AFGHAN D'HÉRAT
slance. Durant seize jours notre artillerie n’a cessé de jouer. L'ennemi à perdu 36,000 hommes: mais nous avons aussi perdu beaucoup de monde.
» L'insurrection a fait des progrès au midi et à l’est. Le 4, on sut à Gaboul que le Kohistan était en révolte, et que les lieutenants Wheler et Maule avaient péri. Heureusement les Kyberries paraissent disposés à ne pas nous inquiéter, les Seïks sont nos amis, et nous espérons en conséquence que sir Robert Sale se maintiendra jusqu'à l'arrivée des secours. Les premiers nous viendront probablement de l’ouest; car il y a actuellement plus de quinze mille hommes aux environs de Kandahar, y compris le contingent de chäh. Si le pays était dégagé de neige, on pourrait franchir en un mois les 250 milles qu'il y a de Caboul à Kandahar. Ces troupes du Kandahar, formant une force de 42,000 hommes, sans les indigènes, sont dispersées sur un vaste territoire.
> Kandahar a 100,000 habitants. Cette ville est à 229 milles de Ghazna. L'armée anglaise a 2,000 hommes à Khelate-i-Ghilzie, plus rapproché de 90 milles que Kandahar, de Caboul. Un régiment de cipayes el de l'artillerie, en tout 4,000 hommes, commandés par le colonel Palmer, sont à Ghazna. Les neiges ont rendu le pays impralicable. »
Du 20 janvier. — Le Bengal Hurkuru.
« Rien ne saurait être comparé à la trahison dont sir W. Mac-Naghten a été victime. I s'était rendu, plein de confiance, auprès de Mohammed-Ukbar-Khan , qui, àce qu'il paraît, avait conçu le projet atroce de prouver sa fidélité à la cause du prophète en rassacrant notre envoyé. En effet, peu après que les conférences ont été ouvertes, Mohammed tira à bout portant un coup de pistolet sur l’envoyé, qui tomba mort ; et ses aides de camp afghans, à ce signal, se précipitèrent sur les ofliciers anglais. Le major Pottinger, successeur de sir W. Mac-Naghten, a ouvert des négociations avec les chefs afghans. Par une lettre du 25 décembre, il annonce qu'il traite avec les insurgés, pour relirer immédiatement nos troupes du Caboul; et très-probablement nos soldats sont à Djellalabad, s'ils y doivent jamais arriver.
» Le 24, l'ennemi nous fit intimer ses conditions, menaçant, si nous ne les acceptions pas, de sacrifier 6,000 de ses soldats, plutôt que de nous laisser maitres du pays. Ces conditions étaient monstrueuses; aussi notre envoyé les rejeta-t-il avec dignité. l'ennemi proposait de lui livrer tous nos canons, nos fusils, munitions, etc., nous plaçant sous la sauvegarde des’ Afghans, qui nous conduiraient hors du pays. Il exigeait que les officiers mariés, les femmes, les enfants restassent en olage; que la brigade de Djellalabad se repliât sur Peshavour, et que Dost-Mohammed füt rendu aux Afghans. Voici quelle fut la réponse de sir W. Mac-Naghten : « Plutôt la mort que le déshonneur! Nous nous confions au Dieu des batailles, et en son nom nous défions l'ennemi d'avancer ! » Vers ce temps, Mohammed-Ukhbar-Khan, fils de Dost-Mohammed, arriva dans la capitale et fut proclamé roi. Zeman-Hals fut nommé vizir. Quoique les conditions eussent été rejetées avec indignation, il ne paraît pas que l'ennemi ait alors tenté d'en venir à l'exécution de ses menaces; mais le 29, une masse considérable d'infanterie se montra sur les hauteurs, avec le canon qu’elle avait pris, espérant nous amener à le reprendre, et répandant la nouvelle que sa cavalerie était allée à la rencontre de la brigade qui s’avançait de Kandahar. On ne tarda point à s’apercevoir que cette cavalerie était cachée derrière l'infanterie; et cette ruse n'eut aucun succès. Plusieurs jours s’écoulèrent sans combat. L’ennemi menaçait d'attaquer, mais il en restait là. Enfin, le 4er décembre, il attaqua le Balla-Hissar et fut repoussé. Le 4, quelques pièces furent mises en batterie sur une éminence, et canonnèrent les canton-
nements pendant toute la journée. Le soir, ils livrèrent l'assaut à un fort qui avait élé pris au commencement du mois, et que le lieutenant Cumberland occupait avec cent hommes. Ils mirent le feu à un sac de poudre, contre la porte, mais l'explosion fut sans effet. Le 5, l’ennemi incendia le pont jeté sur le Bullah, entre les cantonnements et la ville; et le 6, il parvint à reprendre le fort. L’enseigne Grey, du 449, fut blessé, et la garnison ne fit aucune résistance. Le 8, un convoi de munitions, qui se rendaitau Balla-Hissar, fut attaqué, et l'ennemi s’empara de quarante chevaux chargés. Le, Mohammed-Ukhbar-Khan entra en conférence avec l’envoyé. Depuis cette époque,"il n’est parvenu aucune nouvelle authentique de Caboul. Dès le 9, il n'y avait plus que pour lrois jours de vivres. À Djellalabad tout allait bien. Le 4°" décembre, Sale avait mis l'ennemi en déroute, et n'avait plus été harcelé. Il était bien approvisionné, et devait être bientôt renforcé par la brigade qui, arrivant des provinces, avait atteint Peshavcour, d’où elle devait être partie le 3 janvier. Vers l'ouest tout avait, jusque-là, élé fort calme; mais au nord du défilé de Bolan quelques insurrections avaient éclaté; et on rapporte que Kandahar est vigoureusement atlaqué. Toutefois les troupes anglaises sont en force sur ce point : car la brigade commandée par le colonel Maclaren y est rentrée, et on se prépare énergiquement à la défense. On n’a reçu aucun avis de Ghazna, où la garnison ne manque, dit-on, de rien. Tout est tranquille en deçà de Bolan. »
TopoGraPnie.—Caboul, grande ville très-populeuse sur le Caboul, au milieu d’une plaine très-fertile et bien cultivée. On y remarque le Balla-Hissar, citadelle où réside le souverain. Son palais est aussi vaste que magnifique. Il y a une autre citadelle qui sert de prison d'État. La plupart des maisons sont en bois. Les bazars sont grandset voülés. Le commerce, naguère florissant, a beaucoup perdu. Caboul est le plus grand marché de chevaux de l'Afghanistan: Aux environs, sur une colline d'où la vue est superbe, s'élève le tombeau de l’empereur Baber. 70,000 habitants.
Ghazua, autrefois capitale, n'offre plus guère que des ruines; et il reste peu des: monuments nombreux et superbes qui l’embellissaient au temps de sa splendeur. On nommait Ghazna la seconde Médine; et beaucoup de musulmans y viennent encore en: pèlerinage. Le climat y est froid, non à cause de la latitude, mais en raison de l'élévalion du sol. 14,000 habitants.
Kandahar, ville fortifiée, entre deux affluents de l'Helmend. Fondée par Nadir-Chäb, sur un plan régulier, Kandahar est une des plus belles villes de l'Asie. On y admire beaucoup de monuments. Les maisons sont bâties en briques et s'élèvent de deux étages. C’est la place la plus commerçante, la plus industrieuse de l'Afghanistan. On y frappe la monnaie. 100,000 habitants.
Djellalabad, au sud-est et à deux journées de Caboul, est une petite ville fortifiée qui n'a plus que 3,000 habitants.
Lanore ou PenpyAB.—Il est bon de faire précéder ce que nous aurons à dire du Lahore, d’une notice sur les sikhs et la formation de ce puissant État, dont l'existence est d’un si grand poids sur la domination anglaise dans les Indes.
Le mot sikh, d’origine sanscrite, signifie disciple ou personne attachée à une secte particulière; mais denis longtemps on l’a spécialement affecté à désigner les partisans du célèbre docteur Gourou-Nanuk, qui naquit dans le Pendjaben1470. Issu d’une famille hindoue de la caste militaire, ses penchants pacifiques le portèrent à la vie religieuses il devint fakir, se livra aux pratiques de la plus haute dévotion, et visita non-seules ment tous les lieux saints de l'Hindoustan, mais encore la Mecque et tous les pèleris nages en vénération parmi les musulmans. Revenu dans sa patrie, il promulgua un nouveau système religieux, dont le but avoué était, par une fusion des deux cultes, de