‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 50 sur 78 · PL · texte numérisé non relu

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Ciroassien.

(Asie.)

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Circessien — Prince de la grande Cabarde

nation fort intéressante et à tous égards très-distinguée. En effet, que l'on considère de quels avantages physiques sont doués tous ces montagfards caucasiens; que l'on y ajoute qu'ils se sont montrés aptes à tous les arts; que leur esprit est au niveau de la beauté corporelle, et l'on ne pourra nier qu’il n’est pas une nation européenne plus favorisée. Quelles que soient les raisons politiques qui ont fait désirer à une grande puissance de voir les Tcherkessés réussir dans leur guerre contre la Russie, l'humanité repoussé de semblables considérations, et l'ami du genre humain, le philan- (hope, le chrétien, ne peuvent s'empêcher de faire des vœux ardents pour que l’on voie bientôt triompher la cause de la civilisation, qui, avec l’auxiliaire des colonies allemandes ét arméniennes, dont le système est déjà en voie d'exécution et de progrès, fera, dans un avenir prochain, des provinces caucasiennes un pays aussi beau, aussi riche en produits que les départements français qui touchént aux Pyrénées.

L'Abasie forme le littoral de la mer Noire vers le nord-ouest du Caucase, depuis là Mingrélie jusqu’à Anapa, el s'étend à l'est dans le haut pays, entre la Malka et lé Koubän, jusque vers leur source. Les Grecs, les Romains et les vaisseaux de Sésostris eux-mêmes avaient visité lés côtes de l’Abasie. Les Abases, dont on ne connait pas l’origine, ont été tour à tour soumis aux Lazes, aux Géorgiens, aux Romains, aux Persans , aux khans de Crimée. Ceux de la grande Abasie, c’est-à-dire des bords de Mer, reconnaissaient naguère la suzeraineté musulmane, et sont passés sous la dominalion russe par Le traité de 1829.

Les Abases, de même que les Tcherkesses, ne sont ni chrétiens ni musulmans. Leur religion se borne à quelques pratiques superstitieuses, traces imparfaites des Souvenirs qu'ont laissés parmi eux lés missionnaires de l'Évangile et ceux du Coran. Ces peuples ont une tradition fortifiée par des monuments encore existants, quoiqu'en ruine, qui atteste que les Francs et les Génois ont non-seulement porté leur commerce jusque-là, mais qu'ils ÿ ont bâti des temples et tenté d’y propager la foi. Dans les montagnes, les Abases sont voleurs; sur les côtes, ils sont pirates, et, en présence des croisières russes, Ces hardis forbans, sur des bateaux longs et plats, courent sus aux navires marchands que le commerce conduit dans cette mer inhospitalière.

Les femmes sont aussi belles que les Géorgiennes, les Circassiennes et les Mingréliennes. On les vendait autrefois à Anapa, à Tiflis, aux Turcs et aux Persans. La misère profonde dans laquelle languissaient les filles abases , leur faisait désirer avec ardeur les délices des harems, où elles savaient qu’elles trouveraient un époux, des esclaves et toutes les jouissances du luxe oriental. Quant aux jeunes gens, ils étaient également vendus; et ceux qui échappaient à une odieuse mutilation passaient quelquefois en Égypte, pour être incorporés à la redoutable milice des mameluks. L'un de ces esclaves, nommé Barkok, ést devenu sultan en 1382. |

C'est à tort que l’on a donné aux Tcherkesses le nom de Circassiens. La dénomination de Tcherkesse, littéralement traduite, signifie coupeur de chemin, c’est-à-dire brigand. Des recherches historiques ont prouvé que ces peuples ont une origine Commune avec plusieurs hordes de Cosaques et des anciens habitants de la Crimée ; et il existe encore, aux environs de Sébastopol, des ruines connues sous le nom de Tcherkesskerman , ou fort des Tcherkesses. Les princes circassiens, qui se disent issus d’une famille arabe, s’intitulent princes de la Kabardah, qui est le nom de la contrée où ils règnent. Tout ceci établit clairement la part que les Tcherkesses peuvent s’attribuer à l’origine de plusieurs nations cosaques, Sans que les différences physiques affaiblissent lé poids de cette assertion : car on sait assez combien la vie animale, les habitudes amènent de changements dans la constitution et la physionomie.

L'histoire des Tcherkesses est obscure. Soumis d’abord aux Géorgiens, ils passèrent, dans le xvr° siècle, sous la domination des khans de Crimée, et plus tard sous celle des Russes. Le czar Ivan Vassilievitch, en 1560, épousa Marie, princesse tcherkesse, fille de Temrouk. Le khan de Crimée tenta, en 1700, de reconquérir ce pays. Son armée, après une campagne longue et périlleuse où elle avait remporté des victoires signalées, fut enfin taillée en pièces; et le prince tartare ne dut la vie qu’à la vitesse de son coursier.

Les Tcherkesses sont divisés en trois classes : les princes, pcheh, les nobles, ouxden, et les vassaux. Les princes, véritables paladins, sont toujours armés, toujours à cheval, guerroyant sans cesse. Le paysan ne possède rien : sa personne, sa femme, ses enfants, ses bestiaux, ses provisions, tout appartient aux princes ou aux nobles. Mais celte condition est toutefois moins misérable qu'elle ne le paraît, parce que le vassal a le droit de demander à son seigneur toutes les choses dont il a besoin, et qu'ileest rare qu’on les lui refuse.

Quant à la religion, les Tcherkesses sont au niveau des Abases. Ils se disent chré Liens, en ce qu’ils ont conservé le symbole de la croix, la vénération pour la mère de Dieu, l'invocation des apôtres, et qu’ils pratiquent une cérémonie assez semblable au sacrifice de la messe; mais on peut les appeler mahométans : car ils reconnaissentMla mission de Mahomet, disent leurs prières en arabe, le visage tourné vers la Mecque, ont horreur du porc, et suivent d’autres préceples de l’islamisme; enfin ils sont idolâtres, puisqu'ils adorent une déesse des abeilles, un dieu des tempêtes et d’autres divinités auxquelles ils immolent des animaux.

La coutume et les usages consacrés par le temps tiennent lieu de code. Les anciens de chaque tribu sont les juges, et leurs arrêts sont sans appel. La peine de mort n’est point en usage. Le crime réputé le plus grand, c’est le parjure; et le coupable est vendu comme esclave. Le meurtre est puni d’une amende. Certains crimes sont expiés par l’exil. Quant au vol, ce n'est pas lui qu’on punit mais la maladresse du voleur, qui, s’il est pris en flagrant délit, est condamné à une amende et à restituer sept fois la valeur de l’objet dérobé,

Le vol et le brigandage élant parmi les Tcherkesses des titres de gloire quise transmettent d'âge en âge comme des dépôts précieux, on conçoit quelles idéesa ce peuple sur la propriété. Lorsqu'il naît un fils à un prince ou à un noble, un voisin dérobe l'enfant, et, le lendemain, se fait connaître et se constitue atalik, c’est-à-dire père nourricier. [l élève son fils adoptif avec le plus grand soin, le forme au métier des armes, aux exercices chevaleresques, ét surtout à voler avec adresse. Enfin, quand l'élève à donné des preuves manifestes de sa bonne éducation, quand il a volé son atalik, il rentre dans sa famille, et l’atalik conserve dans cette famille les droits de la parenté. Si un prince va à la guerre, il est suivi de tous ses vassaux: mais lorsqu'il va voler, il ne prend avec lui que ses proches et ses amis les plus intimes:

IL existe cependant parmi ces peuples barbares une institution admirable, une vertu qui doit les réconcilier avec l'humanité, c’est l’hospitalité qu’ils pratiquent de là manière la plus large, et qu'ils considèrent comme le plus sacré, le plus inviolable des devoirs. Il suflit qu'un étranger sache le nom d’un Tcherkesse, et qu’il se place sous sa protection, pour qu'il soit respecté, bien traité, logé, nourri, accompagné en voyage, en un mot, traité comme un enfant chéri. Le protecteur prend le nom de

koniak; il serait considéré comme infâme, s’il manquait au moindre devoir de l'hos=

pitalité. Les filles tcherkesses ne le cèdent en rien aux autres Caucasiennes sous le rapport des charmes; elles avaient le triste privilége d'augmenter le nombre des odalisques qui peuplaient les harems de Constantinople, du Caire et de toutes les grandes villes de l'Orient. La condition des femmes, dans ce pays, est meilleure que

dans les autres contrées de l'isthme : elles y jouissent d’une assez grande liberté, qui va jusqu'à recevoir les étrangers. Les jeunes gens des deux sexes pouvant communiquer entre eux, les préliminaires du mariage diffèrent peu de ce qui se pratique en Europe. Mais les cérémonies sont tout autres el assez curieuses pour mériter d'être décrites.

Lorsque les vœux de l'amant sont agréés, on lui répond avec modestie de s'adresser la famille. Un ami est chargé de cette demande; et après le consentement des parents, les chefs des deux familles s’'abouchent pour stipuler la dot, qui, contrairement à nos usages, est fournie par l'époux. Si le futur est de haut rang, il offre à son beau-père uné cotte de mailles, riche présent de 2 à 3,000 piastres; s’il appartient à la petite noblesse, ce sont des chevaux, des esclaves, des armes, des étoffes ou des troupeaux. Toutes les conventions étant acceptées de part et d'autre, le futur, aidé de ses amis, enlève la fiancée et la conduit chez un voisin, où les parents de la jeune fille, armés de bâlons, viennent la réclamer. Une autre troupe, également armée de bâtons, fait mine de vouloir défendre sa conquête; et il s'ensuit un combat simulé, qui cesse au moment où paraît l'époux, tenant sa fiancée par la main. Son parti crie victoire, et tout le monde se rend chez le mari. Là commencent les réjouissances, pendant lesquelles on se livre à la gaieté, mais en observant toutes les lois de la décence la plus sévère. Pendant que les conviés dansent, boivent et tiennent table, le mari va se cacher dans les bois jusqu’à la nuit. Ses amis viennent l'y chercher et le conduisent à là chambre nuptiale, dont il sort furlivement au point du jour pour regagner sa rélraite dans la forêt. Telle est l’austérité de ce peuple pour les idées de chasteté, que ce manége est continué pendant deux mois; et même, au bout de ce long terme, époux évite soigneusement de se montrer en public avec sa femme. A la naissance d'un fils, il manifeste le même sentiment de honte, et va de nouveau se cacher dans les bois. Ce peuple bizarre offre un mélange vraiment incompréhensible de bonnes et de mauvaises qualités.

Quelle que soit la dimension du vase ou la qualité du liquide, un Tcherkesse ne S'écarte jamais de la singulière coutume d’avaler trois verres de la liqueur qui lui est offerte. Si un étranger s’assied à la table de l'hospitalité, le chef de la famille, placé debout auprès de son hôte, ne s’assied qu'après que celui-ci a terminé son repas. Les femmes mangent à part. Le service de la table se fait à la turque, sur une petite table ronde, autour de laquelle les convives sont accroupis, se servant de leurs doigts en guise de fourchette; mais ils ont des cuillers en bois. La boisson ordinaire est le bonza, éspèce de bière faite avec du millet, Ils.aiment le vin et les liqueurs. Les mets sont des viandes rôties, de la venaison, du poisson salé, du miel, des fruits, la plupart sauvages; et pour les pauvres, le gomi ou pasta, millet bouilli avec du sel. Celle dernière alimentation va aussi sur la table du riche, et sert de provision au guerrier.

Toutes les populations du Caucase font usage du tabac. Les Tcherkesses fument dans le chibouque, la longue pipe des Turcs.

Les maladies sont rares et la longévité très-commune, surtout dans le haut pays, où l’on rencontre beaucoup d’octogénaires, et même des centenaires; mais deux léaux exercent de cruels ravages dans cette contrée et dans l’Abasie : ce sont la peste el la petite vérole. La première est importée par les Turcs, et disparaîtra lorsque les relations avec ce peuple cesseront, si les Russes affermissent leur domination. Quant à la petite vérole, on prend, depuis quelque temps, de sages mesures pour éviter la con- . lagion, en isolant le malade, qui n’est approché que par des personnes qui ont été alteintes déjà du même mal. Les médecins sont fort ignorants; mais leurs chirur-

giens ne manquent point d'habileté dans la guérison des plaies et des blessuresmils emploient avec succès les substances végétalés et les simples balsamiques qui abondent dans les montagnes.

Les funérailles ont beaucoup d’apparat, surtout si le mort est un guerrier. Tousiles parents témoignent une vive et sincère douleur. Les obsèques sont accompagnées de sacrifices expiatoires, que l’on renouvelle, pendant longtemps, à chaque anniversaire du décès.

Le Tcherkesse, dans une expédition, est ordinäirement ceint de plusieurs brasses de cordes, afin de pouvoir attacher les bestiaux qu'il vole ou les prisonniers qu'il fait. Le costume des guerriers, quand ils sont nobles, consiste en un casque surmonté d’une pointe, uñe cotté de mailles, des gantelets et des brassards. Les armes sont l'arc, le fusil, les pistolets, le sabre courbe, le poignard et le plète, sorte de fouet terminé par üne plaque d’un cuir épais. Par-dessus leur armure ils ônt, Suivant la Saison, un manteau à longs poils. L’habit civil consisté en un petit bonnet ouaté, un surtout très-court, ayant sur la poitrine deux rangées de petites poches, des bottes rouges à hauts talons.

Les hommes se distinguent par un air martial et fier, une taille élancée et svelté leürs yeux et leurs cheveux sont noirs et leur teint est brun.

La beauté des Cireassiennes est trop généralement vantée pour qu'il nous soit permis de n’en pas parler ici. Peut-être a-t-on un peu exagéré léurs charmes, mais assurément ce n'est pas la nature qu'il faut en accuser; les mœurs seules sont coupables. En effet les jeunes Circassiennes semblent appliquer leurs efforts à s’enlaidir: Dès l’âge delà puberté, elles portent des camisoles tellement étroites ou serrées qu’elles peuvent peine respirer. Ce vêtement incommode leur couvre la poitrine, le buste et descend jusqu'aux hanches; son but est de s'opposer au développement de la gorge, car il aürait honte pour une jeune fille à ressembler à une femme mariée. L'époux seula l'heureux droit d’écarter ces fâcheuses entraves. Son premier soin, et qui certes peul passer pour agréable, est, dans la nuit des noces, de couper là camisole de sa fiancée, non sans danger de la blesser, au moyen du quindjal (poignard à fil tranchant}

L'industrie des Tcherkesses est encore dans l'enfance. Ils sont tributaires de tous les autres peuplées pour les objets d’art les plus indispensables. La seule chose qwils entendent bien, c’est l'élève des chevaux; ils ont de nombreux haras, où ils amé liorent Les races les plus nobles d'Arabie et de Pérse. On porte à 20,000 le nombre des chevaux de race que les Tcherkesses livrent annuellement au commerce. ;

L’idiome tcherkesse, et presque tous ceux de l’isthme caucasien, sont très-diffi= ciles à prononcer, même pour les Russes, qui ont une si grande facilité pour toutes les langues. L’idiome tcherkessé offre à la fois des syllabes fortes et gullurales, des diphthongues modifiées à l'infini; et tout cela entremélé de claquements et de gazouillements que l'écriture ne peut traduire et que la pensée ne peut comparer à rien. Les Tcherkesses ne sont toutefois point étrangers à la mélodie; ils ont des chants nationaux qui portent l'empreinte de leur humeur guerrière. 11s ne connaissent point l'écriture; ainsi toutes leurs traditions historiques sont renfermées dans des chanls qui ont été tellement dénaturés, qu'il est impossible d'y trouver quelque chose dé certain. u,

Les Tcherkeëses ont des tributaires vers les sources du Kouban : ce sont des peuplades d'origine tartäre, dont les mariages avec lés jeunes filles géorgiennes ont embelli la race. L'uné de ces tribus, cellé des Bassians,: professe l’islamisme, a des mœurs douces, se livré à l'agricullure et au commerce, et fabrique d'excellente bière: Les Ingouches ont quelques coutumes bizarres, entre autres celle de marier les morts,

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