‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 8 sur 78 · AMIOT · texte numérisé non relu

AMIOT

Cycles. Avant Jésus-Christ.

Ù 209 1re année du règne de Eulh-Chi-Hoang-Ti.

Observation. Le nom de cet empereur signifie proprement le deuxième empereur du monde. L’orgueil des Thsin, qui leur avait fait croire que leur race gouvernerait éternellement l'empire, fut bientôt humilié par les Han qui ne tardèrent pas à s’en rendre maîtres.

» 206 1'e année du règne de Zsou-Pa-Wang.

id. Han-Wang, chef de la dynastie des Han.

Quelques princes feudataires ne voulant point reconnaître l’autorité souveraine de Siang-Wang, il fallut combattre pendant trente-quatre ans encore pour le renversement du système féodal. Des armées immenses s’entre-détruisirent. Le roi de Thsin était à la tête de-600,000 hommes lorsqu'il marcha contre les ennemis, qui n'étaient pas moins nombreux; c'était en l’an 221 avant notre ère. Vainqueur, il prit le titre de Thsin-Chi-Houang-Ti (premier souverain absolu de la dynastie Thsin).

Le roi de Thsin ne borna pas les changements de son nouveau règne à celui de son nom: il voulut les faire pénétrer dans l’administralion civile, dans les lois et jusque dans les mœurs du vieil empire. Il ordonna un désarmement général. Sa capitale Hien-Yang, dans le Chen-Si, devint un grand arsenal et le séjour de ses guerriers les plus renommés. Il fit construire un immense et somptueux palais, qui reproduisit , dans ses divisions principales, les palais et les maisons de plaisance de tous les rois qu'il avait vaineus; et il y fit transporter leurs meubles précieux, leurs femmes et leurs eunuques. Il divisa l'empire en trente-six provinces; au lieu de le donner en apanage à ses parents, amis ou sujets fidèles, il ÿ nomma des gouverneurs ayant sous eux un certain nombre d'officiers chargés de les aider et de les surveiller et de se surveiller réciproquement. Ce contrôle mutuel subsiste encore aujourd’hui, à peu de changements près, dans l'administration politique des provinces. Dans toute ‘étendue de ses États, il fit construire des grandes routes plantées d'arbres sur chaque côté et garnies de distance en distance d’hôtelleries pour la commodité des hommes de pied, des voitures et des équipages.

En même temps il ordonnait l’exécution d’une nouvelle statistique générale de l’empire, qui, dès cette époque, comprit toute l'étendue de la Chine propre actuelle.

Une révolution extérieure avait chassé les Tartars Hian-Yun (Turcs) des vallées de la Sélenga. Ils s'étaient dispersés les uns à l’ouest jusqu'au delà de la chaine du Bolor, aux sources du Yaxartes et de l'Oxus; les autres au sud-est près des monts In- Chan (arête dorsale), au nord de la province de Chen-Si. Ils avaient à l’est Les Toung- Hou (Sian-Pi}, et à l’ouest la grande nation des Yué-Tchi. Douze siècles avant notre ère, un prince de la dynastie Hia s'était refugié chez ces Hian-Yun, et avait réuni sous son autorité un certain nombre de tribus. Ce noyau s'accrut tellement, qu'ils formaient une nation puissante à l’époque de la dynastie des Thsin. Ils en reçurent le nom de Hioung- Nou (détestables esclaves).

Leur roi, nommé Tchéou-Man, envoya de grandes armées de cavalerie pour ravager les provinces chinoises. Thsin-Chi-Hoang-Ti marcha contre eux avec une armée de 300,000 hommes, et les refoula au désert (214). IL soumit en même temps leurs voisins les Yué-Tchi, et les Ou-Sun. Cet événement retentira sur le Rhin et jusqu'aux Pyrénées. Ce fut alors qu’il employa plusieurs millions d'hommes à relier entre eux les murs que les vassaux avaient élevés aux frontières; la grande muraille de dix mille li (Wen-Li-Tchang-Tching) fut achevée dans l'espace de dix années. Un million

d'hommes fut préposé à sa garde. Cette ligne de retranchement, gigantesque comm les constructions de l'Inde et de l'Égypte, fut aussi inutile contre les Tartars, qu celles que les Romains élevèrent entre eux et les Barbares. Les matériaux qui y furen employés, terre, cailloux, briques, masses de granit taillé, sufliraient pour enceindr, le globe de deux murs de plusieurs pieds d’élévation.

Thin-Chi-Hoang-Ti était un homme nouveau qui faisait des choses nouvelles et di grandes choses. Les lettrés ne voyant en lui qu’un tyran qui foulait audacieusemen aux pieds tous les usages et toutes les traditions, s’opposèrent constamment à ses pro jets subversifs. Le premier ministre Li-Sse proposa à l’empereur d’en finir pour tour jours avec cette opposition.

« Ge sont, dit-il, les livres qui inspirent à nos orgueilleux lettrés les sentiment: dont ils se glorifient; ôtons-leur les livres. C’est en les privant pour toujours de l'ali: ment qui nourrit leur orgueil, que nous pouvons espérer de tarir la source fécondedt leur indocilité. A l'exception des livres qui traitent de médecine et d'agriculture, de ceux qui expliquent la divination par les Æona, ou lignes de Fou-Hi, et des Mémoires historiques de votre glorieuse dynastie, depuis qu’elle a commencé à régner dans les États de Thsin, ordonnez, seigneur, qu’on brûle généralement tout ce fatras d’écrits pernicieux, ou inutiles, dont nous sommes inondés; ceux, surtout, où les mœurs, les actions et les coutumes des anciens sont exposées en détail. N'ayant plus sous les yeux ces livres de morale et d'histoire qui leur représentent avec emphase les hommes des siècles passés, ils ne seront plus tentés d’être leurs imitateurs serviles; ils ne nous feront plus un crime de ne pas suivre leur exemple en tout. » L'empereur répondit : « Que tout se fasse ainsi que vous l'avez dit, et le plus promptement possible. »

L'édit incendiaire fut exécuté dans tout l'empire sous peine de mort (213). Mais proscrire le passé de la nation chinoise, c'était anéantir le principe vital, la mission providentielle de la puissance orientale , Aussi, ce coup d'État ne fut pas inutile; il produisit un effet contraire à celui qu'on en attendait: l'attachement aux anciennes doctrines, dont le relâchement avait causé tant de calamités, reprit toute son énergie, el l'empire continua son œuvre plus actif que jamais. IL y eut sans doute beaucoup de livres précieux qui furent perdus pour toujours; mais ceux-là précisément contre lesquels l'arrêt fatal avait été prononcé furent sauvés par le dévouement des lettrés. Les Thsin, qui ne voulaient dater que d'eux, qui devaient régner éternellement, vont dis: paraître de la scène. | |

À la mort de Chi-Hoang-Ti, le chef des eunuques du palais impérial voulut essayer du gouvernement : c'était anticiper sur l'avenir. Il envoya le breuvage au fils ainé du premier empereur auguste, l'héritier présomptif, et au brave général à qui l’empereur devait toutes ses victoires; il donna le trône à Eulh-Chi, un des plus jeunes princes de la famille impériale; puis, il fit assassiner le ministre Li-Sse, son complice, et Eulh- Chi, sa créature. Les descendants des grands vassaux revendiquèrent leurs droits avec de fortes armées. Deux rivaux survécurent à la lutte : Hiang-Yu, qui prit le titre de roi usurpateur (pa-wang); et Liéou-Pang, autrefois chef d’un petit village, qui fut confirmé roi de Han (Han-Wang). Il fallut encore cinq ans et dix-sept grandes batailles rangées, avant que la victoire incertaine se décidät. La dernière bataille ayant été perdue par le roi usurpateur, il se donna la mort. Celui de Han resta maître de l’empire; il châtia l’eunuque, et reçut du dernier héritier des Thsin les attributs de l’autorité suprême. Il prit le titre de Taï-Tsou-Kao-Hoang-Ti (empereur sublime etauguste).

Ainsi Thsin-Chi-Hoang-Ti opéra dans le monde oriental une révolution semblable à

‘ La féodalité française déchira elle-même ses titres en pleine assemblée nationale, le 4 août 1789,

celle qu’Alexandre avait accomplie dans le monde occidental, un siècle plus tôt. Ils les réduisirent également à l'unité politique, ne laissant entre eux que la Tartarie au nord, et l'Inde au sud. Même ambition, même grandeur d'idées, mêmes projets, même magnificence chez les deux conquérants jusque dans la tombe. Même lutte pour la succession à l'empire, même destinée pour la famille impériale chinoise et pour la famille impériale macédonienne. Un Anglais possède aujourd’hui le seul morceau qui reste du tombeau d'Alexandre.

Sept ans après la mort de Ghi-Hoang-Ti, il ne resta rien de la dernière demeure qu’il avait choisie sur le mont Li. « Il le fit creuser en bas, dit un écrivain chinois, jusqu'aux trois sources; en haut il fit élever un mausolée qui pouvait passer pour une seconde montagne. Il était élevé de cinq cents pieds, et il avait au moins une demilieue de circuit. Au dedans était un vaste tombeau de pierre, où l'on pouvait se promener aussi à l'aise que dans les plus grandes salles. Au milieu était un riche cercueil; tout autour brûlaient des lambes et des flambeaux entretenus de graisse humaine. Dans l’intérieur de ce tombeau étaient, d’un côté, un étang de vif argent sur lequel on voyait des oiseaux d’or et d'argent; de l’autre, un appareil complet de meubles et d'armes, et mille bijoux les plus précieux. Enfin il n’est pas possible d'exprimer jusqu’où allaient la magnificence et la richesse, soit du cercueil et du tombeau, soit des bâtiments où il était placé. Non-seulement on y avait dépensé des sommes immenses , mais encore ils avaient coûté la vie à bien des hommes. Les femmes de l’empereur qui n'avaient pas eu d'enfants, et ses concubines, avaient reçu l'ordre de s’y donner la mort. Un grand nombre d’archers et dix mille ouvriers y furent enterrés vifs. Ces beaux édifices n'étaient pas achevés, que le rebelle Hiang-Yu les rasa, et ne laissa que le cercueil. Peu detemps après, un berger, en cherchant une de ses brebis égarées, y laissa tomber du feu; ce feu s’alluma et consuma le cercueil. »

Les destinées du monde oriental furent confiées à la grande el puissante dynastie des Han, et celles du monde occidental à l'empire romain. L'empire romain et la dynastie des Han, les Barbares et les Tartars aussi, qui sont entre eux deux, travaiileront, en commun et à leur insu, sur le même plan, à l'œuvre de l'humanité.

Cinquième dynastie dite des Han. Gette dynastie compte trente souverains, dont le onzième cesse de régner l'an premier de notre ère.

Cycles, Avant Jésus-Christ.

» 202 5° année du règne de Taï-Tsou-Kao-Hoang-Ti, où du sublime empereur, premier chef de la dynastie des Han.

» 194 gre id. Hiao-Hoëï-Li.

» 187 id. Tao-Hoang-Héou-Liu-Chi, ou de la trèshaute impératrice Liu-Chi.

» 179 |; AAA Hiao-Wen-Ti.

42 477 3° id. id.

» 163 4re année héou, de Hiao-Wen-Ti.

Observation. « Depuis cette année 163 avant Jésus-Christ, la 17e du règne de Hiao-Wen-Ti, les empereurs chinois n’ont pas cessé de donner des noms particuliers aux années de leur règne, et l'on n’a compté les années que par ce nom particulier. Ainsi l’on dit dans l’histoire, tel fait est arrivé la 5e, la 4° année héou; c’est comme si l’on disait, la 3°, la 4° année depuis que Hiao-Wen-Ti à donné aux années de son règne le nom de héou. Héou signifie après, ensuile, etc. » Amior.

Cyeles. Avant Jésus-Christ.

» 156 1" année du règne de Hiao-King-Ti. On continue à donner aux années le nom de héou.

» 149 id. tchoung, de Hiao-King-Ti.

» 143 id. héou, du même. » 140 id. kian-youan, de Hiao-Wou-Ti.

> 151 id. youan-kouang, du même.

Ù 128 id. youa-chouo, du même.

Ù 199 id. youan-chéou, du même.

43 117 6° année youan-chéou, du même.

» 116 4re année youan-ting, du même.

» 110 id. youan-foung, du même.

» 104 id. taï-tsou, du même.

» 100 id. thian-han, du même.

» 96 id. taï-chi, du même.

) 92 id. tching-ho, du même.

» 88 id. héou-youan, du même.

» 86 id. chi-youan, de Hiao-Tchao-Ti.

D 80 id. youan-foung, du même.

» 74 id. youan-ping, du même, » 15 id. pen-chi, de Hiao-Hiouan-Ti.

» 69 id. ti-kiëé, du même.

» 65 id. yang-keng, du même.

» 61 id. chin-kio, du même.

44 d7 id. ou-foung, du même.

» 53 id. kan-lou, du même.

» 49 id. hoang-loung, du même.

» 48 id. tsou-youan , de Hiao-Youan-Ti.

» A5 id. young-kouang, du même.

LE 58 id. kian-tchao, du même.

» 55 id, king-ning, du même.

» 12 id. kien-chi, de Hiao-Tching-Ti. F » 28 id° ho-ping, du même.

» 24 id, yang-chouo, du même.

» 20 id. houng-kia, du même.

» 16 id. young-chi, du même.

» 12 id. youan-yen, du même.

» 8 id. souï-ho, du même. » 6 id. bian-ping, de Hiao-Ngaï-Ti.

» 2 id. youan-chéou, du même.

» À 2420 À FA id.

Maintenant une profonde et mystérieuse inquiétude est répandue sur la terre. Les événements se pressent en Orient, comme en Occident, On sent que l'humanité touche à une autre ère.

Voici donc le commencement d’une nouvelle émigration générale des peuples du versant occidental de l’ancien continent. Les uns après les autres, et sans dévier, ils vont se précipiter vers l'Occident. Jetons un coup d'œil sur ces grandes scènes tumullueuses.

GC

Le point de départ est aux monts Nan-Chan, point de contact de la race jaune et de la race blanche, sur la dorsale du globe. (Voyez page 5.)

La puissance des Hioung-Nou s'était considérablement accrue sous Théou-Man, leur premier Tchen-Yu (tanjou, khan ou roi). Mè-Thé, développant les projets deson père, parvint à se rendre maître de toute la Tartarie chinoise actuelle. Ses éternels ennemis, les Yué-Tchi, ses voisins et les alliés des Chinois, l’inquiétaient. Profitant des guerres civiles qui divisaient l'empire depuis la mort de Chi-Hoang-Ti, il attaqua les Yué-Tchi et les dispersa (201). Après les avoir poursuivis au loin vers l’ouest, il retourna à l’est, envahit la Chine et reconquit les frontières et les places fortes qui lui avaient été enlevées dans la dernière guerre. L'empereur Kao-Tseu vint à sa rencontre, et fut bloqué avec son armée, pendant sept jours, à la montagne Péteng, dans le Chen-Si. Il n’obtint la paix qu’à la condition de donner en mariage au khan des Hioung-Nou, une princesse de la famille impériale. Kao-Tseu consentit : « Jamais honte si grande, dit un historien chinois, ne fut imposée à l'empire du milieu, qui a perdu, depuis ce temps, son honneur et sa dignité. »

Cette dispersion des Yué-Tchi est un fait primordial : Ici commencent les refoulements successifs de ces essaims d'hommes qui se précipitèrent sur l'Europe et finirent, au ve siècle de notre ère, par renverser l'empire romain.

« Ces peuples, dit Ma-Touan-Lin, formaient d'abord une nation errante , à la suite de ses troupeaux, et qui changeait de demeure à l'exemple des Hioung-Nou. Ils comptaient au moins cent mille archers; de sorte que se fiant à leurs forces ils méprisaient les Hioung-Nou. Ils habitaient alors entre Thun-Hoang (Cha-Chéou) et Kilian (région du Khou-Khou-Noor). Le tanjou Mè-Thé attaqua les Yué-Tchi, et le tanjou Lao-Chang tua leur roi: il fit une coupe de son crâne. Alors les Yué-Tchi s’éloignèrent, passèrent à l'occident du Wan (le Khôkand actuel), battirent les Ta-Hia (Dahæ), les asservirent et établirent le siége de leur prince au nord de la rivière Weï (Oxus). Le roi des Saï (Saques) alla au midi demeurer dans le Ki-Pin (Cophène). Les tribus des Saï se divisèrent et se dispersèrent de manière à former çà et là différents royaumes. Une partie de ceux qui ne purent les suivre restèrent dans les montagnes du midi parmi les Kiang (Thibétains), et reçurent le nom de petits Yué-Tchi. »

« Ils partagèrent le pays des Ta-Hia en cinq gouvernements, avec autant de chefs. »

Ainsi toutes les contrées arrosées par l’'Ili, l'Yaxartes et l’'Oxus furent bouleversées par l’arrivée des Yué-Tchi chez leurs frères d'origine et de langue, les Saques et les Dahæ , débris des premiers essaims de Germains qui avaient pénétré depuis longtemps en Europe. Ils forceront bientôt les Messagètes ou Alains à se retirer aussi entre le Don et le Dnieper, à l’est de la grande nation des Goths, qui prenait alors toute l'Europe à revers depuis la mer Noire jusque dans la Scandinavie, où Pythéas deMarseille la visita vers l'an 340 avant notre ère. Au nord-est se trouvaient les Finnois; devant eux les Teutons et les Cimbres; et au sud-est les Thraces, les Triballes, les Daces et les Hlyriens, Slaves méridionaux dont les tribus s'étendaient jusqu'en lialie; et les Huns, connus d'Hérodote sous les noms de Phenni et de Chuni, 450 ans avant Jésus- Christ.

En l'an 165, les Hioung-Nou rompirent les traités, et recommencèrent leurs courses dans les provinces septentrionales de la Chine.

e Wou-Ti, fut informé de l'émigration des Yué-Tchi, et des motifs de haine qu’ils avaient contre les Hioung-Nou dont ils n’avaient pu tirer vengeance. Dans le projet d’anéantir la puissance des Barbares, il envoya Tchang-Khian en ambassade chez les Yué-Tchi (426); mais à cette époque les Yué-Tchi s'étaient déjà emparés du pays des Ta-Hia, Is étaient possesseurs d’une contrée riche et fertile, el ne songeaient pas à

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