GÉORGIE
Toute cette province est soumise à la Russie, qui a établi le siége du gouvernement à Tiflis, sur le Kour. Cette partie de l’antique Colchide est au sud du Caucase;et confine à la Perse et au Chirvan. Le général Jermoloff, qu'Alexandre [°° y envoya comme gouverneur après la conquête, a introduit une foule d'améliorations dansce pays; Tiflis lui doit tous ses embellissements, et les travaux utiles qui en ont Sail une ville habitable et saine.
Mahomet II soumit les provinces caucasiennes; mais, sous ses successeurs, plusieurs populations secouèrent le joug que les khans de Crimée tentèrent, à diverses reprises, de leur faire subir. La Perse a aussi fait des incursions en Géorgie, et en avait conquis
une parlie qui lui a été enlevée par la Russie. Cette dernière puissance fait une guerre acharnée aux peuples de l’Abasie, et dans cette lutte sanglante les Russes ont souvent |
éprouvé des revers.
Les Géorgiens sont forts, d’une taille élevée, bien faits, ayant Les traits fortement |
prononcés, mais beaux et réguliers. Braves, quelquefois féroces, ils sont, avec les
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Tcherkesses, les Abases et les Mingréliens, les meilleurs soldats de l'Asie. Le Géorgien,
est agriculteur ou artisan, quand il ne peut être soldat. Les femmes sont trop renom
mées pour leur beauté pour qu’on en parle ici : il suflit de dire qu’elles sont à à
hauteur de leur réputation. Le commerce de la Géorgie se fait en grande partie par des étrangers : il est entre les mains des Arméniens, des juifs, des Persans et des Russes de Moscou et d’Astrakhan. L’habitant des campagnes, quoique d’un abord brusque etun peu sauvage, est hospitalier. Tous les peuples caucasiens sont adonnés au brigandages mais les Géorgiens sont moins voleurs que leurs voisins du nord; et les lois russes ont déjà produit de notables changements dans les mœurs, de manière qu’on come mence à voyager avec quelque sécurité. Avant la conquête des Russes, on retrouvait en Géorgie ce qui existe encore dans tout le haut pays qui a conservé son indépen= dance, le système féodal dans sa pureté primitive.
L'idiome géorgien est original et particulier à ce peuple; mais on ne peut mécons naître qu'il offre une grande analogie avec les langues indo-germaniques. La religion dominante est la grecque orthodoxe, ayec mélange d’arméniens, de catholiques et de protestants allemands, de juifs et même de quelques parsis ou guèbres, adorateurs du feu; qui, de la Perse où ils étaient persécutés, se sont réfugiés dans la Géorgie et le Chirvan:
Le costume guerrier des princes et des chefs a subi de grands changements depuis la conquête. Celui des cultivateurs et des artisans des villes consiste en une casaque étroite, formant une espèce de justaucorps, boutonné jusqu'à mi-cuisse, et descen= dant au genou, avec un bonnet pointu, peu élevé, en peau de mouton ou d’agneau de Crimée. Ce vêtement, dont les manches ne vont qu’au coude où elles finissent très larges, recouvre une chemise à manches longues et collantes jusqu'aux poignets. Une ceinture, ou pour mieux dire uneécharpe, renferme l'argent et d’autres objets portatifs; ils portent des culottes peu larges, et des bas d’étoffe feutrée, avec une chaussure assez
Georgienne.
emblable aux espadrilles des Castillans. Les femmes portent une robe longue, avec les manches étroites, échancrée vers Le haut de la gorge, serrée par une ceinture en écharpe, qui descend sur le devant. La coiffure est très-variée; toutefois la plus commune consiste en un bonnet, de moyenne hauteur, qui finit en rond, et au haut duquel pend un voile que les femmes géorgiennes, qui ont le sentiment de leur rare beauté et qui jouissent d’une grande liberté, portent presque toujours sur le dos. Celle coiffure, accompagnée de guimpes qui enveloppent l'arrière des joues et le cou, et qui viennent, couvrant le haut de la gorge, rentrer dans la robe, donne aux Géorgiennes une grande ressemblance avec nos novices. Ghez les Géorgiens, la culotte est souvent remplacée par le pantalon large, descendant sur la cheville. Ils ont toujours cepantalon lorsqu'ils montent à cheval. En hiver, ils ont un manteau assez ample, d'étoite feutrée, taillée à peu près comme nos crispins ou nos roulières.
La Géorgie a tous les animaux domestiques d'Europe el de Perse. Les chevaux sont debonne race. Outre le mouton ordinaire, on à le mouton à grosse queue. Les régions montagneuses son peuplées d'ours, de lynx, de bouquetins, de chamois, de cerfs, de daims et de chevreuils; on trouve même dans certains cantons l’onagre; les parties moins élevées ont le léopard, le chal sauvage, le sanglier, qui abonde surtout dans Îles {errains bas et marécageux, les gazelles, les chacals. Les aigles et les vautours sont communs. Les forêts ont peu d'oiseaux chanteurs. Les cailles sont nombreuses ; mais ily a peu de perdrix, et point de gélinottes. Les basses-cours ont quelques poules, des oies, des canards, mais en petite quantité.
Les Géorgiens, notamment les nobles, sont passionnés pour la chasse, et tirent avec adresse. Les grandes chasses se font à cheval. Le léopard est pris au piége.
Les vallées et les plaines, en général fertiles et bien cultivées, produisent abondamment toute sorte de grains, légumes et fruits. Les coteaux, entre les deux mers, sont couverls de vastes et riches vignobles. Les raisins sont délicieux, d'espèces variées ; ebsi le vin était fabriqué avec soin et mis en futailles, au lieu de le conserver dans des oulres, on obtiendrait assez de vendanges pour fournir plusieurs provinces d’un vin excellent. Les produits vignicoles sont très-abondants; on pourrait les doubler et arriver à une exportation qui rendrait, suivant les appréciations du savant M. Klaproth, ün revenu annuel de plus de trois millions.
Les forêts ont tous les arbres de l'Allemagne méridionale. Les chênes et les hêtres, assez communs, n’y deviennent pas très-gros; mais les tilleuls, les platanes, les äunes atteignent des proportions gigantesques. Toutes ces forêts offrent de bons pâturages.
Les rivières sont peu poissonneuses, circonstance qu’il faut attribuer à la crudité des eaux, qui sont de neiges fondues. Quant aux espèces, elles sont peu variées.
L'industrie géorgienne, protégée par le gouvernement, est en voie de progrès. Le fér que produit le Caucase est d’une bonne qualité, irès-malléable. Il est travaillé par des Arméniens et des Allemands. Tiflis a déjà de nombreuses manufactures de Lissus, une fabrique de tabac, une manufacture d'armes, plusieurs tanneries et chamoiseries, une imprimerie et quelques filatures. Aux environs de Tiflis on fabrique l’alun et on rafline le sel gemme.
Tiflis, sur le Kour, au sud des montagnes et à peu près au milieu de l'isthme, est une grande et riche ville, très-florissante, peuplée d'étrangers de toutes nations, avec de belles rues, des places étendues , beaucoup de belles maisons en pierre, quoiqu'il y ait encore quelques constructions anciennes en bois. Le palais du gouverneur el quelques autres édifices publics sont vraiment dignes du rang auquel Tiflis est appelé dans un avenir rapproché. Le commerce el l’industrie sont très-actifs. Population, 40,000
habitants, non compris la garnison qui est nombreuse. Tiflis a un grand nombrede bains sulfureux, tenus par des particuliers. Les eaux ont différents degrés de chaleur: on remarque la bonne organisation de ces bains, dont la population et les étrangers font un usage fréquent. Ils sont efficaces dans les maladies cutanées. On retrouvédu reste des eaux minérales et thermales très-énergiques sur divers points de cet isthme.
Bakou, petite ville, mais ayant un port important, sur la Caspienne, au nordde l'embouchure du Kour. Gette ville, parmi ses 9,000 habitants, compte beaucoup.de Persans. Bakou fait partie du Chirvan.
MINGRÉLIE ET IMIRETTE.
Ces deux provinces caucasiennes , quoique soumises à la Russie, ont conservé beaucoup de traces de leur gouvernement féodal. Le prince dépossédé, les nobles, exercent toujours une grande influence sur les misérables habitants de ces montagnes, qui vivent dans l'ignorance la plus barbare, et n’ont pas perdu leur penchant au br: gandage, notamment dans la Mingrélie. Les Imirettiens descendent dans les willes; où ils font les travaux les plus durs : ce sont les Auvergnats du Caucase; onen voit un grand nombre à Tiflis, où ils sont fort utiles. Le dadian, ou prince de Mins grélie, quoique déchu, est encore héréditaire. Il réside d’ordinaire à Zougdidi, pelit bourg intéressant; mais telle est la pauvreté de cet ex-potentat, qu’il voyage presque incessamment avec un simulacre de cour, pour soutenir sa chétive existence, visitant successivement ses vassaux, aux dépens de qui il s’entretient. Les seigneurs mingré liens et imirettiens, en dépit de leur pauvreté, ont conservé aux dames de leur suite une apparence de luxe; et ces femmes portent des manteaux d’écarlate, des chapeaux de feutre de la même couleur, garnis de galons et de petites plaques d’or. Dans ces excursions, les nobles vont à cheval, tandis que les vassaux les accompagnent à pied par respect pour le droit de suzeraineté. Depuis l’incorporation à la Russie, la condition des paysans s’est quelque peu améliorée; et comme le pays, s’il était cultivé avec soin, offre des ressources, il est permis d’espérer que les provinces du Caucase, lorsqu'on y aura établi une bonne administration et donné une vigoureuse impulsion à l'agriculture et à l’industrie, arriveront à un état prospère.
Les seigneurs mingréliens, soumis aux lois russes, ont perdu le droit de vie etde mort sur leurs vassaux; on n’est loutefois point encore parvenu à leur arracher certains priviléges sur les biens et les personnes. Toute-cette pauvre noblesse montagnarde est passionnée pour la chasse, surtout pour celle à l'oiseau; aussi passe-t-elle la plus grande partie de son temps à cet exercice, ou à dresser des oiseaux de proie, qui sont très-communs dans le Caucase. ‘
Les hommes du peuple, plus pauvres encore dans la Mingrélie que dans l’Imirette, se rasent la tête à l’exception d’une couronne de cheveux, portant, quand ils le peus vent, une calotte de feutre. Ils vont jambes nues en toute saison, jetant sur leurs épaules un bourka, petit manteau de feutre, ressemblant à nos roulières, mais plus court. Les plus misérables ont aux pieds un morceau de peau apprêtée; ceux qui sont plus aisés portent des sandales. Ces montagnards sortent toujours armés; et ils prennent celte précaution, moins en souvenir de leurs anciennes habitudes de pillage, qu’afin d'être en état de défense contre les embüûches continuelles des Abases et des Tcherkesses, qui les emmènent en esclavage.
Mingrelien.
(Asie.)
lagnes que traverse le Kour, qui forme la limite sud du Chirvan. La population est pacifique et s’adonne exclusivément à l'agriculture et àu commerce. Le Chirvan est sujet aux tremblements de terre. ,
Le Daghestan, au nord du Chirvan, est une province assez élendue le long des | rivages de la Caspienne. La population, d'environ 450,000 habitants, se compose d'éléments fort hétérogènes : on y trouve des tribus turques, là plupart nomades; dés Lesghis, peuples farouches, cruels et adonnés au brigandage, que l’on considère comme aborigènes; à l'ouest, des Kistes, qui sont encore plus voleurs que les Lesghis. Vers le Terek supérieur habitent des tribus fort pauvres, qui ont séulement des troupeaux de moutons et ne peuvént se livrer à la culture dans un pays äride : on les nomme Ingouches. Ils vendent une bartie de leurs troupeaux en Géorgie et dans l'Imiréelle, La ville principale du Daghestän est Derbend, port sur la Caspienné, ebyeu éloigné du fameux défilé connu sous le nom de Portes-de-Fer. Le Daghestan est sans contredit le plus mauvais pays de Lout l’isthme cäucasien : aussi les Russes négligent-ils fort cetle conquête. Î faut remarquer que les Daghestans fournissent encore dés esclaves en Perse. La plupart de ces esclaves leur sont vendues pär les Tcherkesses. Les Lesghis sédentaires, habitant des bourgs où des villages, sont fort häbiles comme forgerons, el ils fabriquent beaucoup de casques ét surtout de fort belles cottes de mailles er acier, qu'ils vendent aux Tcherkesses üu à Derbend, d’où elles passent en Perse.
Le Ghouria, petit pays voisin de la Mingrélie, est gouverné par un prince tributaire de la Russie. Le Ghouria s’élend le long de la mer Noire : c’ést uné contrée riante et fertile, dont les habitants faisaient autrefois un grand commerce d'esclaves, et qui sy livrent encore parfois à la dérobée, lorsqu'ils peuvent échapper aux bâtiments de guerre russes qui croisent sur celle côte. Le port de Pothi est le chef-lieu du Ghoüria etse L'ouve à l'embouchure du Rioni, aux confins de l’Imirétte.
Dans l'intérieur de l’isthme, au sein des plus hautes montagnes, il existe quelques peuplades aussi sauvages que les rochers qui les ont soustraites jusqu’à ce jour à toule domination : car ils n’ont pas plus subi le joug ottoman que celui des Russes, et jamais étranger n’a pénétré dans cetté contrée inhospitalière, dont on n’a quelques relations tronquées que par les Tcherkesses, qui vont dans ces montagnes pourY acheter des oiseaux de proié, ou y sont poussés par l’ardeur de la chasse.
Les Ossètes, petit peuple voisin des Tcherkesses, sont les plus scélérats de tous les habitants du Caucase : ils sont en guerre Continuelle, soit avec les Rasses ; s0it contre leurs compatriotes. Les Ossètes descendent d’une colonie mède, que des Scythes transplantèrent dans le Caucase. Ils sont grands, robustes et ont l'air imposatitel martial. De même que les Ingouches, les Ossètes sont païens, tandis que les popula= tions diverses du Daghestän Sont musulmanes.
Les deux peuples dont on va parler, les Abases et les Tcherkesses, rivaux en bri= gandage depuis plusieurs siècles, étaiént des énnemis implacables ; et les Abases ont éprouvé en mille rencontrés que les Tcherkesses sont les plus forts, sans avoir, après. tant d'échecs, reconnu leur supériorité. La haine commune contre les Russes à réuni les Abases et Les Tcherkesses; et cette réunion a été à tel pôint le résultat de l’instinet de la liberté, qu’il n’y a eu dans cette affaire ni convention, ni traité : tout a été spontané, fortuit.
Malgré la résistance désespérée de ces peuples, tout pôrle à admettre que le colosse russe finira par les écraser ; ét ce sera un bonheur pour l'humanité et une belle conquête pour la civilisation, car on né peut méconnaître que les populations du Caucase, lorsqu'elles seront soumises à une législation paternelle, à une administration juste et intelligente, initiées aux arts et aux sciences d'Europe, deviendront une