit fardé de rouge et de blanc, on voit aisément qu’elles ont le teint naturellement plus blanc que les Chinoises : quelques-unes ont les traits fort beaux.

Les Mandchous n'ôtent jamais leurs bonnets, même dans les plus grandes cérémonies. Ils témoignent leur respect en baissant leurs mains par un mouvement presque imperceptible et en courbant le genou. Devant les princes et les généraux, ils s’agenouillent à trois reprises, s’avançant un peu chaque fois. Pour l’empereur, le salut, répété neuf fois, devient ensuite une complète prosternation.

D'après les relations des jésuites, les Mandchous n’ont ni temples ni idoles; ils révérent un Ëtre suprême qu'ils surnomment l'Empereur du ciel. Cependant le plus grand nombre professe le chamanisme, espèce de bouddhisme. Ils vénèrent la pie, prétendant qu'un de ces oiseaux à Sauvé la vie à un des premiers ancêtres de la famille impériale qui règne en Chine.

Le mandchou est le plus savant des idiomes tartars. L’alphabet présente 1,500 groupes de syllabes. Ce ne fut qu’en 4599 que l'empereur Taï-Tsou, voulant donner une écrilure à son peuple, chargea deux lettrés d'en former une d’après celle des Mongols. On remarque dans cette langue une extrême douceur, une grande richesse départicules qu’on annexe aux mots pour en modifier le sens, une admirable variété d'inflexions données aux verbes, et un grand nombre de racines qui ressemblent à celles de l'allemand, du français, du latin et du grec. La littérature se compose d'ouvrages traduits du sanscrit, du thibétain, du mongol et du chinois. ç

Coréens.— La Corée (Koreï, Kao-Li, Tchao-Sian) contient environ douze millions d'habitants, 33 villes du premier ordre, 58 du deuxième et 70 du troisième. La capitale est Han-Yang, nommée aussi King-Ki-Tao.

Les Coréens sont grands, bien faits, basanés, plus nerveux que les Chinois et les Japonais, d’une physionomie agréable, polis et civils entre eux, obligeants et gracieux envers les étrangers, excepté envers ceux qui font naufrage sur leurs côtes, et qui, bien qu’ils soient traités avec douceur, sont invariablement retenus sans espoir d'être rendus à leur patrie. Les Coréens sont d’un caractère doux et humain, timides, laborieux, économes, modestes; cependant ils aiment assez les plaisirs de la table. Ils passent pour simples et crédules; on les accuse d’être efféminés, lâches, menteurs, rusés et enclins au vol; peut-être ces défauts et ces vices ont-ils pour cause l'oppression qu'ils endurent depuis longtemps. Du reste, ceux du nord sont plus robustes et plus braves que ceux des provinces méridionales. En général, ils aiment le chant, la danse et la musique, et montrent beaucoup de dispositions pour les sciences. Ils répugnent à répandre le sang : on ne tranche la tête qu’au coupable qui a injurié son père ou sa mère; c’est d’après ce principe que celui qui s'est révolté contre le roi est exterminé avec toute sa race; ses maisons sont rasées el ses biens confisqués. Tous les autres délits sont punis par des coups de bambou; ceux qui ont commis un crime Capital sont exilés dans les îles les plus éloignées ou exécutés à mort suivant les circonstances.

Les Coréens portent une robe longue à larges manches attachée autour de la taille par une ceinture; leurs bonnets sont en fourrures; leurs chapeaux sont en bambous tressés, à forme conique, parfois pointue, et à bords très-larges ; leurs pantalons sont amples, leurs bottes en soie, en toile de coton et en cuir; les gens du commun ont des habits très-courts; les robes des gens riches sont en étoffe de soie rouge. Les |

| | femmes ont des jupons à bordures brodées ou galonnées. Les vêtements sont en da |

(étoffes de coton). Leur habillement ressemble à celui des Chinois avant la conquête des Mandchous. 1

La langue coréenne diffère radicalement de la chinoise; mais elle a emprunté de celle-ci beaucoup de mots et ses caractères idéographiques. Les Coréens ont, de plus, une écriture qui leur est propre : elle est généralement usitée; on se sert des caractères chinois pour tout ce qui concerne les affaires publiques et pour la plupart des ouvrages relatifs aux sciences. Les Coréens les ont apprises des Chinois. On distingue leurs lettrés à deux plumes qu’ils portent attachées à leur bonnet. Avant de parvenir àcet honneur, ils subissent de nombreux examens. Leur savoir se borne, en général, à la connaissance de la morale des ouvrages de Confucius et de ses disciples; ils écrivent,de même que les Chinois, avec un pinceau : ils les surpassent dans l'élégance de léériture. Ils impriment avec des planches en bois taillées. Malgré la quantité de livrésret de manuscrits qui existe dans leur pays, ils ont peu de réputation comiñe savants.

La religion de Bouddha ou Fo a une multitude de sectateurs en Corée, non-seulement dans les classes inférieures, mais aussi parmi les grands. Partout on voit dés temples remplis d’idoles; mais ils sont hors des villes. Suivant le récit des missionnaires, la dévotion ne semble pas être très-ardente chez les Coréens. Aux jours.de fête, on va dans les temples, on brûle devant les idoles de petites baguettes parfumées, on fait de profonds saluts et on s’en va. Ce n’est que pour les funérailles et pourdés honneurs à rendre aux ancêtres que les membres d’une famille se réunissent. Les co vents sont nombreux et bâtis sur le penchant des montagnes; ils sont soumis à la juni: diction des villes, qui subviennent à leur entretien; les dons des particuliers y contri buent aussi. Plusieurs de ces couvents comptent jusqu’à 600 moines; ceux-ci ont faculté de rentrer dans le monde; ils payent un impôt considérable, exécutent des travaux pénibles, et ne jouissent d'aucune considération. Leurs supérieurs, quandüls sont instruits, marchent de pair avec les grands du royaume. |

Les maisons des riches sont vastes et ornées, construites en pierre, avec un toit ei tuiles, entourées de cours et de jardins où il y a des réservoirs ; les femmes occupent les appartements du fond. Les marchands ont à côté de leur demeure leur magasin, où ils régalent leurs pratiques de tabac et d’araki. Les habitations des gens du commü sont chétives, en terre, couvertes en chaume et en roseaux, élevées sur des poteaux, dont l'intervalle est rempli de terre; revêtues en bois, séparées les unes des autres par des palissades, tapissées intérieurement en papier blanc; les planchers sont faits en voûte; en hiver on allume du feu par-dessous : aussi est-on très-chaudement, le pla fond de la chambre étant couvert de papier huilé. Les maisons n’ont qu'un étage et ui grenier au-dessus, où sont renfermées les provisions; les meubles se bornent aux plus nécessaires.

Le pays est rempli de cabarets où l’on se divertit à voir les femmes publiques chanter, danser et jouer des instruments. L'été, ces sortes de récréations se prennenl à la fraîcheur des bois et sous des arbres fort touffus. Il n’y à point d’hôtelleries poux les voyageurs, excepté sur le grand chemin de la capitale; ceux-ci s’asseyent où Ja nuit les prend , auprès de la palissade de la première maison qu’ils rencontrent, et où leur apporte suffisamment de riz cuit et de viande préparée pour souper.

Coréen.

(Asie

Quoique vassal, le roi de Corée jouit chez lui d’une autorité absolue; la forme "1 gouvernement est à peu près la même qu’en Chine.

Le roi entretient dans sa capitale un grand nombre de soldats chargés de veiller à la garde de sa personne et de l’escorter dans ses marches. Dans chaque province, les troupes de terre sont sous les ordres de généraux d'armée, d’un ou plusieurs wan-hous (chefs de 10,000 hommes) : il y a dans quelques-unes des amirautés pour les troupes de mer et des commandants de la marine; des places fortes sont bâties sur plusieurs points; de nombreux vaisseaux de guerre de grandeurs différentes veillent à la défense des côtes et sont stationnés dans quatorze ports fortifiés. Des grands juges président à l'administration de la justice ; des préfets de police maintiennent la sûreté dans l'intérieur; enfin les provinces ont des inspections des mines et des salines, des directions de postes, des directions de douanes.

Suivant un usage singulier, chaque ville tire des couvents situés dans l'étendue de son ressort un certain nombre de moines, qu’elle fournit au roi pour garder et entre: tenir à leurs dépens les forts et les châteaux bâtis dans les gorges et sur le penchant des montagnes. Ils passent pour les meilleurs soldats, et obéissent à des officiers pris dans leurs corps; ils sont soumis aux mêmes règlements que les autres troupes.

Les armes de l'infanterie sont un mousquet, un sabre, une demi-pique, un corsélet et un casque. Le soldat doit se pourvoir à ses dépens de cinquante cartouches. Les officiers n'ont que le sabre, l'arc et les flèches. La cavalerie a le casque, la cuirassé, le sabre, l’arc et les flèches, enfin un fouet armé de pointes de fer. Tous les ans on distribue à chaque soldat trois pièces de toile pour s'habiller. Tout Coréen est obligé au service militaire jusqu’à l’âge de soixante ans; le fils remplace le père.

Le roi est regardé comme le propriétaire de toutes les terres; il les donne à qui illüi plaît; le possesseur ne jouit que du revenu. Après sa mort, elles rentrent au domaine royal, à moins que le roi n’en fasse une nouvelle concession aux enfants.

Le monarque à un conseil composé des principaux magistrats et d'officiers généraux de terre et de mer qui s’assemblent tous les jours. Nul de ces conseillers ne peut donner son avis, à moins que le prince ne le lui demande. Ces emplois ne sont pas héréditaires ; ceux qui les occupent les gardent jusqu’à la mort.

Quant aux gouverneurs des villes, magistrats et autres officiers de province, ils ne restent que trois ans en place, et même moins longtemps s'ils sont reconnus coupables de malversations.

Les revenus du roi consistent dans le produit de ses domaines et des droits d’entrée sur les marchandises; la dîime de toutes les productions du royaume lui appartient, également ; elle se perçoit en nature, et est déposée dans des magasins publics: enfin il jouit aussi de certaines réserves sur les terres concédées. Quiconque n’est pas enrôlé dans la milice doit, chaque année, trois mois de travail au roi; ces corvées sont réglées par les gouverneurs des provinces et des villes.

Lorsque le roi sort de son palais, il est porté sous un dais de brocart d’or, accompagné de tous les nobles de sa cour, habillés d’étoffes de soie noires. Toutes les portes et les fenêtres sont fermées dans les rues par lesquelles il passe, et il n’est permis à per: sonne de le regarder. Immédiatement avant lui marche un officier de distinction ave une petite boîte dans laquelle il met les placets qui lui sont présentés au bout d'une canne ou qu'il voit suspendus aux murs; ceux-ci lui sont apportés par des sergents qui n'ont pas d'autre fonction. Le roi, de retour, se fait rendre compte de toutes ces suppliques, et les ordres qu’il donne à cette occasion sont exécutés sur-le-champ.

Les productions de la Corée consistent en toile blanche faite avec les filaments du tchu (urtica japonica) , taffetas brodé, toiles de coton, nattes ornées de dragons à cinq

griffes, nalles à fleurs de diverses couleurs, papier blanc satiné fort comme de la oile, riz, tabac à fumer, peaux de cerf et de loup, sabres; tous ces objets compoent le tribut envoyé à l’empereur de la Chine. Ce pays fournit encore au commerce de l'or, de l'argent, du fer, des lampes de pierres rouges et blanches, du cristal de roche, du sel, des pinceaux faits de la queue des loups, de l'huile, de la houille, de l'encre, du millet, du chanvre, du blé, des cônes de pin, du soufre, des drogues médicinales, des fruits, des éventails en bambou et en os; quelques-uns sont d’un prix irès-élevé ; du vernis jaune donné par un arbre ressemblant à un palmier; les choses qui en sont enduites ont la couleur de l'or; de petits chevaux renommés pour leur force et leur agilité, des poules à longue queue, du miel, des pelleteries, du ginseng, du poisson sec, des coquillages, des mollusques séchés, des fucus et autres productions marines.

La Corée n’expédie des navires qu’à la Chine, au pays des Mandchous , au Japon, à l'archipel des Lieou-Khieou, et ne reçoit que ceux de ces contrées. Les Japonais leur apportent des objets de leurs fabriques, ainsi que du bois de sapan, du poivre, de Valun, des peaux de buflle, de cerf et de chèvre, des marchandises hollandaises. Les-navigateurs modernes qui ont essayé d'entrer en Gorée ont partout éprouvé des refus.

Malgré les précautions prises contre l'entrée des étrangers, des missionnaires chrétiens ont réussi à y précher l'Évangile. Ce fut un Français qui implanta le premier la foidans ce royaume; le nombre des chrétiens y est à peu près de 50,000. Ils y ont éprouvé plusieurs persécutions. En 1832, le P. Barthélemy Bruguière partit de Macao pour pénétrer en Chine, et passer de là en Corée, où, depuis longtemps, il avait le plus vif désir d'exercer le saint ministère. Il portait le titre d'évêque de Capse. Après des peines et des fatigues inouïes, il était arrivé, en 1855, dans la province de Chan-Li. Un Chinois chrétien nommé Joseph, qui lui était dévoué, avait été précédemment expédié en Corée, pour sonder le terrain et reconnaître de quelle manière leprélat pourrait continuer sa route en sûreté. Il en reçut des lettres de la part des fidèles, qui l’informaient qu’ils étaient disposés à suivre ses avis et ceux du P. Pacifique, autre missionnaire déjà établi secrètement parmi eux. Le 7 octobre il parvint à la grande muraille, la passa et arriva le lendemain à Si-Vang, en Mongolie, village assez considérable et presque tout chrétien. Un lazariste chinois y a formé un séminaire préparatoire qui en alimente un autre établi à Macao. IL s’y trouvait alors huit missionnaires, dont trois européens qui venaient d'échapper à une persécution contre les chrétiens de la Péninsule. Il partit le même jour pour se rendre en Corée. Le9, il arriva dans une maison de chrétiens sur sa route, près du Liao-Toung. Le lendemain après diner il tomba soudainement malade, et une heure après il mourut, épuisé par les fatigues qu’il avait endurées. Ce fatal événement a été une grande perte pour la religion et aussi pour les sciences, car l'évêque de Corée était un observateur judicieux, et ses remarques sur cette contrée auraient sans doute été précieuses. Cependant la mission de Corée ne reste pas abandonnée, et des mesures sont prises pour que de nouveaux apôtres s'élancent dans la périlleuse carrière qui leur est ouverte.

Liou-Kureou. — Ce nom chinois est prononcé Riu-Kiu par les Japonais. Les Européens ont fait tantôt Likiou, tantôt Lexio et Lequeo ; les Anglais, dans leurs dernières relations, l'ont modifié en Loo-Tchoo (Lou-Tchou), et les habitants en Dou-Chou. La | ui dénomination indigène est Oghü, que les Japonais écrivent et prononcent

oki.

Quoique l’empereur de la Chine s’arroge la suzeraineté sur le royaume de Lieou-

Khieou, et que, suivant l'usage et l'opinion des Asiatiques orientaux, elle soit constaté par les ambassadeurs qui, tous les deux ans, portent des présents à Péking, et par sccau en caractères chinois et mongols envoyé au roi, cependant cet archipel, par s position entre la Chine et le Japon, est obligé de se reconnaitre également vassal di ce dernier empire, dont le souverain reçoit de temps en temps l'hommage de ce peti monärque. La légation lui offre des sabres, des chevaux dressés, des parfums, de vases pour les contenir, de l’ambre gris, des étoffes de soie, des tissus faits d'écoret d'arbres, des tables en laque incrustées en nacre de perle, de la garance, du vin qu mousse. En retour, l’empereur du Japon donne 500 pièces de monnaie d'argent e 500 paquets de pièces d’ouates. Le chef de l’ambassade reçoit 200 pièces d'argent e dix habillements complets; les autres membres de la légation partagent entre ét: 300 pièces d'argent.

L’archipel des Lieou-Khieou renferme trente-six îles formant différents groupes Gelui du milieu comprend la plus grande île et celles qui l'entourent : elle port spécialement le nom de Ta-Lieou-Khieou (grande Lieou-Khieou ).

Le roi réside à Cheou-Li (Tsiouri en japonais), nom qui signifie la capitale, appelée aussi Vang-Tching (ville royale) : elle est à 20 ris à l’est de Na-Pa-Kiang (Naka. Kou). Au sud on voit le temple de Fatti-Man-Gou (palais des huit étendards). APes s'élève le Ben-Gafk, haute montagne du sommet de laquelle on ne découvre, à l’ôrient et à l'occident, que la vaste étendue de la mer.

Au sud-oùest, dans l’intérieur de la ville, est le lieu de la sépulture des rois del Montagne du milieu; il est tenu avec une propreté extrême. On lit sur la façade cet inscription gravée sur la pierre : Tombeau des rois de la Montagne du milieu de Lieon: Khieou. Tout le canton voisin est entouré de hauteurs qui lui donnent un aspect pittoresque.

Le temple des ancêtres des rois ‘de la Montagne du milieu est au nord de la capitale, etassez éloigné de Na-Pa-Kiang. Quiconque arrive devant cet édifice doit, n'importe son rang et Sa qualité, descendre de cheval et poursuivre sa marche à pied. Ce temple renferme les tablettes portant les noms des ancêtres de la famille royale. Depuis les Lemps des dynasties chinoises des Thong et des Soung (v° et x° siècles); leur suite est très-complète,

Dans le palais du roi s'étend un mur en pierre qui a quelques toises de hauteuret plus de 20 en longueur; il est percé au milieu d’une ouverture garnie d’une tête de dragon, par laquelle coule l’eau d’une source si abondante, qu’elle ne tarit pas dans les plus grandes sécheresses. Derrière le palais, on remarque au pied d’un coteau un pelit temple sans aucune idole; on y brûle des parfums en honneur de la terre. L'étang du dragon est à l’ouest de la ville : deux rochers s'élèvent au sein de ses éaux. Le neuvième jour du neuvième mois, le peuple $e divertit à naviguer sur cette pièce d’eau, dans des bateaux ornés de figures de dragon.

Le palais des ambassadeurs chinois est à peu de distance de Na-Pa-Kiang ; il contien de grandes salles, des chambres, une bibliothèque, des terrasses; on voit danses jardins de petits pavillons de plaisance qui ne consistent qu’en une pièce éclairéé par une fenêtre; de jolis kiosques et des tours. Hors du palais, une grande table en pierre offre en caractères chinois les noms et une notice de tous les insulaires de Lieou- Khieou, qui, dans les temps, soit anciens, soit modernes, se sont distingués. Devant ce monument s'étend une pelouse de cent arpents; chaque jour, à midi, des femmes de tous les âges s’y rassemblent, et y exposent en vente des corbeilles et toutes sortés d'ouvrages en nattes ; ensuite elles se divertissent à différents jeux. '

La religion dominante dans tous ces groupes est celle de Fo ou Bouddha; elle y

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e l'Ile Lou-Tchou.

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ful'introduite il y a plus de dix siècles. Les prêtres de Fo, étant venus de la Chine, introduisirent l'écriture de ce pays, de sorte que l’on peut, par ce moyen, se faire comprendre des insulaires, quoique l’on ne comprenne pas leur langue. Ceux-ci se servent plus fréquemment des écritures syllabiques du Japon appelées kata-kana et foro-kœna , qui sont propres à rendre les sons de leur idiome; du reste, cette langue, au moins dans la grande Lieou-Khieou, paraît être un dialecte du japonais, et est elle-même subdivisée en deux dialectes.

La manière d'honorer la Divinité est de brûler, en plein air, des parfums sur une pierre qui lui est consacrée, et de lui offrir des fruits. C’est aussi sur cette pierre que les insulaires font leurs serments et leurs promesses. Des femmes se consacrent spécialement au service de la Divinité; elles sont très-considérées, parce qu’elles prédisent l'avenir; elles s'occupent aussi de la guérison des maladies, qu’elles tâchent d’effectuer par des prières.

De même qu’à la Chine, l’on a un respect extrême pour les morts; on porte le deuil avec une exactitude rigoureuse; toutefois, les funérailles ne sont pas aussi magnifiques que dans ce pays. L'usage le plus général est de brûler le corps des défunts et de conserver les cendres. On n'offre pas à manger aux morts : on se contente d'allumer des lampes et de brüler des parfums en leur honneur.

les familles se distinguent entre elles, comme à la Chine, par un nom et un surnom, de sorte que les personnes qui ont le même sing (nom de famille) ne peuvent pas contracter mariage ensemble. La polygamie est permise; les jeunes gens des deux sexes communiquent librement entre eux : ainsi le mariage est une suite de leur libre choix. Les femmes ne sont cachées qu'aux regards des étrangers; elles sont généralement chastes, ne se fardent pas le visage et ne portent pas de pandeloques.

Leroi est le plus riche propriétaire. Indépendamment du produit de ses domaines, il jouit de celui des salines et des mines de soufre, de cuivre et d'étain; les impôts vont aussi grossir son trésor. Avec ces revenus, il paye les appointements des fonctionnaires publics et entretient sa cour. Les traitements sont calculés par sacs de riz, qui en forment le fond; on y ajoute des étoffes de soie, des toiles de coton et d’autres choses. Le riz est le signe d'échange; car, dans tout l'archipel, il ne circule qu’un petitnombre de pièces d'argent et de cuivre chinoises et japonaises.

Lefils aîné du roi porte le titre de vang-tsi (o-si) ou prince royal; ses frères puinés sontégaux entre eux pour le rang, et composent la première classe de la noblesse. Les-revenus de chacun de ses membres sont ordinairement de 2,000 sacs de riz; cette classe comprend aussi les plus proches parents du roi, et se subdivise en trois branches: Les autres parents du monarque sont répartis dans d’autres classes. Le corps dela noblesse en compte encore deux; le total est donc de neuf classes.

Les tribunaux des finances de la grande Lieou-Khieou et des trente-six autres îles qui obéissent au roi siégent dans la capitale; celles-ci ont un député près de la cour. D'autres tribunaux prononcent sur les difficultés qui surviennent entre les sujets el surles délits. Les grands du royaume possèdent des métairies et des villages; il ne leurest pas permis d'y demeurer; ils sont tenus de résider dans la capitale. Le roi fait administrer leurs biens et leur en remet les revenus; les frais d'exploitation en emportent la moitié. Les propriétaires doivent, sur ce qui reste, acquitter encore d'autres charges ; ainsi ils ne reçoivent guère que le tiers.

Les grands et les mandarins ne peuvent employer que deux porteurs pour leur chaise; leroi seul jouit de la prérogative d’en avoir un plus grand nombre. Ces chaises à porteurs, leurs armes, leurs marques distinctives, leurs vêtements sont à la japonaise. Toutefois, dans ces derniers temps, on a commencé à prendre les modes et les usages de la Chine.

Les insulaires font du sel avec l’eau de la mer. Le long des côtes, ils aplanissent de grands espaces, dont ils battent le sol jusqu’à ce qu'il devienne très-dur à sa surface ; alors ils y étendent une couche de terre sablonneuse de couleur noire, et lui donnent un quart de pouce d'épaisseur ; ils l’unissent avec des rateaux et d’autres outils, pour qu'elle ne présente pas d’inégalités ; mais ils ne la tassent pas, pour que ses particules ne soient pas trop adhérentes. Durant la chaleur du jour, on asperge cette terre au moyen de pelles courtes avec de l’eau de mer qui est apportée dans des baquets. L’ardeur du soleil ne tarde pas à faire évaporer toute l'eau, et le sel reste dans le sable ; on le ramasse, on le serre dans des réservoirs qui ont six pieds de long, quatre de large et cinq de profondeur; quand ils sont pleins, on verse de l’eau de mer pardessus, elle dissout le sel et l’entraîne en sortant par un pelit orifice; ce mélange est reçu dans des vaisseaux longs de trois pieds et profonds d'un pied. Les masses de sel que l'on obtient par ce moyen ont un pouce et demi d'épaisseur. |

On fabrique dans la grande île du papier très-fort; il est plus épais que celui de Corée; on le fait avec les cocons des vers à soie; on peut le teindre comme une étoffe et'en tailler des vêtements. Pour une autre espèce de papier, on emploie l'écorce du mürier à papier.

Les étoffes de soie dont on s'habille viennent, pour la plupart, de la Chine: on recueille dans l’archipel une espèce de soie beaucoup plus rude que celle de ce pays. La fabrication des toiles de coton est très-active.

Les ouvrages qui viennent de ces îles jouissent d’une certaine réputation, L'or, l'argent et les autres métaux façonnés par les ouvriers des Lieou-Kieou sont estimés ; les navires qu'on y construit ont une très-grande vogue à la Chiné et au Japon.

La mer abonde en plantes marines, dont on fait des nattes et des vêtements pour la pluie. La nacre de perle et l’écaille de tortue de cet archipel sont recherchées; il s'en expédie des cargaisons à la Chine et au Japon.

Formosaxs.— L'ile Formose est nommée par les Chinois Thaï-Wan, et par les insulaires Pacahimha; traversée du nord au sud par la chaîne des monts Ta-Chan (grande montagne), elle est naturellement divisée en partie orientale et en partie occidentale. La première, habitée par des tribus indigènes indépendantes, est perpétuellementen guerre avec les Chinois qui occupent l’autre partie. Ces indigènes ressemblent, par leur physionomie et leur teint, aux Malais. Chaque tribu a son idiome particulier. Ceux qui habitent le nord ont des maisons à la chinoise, et se vêtent de peaux de cerf, sans porter de manches; ils se coiffent d’un bonnet pointu fait de feuilles de palmier et surmonté d’une plume de coq ou de faisan; ceux du sud n’ont que des cabanes en bois et en terre sans meubles, et ne se couvrent que d’une ceinture qui descend à peine jusqu'aux genoux.

Ils se font sur la peau des cicatrices auxquelles ils s'efforcent de donner la forme d'arbres, de fleurs ou d'animaux ; leur nourriture est le blé, le riz et surtout le gibier qu'ils prennent à la course, tant ils sont agiles : cependant ils manient avec beaucoup | d'adresse le javelot et les flèches. Ils vivent dans des villages qui obéissent à un seül où à plusieurs chefs qui jugent les contestations, récompensent l'adresse et accordent | les permissions de se tatouer, de se teindre les dents en noir, et de porter des ornements en coquilles ou en pierres de couleur. |

La Chine fait avec Formose un commerce très-considérable ; elle en tire du sucre, | du riz et autres denrées; elle y envoie du thé, des étoffes de laine et de soie et beau- | coup d’autres articles de ses fabriques. Plus de cent jonques chinoises sont tous le | mois employées à ce commerce. La Chine entretient dans cette île une armée de | 16,000 hommes, et plusieurs vaisseaux de guerre dans ses ports. |

nl :

Formosan.

Haï-Nan (sud de la mer). — Au centre de cette île s'élève l'Ou-Tchi-Chan, dont la rime atteint la région des nuages. Cette montagne envoie de ous côtés des branches quilaissent entre elles des vallées et quelques plaines fertiles arrosées par des rivières. Les indigènes sont nommés par les Chinois li; ceux qui sont civilisés, je-li, et ceux qui vivent dans l’état sauvage, seng-li. Ces insulaires sont petits et de couleur rougeûtre. Ils s'habillent à la chinoise; mais le costume des femmes est moins gênant. Celles-ci jouissent aussi de plus de liberté. L'usage du bétel et de l'arec est général, et a une influence funeste sur leurs dents. Ces insulaires sont affables, hospitaliers et obligeants: Depuis que le commerce s’est répandu sur leurs côtes, ils ont perdu beaucoup de leurs bonnes qualités, et on leur reproche surtout d’être enclins à la piraterie.

Dmpéraixs. — Le Thibet se divise en quatre grandes provinces, qui sont : le Kam, à l'est, chef-lieu Ba-Thang; l'Oueï, chef-lieu H'lassa, capitale du pays; le Dzang, chetlieu Gigatsé ; et le Ngari ou Petit-Thibet, chef-lieu Ladak.

Tous les peuples qui professent le bouddhisme regardent le Thibet comme une terre sainte, parce que c’est à H’lassa que réside le dalaï-lama , vénéré comme une incarnation de Bouddha. (Voyez pages 99 et 117.)

Quand un dalaï-lama veut quitter ce monde, ce qui, suivant ses seclaleurs, arrive au jour, à l'heure et avec les circonstances qu'il a déterminés, il laisse toujours un testament qui désigne son successeur ; il l'écrit lui-même et le dépose dans un endroit secret autour de son trône, afin qu'il ne soit trouvé qu'après sa transmigration. Dans ce document, il prescrit le rang, la famille, l’âge et les autres indices qui feront reconnaître son successeur et l’époque à laquelle on devra en faire la recherche. Ce testamentrest cherché immédiatement après que le dalaï-lama a changé de demeure : il est ouvert par le vicaire du temple, en présence des plus saints personnages Æhoubiligans (régénérés) et du haut clergé. Quand on a découvert le successeur désigné, il est inauguré solennellement avec les cérémonies prescrites par le rituel. Les cendres de son prédécesseur sont recueillies soigneusement; on en réduit une portion en petites boules vitrifiées qui sont réputées reliques sacrées.

De dalaï-lama, comme les autres prêtres quand ils sont revêtus de leurs ornements sacerdotaux, à une robe et un manteau jaunes, et il est coiffé d'un bonnet de la même couleur, pointu, et dont les côtés descendent assez bas pour cacher les oreilles. Quand ilwient dans un temple, il s’assied, les jambes croisées, sur un trône formé d’un pile decoussins placés sur l'autel, et sous un dais. Les fidèles s’avancent respectueusement pour l'adorer et recevoir sa bénédiction. Il ne la donne avec la main qu'aux personnages du rang le plus éminent dans l'ordre social. 11 bénit les autres laïques avec une espèce de sceptre doré, long d’une coudée, de bois rouge et odorant. L'un des bouts ésStgarni d'une poignée; l’autre se termine en forme de fleur de nénufar, du centre délaquelle sort un ruban de soie jaune, long d'à peu près deux pouces et entourant {rois morceaux de soie de couleurs différentes et à franges, attachés ensemble et de la longueur d’un empan. Avec cette houppe, le dalaï-lama touche à la tête de ceux qui sont agenouillés devant lui; si leur nombre est très-considérable, quelques-uns des lamas lés plus distingués se placent à côté du trône de leur souverain pontife et lui soutiennent le bras droit. : 4

Les laïques qui ont le rang de docteurs vont d’abord prier devant d’autres idoles ; ensuite ils se prosternent devant le dalaï-lama aussi souvent que leur dévotion le leur Sügoère; enfin ils s’agenouillent, et la tête baissée, les mains sur le visage et dans le plus profond recueillement, ils reçoivent la bénédiction, après laquelle ils réitèrent leurs prosternements. Quant aux laïques qui n’ont pas la qualité de docteur , ils NEED nent immédiatement s’incliner respectueusement devant le trône du pontife-dieu.

Les lamas persuadent au peuple, et racontent sérieusement, que quand plusieurs per sonnes sont en adoration devant le dalaï-lama, il se présente à chacune d'elles sou une figure différente. A l’une il paraît jeune, à l’autre de moyen âge; chacun eroi attirer exclusivement les regards du dieu incarné, et partout où passe le dalaï-lama, disent ses sectateurs fervents, il se répand une odeur d'une suavité admirable : quand il l’ordonne, des sources d’eau vive jaillissent miraculeusement au milieu des plaines les plus arides, des forêts s'y élèvent; enfin d’autres merveilles s’y manifestent,

Le dalaï-lama porte aussi le titre de lama-éremboutchi. Outre ce patriarche suprême, une autre divinité vivante d’un rang supérieur, le bantchin-rimbotchi, résideà Djachi-Loumbo, dans le Thibet méridional; le dalaï lui-même se met en adoration devant lui, parce que son origine divine est la plus ancienne des deux. Leurs sectateurs respectifs ont autrefois été ennemis, mais aujourd'hui tous vivent en bonne intelligence entre eux. Ces deux chefs de la religion bouddhique n’ont, sous le rapport politique, rien à craindre l’un de l’autre, car c’est dans leur union intime qu’existéde véritable centre de la foi et de la hiérarchie. A la mort de l'un des deux, celuiqui survit est chargé d'inaugurer l’autre régénéré, lorsqu'il a été découvert, et vientduimême l’asseoir sur Le trône. Il est bon de remarquer que jamais les incarnationssne peuvent avoir lieu dans la ligne de descendance d’une même famille; il faut toujours, quoiqu'elles dépendent de la volonté de l'âme qui doit reparaître, que ce soit dans-une famille différente. F |

Les dix khoutoukhtous qui tiennent le premier rang après ces pontifes participent aussi à la prérogative de se régénérer. Celui qui réside chez les Mongols est nommée ghéghen-khoutoukhtou. Jadis le nom de lama n’appartenait qu’à la classe suprémedes prêtres, car il désigne l'incarnation d’une âme sainte dans un-homme; aujourd'hui tous les membres du clergé bouddhique sont appelés lamas, mais eux-mêmes réser: vent cette dénomination pour les plus vénérables d’entre eux. Le prêtre ordonnéest le ghelong; il peut donner la bénédiction : au-dessous de lui est le gætsul, qui peut'se comparer à un diacre; l’ecclésiastique du degré inférieur à celui-là est le bandi.

Les khoutoukhtous bénissent les gens du commun avec la main droite enveloppée d'un morceau de soie; les prêtres ordinaires prennent leur chapelet à la main eten touchent la tête du fidèle agenouillé. Fe

Les prêtres bouddhistes vivent en communauté dans de vastes couvents sous direction d’un supérieur. Ceux du Thibet portent une robe jaune et un manteau era moisi; leur habillement est fait d’une étoffe de laine : ils ont un chapeau ou un bonnel soit pointu, soit arrondi et à peu près carré. Un chapelet est suspendu à leur côté, ou bien ils le tiennent à la main pour en compter les grains en répétant des prières. Les uns ont le bonnet jaune, d’autres le bonnet rouge; ces couleurs différentes désignent deux secles jadis ennemies, aujourd’hui réconciliées; le dalaï-lama et le bantchinrimbotchi ont des bonnets jaunes. Les lamas principaux portent à la main, dans les cérémonies, un bâton pastoral, dont le haut est recourbé et entouré d’ornements.

Les prêtres vont trois fois par jour au temple; le matin avant l’aube, à midi etlle soir. Ils récitent des prières et chantent des hymnes : l'office commence par la profes sion de foi; il est accompagné du son de nombreux instruments de musique qui son très-bruyants; ce qui a pour but d'attirer l'attention de la divinité sur les fidèles. Les temples sont ornés de figures de Bouddha et de plusieurs autres idoles. A certains jours solennels, on les porte processionnellement en grande cérémonie. D’autres processions se font fréquemment autour des temples. Pendant l'office, des cierges sont allumés el l’encens fume.

Les laïques n’entrent dans ces édifices sacrés que pour adorer les idoles et recevoir

bénédiction des prêtres. Ceux-ci leur versent dans la main, pour une légère offrande à argent, quelques gouttes d’une eau consacrée et mélée avec du safran et du sucre; à la boit pour se sanctifier et se fortifier.

Des jours de jeûne et de prière sont observés au commencement du printemps, de été et de l'hiver. En février pendant dix-huit jours, en mai pendant vingt, en ovembre pendant toute la durée de la lune, et deux jours de plus après, tous les êtres se rassemblent pour faire des prières solennelles. Ces jours-là, on s’abstient e manger de la viande. Le 9, le 19 et Le 29 de chaque lune, sont spécialement conicrés à des prières. À ces époques, une foule de prêtres, qui s'élève quelquefois squ'à 3,000, se réunit près de chaque temple : le dalaï-lama el les autres pontifes uprèmes n'ont pas l'habitude d'assister à l'office ces jours-là.

Au contraire, c'est pour eux une obligation d'officier eux-mêmes el de donner leur énédiction aux quatre grands jours de fête, qui sont le 4°r jour de la première lune e février ou de la nouvelle année, le 5 de la deuxième lune de juin, le 16 de la lune e juillet, Le 25 de la lune de novembre. Toutes les cérémonies religieuses se célèbrent vec une grande pompe.

Quand un enfant vient au monde, on fait venir un prêtre qui bénit un vase d'eau { de lait mêlés ensemble; il souffle dessus en récitant des prières et y baigne le noueau-né: cette cérémonie faite, il lui impose un nom d'après son idée ou d'après indication de livres qu'il consulte : tous ces noms sont ceux de saints du boudhisme. Ensuite un grand repas est servi ordinairement aux amis de la famille et aux rêtres.

Aux mariages, les lamas déterminent le jour favorable pour la célébration, consulant à cet effet les livres sacrés, après avoir noté l'année, le mois et le jour de la naisance des deux futurs. Ils prennent surtout en considération le jour qui promet du sonbeur à la femme, quand même il ne s'annoncerait pas avantageusement pour homme. Comme chacun ne peut espérer par an que quelques-uns de ces jours réputés deureux, si par hasard ils sont déjà tous passés, le couple est obligé d'attendre à l'année suivante pour se marier.

Le jour de la noce, le futur, accompagné de ses amis, mais sans son père ni sa mère, ient chercher sa fiancée; lorsque tout ce monde s'en retourne, les parents de celle-ci, ouau moins l’un d'eux, se joignent à la troupe si l'habitation du futur est éloignée. Quand on arrive, un prêtre encense la maison avec des parfums et invoque la présence des divinités secourables; il consacre ensuite par des prières un vase rempli d'eau et de lait; les mariés y puisent ce qu’il faut pour se laver le visage; il leur donne la bénédiction nuptiale en leur posant un livre saint sur la tête, et finit par adresser à Dieu des vœux pour leur bonheur et leur fécondité. Ces cérémonies achevées, les époux sont conduits dans un appartement séparé où on les laisse seuls, tandis que la société se divertit à danser, à chanter, à faire de la musique, ou se livre à d'autres amusements qui, chez les personnes riches, durent souvent cinq et même dix jours. Les filles reçoivent une dot, sans que le mari soit obligé de rien payer à son beau-père, ainsi que cela se pratique chez les autres peuples asiatiques.

Quand quelqu'un tombe malade, des prières prescrites par le rituel sont adressées pour obtenir de Dieu que la santé lui soit rendue. Si le danger devient imminent, le malade est exhorté à la mort par des récits relatifs à la transmigration de l'âme, el accompagnés de prières auxquelles se joignent les assistants qui ont le chapelet à la main.

Les cadavres sont enveloppés de toile de coton ou d'étoffes de soie, suivant la forlüne de la famille, et ensuite on en dispose, de même que chez les Mongols, d'après

l'indication des livres sacrés, Les lamas, qui ont récilé près du corps les prières pou les défunts, accompagnent le convoi en chantant les hymnes des funérailles; avant d livrer le corps à sa dernière destination, des oraisons sont adressées aux génies pr tecleurs, pour qu'ils écartent de l'âme du trépassé tout ce qui pourrait troubler so repos. De retour à la maison, les personnes et les prêtres qui ont assisté au Convo prennent part à un grand repas.

Des prières sont récitées par un lama, pour le salut de l'âme du décédé, pendan dix jours au moins, pourvu que la pauvreté de la famille de celui-ci ne s’y oppose pas. ce service funèbre se continue pendant plusieurs mois de suite, et même pendantun année entière pour les gens riches. Dans ce cas-là, le prêtre vient habiter la maison du défunt; il recoit pour sa peine des étofles, des vases ou d’autres choses et de l’argent. De plus, un service solennel, pour lequel un grand nombre de prêtres est convoqué, doit se célébrer le quarante-neuvième jour après le décès, et au bout de l'an. I dépend ensuite de la volonté des parents de le faire répéter annuellement. "4

Tous les ans, à la fin d'octobre, la commémoration de tous les trépassés a lieu. Le toit des temples, des couvents et des maisons particulières est illuminé. Le silencede la nuit est interrompu par le son des cloches, le retentissement des instruments de musique, le chant des hymnes funèbres; les gens riches ou aisés font des distributions de vivres et d’aumônes aux pauvres: on est persuadé que la circonstance ajoute beau- Coup au mérite de ces actes de charité.

Les lamas se croient obligés de chanter les louanges de Dieu le plus haut et le plus vite qu’il leur est possible: ainsi ce qui peut paraître une action bizarre ou mére ridicule à un spectateur indifférent est chez eux une preuve de zèle et d'émulation. Indépendamment des prières solennelles qui se font au temple, ils en ont de particulières qui se récitent dans l'intérieur du monastère et ailleurs. Elles sont toujours accompagnées de musique.

Sans cesse, dans leurs actes de dévotion , les bouddhistes ont à la bouche ces mots: Om mani pad mé om ; ils les répèlent en comptant les grains de leur chapelet et en adorant leurs idoles. Un grand mérite est attaché à ces paroles mystiques empruntées à la langue sanscrite : elles sont sculptées en relief sur des bandes d’étoffe attachées à des piques que l’on fixe partout : sur les pierres, sur les flancs des rochers, sur des murs, Sur des planches, et écrites sur des feuilles de papier qui les contiennent autant de fois que le permel la dimension; ces feuilles sont renfermées dans des cylindres de bois traversés par une verge de fer, afin qu'ils puissent être mis en mouvement. Ces cylindres sont de grosseurs différentes : les uns se portent à la main, d’autres sont placés sur des crampons en fer disposés le long des chemins: d'autres sont disposés dans les temples ; faire tourner ces cylindres avec la plus grande vilésse possible est un acte très-méritoire et très-utile pour le salut de l'âme. On en installe même auprès des rivières pour que le cours de l’eau les fasse mouvoir.

Ce serait mal juger le bouddhisme que de l'apprécier par ces pratiques qui sont puériles , mais qui au fond n’ont rien de répréhensible. Les préceptes de cette religion ont droit au respect de tout homme sensé : à l'exception de l’article qui proscril l’'adoration des images taillées, on retrouve dans les commandements de cette croyance ceux du Décalogue que Moïse reçut de Dieu sur le mont Sinaï. Il n’est donc pas surprenant que la morale du bouddhisme ait produit une influence heureuse sur le caractère de peuples grossiers et farouches, et qu’elle les ail aidés à dompter leurs passions; il a par là rendu un véritable service à l'humanité. « Moins entichés dé préjugés barbares que les brahmanes, dit M. Abel Rémusat, les bouddhistes ont à la vérité permis l'usage de la chair des animaux, mais ils ont rappelé l'homme à la

dignité qu'il tient de son Créateur; ils ont eu moins de respect pour les vaches et les éperviers, mais ils ont montré plus de commisération pour les artisans et les laboureurs. Hors des limites de la région arrosée par les rivières saintes, le salut des hommes est impossible, suivant les brahmanes, et il est même inutile de s’en occuper. ('estjustement dans ces! lieux déshérités des influences célestes, que la religion de Bouddha est allée répandre des principes généreux et salutaires, applicables à tous les peuples et à tous les pays. C’est elle qui a policé les pâtres du Thibet et adouci les mœurs des nomades de la Tartarie. Ce sont ses apôtres qui, les premiers, ont osé parler de morale, de devoirs et de justice aux farouches conquérants qui venaient de dévaster l'Asie. »

Un grand ouvrage, appelé en thibétain Gandjour, est la somme du bouddhisme (voy-ci-dessus, p.117); il a été traduit dans les principales langues de l'Asie orientale.

IlMnest pas étonnant que dans une religion qui tend sans cesse à la vie contemplative, des hommes qui visent à la perfection aillent vivre solitairement dans des antres ébSur les montagnes, évitant toute relation avec le reste du genre humain et s’abstenant de toute nourriture animale. D'autres se réunissent en communauté dans des lieux écartés, et envoient aux villes et aux villages des frères quêteurs.

Enfin le bouddhisme a ‘aussi des religieuses réunies dans des couvents; un de ces monastères a pour supérieure un khoutoukhtou féminin (page 27). L’habillement de ces nonnes ressemble à celui des autres femmes, mais il est de la même couleur que celui des moines, et elles ont comme eux des bonnets pointus. Elles portent un ruban rouge par-dessus l'épaule droite; elles ne se tondent pas la tête; elles nattent leurs cheveux en deux tresses de chaque côté, tandis que les autres femmes n’en laissent pendre qu'une derrière chaque oreille. Quelques-unes de ces religieuses vivent dans le monde ausein de leurs familles.

Sur le Marbori, l'un des sommets du mont Botala à l’ouest de L’hassa, s'élève le palais ou plutôt le couvent dans lequel réside le dalaï-lama. L'édifice est de couleur rouge; le toit est surmonté d’un dôme doré et orné d’une quantité d’aiguilles recouvertés de lames d’or et d'argent. Le temple ou le principal bâtiment de ce palais à 367pieds de hauteur. On y compte 10,000 chambres; on y voit une multitude d’idoles eniétaux précieux. L'hassa fut jadis ceinte d’un mur; il fut détruit en 1722 et remplacé pañune digue en pierre brute qui commence au pied du mont Lang-Lou, s'étend jusqu’au Dziagh-Ri-Bidoung et a environ trois lieues de longueur; elle entoure le Botala ct le garantit du choc impétueux de la rivière; les Thibétains la nomment la Dique’sacrée. Au premier mois de l’année, les prêtres viennent de toutes parts, pour lacélébration des fêtes religieuses, au L’hasseï-Tsio-Khang; ils portent des pierres à la digue, y jettent de la terre et la pavent; mais le gouvernement est chargé de son entretien.

“A'une distance de 8 lieues à l’est du Botala, s'élève le L’hasseï-Tsio-Khang, temple resplendissant d’or et de pierreries de différentes couleurs; à côté on voit un autre temple magnifique ; à 7 lieues au nord de celui-ci est la ville de Djachi, dans laquelle réste la garnison chinoise. Séra, Bhréboung, Samié et Ghaldan sont de vastes monastères qui de près étonnent par leur perfection et de loin captivent par leur beauté; mais le Dzoun-Kio, le jardin du Kadzi et celui de Chousiou-Gang, l'emportent sur tous les autres et sont situés à peu de distance l’un de l’autre. Ici le dalaï-lama, quand il a un moment de loisir, vient prendre du repos. Au printemps, ces jardins sont ombragés par des pêchers et des saules et en hiver par des cèdres et des cyprès. Les palais resplendissants de cette habitation ne diffèrent nullement de ceux de la Chine, et ici en effet est le royaume de la joie dans l'occident.

L'hassa est le centre d’un commerce considérable; les marchands de la Chinede l'Hindoustan, du Nepäl, du Cachemir, de la Boukharie, du Boutan, y arriventen. grand nombre; le bazar est vaste et bien garni ; on y trouve de la soie écrue du pays, de la laine fine, des tissus de laine plus ou moins fins, des bâtons de parfum, dela toile et des soieries, des pierres précieuses, du musc, du borax, des graines etdes fruits,

La population du Thibet est à peu près de 7,000,000 d’âmes et se compose de deux races d'hommes; les Jos ou Soghbou, dans le nord et le nord-est, ressemblent.aux Mongols; le dernier nom, qui signifie nomades des prairies, leur a été donné parce qu’ils mènént, avec leurs troupeaux, une vie errante dans les montagnes; les traits des Bohd, qui occupent le reste du pays et sont les plus nombreux, rappellent la physionomie des Tsingaris (Bohémiens) que l’on regarde comme originaires du nordude l'Hindoustan. M. Manning nous assurait qu’il existe une grande ressémblance entrela physionomie des Thibétains et celle des Juifs.

Peu de voyageurs européens ont visité le Thibet; des missionnaires de l'Église romaine à nas époques, et plus récemment encore des Anglais, y ont pénétré;.de nos jours, un Hongrois, M. Csoma de Kærœæs, enflammé d’un véritable zèle pounla science, s’est enfermé durant plusieurs années dans un couvent de ce pays pourmen étudier la langue et la littérature; arrivé ensuite à Calcutta, il a publié une grammaire et un dictionnaire de l’idiome des Thibétains,

Les Thibétains ont leur langue et leur alphabet particuliers; les caractères s'écni: vent de gauche à droite; cette langue se partage en plusieurs dialectes. Le sanscritæest employé pour les invocations, les exorcismes, les litanies; en un mot il est la langue liturgique des lamas. Ceux du Thibet étudient avec soin l’idiome sacré dans lequellla Divinité a daigné parler aux hommes. La littérature de ce pays est celle du bouddhisme en général; is théologie de Bouddha en est la base; de prolixes traités de morale,-de métaphysique et de cosmologie, des romans historiques ou mythologiques, des rituels; des prières en forment le fond, il faut y ajouter des traditions particulières, des légendes nationales et la vie des saints et des héros les plus célèbres du pays Il ya des imprimeries en divers lieux.

Les villes sont rares au Thibet et composées généralement de la réunion de plusieuts bourgs bâtis autour des temples ou des couvents; l’une des plus considérables est Jiga- Got dans la province d'Oueï, à 14 lieues au sud-ouest de L’hassa; on y comple 20,000 familles. « Les villages, dit Turner, n’ont pas une belle apparence; les maisons en sont très-mal construites, elles ressemblent à des fours à chaux, et sont bâtiesel pierres qu'on ne lie pas avec du mortier; on n’y laisse que trois ou quatre petites, ouvertures pour donner du jour. Le toit forme une terrasse entourée d’un parapet haut de deux à trois pieds; on y plante soit un petit drapeau, soit une branche d'arbre, ow bien une corde garnie de morceaux de papiers ou de chiffons de toile blanche, comme la queue d’un cerf-volant. Cette corde, tendue d’une maison à l’autre, passe pour un charme infaillible contre le pouvoir des mauvais génies. »

On peut diviser la nation thibétaine en deux classes; l'une se consacre entière aux affaires du ciel, l’autre s’ occupe de celles de ce monde. Les Thibétains sont bons, humains, hospitaliers, très-modérés dans leurs passions; on leur reproche une grande malpropreté. Leur vêtement consiste en une tunique qui, en été, est d’étoffe de laine, et en hiver de peaux de mouton ou de renard, préparées avec leur poil. Ils se couvrent d’un bonnet fourré. Les personnes qui appartiennent aux classes supérieures ot possèdent de la fortune ont des habits de soie et de belles fourrures. Les femmes portent un pourpoint à manches courtes et un tablier en étamine ou en soie: elles sé

Thibetain.

{Asie.)

leurs cils sont si fins qu’à peine on les distingue, et les sourcils sont peu épais. Ces au-dessous des yeux que leur visage a le plus de largeur; il y est aplati et se rétréc: en descendant vers le menton, caractère qu’on retrouve chez les Mongols et encor plus chez les Chinois. Ils ne sont pas plus propres que les Thibétains. Durant so: séjour, Turner vit des ghélongs qui allaient régulièrement se baigner une fois | semaine dans les eaux d’une rivière; « mais, ajoute-t-il, cette ablution est une pra tique de dévotion, et ils ne la répètent pas plus souvent que leur religion ne le leu prescrit. Beaucoup de Boutanis laïques croient pouvoir se dispenser de se laver et 4 boire de l’eau. On rencontre assez souvent des gens affligés de goître. »

Les bagages sont transportés à dos d'homme, et les femmes portent toujours le plus gros fardeaux ; les travaux de la terre sont aussi en grande partie leur partage.

Tassisudon, situé dans une vallée large d’un quart de lieue, bien cultivée et arrosé par le Tchin-Tchou, est la résidence du deb-radjah, souverain temporel du Boutan Cette capitale ne consiste que dans le palais du prince qui est en forme de parallélo gramme et bâli en pierre; son étendue est immense : les ministres, les officiers et tou les domestiques du prince y sont logés; les murailles ont plus de trente pieds de haut À mi-hauteur règne un rang de balcons garnis de rideaux de crin qu'on ferme tousle soirs ; au-dessous des balcons de très-petites fenêtres semblent destinées à donner di l'air plutôt que du jour. Le palais a deux entrées; la première, qui fait face au midi, : un escalier en bois dont les marches sont bordées de bandes de fer; il commence er dehors au ras du sol, s'élève jusqu’à la dernière terrasse et est pratiqué tout entie dans l'épaisseur de la muraille. L'autre entrée, qui est la principale, fait face a levant; on y monte par un escalier en pierre : il conduit dans un corridor spacieu que ferment deux portes massives couvertes de gros clous de fer. Un grand fléau d bois, qui est scellé dans le mur, assure encore ces portes quand elles sont fermées À l'extrémité du corridor, on se trouve en face d'un bâtiment carré appelé la citadelle. c'est là que réside le dhamea-radjah, souverain légitime, mais qui ne se mêle nulle ment des affaires mondaines. Il est une incarnation d’une divinité et lama du premier rang. Des idoles innombrables ornent ce palais. A

Cette citadelle à sept étages de-haut, chacun de 13 à 18 pieds d’élévation: Li comble en est plat, en bois de sapin, et fait une saillie considérable. L’idole de Mah4 mounie, très-vénérée des Boutanis, est au septième élage; au-dessus s’élève un pelil pavillon carré, en maçonnerie, couvert en cuivre et richement doré. «2000

Toutes les maisons de Tassisudon sont à plus d’un mille du palais, disséminées ‘en différents groupes. À la même distance au nord du palais s'élève celui d’un lama, sur un plateau long et étroit, où l’on à planté plusieurs bannières blanches, offrant les paroles mystiques : Om mäni pad mé om. On devine aisément que le bouddhisme est la religion des Boutanis. ;

Près du palais de Tassisudon s'étend une longue rangée de hangars renfermant des ateliers où l’on forge continuellement des idoles de bronze et de fer, et divers ornements pour les temples. À peu de distance est une grande manufacture de papier que l’on fait avec l’écorce d’un arbre nommé deh , et très-commun dans les environs : celte fabrication et celle de quelques tissus grossiers en laine ou en coton composent toule l'industrie des Boutanis. Le deb-radjah est le seul négociant du pays; tous les ans'il envoie à Rangpour, dans l’Hindoustan, une caravane qui porte des marchandises du Thibet et de la Chine et prend en échange celles que lui fournit le Bengale et dont quelques-unes viennent d'Europe.

Les maisons des particuliers n’ont qu’un étage, et sont en très-grande partie con* struites en bois; le meilleur moyen qu'on ait pu imaginer d’y faire du feu sans les

yrélér, est de l’allumer sur un grand carreau de pierre placé au milieu de la chambre; les Boutanis se rangent tous autour. La fumée, n'ayant d'autre issué que la porte et es fenêtres, incommode excessivement les personnes présentes et finit par noircir eur teint comme elle noircit les lambris et le plafond.

Dans un pays aussi coupé par des vallées profondes, il n’est pas étonnant que les ponts soient très-nombreux; ils sont en général d’une construction très-ingénieuse; il sufitde citer celui de Tchouka, forteresse située à 18 lieues sud de Tassisudon sur la rive gauche de Gaddada. On traverse cette rivière sur un pont qui existait bien longlemps avant qu'en Europe on eût songé à construire des ponts suspendus. Un seul homme à cheval peut passer à la fois sur celui de Tchouka qui se balance fortement pendant que l’on y marche, et, comme le mouvement s'accroît continuellement, on eslforcé de hâter le pas. Les Boutanis en attribuent la construction à des génies. Les défilés qui traversent les montagnes pour entrer dans le Boutan sont gardés pardes officiers nommés soubah:qui jouissent d'une grande autorité dans le canton où ils commandent. |

Moncors. — Les Mongols sont aujourd’hui divisés en aïmaks ou tribus. Au nord vivent les Khalkhas, qui sont les plus puissants et les plus nombreux; à l’ouest les Bouriats et les Euleuths ; au sud les Ordos, les Tsakhars et les Sounits. Ges principales tribus se subdivisent en un très-grand nombre de hordes.

Depuis que les Mongols sont soumis aux empereurs de la Chine, ceux-ci ont partagé chaque aïmak en un certain nombre de bannières ou divisions; le titre de khan n’a élé laissé qu’à leurs chefs les plus éminents.

Onestime le nombre des iourtes à 300,000, contenant chacune quatre individus ; ainsi les Mongols forment à peu près une masse de 2,000,000 d'individus épars sur une Surface immense et généralement aride, où souvent on parcourt des lieues entières sans rencontrer une seule iourte.

Pa physionomie des Mongols est très-commune, puisque leur nom a servi pour désigner une race du genre humain qui doit, pour s'exprimer avec plus d’exactitude, étre appelée race jaune. Ils sont de taille moyenne; ils ont le visage rond et un peu basané, les yeux enfoncés et disposés obliquement, mais extrêmement vifs; les pommeltés saillantes, le nez un peu aplati, la barbe très-peu fournie, les cheveux noirs; ils les rasent sur le front et aux tempes, et les tressent en queue qui retombe sur lédos. Un Mongol qui a la barbe épaisse est un objet d’admiration pour ses com- Pâtriotes. Dans les pays des Khalkhas et des Tsakhars, M. Timkovski a vu des Mongols qui avaient la figure blanche et agréable. Les femmes ont le teint frais, l'air enjoué, lé régard vif et animé; quelques-unes passeraient pour belles en Europe.

La langue mongole se partage en trois dialectes principaux : celui des Euleuths ou Kalmouks diffère le plus des autres; celui des Bourga-Bouriats, vivant en Sibérie, est le plus rude.

Depuis que les Mongols ont embrassé le bouddhisme, leurs mœurs se sont singulièrement adoucies; ils sont généralement hospitaliers, affables, obligeants, bienveillants et francs. Ce ne sont plus ces Tartars farouches et cruels dont le nom seul fäisait frissonner d’effroi nos aïeux. Le vol et surtout le pillage sont rares chez eux et sévèrement punis.

l'habillement des Mongols est extrêmement simple. Les hommes portent en été une longue robe de nankin ou de soie de couleur ordinairement bleue : la partie supérieure du pan droit, qui s'attache sur la poitrine, est garnie de peluche noire. Leurs manteaux sont de drap généralement noir ou rouge. Une ceinture de cuir avec des boucles en argent ou en cuivre leur sert à y fixer un couteau et un briquet. Leur bonnet est

rond, en soie, avec des bords relevés en peluche noire et trois rubans rouges qui retombent sur le dos. | |

Leur chemise et leurs vêtements de dessous sont également en nankin de couleur. :

Les bottes sont de cuir, avec des semelles très-épaisses comme celles des Chinois. En hiver, les Mongols ont des pelisses de peau de mouton et des bonnets garnis de ces peaux ou de peaux de zibeline, de renard ou de marmotte, selon leur fortune,

Les prêtres ont des robes avec des collets rabattus en nankin, en taffetas ou en frise, et uniquement de couleur jaune ou cramoisie,

L'habillement des femmes ne diffère pas beaucoup de celui des hommes : elles séparent leurs cheveux en deux tresses qui tombent sur la poitrine et au bout desquelles elles mettent de petites pièces d'argent, du corail, des perles et des pierres de couleurs différentes. Le corail est une partie très-coûteuse de la parure des Mongols.

Plusieurs personnes des deux sexes ont des ceintures et des selles ornées de coraux

dont le prix s'élève à plusieurs milliers de francs. : . |

Les harnais, les selles et les brides sont garnis d’ornements en cuivre, rarement en argent. Un are, des flèches et un sabre court composent l'armement d'un soldat mongol. Les fusils, surtout les cannelés, ne sont recherchés que par ceux qui aiment la chasse; la poudre, le plomb et les balles viennent de la Chine. Le gouvernement donne des fusils aux Mongols qui servent dans l’armée mandchoue. |

La construction des iourtes est très-simple : plusieurs perches, courbées à leur extrémité supérieure les unes vers les autres, sont recouvertes de feutre et forment ainsi une habitation qui doit garantir des froids de l'hiver et des tempêtes de l'automne, même dans ces âpres Cantons montagneux, L'ouverture, fermée par un morceau de feutre, tient lieu de porte. Au milieu de la iourte, le feu est allumé à terre. Vis-à-vis de l'entrée est suspendue une idole grossièrement taillée en bois; l'extrémité supérieure est surmontée de quelque chose qu’on a essayé de faire ressembler à une tête; incrustée d’une paire d’yeux en verre ou en corail, Ordinairement des offrandes telles qu'une peau d’écureuil ou de souslik, et très-souvent une serre d’aigle, pendent auprès. Des valises et des coffres renfermant toutes les richesses du ménage sont rangés tout autour de l’iourte sur des perches, un peu au-dessus du sol : des peaux d'animaux crues ou tannées, ainsi que des couvertures de feutre, servent de lit à la famille. Ordinairement on réunit deux ou un plus grand nombre de iourtes, qui forment autant de chambres dont chacune a sa destination.

Le lait fait la base de la nourriture et de la boisson des Mongols : ils en font des fromages et du beurre. Leur régime diététique ne contribue pas à les rendre robustes; en revanche, ils sont très-vifs el très-agiles. Un Mongol âgé de soixante ans parcourt à cheval 25 lieues et plus par jour, sans être fatigué. La viande, et principalement celle de mouton, ne se mange que rarement. M. Timkovski ne vit jamais de gibier, excepté des chevreuils ou des sangliers, et encore moins du poisson, sur la table modeste des Mongols. Dans un cas de nécessité, ils mangent la chair des chevaux, des chameaux et même celle des bestiaux morts de maladie. Ils ne boivent de l’eau que dans des cas très-urgents : le thé en briques est la principale boisson des riches el des pauvres.

Dans chaque iourte, il y a constamment sur le feu un chaudron en fonte rempli de thé avec du lait, du beurre et du sel. Le voyageur fatigué peut hardiment entrer dans

une iourte et satisfaire en tout temps sa faim, et sa soif avec du thé en briques; mais | il doit être muni d’une tasse de bois : chaque Mongol la regarde comme une partie |

indispensable de son mobilier. Les plus estimées viennent du Thibet; les riches les font ordinairement incruster en argent.

… La chasse, la course à cheval, la lutte et le tir aux flèches sont les principaux amusements des Mongols. IL paraît qu’ils n’ont pas d'idée de la danse : « Du moins, dit M, Timkovski, je n'ai jamais entendu parler de ce genre d'exercice.

» En été, ils se régalent d’aïrak, de koumis et d’eau-de-vie achetée aux Chinois. Ils passent leurs moments de loisir, qui sont assez fréquents, à fumer et à boire de Vaïrak et du koumis, dont les provisions ne leur manquent jamais, et à se rappeler la gloire des temps passés et Les hauts faits de leurs ancêtres, tâchant d'oublier ainsi les peines de la vie et le joug des Mandchous. Ces liqueurs inspirent à quelques-uns des saillies spirituelles, des contes amusants ou des anecdotes sur la hardiesse et les succès des chasseurs, sur la vitesse des coursiers et autres sujets semblables.

» Gest alors aussi qu'ils font entendre les sons lugubres de leurs chants, accompa-

gnés quelquelois par une flûte ou par une chétive guitare à deux ou trois cordes.

» Les Mongols se marient très-jeunes ; jusqu'à cette époque, les enfants des deux sexes vivent ensemble auprès de leurs parents.

>» Un jeune homme, en se mariant, recoit de son père des bestiaux et une iourte séparée. La dot de la fille consiste, indépendamment des habits et des ustensiles, en une certaine quantité de brebis et de chevaux. L'autorité des parents et la soumission des enfants sont exemplaires et portées au plus haut degré. Les fils, même après leur mariage, habitent ordinairement le même canton que leur père, autant que l'étendue des pâturages Le permet.

» Les enfants des frères et des sœurs peuvent se marier ensemble; deux sœurs épouser successivement le même homme.

» Les Mongols tiennent leur généalogie si soigneusement que, malgré l'augmentation du nombre des membres de la famille et son mélange avec d'autres tribus, ils ne perdent jamais de vue leur yasou (degré de parenté). Avant qu’un mariage puisse se conclure, il faut qu’à l’aide des livres on calcule sous quels signes le futur et la future sont nés, afin que l’astre qui indique la naissance de la dernière ne puisse pas nuire à celui du futur, ni le dominer; ce qui signifie que la femme ne doit pas commander dans le mariage.

» Elle ne peut recevoir dans sa iourte ou aller voir son beau-père, sa belle-mère, les oncles et les tantes de son mari, sans être vêtue d’une courte robe de dessus (oudji) en nankin ou en soie, sans manches; elle n’a pas de bonnet sur sa tête. A l'entrée de ses parents, elle doit se lever, puis ne s'asseoir en leur présence que sur un genou; Sielle sort, elle doit se garder de leur tourner le dos. La place qu’elle occupe dans Mourte de son beau-père est près de la porte; il ne lui est pas permis de pénétrer jusqu’à l’espace compris entre les idoles et le foyer. De même le beau-père, quand il est chez sa bru, ne peut s'asseoir près de son lit qui habituellement est placé du côté droit.

» Il n’est pas défendu aux Mongols d’avoir plusieurs femmes; la première conduit

le ménage et est la plus respectée.

» Le divorce est très-fréquent ; le moindre mécontentement d’un côté ou de l’autre Suflit pour le faire prononcer. Si le mari veut se séparer de sa femme sans motif légitime, il est obligé de lui donner une de ses plus belles robes et un cheval sellé pour retourner chez ses parents; il regarde le reste de la dot comme équivalent pour le bétail qu’il a donné. Si une femme s'échappe furtivement de chez son mari, qu’elle à pris en aversion, et revient chez ses parents, ceux-ci sont tenus de la rendre trois fois à son époux. Si elle le quitte une quatrième fois, alors commencent les négocialions pour le divorce : toute la dot de la femme reste entre les mains du mari, et

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le père doit, de plus, rendre à celui-ci une quantité de bétail déterminée par les autorités.

» Quelquefois les Mongols enterrent leurs morts; souvent ils les LAS exposés dans leurs cercueils, ou biehs ils les couvrent avec des pierres, en faisant attention au

signe sous lequel Le défunt était né, à son âge, au jour et à l'heure de son décès;"ces ctrbanstaniées indiquent la manière dont il doit être inhumé; ils consultent à cet effet les livres que les lamas leur expliquent.

» Quelquefois ils brülent les cadavres, ou bien les exposent aux bêtes féroces etaux oiseaux. Les parents dont les enfants meurent subitement les abandonnent suñles chemins, enveloppés dans des sacs de cuir, avec des provisions de beurre et de grains, ils sont persuadés que par ce moyenjils éloignent les revenants. Les services funèbres sont célébrés pour les défunts selon la richesse et l'affection de leur famille. Le plus grand dure quarante-neuf jours, pendant lesquels les lamas récitent continuellement des prières dans la demeure du défunt pour la purification de son âme. Ces prêtres reçoivent pour leur peine des bestiaux et d’autres choses. Les gens opulents font aussi de riches présents en bétail aux temples, pour que les lamas adressent à Dieu des prières pour l’âme du défunt.

» Les chamans mongols sont enterrés par d’autres chamans qui conjurent les esphilé malfaisants pour les éloigner. Les Mongols croient que les âmes de ces hommes restent errantes sur la terre sous la forme de malins esprits, ayant le pouvoir de nuire à autrui; les chamans profitent ordinairement de ce préjugé pour exiger des marques de pes + et des sacrifices.

» Les Mongols ont conservé le caractère belliqueux de leurs ancêtres ; ils sont hardis cavaliers, cr téTiente tireurs, très-habiles à la poursuite des bêtes féroces ; or, “un homme portant constamment un arc et des flèches, accoutumé à dompter des chevaux farouches, ne se décide pas facilement à s'asseoir à un atelier de tisserand ou à manier la scie ou le burin. Il est rare de rencontrer chez eux un ouvrier habile; les artisans sont peu nombreux; on y voit quelques orfévres, mais ils sont attachés au service particulier de quelque prince pour façonner des bijoux, car les Mongols ont un goût immodéré pour le luxe. Les menuisiers et les maréchaux n’exécutent que des travaux très-imparfaits. Les feutres et les cordes en crin, indispensables pour la construction des iourtes, sont les seuls objets que les Mongols fabriquent; ils tannent aussi Fe peaux de mouton pour leur habillement d'hiver. |

» En examinant le vêtement du Mongol, son chétif mobilier, sa selle même,"on reconnaît que tout lui est fourni par les Chinois. Le thé en briques, le tabac;"les étoffes en laine et en soie, divers ustensiles en fer, sont échangés par ces derniers pour des chameaux, des moutons, des bœufs, des chevaux. Pour faire ce commerce; les marchands chinois parcourent les steppes de la Mongolie, puis reviennent vendreà Khalgan et à Péking le bétail, les cuirs, le beurre, le fromage qu'ils se sont procurés: Ce sont le plus souvent les Mongols qui vont en Chine pour s’y fournir des choses dont ils ont besoin et qu’ils payent en bétail ou en lingots d’argent ; mais ce métalest de si bas aloi que dans leur langue ils l’appellent Æhara mangou (argent noir). Pour effectuer ces échanges, ils vont aux maïmatchins ou entrepôts de commerce chinois; établis à Kiakhta et près de l’Ourga. Dans le premier, ils achètent tout de la seconde main des Chinois; ils préfèrent donc de conduire leurs bestiaux à différentes villes situées près de la grande muraille ou au delà; ils y vendent également le sel qu'ils tirent des lacs de leur pays. »

Le transport seul des marchandises chinoises de Khalgan à Kiakhta et celui des objets que les Chinois ont échangés avec les marchands russes, forment une branche

| considérable et lucrative de l’industrie des Khalkhas; ils y emploient leurs chameaux, et les Isakhars des bœufs. Les Chinois les payent en argent, mais principalement en marchandises.

Les Mongols ont conservé beaucoup de leurs anciens usages; plusieurs de leurs lois écrites remontent jusqu’au temps de Tchinggis-Khan. A l'époque de la réunion de la | Mongolie à l'empire chinois, en 1691, leur code fut revu à Péking et imprimé en mongol, en mandchou et en chinois.

| Tous les ans, les princes doivent aller à la capitale, pour complimenter l’empereur, le premier jour du premier mois ; chaque horde est à cet effet divisée en quatre séries, | dont une se rend à son tour à Péking : la députation amène trois chameaux blancs let vingt-quatre chevaux blancs. Le conseil qui à la direction des haras impériaux ne prend que la moitié des chevaux. Les princes qui ont fait les présents reçoivent | chacun une théière en argent, à peu près six marcs de ce métal, trente pièces de satin, soixante et dix grandes pièces de nankin de couleur et autres choses.

Les taïdzis, comme nobles de la dernière classe, n'ont pas le droit de venir pré-

senter leurs félicitations; ils envoient le tribut qui consiste en huit moutons tués etéchaudés, ou bien en outres de beurre fondu et en hures de sanglier. Tous les | aïdzis ne jouissent pas de cette prérogative. Le code pénal des Mongols offre une clause très-remarquable : « Si quelqu'un refuse | un gite à un voyageur pendant la nuit, et si celui-ci meurt de froid, le propriétaire | dé l'iourte paye une amende de neuf têtes de bétail; si le voyageur ne périt pas, l'amende n’est que d'un bœuf de deux ans. Si un étranger est volé, son hôte est tenu | j lui restituer ce qui lüi a été pris. »

ILest défendu de garder dans les bannières un officier ou un simple Mongol d'une | auvaise conduite. Ces hommes doivent être envoyés avec leur famille, leurs meubles | ébleurs bestiaux, dans le Ho-Nan et le Chan-Toung, provinces de la Chine propre, où | ilstravaillent aux grands chemins.

Après les idoles et les images de Bouddha, les livres saints sont les plus révérés. Quand un Mongol, soit prêtre, soit laïque, tient en main une image ou un livre sacré, os'en aperçoit à l'instant; il y a dans sa physionomie quelque chose de solennel qui | semble annoncer qu'il s’est élevé au-dessus des objets terrestres. | Indépendamment des prières journalières que les Mongols récitent devant leurs idoles | domestiques, et de celles qu'ils font dans les temples voisins les jours de fête, chacun | régarde comme un devoir d’aller, au moins une fois par an, présenter au khoutoukhtou ses hommages et le superflu de ses troupeaux ; les temples sont peu nombreux.

Comme chaque père de famille pense qu’il est de son devoir de consacrer un de ses fils à la prêtrise, les lamas sont très-nombreux : exemptis du service militaire, ils doivent dans les cas de nécessité, d'après l’ordre des chefs des bannières, labourer la terre et garder les bestiaux. Ils sont les seuls médecins de leurs hordes; leurs remèdes consistent principalement en plantes et en poudres : ils peuvent aussi faire du trafic.

Drouncars et Turxesranis.—Les Chinois ont nommé Si-Youei (gouvernement occidental} la contrée comprenant l’ancienne Dzoùngarie et les cantons de Turkestan, à l'est des monts Bolor.

Ils appellent le premier de ces pays Thian-Chan-Pé-Lou, et le second Thian-Chan- Nan-Lou , d'après leur situation au nord et au sud du Thian-Chan, chaîne de monlagnes neigeuses qui, courant de l’ouest à l’est, les sépare l’un de l'autre. (Voy. p. 26.)

La longueur du Thian-Chan-Pé-Lou est de 500 lieues, sa largeur moyenne est de 125, sa surface de 23,000 lieues carrées. Les Chinois l'ont partagé en trois divisions militaires, savoir Ili, Khour-Khara-Oussou et Tarbagataï. À

Ii ou Gouldja, jadis la résidence du khan des Dzoûngars, est située sur la rive droite de l'Ili, au pied d’une montagne : l’empereur Khian-Loung lui a donné le titre honorifique de Hoeï-Yuan. C’est une ville très-commerçante; elle est défendue pa une citadelle. On peut la regarder comme le chef-lieu des deux nouvelles provincesde l’ouest de l'empire. Le général en chef y fait son séjour, et a sous ses ordres tousles officiers supérieurs, ainsi que les commandants des tribus mongoles. Des postes mili. laires sont disséminés sur la surface du pays; tous les ans, on y envoie un bon nom. bre de Mandchous avec leurs familles. C’est dans cette contrée que la Chine déportc les malfaiteurs.

La population comprend une quantité considérable de nomades. Parmi eux, il VE beaucoup d’Euleuths. Les Tourgaouts, qui sont une des quatre hordes de cette tril mongole, avaient, au commencement du xvure siècle, émigré de l'empire chinois. {Voyez page 150.)

La population du Thian-Chan-Nan-Lou est évaluée à 4,300,000 âmes. Le pays esl divisé en dix principautés désignées par le nom de leur ville principale. Les villes sont administrées par des officiers que le gouvernement chinois y envoie; toutefois, ily en à six qui ont conservé le droit d’être gouvernées par un prince ou khodjo indigène.

Les Turkestanis sont, comme tous les peuples de race turque, sectateurs de l'isla: misme; ils ne laissent pas croître leurs cheveux, et ne se rasent pas la barbe. Leurs robes ont un grand collet et des manches étroites; en hiver, leurs chapeaux sont de cuir; en été, de satin cramoisi, et garnis en velours, hauts de cinq à six pouces, avec un bord dont la largeur est de la même dimension, et poinlu devant et derrière; le haut est orné d’une houppe en or.

La chaussure est en cuir rouge, avec des talons en bois. Les femmes portent des souliers ou des pantoufles, qui laissent le talon à découvert; en été, elles vont pieds nus; en hiver, elles ont des Chapeaux garnis de fourrures et d’une plume sur le devant. Leurs robes sont ouvertes; elles ont par-dessous des espèces de camisoles qui descendent jusqu'aux genoux et quelquefois plus bas. 5

Aksou, dans l’ouest, sur une rivière du même nom, près du prolongement du Thian-Ghan-Moussour, est la résidence du général chinois qui a sous ses ordres toutes les troupes de cette division. Il y à une douane. Ceite ville est fréquentée par des Chinois, des Hindous, des Cachemiriens, des Turkestanis, des Kirghiz. Les habitants sont généralement à leur aise. On y fabrique beaucoup de toiles de coton; les brides et les selles en cuir de cerf brodées qu'on y fabrique ont une grande réputation; le jade y est façonné avec une perfection rare. |

Yarkand, située plus au sud sur l’Yarkand-Daria, grande rivière, fut autrefois la capitale du Turkestan oriental. Le nombre des habitants payant l'impôt est de 32,000, mais on prétend qu’il n’y a que la huitième partie de la population qui soit inserité sur les rôles. C’est une place très-commerçante; des marchands chinois des provinces orientales y viennent trafiquer, malgré la grande distance; on yen rencontre aussi de toutes les autres contrées de l'Asie. Aux jours de marché, le bazar, d’une vaste dimension, est rempli d'hommes et de marchandises. |

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