‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 48 sur 78 · ASIE, — TARTARIE INDÉPENDANTE · texte numérisé non relu

ASIE, — TARTARIE INDÉPENDANTE

Entre la mer Caspienne et celle d’Aral, le khanat de Khiva et le Khorasan, est le pays des Turcomans, divisé en nombreuses tribus qui ont un gouvernement essentiellement démocratique, et vivent indépendants. Ces peuples sont pasteurs et cultivent toutefois quelques cantons qui produisent du froment, de l'orge et du sarrasin.

La totalité de ces peuplades forme une population de plus de quatre millions d’habitants susceptibles d’être appelés à tous les progrès de la civilisation. Si l'on se rappelle ce que furent Boukhara et surtout Samarcande, on concevra que les empereurs de Russie trouveraient de grandes facilités en s'appliquant à se faire des amis des khans de Khiva et de Boukhara, à fonder une confédération turcomane, qui serait le plus puissant auxiliaire pour atteindre le but si ardemment désiré par le cabinet de Saïnt- Pétersbourg, le renversement de la puissance anglaise dans l'Inde. La Russie a préféré la voie des armes contre les Khiviens, à celle d’une étroite alliance; et cette faute a été d’un immense avantage pour la Grande-Bretagne. En admettant qu'une seconde expédition contre Khiva dût être couronnée d'un plein succès, il serait encore permis de dire qu'il eût mieux valu procéder par les négociations, même aux dépens de grands sacrifices pécuniaires. Les peuples du Turkestan peuvent être vaincus; mais l’histoire est là pour attester qu'ils finissent toujours par secouer le joug étranger. Il est facile de s’en faire des amis, et de rendre un grand service à l'humanité, en les instruisant et en adoucissant leurs mœurs sauvages, par la civilisation européenne.

L'isthme caucasien, entre la mer Noire et la Caspienne, git depuis 40 jusqu'à 45° de latitude nord, et s'étend en largeur du 35° au 47° degré de longitude orientale. La Russie possède la plus grande partie de cette contrée, et combat avec persévérance pour asservir les Tcherkesses, qui, de leur côté, opposent une résistance désespérée. On divise les provinces caucasiennes en Géorgie, Mingrélie, Abasie et Imirette. Les limites sont : au nord, la Russie d'Europe; à l’est, la mer Gaspienne; au sud, la Perse ét l'Arménie: à l’ouest, l'Arménie et la mer Noire. La population approximative est de 9,400,000 habitants, dont un demi-million pour la Géorgie.

Les monts Caucasiens, célèbres dès la plus haute antiquité, forment deux chaines principales, plusieurs chainons, et se rattachent, par le sud, avec les montagnes d'Arménie. De ces régions alpines, dont le plus haut sommet, l'Elbrouz, a 2,400 toises, et quelques autres 2,200, 2,000 et communément 4,100, descendent d’innombrables courants d’eau, qui vont porter leurs flots dans les deux mers qui limitent le Caucase à l’ouest et à l’est. Le Kouban sort des flancs de l'Elbrouz, au pied d’un immense glacier, et se jette dans la mer Noire, au-dessous de l’île de Taman. Le Terek” jaillit d’une haute et étroite vallée, au pied du Mjinwari, perce le fameux défilé de Dariel, traverse le pays improprement nommé Circassie, et qui forme l’Abasie, qu'habitent les Abases et les Tcherkesses, et débouche dans la mer Caspienne. La Kouma traverse le steppe du Caucase et tombe dans la Caspienne. Le Phase descend des hauteurs de l’Elbrouz, et va porter ses eaux à la mer Noire. On parlera du Kour lorsqu'il sera question de l'Arménie, d'où il sort.

Il y a peu de pays qui, sur la même surface, présentent autant de variété de température que les provinces caucasiennes. Sur les sommets des chaines les plus élevées règne un hiver perpétuel, très-rigoureux; les hautes vallées et les régions moyennes Sont tempérées, quoiqu’un peu plus froides que l'indique la latitude, ce qui tient au Yoisinage des neiges éternelles; et les plaines qui sont au niveau des deux mers, surtout le littoral de la Caspienne, sont exposées à des chaleurs aussi fortes qu'à la Guyane, pays que je cite de préférence parce que, ainsi que dans les parties basses de la Géorgie et de l’Abasie, le sol est couvert d’eau, de marais, et l’air saturé d'humidité.

Les anciens prétendaient que les monts Caucases renfermaient de grandes richesses métallurgiques. Rien ne prouve leur assertion; et quant à l’état actuel de ces montagnes, des fouilles exécutées sur une infinité de points ont démontré que le Caucase n’a que très-peu d’or ou d'argent; que les mines ne valent pas les frais d'exploitation, et que, quant aux autres métaux, il s’y trouve, en médiocre quantité, du cuivre, du fer et du plomb. Le naphte, ou pétrole, se trouve en grandes quantités, sur une vaste

étendue, et fournit la branche d’un commerce d’exportation qui s'élève à 300,000 fr, par an, sans compter la masse de naphte qui est consommée dans le pays et en Russie. On trouve aussi dans le Caucase des mines abondantes de sel gemme, des porphyres, des granits de la plus grande beauté et du lapis-lazuli.

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