‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 58 sur 78 · ARABIE · texte numérisé non relu

ARABIE

L'Arabie est une grande péninsule, formant un quadrilatère allongé, plus large au sud , entre les deux golfes Arabique et Persique, que vers le nord. Située entre 12° 40” et 34° 7’ latitude nord, et entre 50° 15’ 30” et 57° 50’ 30’’ longitude est, son étendue est 1e 600 lieues de long, sur 500 de large. La population, qui est évaluée à 12,000,000 d'ha-

“bitants, se compose en presque totalité de musulmans, que l’on divise en Arabes sédentaires et en nomades. Il y a en Arabie quelques Grecs schismatiques dont le patriarche réside au Caire, des catholiques qui ont un couvent sur les flancs du mont Horeb, et des juifs répandus sur Loutes les côtes, principalement dans l'Hedjaz :.

Cette contrée fut jadis divisée, par Ptolémée, en trois parties : l'Arabie Pétrée, au nord-ouest ; l'Arabie Déserte, au nord-est, et l'Arabie Heureuse, au sud-ouest. Aujourd'hui l'Arabie est divisée en Six parties, dont la plus considérable est le Nedjed {pays des Wahabys qui occupe tout le centre et se prolonge, au nord, jusqu'aux confins de la Turquie d'Asie. Au nord et sur le golfe Arabique se trouve l’Hedjaz avec le désert du mont Sinaï. Sur le même golfe, en descendant vers le sud, et sur la côte de l'océan Indien, on voit l’Yémen, ensuite l’Hadramahout et les autres cantons. L'Oman est baigné par les eaux de la mer du même nom; et le Lahsa, dont dépendent les îles Babréin , s'étend sur toute la côte occidentale du golfe Persique.

L'Arabie a beaucoup de rapports avec l'Afrique par son climat, ses vastes plaines de sable et ses productions. On rencontre sur la péninsule arabique plusieurs chaînes de montagnes ; mais aucune n’est assez élevée pour retenir les eaux provenant des neiges et

alimenter des courants d’eau considérables. L’Arabie n’a que deux petits fleuves, leMeïdam “et le Chabb, qu'on puisse appeler permanents et qui portent leurs eaux à la mer. Toutes les rivières ou torrents et ruisseaux, ou se dessèchent en été, ou sont absorbés par les sables des déserts de l’intérieur. Dans le nord-ouest , au sud de l’isthme de Suez, est lé mont Sinaï, si fameux dans l’histoire des Juifs; et non loin de là, le mont Horeb, moins élevé, et qui a aussi une grande célébrité. Ces deux montagnes ne sont pas les points culminants d’une grande chaîne : ils sontisolés; et toutelois leur voisinage Lempère quelque peu les excessives chaleurs des rivages de la mer Rouge. Une longue chaîne de montagnes descend, du nord au sud, le long du golfe Arabique, à une certaine distance du rivage, jusque dans l'Yémen ; mais comme ces montagnes n’ont jamais plus de 560 Loises, et qu'elles n’atteignent cette altitude qu’au sud, elles contribuent peu à tempérer le climat au nord de l’Yémen. Dans l'Hedjaz, elles sont mal boisées,

* Le nom le plus ancien sous lequel on ait connu l'Arabie est celui de Kättim (Orient). Ses habitants se nommaient Beni-Kittim (fils de l'Orient). Le nom d’Arabie se trouve pour la première fois dans les derniers livres de l'Ancien Testament, et dérive de celui que les habitants se donnent à eux-mêmes. Leur pays est pour eux Djézyrét-cl-Arab (île on presqu'ile des Arabes); les Turcs et les Persans le nomment Arabistan (pays des Arabes).

souvent nues; mais plus au sud, surtout dans l’Yémen, elles sont couvertes de belles forêts et forment de riantes et fertiles vallées, où l’on jouit d’une température d’autant plus douce, que les pluies sont abondantes pendant plus de trois mois. Les montagnes de l’Hadramant, qui sont la continuation de celles de l’Yémen, sont moins élevées, mal boisées. Sur le golfe Persique, il ÿ a également une longue chaîne qui se prolonge dans le nord jusqu’à l'extrémité de la presqu’ile qui s’avance à l’est et forme le détroit à l'entrée du golfe. Ces montagnes de l'Oman offrent encore moins de végétation que celles de l’Hadramant. Quant à la chaîne prolongée, qui, se détachant de celle de l'Hedjaz et courant du nord-ouest au sud-est, traverse toute la péninsule et va rallier les montagnes de l’'Oman, séparant les deux grands déserts de l’intérieur, ce ne sont que de fortes collines, dont il ne sort que quelques chétifs ruisseaux. Cette chaîne pré-

sente cependant quelque végétation. Les pasteurs y trouvent des sources: ils y ont

creusé d'assez bons puits, et leurs troupeaux y prennent une nourriture plus savou-

reuse que dans le désert, |

Le sol de l’Arabie est partout aride et peu susceptible de culture. C’est le manque d'eau qui cause cette stérilité. Si l’Arabe était moins sobre; si le lait de ses chameaux et le riz qui vient de l'Inde et de l'Égypte ne fournissaient la moitié de sa subsistance, il ne pourrait rester dans an pays si peu productif.

Les anciens prétendaient que l'Arabie avait des mines d’or et d'argent. Les recher- | ches des voyageurs modernes ont eu pour résultat de prouver qu’on n’y trouve qu’un peu de fer.

Les parties cultivées donnent du froment, de l'orge, du dourra, du millet; mais la principale comme la plus riche production de l'Arabie, c’est le café, qui croit partoul, surtout dans les parties montagneuses du sud. Le café d'Arabie, connu dans le commerce Sous le nom de mokka, est le meilleur du monde entier: l'exportation totale de cette précieuse denrée procure aux Arabes une rentrée annuelle de 16,000,000 de francs. L’Arabie fut de tout temps célèbre pour ses parfums, ses baumes; et aujourd’hui encore, quoique cette branche de commerce ait considérablement perdu depuis la découverte du cap de Bonne-Espérance, on Lire de ce pays des quantités considérables de myrrhe, d’encens, de différents baumes, et d’une gomme qui est infiniment supérieure à celle du Sénégal, et qui forme une excellente médicamentation pour les maux de poitrine. Nos herbages sont chose inconnue en Arabie. Les troupeaux ne paissent que des plantes étrangères à nos climats. Le dattier est très-commun, et son fruit se vend à des prix modérés. L'abondance est telle, que malgré la consommation dans le Pays, on exporte plus de 260,000 quintaux de dattes sèches. La pêche, sur les côtes des trois mers qui baignent la péninsule, fournit aussi à une portion considérable de l'alimentation, des populations riveraines. Les légumes ne sont point abondants; mais où il y a assez d’eau pour cultiver le jardinage, on obtient des légumes excellents. Il n'y a point de meilleurs melons au monde que ceux de l'Yémen. Les pastèques abondent partout, même dans les parties habitées du désert. Quant aux fruits, outre les dattes, on récolte en assez grande quantité les amandes fines, les oranges, les citrons, les limons, les cédrats, les grenades, toute sorte de figues et de fort bons raisins.

Le lion, le ligre, le léopard, la panthère se partagent l'empire des déserts, et quelques-uns de ces hôtes féroces viennent jusque dans les cantons montagneux; mais l'Arabe ne vit jamais en paix avec ces incommodes et dangereux voisins : il leur fait une guerre d’exlermination sans la moindre trêve. Le chacal, le renard, deux variétés de chat Sauvage, partagent les chasses des grands carnassiers et ne sont guère MOINS redoutables. Les antilopes de toute espèce parcourent la péninsule arabique; mais le nombre de leurs ennemis est trop grand pour que le leur puisse s'accroître, d'autant

Noble Arabe.

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plus que l’homme les poursuit aussi avec acharnement et avec de bien plus puissants moyens de destruction. Parmi les animaux des montagnes, on rencontre quelquefois l'onagre ou âne sauvage. L’autruche devient très-rare, et l'on n’en trouve guère aujourd'hui que dans les endroits les plus retirés du désert et vers les cantons peu habités des rivages du golfe Persique. Dans l’Hedjaz, l'Yémen et l'Hadramant, elles ont entièrement disparu. Les oiseaux sont rares dans un pays qui a si peu de graines; on n'y trouve guère que les espèces qui se nourrissent d'insectes. Le singe vient jusqu’en Arabie; mais il est rare et se trouve mal à l’aise, d’abord à cause du manque de fruits, et aussi parce que le caracal, le plus grand des chats sauvages, le poursuit avec furie. Il y a plusieurs espèces de serpents; mais ces reptiles sont peu nombreux : la contrée est trop sèche. On trouve une quantité innombrable de lézards, dont la plus grande espèce atteint la longueur de 32 pouces. Ge superbe lézard, aussi gros que l’iguane du Brésil , est fort dangereux. Il est très-riche en couleurs, qui sont diverses nuances de vert, un beau jaune sous le ventre et aux extrémités, du rose sur la tête et aux flancs, avec quelques reflets d'azur.

Le cheval arabe a été trop souvent décrit pour qu’on se permette ici une description qui ne serait qu'une redite. Ge noble compagnon du Bédouin est traité avec des soins tellement minutieux et incessants, qu’il n’est pas un pays où la condition du cheval soit plus heureuse; car l’Arabe ne l’astreint jamais à des courses forcées. S’il veut parcourir de grandes distances, il se garde bien de monter son coursier chéri : il prend un dromadaire, ou chameau de course, presque aussi rapide à la course que le cheval, et qui peut la soutenir trois fois aussi longtemps. Ces dromadaires, de la même souche que les chameaux de charge, n’en diffèrent qu'en ce qu'ils ont les jambes infiniment plus menues et que l'éducation leur a donné d’autres habitudes, d’autres instincts. L'âne d'Arabie, si estimé au Caire, est d’une grande beauté. Il a la taille du cheval sarde, et, si on ne le surcharge pas, il suit les chameaux et peut faire des journées de quinze lieues. La race bovine est très-rare, el ne peut se multiplier faute de fourrage. Les autres animaux domestiques sont le mouton, la chèvre, le chien. Les porcs sont rares, élant considérés par les Arabes comme des animaux immondes, et le petit nombre de porcs que l'on trouve en Arabie sont élevés par les Arméniens et les Grecs.

La température la plus élevée du désert est de 35° Réaumur, à l'ombre; la température moyenne, de 30°. Sur les côtes, elle est moins brûlante, et dans les montagnes on a le climat des Abruzzes. L’intensité de la chaleur est fort gênante, mais elle n’est point malsaine, parce que l'air est sec. Cependant il y a un fléau terrible en Arabie, c’est le samiel. Quand ce vent morbifère règne dans le désert, il n’y a qu’un moyen d'échapper à la mort : il faut se jeter à terre et coller sa bouche sur sa main jusqu’à ce qu’il ait passé. L’imprudent qui négligerait cette précaution périrait infailliblement. . Après le passage du samiel, l'air est embrasé et rend l’homme le plus énergique incapable du moindre travail. De même qu’en Espagne, les rosées sont abondantes : elles rafraichissent l'atmosphère au point de faire descendre le thermomètre à 15 et même à 42, dans les temps où il s'élève, à midi, jusqu’à 31°. La fraîcheur de la fin des nuits rend dangereuse l'habitude qu'ont les Bédouins de dormir en dehors de leurs tentes; les ophthalmies sont communes parmi les nomades.

L'Arabie fut connue dès le temps des premiers patriarches. La Mecque, le lieu saint des musulmans, est aussi en grande vénération parmi les juifs, qui en sont toutefois éloignés avec horreur par les sectateurs de Mahomet.

L'histoire de cette contrée offre peu d'intérêt jusqu'à Mahomet, qui, après avoir préché Le Coran et s’être fait reconnaître comme prophète, conquit toute l'Arabie, prit le titre de souverain, régna despotiquement, el étendit, avant de mourir, ses conquêtes

jusqu’en Syrie et en Égypte, et prépara la puissance colossale qu’eurent les califes ses successeurs. Ceux-ci soumirent la Perse, l'Égypte, une grande partie de l'Asie Mineure, l'Espagne, et allèrent jusqu'aux Indes.

L’Arabe est brave : il aime la guerre et chérit par-dessus toutes choses l’indépendance. Plusieurs princes avaient pénétré jusqu’en Arabie ; quelques-uns y avaient fondé une espèce de domination, notamment Trajan et ses successeurs ; mais jamais ce pouvoir étranger ne fut solidement établi ni exercé sans résistance. Les Arabes, divisés en une foule de petites tribus indépendantes les unes des autres, manquant d’un lien qui formât une unité, attaquées séparément, succombaient devant un ennemi supérieur en forces : il manquait à tous ces membres épars une tête qui en fit un corps de nation. Un grand homme parut : c'était Mahomet. A peine eut-ilconquislasuprême autorité, qu'ilmontra ouvertementle dessein, exécuté en partie avec tant d’éclat et de bonheur par les califes, de propager l’islamisme sur tous les points de la terre, et de soumettre tous les peuples à l'autorité du croissant. Moins de deux siècles après Mahomet, la moitié de l'Asie, le nord de l'Afrique et presque toute l'Espagne avaient subi le joug des califes, qui trônaient à Damas et à Cordoue par leurs lieutenants, et qui avaient un empire aussi étendu que celui d'Alexandre. Malgré le précepte qui ordonne de répandre lislamisme par le fer,et le feu, Mahomet se montra clément et tolérant envers les chrétiens dont la conquête fit ses sujets. Il était trop fin politique, aux premiers succès d’une puissance naissante, pour attirer sur lui les armes de toute la chrétienté. Mais il persécuta et dépouilla inhumainement les juifs : ceux-ci ne formaient point un corps de nation et n'avaient aucun appui, aucune protection.

Abubeker, qui succéda à Mahomet, affecta de conserver l'antique simplicité des Arabes. Omar vint après lui et ne demanda que trois pièces d’or, un chameau et un esclave noir pour marque distinctive du califat. Chaque vendredi, il distribuait aux musulmans les plus zélés et aux indigents les deniers publics et son propre patrimoine. Ces premiers califes allaient à la mosquée avec un léger vêtement de coton, un turban d’étoffe grossière; ils menaient une vie austère et frugale, et insultaient, par cette orgueillense simplicité, à la vaine magnificence des rois de la terre. Cependant les Ommyades s’abandonnèrent, dans leur palais de Damas, à l’oisiveté, à la mollesse et au luxe, tandis que leurs lieutenants élevaient avec une étonnante rapidité l'édifice de leur puissance sur l'anarchie et la ruine des Persans, des Romains et des barbares conquérants de l'Afrique septentrionale et de l'Espagne.

Les enfants d’Ali, persécutés par les califes, furent relégués à Médine, où ils exercèrent le sacerdoce avec le titre d'imans. Ils méprisèrent toutes les vanités mondaines, consacrèrent leur paisible existence aux œuvres de charité, à la pratique de la religion . et à l'étude, et'acquirent la vénération des vrais croyants. Le dernier des douze imans, descendants d’Ali, surpassa l’austérité et la piété de ses prédécesseurs. IL se retira dans une caverne près de Bagdad, et on ignore l’époque et le lieu de sa mort. Les dévots croient qu’il n’est pas mort, et qu'il reparaitra avant le jour du jugement pour détruire la tyrannie de l’antechrist. Voilà l'origine de l’ismanat, encore subsistant, et que la plupart des Arabes sunnites considèrent comme un sacerdocede droit divin exclusivement réservé à la famille d’Ali, comme il l'était chez les Juifs dans celle d’Aaron:

Outre le Coran, les Tures ont une autre loi orale : c'esi la Sonna, qu’Al-Bocari, saint personnage qui vivait deux siècles après Mahomet, forra d’un choix de relations recueillies après la mort du glorieux prophète par ses amis et ses femmes. |

L'hégire ou ère des musulmans fut instituée par Omar, second calife, et fixée à

68 jours avant la fuite de Mahomet, ce qui correspond au vendredi 46 juillet de l'an 622.

- ft n’est point de musulmans plus fervents que les Arabes; leur piété s'explique par la prodigieuse affluence de pèlerins qu'ils voient, chaque année, venir de tous les points de la terre pour se purifier aux lieux saints.

Ges pèlerins, au coucher du soleil, se réunissent pour la prière du soir. Ils se forment en plusieurs larges cercles autour de la Ka’aba, comme un centre commun, comme le seul lieu du monde où Le vrai croyant peut se tourner vers tous les points de l'horizon pour faire sa prière. Tout se prosterne et imite les génuflexions d’un iman qui se place à la porte de l'édifice sacré. Le spectateur le plus apathique ne peut s'empêcher d’être saisi d’un respect religieux à la vue de plusieurs milliers de personnes qui s’agenouillent ou se prosternent toutes à la fois, s’il se représente l'éloignement et la diversité des pays d’où sont venus tant d’hommes, rassemblés en ce lieu par un même motif, qui est de glorifier l'Éternel.

Après avoir fait toutes leurs dévotions à la Mecque, les pèlerins vont sacrifier sur le mont Arafat, qui en est peu éloigné, puis dans la vallée de Mina. Le pèlerinage au tombeau de Mahomet, à Médine, est un acte méritoire, mais qui n’est point d’obligation ; il n’est pratiqué que par les plus dévots musulmans.

Toute la péninsule arabique est nominalement sous l'autorité du Grand Seigneur, mais en réalité il n’y exerce aucun pouvoir et n’en tire pas le moindre impôt. Vers le commencement du xvure siècle, les wahabites, sectaires fanatiques dissidents, se répandirent dans l’intérieur, ne pouvant tenir dans l’Hedjaz ni l'Yémen. Ils eurent des succès, firent de nombreux prosélytes, et se rendirent assez redoutables pour envahir plusieurs provinces, attaquer les grandes villes et se rendre maitres de la Mecque en 1802. A la prise de la cité sainte, ils signalèrent leur fanatisme en détruisant toutes les mosquées et les édifices érigés à Mahomet et aux imans, ne respectant que la Ka’aba. Ils étaient à l'apogée de leur puissance, lorsque Ibrahim, le fils adoptif de Méhémed-Ali, leur fit une guerre d’exlermination, et parvint, après plusieurs vic« loires, à les anéantir. Les débris deé wahabites sont aujourd’hui retirés dans les parties les plus désertes de l'Arabie, et se relèveront difficilement des défaites qu'ils ont essuyées.

Les princes de Mascate, qui prennent le titre d’imans, et une foule de cheïks, profitèrent des désordres qui déchiraient l'empire Ottoman pour se rendre indépendants. Ils y parvinrent en se soumettant à un léger tribut, qu'ils payent au pacha d'Égypte. Celui-ci gouverne une partie de l'Arabie au nom du sultan, mais dans le fait c’est pour lui-même.

IL serait à supposer qu’un peuple belliqueux, dont les ancêtres ont subjugué tant de pays, dut avoir des armées nombreuses; mais l’état politique de lArabie, divisée en une foule de petits États indépendants qui ne forment aucune confédération, n’admet point l'existence permanente de forces militaires imposantes. Les princes arabes, dont les trois plus puissants sont le chérif de la Mecque, l'iman de Mascate et celui del’ Yémen, n'étant point exposés à des agressions sérieuses depuis l'extinction des wahabites, n’entreliennent qu’un petit nombre de troupes. Ces princes payent un tribut au pacha d'Égypte, qui le perçoit au nom du Grand Seigneur, et vivent sous cette protection. La marine consiste en quelques bâtiments légers qui apparliennent à l’iman de Mascate. Les peuples de la côte, vers l'embouchure des deux golfes, ont des navires de commerce; mais ils arment incessamment un grand nombre de barques et exercent la piraterie, qui serait très-redoutable dans ces mers, s'ils n'étaient vivement poursuivis par la marine anglaise, qui entretient de fortes croisières, afin de protéger le commerce contre ces forbans.

La Mecque, ville fameuse parmi les sectateurs de Mahomet, capitale du chérifat de

ce nom, située dans une vallée aride, au milieu des montagnes de l'Hedjaz, à 18 lieues est du port de Djiddah. La Mecque est défendue par trois citadelles. Cette ville a beaucoup souffert lors de sa prise par les wahabites, qui la pillèrent de fond en eomble. On y compte encore 70,000 habitants, qui doivent leur prospérité à l’affluence des pèlerins qui y viennent faire leurs dévotions. La Ka’aba, que les musulmans attribuent à Abraham, est pour eux ce qu'était l'arche sainte pour les Hébreux. La Ka’aba est un édifice carré, de 34 pieds de haut sur 27 de large, constamment couvert d’une immense étoffe de soie noire, sur laquelle est brodée en lettres d’or la profession de foi musulmane : 1 n’y a pas d'autre Dieu que Dieu : Mahomet est l'envoyé de Dieu. Les portes de la Ka’aba s'ouvrent trois fois l'an : une fois pour les hommes, une fois pour les femmes, et une fois pour la nettoyer. Les objets précieux sont la fameuse pierre noire, qui est incrustée dans une des façades, et le puits de Zemzem, où les pèlerins se purifient. De vastes galeries, des coupoles, des chaires entourent la Ka’aba. Aux environs sont plusieurs lieux célèbres où les pèlerins vont accomplir des actes de dévotion. La ville de Taïef, dans un territoire fertile et bien arrosé, fournit à la Mecque les fruits et les légumes.

Djiddah, grande, belle et riche ville, sur la mer Rouge. De même qu’à la Mecque, les maisons de Djiddah sont en pierre et fort commodes. Depuis que cette partie de l'Arabie est protégée par le pacha d'Égypte, qui a quelques bricks de guerre dans la mer Rouge, le commerce de Djiddah est devenu très-florissant. 30,000 habitants, parmi lesquels se trouvent beaucoup d'étrangers.

Médine, dans un lieu bas, entre des montagnes arides, sur un ruisseau, au nord et à 64 lieues de la Mecque. Cette ville, presque aussi fameuse que la Mecque, renferme le tombeau du prophète qui y est mort; la principale mosquée a été élevée sur le terrain dela maison qu’il habitait et où il a fini. Les 8,000 habitants de Médine, presque tous mendiants, ne vivent que des aumônes des pèlerins et des dons envoyés par les musulmans pieux, pour obtenir les prières dé‘ceux qui ont le bonheur de demeurer auprès du tombeau de Mahomet. Outre celui-ci, Médine a encore ceux des califes Abubeker et Omar.

A quelques milles des ruines de l’antique Petra est la petite ville de Karek, assez florissante, qui a 4,000 habitants.

Sanaa, capitale de l’Yémen, et résidence de l’iman, est une ville considérable, fort ancienne, et qui a joué un grand rôle vers le temps de la naissance de Mahomet. Cette place est défendue par un château et a une enceinte de hautes murailles flanquées de tours. Les maisons, en pierres ou en briques, sont hautes et massives; les rues larges, mais non pavées. Les 30,000 habitants, qui forment la population de cette ville, doivent leur aisance à la fertilité du pays environnant. |

Damar, dans l’Yémen, ville riche, de 20,000 habitants, qui tire son importance d'une école célèbre, qui fleurit surtout depuis le déclin de celles de la Mecque et de Médine.

Mokka, ville forte, avec une rade et un port par lequel on exporte des quantités considérables de café et de droguerie. On compte 7,000 habitants. '

Abou-Arich, ville sans importance, dans le Tehama, entre la Mecque et l'Yémen, et que l’on ne cite que parce qu’elle est la résidence du chérif d'Abou-Arich, et qu’il y a des mines de sel gemme dans ses environs.

Aden, ville et port de quelque importance à cause de sa position. Les Anglais ont naguère fait de grands sacrifices pour s’y maintenir après lavoir conquise.

Les villes principales de l'Hadramant sont Makalla, Térim et Chiban, dans les montagnes, servant chacune de résidence: à un petit sultan. Les deux dernières sont

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assez grandes el populeuses. On fabrique à Térim de beaux châles, soie et or.

Au nord de l'Hadramant et à l’ouest de l'Oman, est un vaste plateau, presque désert, dont les populations errantes n'ont pas une seule ville.

Mascate, dans un sile riant et fertile, est la résidence du puissant iman de Mascate, ami constant des Anglais, et qui, avec leur aide, a su résister aux wahabites. Mascate à un assez bon port, qui a un fort tonnage et fait un commerce considérable avec l'Inde. 50,000 habitants. Sur une colline, à deux lieues de Mascate, s'élève un magnifique palais, où vient résider l’iman pendant les plus fortes chaleurs.

Au nord-ouest de Mascate est un petit pays, le Belad-Ser, dont le cheik est un chef de pirates. Les Anglais, qui n’ont pu le subjuguer, ont du moins presque anéanti sa marine, en quoi ils ont été secondés par l’iman de Mascate.

Sur la côte nord-est du golfe Persique sont groupées quelques populations belliqueuses et remuantes, qui, pendant des siècles, n'avaient d’autre existence que la piraterie. Un chef de ces brigands avait réuni jusqu’à 65 gros bâtiments et 800 barques armées, le tout monté par 19,000 hommes aussi intrépides que féroces, et qui infeslaient non-seulement tout le golfe, mais encore les deux mers qui sont à l'entrée. Lorsque la mer leur refusait du butin, ils effectuaient des débarquements et rançonnaient les villes et les villages ou mettaient tout à feu et à sang. En 1809, l’Angleterre a envoyé contre eux une flotte qui en a détruit plus des trois quarts, et a fait disparaitre le reste.

La tribu la plus nombreuse du désert est celle des Anazeh, qui est en même temps la plus brave. C’est cette tribu qui, adoptant les principes religieux des wahabites, a le plus contribué à établir leur puissance éphémère. Aucun prince n’est assez puissant pour braver les tribus du Nedjed, c’est-à-dire celles des déserts du centre, et tous payent tribut pour assurer la sécurité des caravanes qui vont à la Mecque.

Les Arabes composent les sept huitièmes de la population. Le reste est complété par des juifs, des Banians, des nègres, des Abyssins, des Francs, etc.

Les juifs, répandus sur toute la presqu’ile, sont, comme partout, méprisés; leurs vêtements doivent être de couleur bleue, et ils sont obligés de se couvrir la tête d’un petit bonnet. Les Banians, qu’attirent les profits du commerce, habitent principalement les places maritimes; ils sont distingués par la couleur rouge, qui, comme chez Jes Hindous, doit dominer dans leur habillement. Les nègres servent, comme esclaves, dans les villes: mais, dans la partie du sud du Nedjed, ils forment quelques tribus particulières.

L'Arabe est bien fait, de taille moyenne, maigre et desséché par l’ardeur du climat, leste et agile. Il a le teint bronzé, l'œil et la chevelure d’un noir de jais, la barbe forte et touffue. Il est vif, fougueux, passionné, emporté; terrible dans la colère, mais prompt à se calmer; franc, prévenant, hospitalier, mais jaloux à l’excès, vindicatif, rusé, vain et superstitieux. Il a l'esprit pénétrant, donne à ses paroles une tournure poétique, et, malgré sa gravité naturelle, il ne refuse pas de se joindre aux parties joyeuses, lorsqu'elles ne sortent pas des bornes de la décence. Le caractère distinctif de l'Arabe, c’est sa passion pour la liberté. Les femmes sont jolies et bien faites. Elles ont, en général, le teint moins noir que les hommes, et dans les hautes classes on en trouve de blanches.

La sobriété des Arabes est aussi proverbiale que celle des Spartiates : une galette de froment ou de dourra, pétrie au lait de chameau ou à l'huile, au beurre ou à la graisse, est leur nourriture ordinaire; ils y joignent parfois du pilau, du lait, du beurre, de la crème, quelques légumes, des fruits, et mangent très-rarement de la viande. La boisson habituelle, c'est l’eau. Après le repas le café, qu'ils prennent sans sucre,

Tous les Arabes fument, et les plus pauvres, ne pouvant acheter du tabac, le remplaz cent par des feuilles de chanvre. Quelques riches se permettent, mais à la dérobée, l'usage du vin et des liqueurs, qui est prohibé par le Coran.

Les Arabes cullivateurs obéissent aux princes des territoires où ils sont établis: mais les Bédouins ou nomades vivent indépendants et ne reconnaissent de pouvoir que celui des chefs qu'ils ont élus dans leur sein. Les Bédouins d'aujourd'hui sont tels que furent leurs ancêtres au temps des patriarches; et en voyant ces fiers Arabes, on conçcoit aisément les grandes choses qu’ont accomplies les soldats des califes.

Chaque tribu a son cheik principal, et chaque camp un chef particulier qui n’exerce aucune aulorilé exécutoire, mais de qui les avis sont écoutés, s’il possède de l’'habileté dans les affaires publiques. Le cheik ne peut déclarer la guerre ni conclure la paix, ni même changer le campement de la tribu, sans consulter les anciens. Les tributs qu’il exige des villages placés sous sa protection et des caravanes de pèlerins, servent à couvrir les dépenses publiques, celles relatives à l'hospitalité qu’on accorde à tout étranger et celles consacrées au soulagement des pauvres, et ne détourne jamais la moindre somme du revenu pour lui-même; car ses fonctions sont purement honorifiques. À la mort d’un cheik, c’est l’ancien le plus capable de la tribu qui lui succède, Il est vrai qu’à mérite égal les enfants du chef décédé sont élas de préférence.

Les délits sont rares et tous punis par l'amende. L'autorité judiciaire est exercée par des kadhis. En cas de meurtre, même à la guerre, on applique dans toute sa rigueur la. loi du talion exercée sur l’homicide, ou sur un de ses parents, si le coupable est fugitif. Dans ce dernier cas, les plus proches parents de l’homme tué peuvent accepter le prix du sang fixé par d'anciennes lois. Cette terrible institution de la vengeance du sang est salutaire en ce qu’elle prévient des guerres désastreuses.

Les guerres entre les tribus des montagnes sont moins fréquentes qu'entre celles des plaines, mais elles sont en même temps plus acharnées, et il arrive fréquemment qu'une tribu massacre impitoyablement, sans distinction d'âge, tous les hommes de la tribu ennemie dont elle peut s'emparer.

Les Bédouins sont d'excellents cavaliers. Leur arme ordinaire, qu’ils manient avec une rare dextérité, c’est la lance. Ils ont en outre le javelot, le sabre; le yatagan, et parfois une masse d'armes. Ils se servent du bouclier, portent la cotte de mailles et le casque sans Cimier. Ils connaissent l’usage des armes à feu; mais ils s’en servent rarement, du moins entre eux. Les Arabes pasteurs qui gardent les troupeaux loin des camps sont armés de javelots et d’une fronde qu’ils manient très-adroitement.

Le Bédouin n’a qu’une seule épouse, qu’il traite avec douceur, quoiqu’elle soit asservie aux plus rudes travaux. Les exemples d’adultère sont fort rares. Le divorce est fréquent et a lieu pour les causes les plus futiles. Les chefs achètent beaucoup d'esclaves des deux sexes, qu’ils émancipent au bout de quelques années, après les avoir mariés à d’autres esclaves affranchis de la même tribu. Ces affranchis ne peuvent prétendre à la main d’une fille blanche, de même qu’un Arabe n’épouse jamais une négresse. Il y a cependant quelques artisans qui contractent de ces alliances avec les laiites de couleur. |

Les domestiques arabes sont traités avec douceur, et les esclaves eux-mêmes sont rarement battus; encore n'est-ce point avec les formes flétrissantes déployées dans. nos colonies. Si un esclave recoit des coups, c’est communément avec la main, dans un accès de colère du maître qui aura eu quelque sujet de mécontentement.

L'offense la plus injurieuse qu’on pourrait faire à un Bédouin, serait de lui reprocher d’avoir négligé les devoirs de l'hospitalité. Il n’est pas un lieu sur la terre où cette vertu touchante soit pratiquée plus religieusement,.

Dans sa tente, le Bédouin est indolent, paresseux. Il laisse tous les travaux aux femmes, et, se bornant à nourrir son cheval, il passe le temps à la chasse au faucon, * ou à fumer la chibouque, nonchalamment assis devant sa tente, ou à prendre le café dans celle d’un ami. Mais qu’il survienne une guerre, une expédition contre une caravane, une grande chasse aux animaux féroces, il sort aussitôt de son apathie et reprend l'énergie qui distingue ce peuple des autres Orientaux. Les Bédouins qui ont quitté la mère patrie et qui se sont répandus en Égypte, en Syrie, en Perse et même en Afrique, ont conservé les mêmes mœurs.

Dans les plaines, là où l’eau est rare, les Bédouins campent près des puits; et les troupeaux qui paissent aux alentours, quelquefois à plusieurs lieues, sous la garde des domestiques ou des esclaves, sont conduits à ces puits Lous les deux jours. C'est dans ces occasions qu’une tribu en attaque une autre, espérant la surprendre; et comme, dans la crainte de ces agressions, on est toujours sur le qui-vive, il y a en tout temps des chameaux sellés, afin que l’Arabe puisse voler au secours de ses pasteurs.

Quelques Bédouins sont laborieux, et, travaillant activement au transport des marchandises, tirent un revenu considérable du loyer de leurs bêtes de somme. Les plus pauvres sont les Bédouins des monts Sinaï, qui conduisent péniblement au Caire des chameaux chargés de charbon. D’autres sont tanneurs, tisserands, bourreliers, Lailleurs. Mais ce n’est que dans villes qu'on trouve des armuriers, des forgerons, etc. Dans l'Hedjaz, ce sont les femmes qui font les beaux licous des chameaux de selle et quelques pièces du harnachement des chevaux.

Les Arabes ont de nombreux troupeaux; et on ne répute pour riche que celui qui possède au moins cent chameaux. Le Bédouin est très-susceptible quant au point d’honneur; et ce qu’il appréhende le plus, c’est d’inspirer la pitié; aussi, quelle que soit sa pauvreté, on ne le voit jamais invoquer la commisération de personne. Il supporte son indigence avec une dignité exemplaire; mais cette résignation ne paralyse point en lui, comme chez le Turc, l’activité dont il a besoin pour rétablir ses affaires. I fait tous ses efforts pour reconquérir ce qu’il a perdu. Il se fait chamelier, pâtre, voleur, et travaille sans relâche jusqu’à ce qu'il ait de quoi égorger un agneau à l’arrivée d’un hôte. Ceci obtenu, il souhaite un bon cheval, un dromadaire et de bons vêtements pour sa femme; et lorsqu'il les possède, il ne songe plus qu'à se maintenir, dédaignant les superfluités du luxe.

Le Bédouin est jaloux à l’excès de l'honneur de sa tribu, et se montre toujours prêt à tous les sacrifices pour sa prospérité. Le patriotisme le plus énergique est inné chez ce peuple au point que, malgré les avantages que les Arabes retiraient des succès de Méhémed-Ali contre les wahabites qui les opprimaient, ils déplorèrent la défaite de leurs ennemis venant d’un prince qu’ils considéraient comme étranger.

L’arabe est la langue savante et religieuse de tous les peuples qui professent l'islamisme. Il est enseigné aujourd’hui dans les grandes écoles d'Angleterre, de France et d'Allemagne. On le parle dans tout le nord de l'Afrique, mais non dans sa pureté. Get idiome, l’un des plus anciens qui se soient conservés, a une littérature très-riche, dont l'époque la plus florissante fut celle de Mahomet, où l’on vit les Arabes, non-seulement produire des écrits encore admirés aujourd’hui, mais traduire les meilleurs ouvrages de l'Hindoustan ou de l'Europe, ce qui établit qu’outre les poëles ils avaient de savants philologues.

Le costume arabe n’est point dépourvu d'élégance, mais il n’est jamais riche, jamais chargé d’ornements; et les Bédouins apportent dans leurs vêtements la simplicilé de leurs mœurs, la modération de leurs désirs. Les habitants des villes portent

des vêtements plus recherchés, sans étaler toutefois un grand luxe. Autant les Mores d'Espagne étaient magnifiques, autant les Arabes sont modestes. Ils portent de larges pantalons relenus par une ceinture, dans laquelle on passe un poignard. Chez les riches celte ceinture est un châle. Par-dessus le cafetan, qui est une espèce de justaucorps, ils ont un manteau fort ample, qu'ils ne portent guère qu’à cheval; et à pied, ils ont d'ordinaire un cafetan de dessus, un peu plus large et plus long que celui de dessous. Les Bédouins vont souvent nu-pieds ; mais les plus riches ont une chaussure fort souple en peau de mouton, ou des bottines, s'ils montent à cheval. Quelques Bédouins pauvres ont une chaussure assez semblable aux espadrilles des Espagnols. Dans l’intérieur des maisons, hommes et femmes portent des babouches ou pantoufles orientales.

Les femmes du peuple portent un large caleçon, dans la ceinture duquel entre une eamisole, par-dessus laquelle elles ont un manteau à capuchon qui enveloppe tout le corps. Dans le désert, les femmes, au lieu du caleçon, n'ont parfois qu'une pièce de linge qui leur ceint les reins et retombe sur les cuisses. Dans l'Yémen, elles portent un grand voile lorsqu'elles sortent. Toutes les femmes des villes sont avides de bijoux et d’ornements, et se teignent les mains et les pieds avec le henné, qui produit une couleur jaune foncé. La manière de porter les cheveux n’est point uniforme chez les hommes : la plupart les rasent, à l'exception d’une seule toulfe; les autres les laissent croître, Quant aux wahäbites, ils sont rasés sur toute la tête. Beaucoup d’Arabes portent le turban ; mais il en est un grand nombre, surtout dans les villes, qui se bornent à un mouchoir jaune, rayé de rouge, qu'ils roulent autour de la tête, les bouts pendant sur les épaules.

Le véritable Bédouin du désert n'a souvent pour tout vêtement qu’une très-large ceinture d'étoffe légère, et un morceau de toile qui lui couvre les épaules. La ceinture, étant déployée, lui sert de natte, et le morceau de toile, de couverture. Les Bédouines se couvrent le sein et le devant du corps avec une draperie figurant une chemise ouverte sur le côté droit, de manière à montrer à nu toute la cuisse; et ce vêtement, qui chez nous passerait pour très-indécent, ne paraît point violer parmi les Arabes du désert les lois de la modestie et de la pudeur. Quelques dames arabes portent la coiffure haute et conique des dames arméniennes; mais cette coiffure est fort coûteuse. Les Arabes s’exercent volontiers à lancer le djerid, et c’est surtout à cheval qu'ils aiment à prendre ce plaisir.

Le mobilier des Arabes est d’une rare simplicité : le seul luxe est celui des tapis. Quant aux ustensiles du ménage, on ne trouve communément dans une tente que quelques chaudrons, des écuelles de bois, un vase pour puiser de l’eau, deux pierres pour broyer le grain, et deux autres, plus petites, pour broyer le café, plus quelques outlres pour conserver l’eau de pluie.

Jeune fille Arabe.

La partie du globe que nous allons visiter est riche en grands souvenirs; l’histoire religieuse et l’histoire profane citent les héros qu’elle vit naître; c’est dans cette contrée que Moïse établit sa république; c’est là que retentirent les harpes de David et d'Isaïe; c’est là que vécut l’'Homme-Dieu et que le christianisme prit naissance. C’est là encore que brillèrent les trônes des Mithridate et des Antiochus; c’est là que s'élevèrent les palais de Priam et de Crésus, les colonnes de Palmyre, la célèbre Babylone et les tombeaux d'Achille et d'Hector. C’est sous ce beau ciel qu'Homère monta sa lyre!… Et cependant que reste-t-il de tout cela? Rien : car les habitants actuels, abrutis par l’ignorance et courbés sous l'esclavage, ont oublié la gloire de vingt peuples qui jadis florissaient dans l’Asie occidentale, et qu'une égale obscurité enveloppe aujourd'hui. Mais, hâtons-nous de le dire, si ces lieux ont vu s'accomplir cette prophétie, « que Tyr, la reine des nations, ne serait plus qu’un roc où les pêcheurs feraient sécher leurs filets, » la nature est toujours la même et les hommes seuls ont changé!

La Turquie d'Asie est située dans la partie occidentale de l'Asie, entre 50° et 42° de latitude nord, et 23 et 47° de longitude est; elle a pour bornes, au nord-ouest, le détroit des Dardanelles, la mer de Marmara et le canal de Constantinople qui la sépareht de la Turquie d'Europe; au nord, la mer Noire et l'empire de Russie; à l’est, ce même empire et la Perse; au sud-est, le golfe Persique; au sud, l'Arabie ; au sud-ouest, la mer Méditerranée, et à l’ouest, l’Archipel. Elle a environ 500 lieues de longueur du nord-ouest au sud-est; sa plus grande largeur est à peu près de 300 lieues; la superficie est évaluée à 62,500 lieues carrées, et la population à 12,000,000 d'habitants.

Les événements qui ont créé puis renversé les empires de Babylone, d’Assyrie, du Pont, d'Arménie, des anciens Perses, des Romains et des Arabes, appartiennent à l'histoire générale. Toutes ces grandes révolutions, mais plus encore le temps, ont détruit les monuments superbes qui, s’ils étaient debout, dans leur antique splendeur diraient aux générations quelles furent la puissance et la grandeur des peuples qui les ont élevés. En présence de ce qui reste, on ne peut s'empêcher de déplorer que tant de chefs-d'œuvre des arts des anciens soient Lombés sous la main dévastatrice des Turcs. Les ruines de Troie ont entièrement disparu; et l'on ne sait rien de bien positif sur son gisement; celles de Babylone sont imperceptibles; Sardes, Pergame, Séleucie et tant d’autres lieux tout aussi célèbres ne nous sont connus que par la tradition. Malgré cette destruction de presque toutes les antiquités de l’Asie Mineure, celte contrée nous offrira encore des éléments précieux pour notre ouvrage des Monuments les plus remarquables. Les environs de Bagdad sont jonchés de débris de villes grecques, romaines, persanes et arabes, confondues dans le même néant, et d'autant plus imposants, que c’est vers ces lieux, arrosés par Île Tigre et l'Euphrate, que nos livres

saints placent le berceau du genre humain. Autour de Damas on rencontre ces mêmes amas de ruines confuses, et plus majestueuses encore que celles des Perses ou des Grecs d'Asie. 3 |

La dépopulation de la Turquie asiatique, la misère profonde de quelques-uns des peuples actuels, l’état inculle des pays les plus riches et les plus favorisés viennent des vices inhérents au gouvernement turc. La perception de l'impôt est arbitraire; la propriété n’est point assurée; la levée des hommes pour le service se fait suivant le caprice des pachas. Le Turc, ainsi arraché à ses foyers pour porter les armes, doit servir indéfiniment; et le désespoir de beaucoup de mères est tel, qu’elles évitent, par l'avortement, de donner le jour à un enfant, qu’elles sont presque assurées d'avance de se voir enlever pour toujours. Les gouverneurs de provinces, qui savent que leurs fonctions sont de courte durée, recourent à toute sorte d’exactions pour s'enrichir avant qu'ils soient remplacés. Tous les hommes de science qui ont parcouru et étudié la Turquie asiatique sont d’accord pour affirmer que, sous un gouvernement lutélaire, sous l'empire de lois équitables et protectrices de l’industrie, du commerce et de l'agriculture, ces beaux pays verraient promptement renaître leur antique prospérité, et que la Turquie d'Asie peut nourrir dans une grande abondance une population plus forte que celle de la France, eu égard à la sobriété des Turcs.

La nature, faute d'être cultivée, est retombée à l’état de terre vierge, dans les neuf dixièmes des cantons qui florissaient entre les mains des Perses, des colonies grecques et des tributaires des Romains. L’Anatolie, l'Ionie, la Syrie, le Pont et d’autres provinces étaient plus fertiles, plus riches que les meilleures provinces d'Italie. Un sentiment de profonde tristesse s'empare du voyageur européen qui traverse ces vastes solitudes, autrefois couvertes de peuples heureux, opulents, dont les masses pouvaient à peine être contenues dans ces contrées, et qui y trouvaient cependant l'abondance:

Pour plus de facilité dans la description de cette vaste contrée, nous suivrons les décompositions indiquées par Malte-Brun : ainsi nous visiterons 4° la péninsule de l'Asie Mineure avec les côtes de la mer Noire; 2 l'Arménie, le Kourdistan, la Mésopotamie et l'Irak-Arabie; 5° enfin la Syrie avec la Palestine. °

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