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Japonais de condition et son valet.
japonaise; il n’y avait pas apparence qu'on pt justifier aux yeux de l’empereur cette hégligence qu'accusait un événement inattendu. C’est pourquoi le gouverneur préféra prévenir la sentence; après une consultation avec son gokaro ou premier adjoint ; après avoir pris toutes ses mesures, il quitta le palais impérial pour ne pas le souiller, s’enférma dans un pavillon de jardin ; puis, lorsqu'il eut vidé, suivant son habitude, son dernier verre de sakki, il s’ouvrit le ventre avec son sabre. Afin de l'aider à trépasser plus vite, un ami intime qui l'avait assisté dans ses derniers moments, lui enfonça un petit couteau dans la gorge. Le prince de Fisen, à qui la baie de Nangasaki est également confiée, se trouvait solidaire de l’événement. Toutefois, le sacrifice accompli ayant mitigé la négligence commise, il en fut quitte pour garder les arrêts durant cent jours, mais il dut payer à la famille du gouverneur défunt une rente annuelle de mille kobangs (28,000 francs).
- Malgré tout ce que l’on dit en faveur des institutions japonaises, ce n’est pas faire l'éloge des lois que de vanter la rareté des crimes dans ce pays, car il n’en peut être autrement dans une contrée où chaque ciloyen est solidaire des délits commis par son Voisin; où des familles, des villages entiers sont livrés au dernier supplice pour expier lé Crime d’un seul. On doit reconnaitre que, tout en restreignant le nombre des méfaits, elles ôtent à l'innocence sa tranquillité, à la société ses agréments. Et à tout prendre, ilvaut mieux courir Le risque d’être volé une fois ou deux dans sa vie, que de craindre à tout moment d’avoir le ventre coupé en expiation des vols commis par un voisin. Au surplus, la dégradation de l'espèce humaine peut nécessiter un frein aussi terrible. Qui pourrait répondre que l'Europe n’aura pas aussi un jour une muraille chinoise et une législation japonaise?
Celui qui expose de l'argent au jeu encourt la peine de mort, de même que celui qui profère un mensonge devant un magistrat. Les supplices, dit Ferrario, sont affreux : les coupables sont crucifiés la tête en bas, brülés vifs ou plongés dans l'huile bouillante, écartelés où mis en pièces par le bourreau, décapités, étranglés, à moins qu'on ne leur ouvre le ventre. IL est néanmoins certains délits qui ne sont punis que d'une peine pécuniaire; le châtiment des esclaves et des valets est le bâton ou le fouet.
Les prisons, toujours pleines, sont effrayantes comme dans tous les pays où l'incarcération ést/plutôt une peine qu'un moyen de s'assurer des coupables. À mesure, dit Beccatia, que la misère et la faim disparaîtront des prisons; que la compassion et l'humanité pénétreront sous les verrous, ainsi que dans le cœur inexorable des ministres de la justice, les lois pourront de plus en plus se contenter d'indices moins rigoureux pour ordonner l’emprisonnement ; un homme accusé d’un délit, arrêté et ensuite absous , ne dévrait emporter avec lui aucune tache d’infamie.
Dans son 7raité de l'Esprit des lois, Montesquieu indique un moyen qui lui parait propre à réformer la législation et le caractère féroce des Japonais. Il est vrai, dit-il, que l'esprit singulier de ce peuple, entêlé, capricieux, entreprenant, bizarre, qui ne craint aucun danger, aucune disgrâce, semble, au premier coup d'œil, absoudre ses législateurs de l'atrocité des lois qu’ils lui ont données. Mais des hommes qui n’ont, par caractère, que du mépris pour la mort peuvent-ils être contenus par l'aspect continuel des supplices, et ne finissent-ils pas par s’y accoutumer ? On trouve pourtant dans les relations des voyageurs, au sujet de l'éducation de ce peuple, qu'il a pour maxime de traiter les enfants avec douceur, parce qu’autrement ils s'endurcissent aux châtiments; qu'il ne faut pas maltraiter les esclaves, parce qu'ils songent enfin à la défense. N’aurait-on pas pu juger, par l'esprit qui règne dans le gouvernement d'une famille, de celui qui doit présider au gouvernement politique et civil? Un législateur éclairé eût cherché à ramener les esprits par un système de peines el de récompenses
sagement combiné, par des maximes de philosophie, de morale et de religion appropriées au caractère de ce peuple, par une juste application des règles qui constituent le véritable bonheur, par le châtiment de la honte et par l'attrait d’un bonheur stable et d’une douce tranquillité. Que s’il eût eu lieu de craindre que des esprits accouiumés à n'être retenus que par des peines cruelles ne pussent être contenus d’abord par des peines modérées, il aurait eu recours à des voies plus lentes et plus cachées, en mitigeant la peine dans les cas les plus susceptibles de grâce, jusqu’à ce qu'il eût pu parvenir à la modifier pour tous les délits. Mais le despotisme ne connaît pas de pareils moyens et ne sait pas gouverner par de semblables règles; il peut abuser de lui-même, et c’est tout ce qu’il peut faire.
Nous avons vu précédemment que sans suivre précisément les voies indiquées par Montesquieu, le gouvernement japonais a de beaucoup amoindri l'antique cruauté de sa législation.
Selon Varinius le nombre des troupes fournies par les damios au séougoun s'élevait à 368,000 hommes d'infanterie et à 38,000 cavaliers. Kœmpfer, en maintenant ce dernier nombre, évalue l'infanterie à 138,000 hommes seulement. Outre ces troupes, le séougoun entretient encore, à sa propre solde, 400,000 hommes de pied et 20,000 che: vaux, dont on forme sa maison militaire, ses gardes et les garnisons des forteresses impériales. Au reste, l'armée levée par les princes et les gouverneurs varie selon que l'État est calme on agité.
La cavalerie et l'infanterie se divisent par délachements. Cinq soldats sont commandés par un homme que l’on nomme commissaire au riz, parce qu’il va chercher les rations dans les magasins publics. Une espèce de sous-lieutenant commande cinq de ces escouades. Deux cent cinquante hommes ont un capitaine et deux lieutenants; et il y a des grades correspondants à ceux de chef de bataillon et de colonel.
Ces troupes, dont la solde est presque toujours payée en nature, n’ont point d’uniforme; les soldats ont des habits bigarrés et les officiers ne suivent d’autre loi pour leur habillement que leur fortune et leur goût. Dans les grades supérieurs, ils ont'des cuirasses, des cottes de mailles, et une coiffure qui consiste en un casque orné de soleils, de croissants ou de tout autre emblème qui leur plaît.
Le sabre est l'arme favorite des Japonais de toutes les classes; ils le portent long d'environ trois pieds, un peu courbe et à dos très-large; les classes nobles ou mili= taires en ont deux. La trempe de ces sabres est excellente, et lorsqu'ils sont vieux on les préfère aux meilleurs damas, et les indigènes prétendent qu’avec une lame de choix on pourrait fendre en deux un homme de la tête aux pieds. Néanmoins le mousquet, et surtout celui à mèche, est employé dans l’armée, ainsi que l'arc, le javelotet le poignard. On se sert rarement d'artillerie.
Le métier des armes est en honneur au Japon; l’homme du peuple a pour le soldat une grande déférence, et quand il lui adresse la parole il se sert de l'adjectif sama (seigneur ou monsieur). Joint à ces égards, le costume des militaires, qui est de soie brochée en or et en argent, a jeté dans de singulières méprises les Européens, qui, voyant de grands personnages dans de simples soldats, se recommandaient aux hommes préposés à leur garde comme à des dignitaires impériaux.
La discipline n’est pas moins sévère que celle des anciens romains, et la jeunesse y est exercée à toutes sortes d’évolutions et de travaux militaires. Tous les ans, au mois de mars, des jeux publics sont offerts aux jeunes gens qui s’y présentent armés et sont bientôt partagés en deux armées qui ont chacune leurs drapeaux. L’altaque commence entre elles, d’abord à coups de pierre, puis, à mesure qu’elles s’approchent l'une de l’autre, les combaltants se servent successivement du javelot, des pistolets, et
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enfin des épées. ILarrive souvent que le champ de bataille se couvre de morts et de blessés.
La population japonaise est subdivisée en huit catégories : 1° les damios ou princes dont le rang et les biens sont transmissibles ; 2° les chadamados, seconde noblesse qui partage avec la première le monopole des fonctions publiques; 3° les membres du clergé soumis au daïri; 4° les militaires à qui de longs services valent le rang de dossines; 5° les négociants, aussi riches que nombreux, mais assez peu considérés quoiqu'ils mettent leurs services d'argent à la discrétion des princes; 6° les artisans ; 7° Les cultivateurs; 8° enfin un petit nombre d'esclaves chinois et coréens, la plupart descendants des prisonniers faits autrefois ; les autres sont des enfants vendus par leurs parents.
La classe des paysans est la moins aisée de toutes; ordinairement ils tiennent à bail la terre qu'ils cultivent et donnent au propriétaire, à titre de loyer, les trois cinquièmes du produit. Les métayers vivent la plupart du temps dans de misérables cabanes construites de leurs propres mains.
La profession d'écorcheur est regardée comme la plus abjecte ; ceux qui l'exercent sont forcés d'employer des bourreaux et des geôliers. Ils forment une espèce de corporation et ont droit d'aller mendier à des jours déterminés, le premier et le dernier mois de l’année.
Les postes et les relais sont des établissements publics sur lesquels on exerce une surveillance rigoureuse, et qui sont entretenus dans chaque localité, soit aux frais du séougoun, soit par les princes feudataires. Les relais sont éloignés d’une heure et . demie à quatre heures, suivant l’état des routes. À chaque relai on trouve des chevaux de rechange pour les bagages, des porteurs pour les norimons, et une auberge où les naturels aiment à se reposer entre de jolies servantes et un verre de sakke. Lorsqu'un seigneur est accompagné d’une suite nombreuse, il détache en avant des courriers qui font préparer les relais. Le long des côtes et des lacs, on quitte quelquefois les norimons pour prendre des paquebots chargés de voyageurs et de marchandises. Ces navires, sûrs et commodes, sont construits de manière à pouvoir être halés à la cordelle, en cas de calme ou de brise contraire.
Le service des postes se fait par des messagers qui portent sur l'épaule une perche à laquelle la boîte aux lettres est suspendue. Ils courent ainsi l’un derrière l’autre, accompagnés d’un employé qui, arrrivé au relai, remet la boîte aux mains d’un autre prêt à partir. Les lettres parcourent de celte façon, jusqu'à 20 lieues par jour. Un pavillon aux armes impériales ou princières placé sur la boîte annonce aux voyageurs l'approche du courrier impérial; quelquefois ce pavillon est remplacé par des clochettes.
Les Japonais célèbrent un grand nombre de fêtes dont les unes sont annuelles et les autres mensuelles. Il va trois fêtes chaque mois ; la première a lieu le premier du mois, et la journée presque toutentière est employée à faire des visites à ses supérieursréciproques, à ses parents et à ses amis; la seconde est célébrée le premier jour de la pleine lune, et la troisième à la fin du dernier quartier. Les fêtes annuelles sont au nombre de cinq : l’une, au premier jour de l’an, consiste en visites, en compliments, en festins, etc. ; la seconde, qui s’accomplit le troisième jour du troisième mois, respire la gaieté du printemps qui commence : tout le monde se rend dans la campagne pour y admirer la nature renaissante, et l’on s'y réjouit au milieu des festins, pendant lesquels de jeunes filles viennent offrir aux convives des présents champêtres ; la troisième, qui a lieu le cinquième jour du cinquième mois, est destinée aux plaisirs de la jeunesse; la quatrième, qui arrive le septième jour du septième mois, est consacrée particulièrement aux écoliers en vacances, qui la passent en jeux, et portent, attachés à des bâtons de bambou, des vers qui témoignent de leurs progrès; enfin, la dernière, qui se fait le neuvième jour du neuvième mois, rappelle les bacchanales de Rome; l'ivresse est le plaisir caractéristique de cette fête.
Les mariages se traitent par l'entremise des parents, et l'époux ne voit sa fiancée que le jour et au moment où il la conduit chez lui, car dans le temple où la célébration s’'accomplit, elle est couverte d’un voile qui l'enveloppe de la tête aûx pieds.
Les deux époux se rendent avec leurs parents et leurs amis sur une colline qu'ils gravissent chacun par un escalier séparé, ils entrent alors dans une tente et se placent chacun à un des côtés, tandis que le corlége est arrêté en bas. Le dieu de l’hymen, représenté avec une tête de chien, comme symbole de la fidélité conjugale, tient dans la main une corde, emblème de la force et de la nécessité des liens qui vont être con=. tractés par les futurs qui se présentent au dieu, tenant en main un flambeau. Derrière la Lente brülent des lampes, à l’une desquelles la jeune fille allume son flambeau qui lui sert à meltre le feu à celui de son fiancé, après qu’elle a prononcé quelques paroles: Aussitôt de grands cris de joie partent de l’assemblée, et le bonze donne la bénédiction aux nouveaux époux, après quoi la mariée jette au feu ses colifichets d'enfant ainsi que ses vêtements de jeune fille, et reçoit des assistants des présents analogues à son nouvel état. :
Après la cérémonie on retourne à la maison où, durant une semaine, ce ne sont que jeux, festins, danses et amusements de toutes sortes. La femme n’a point d'habitation propre, car tant qu’elle est fille elle reste avec ses parents; mariée, elle habite'avec son époux ; et veuve, elle demeure avec ses enfants.
Dans toute l'Asie, et notamment au Japon, les femmes n’apportent point de dot. I semble que ces peuples pensent comme le Tasse qui s'écriait : « O toi! qui que tu fus, qui appris le premier à vendre l'amour, que La froide dépouille et ta cendre insensible soient à jamais maudites. »
Une coutume choquante, inexplicable, oblige une fille japonaise à se défigurer le jour où elle devient femme ; il faut qu'elle noircisse ses dents blanches et émaillées au moyen d'une teinture corrosive, composée avec de l'urine, du sakki et du mâchefer: elle doit raser ses beaux sourcils noirs et bien arqués, se teindre les lèvres en vert, se farder le visage avec du blanc. Toute femme de distinction doit être enlaidie de cette manière, qui est le signe distinetif auquel on reconnaît celle qui se trouve en puissance de mari : c’est l'usage qui le veut, qui l'exige impérieusement, Que pouvons-nous” répondre à cela, nous qui nous rendons souvent esclaves des modes les plus ridicules ?...
Loin de vivre renfermées comme dans l'Orient, les femmes japonaises peuvent se promener et se montrer partout à visage découvert; elles vont dans les rues, dans les maisons et dans les bains publics. On doit remarquer que l'usage de ces bains, trop répandu et trop souvent renouvelé, contribue beaucoup à flétrir de bonne heure les formes des femmes de ce pays.
L'observance des devoirs domestiques n’est pas réciproque entre les deux sexes; autant les femmes sont fidèles, sédentaires, bonnes mères de famille, autant les hommes sont enclins à la dissipation et au libertinage. La loi japonaise autorise da polygamie, et les hommes s’abstiennent rarement d’user de ce droit, à moins que leur pauvrelé ne s’y oppose, ce qui n'empêche pas les femmes de rester fidèles à la foi jurée, et même de vivre en bon accord avec les concubines qu’elles traitent souvent comme des sœurs, Mais il faut dire que l'épouse légitime a le pas sur les autres, que seule elle a le droit de s’asseoir à la table du chef de ménage; enfin qu’elle est la maitresse au logis et peut se faire servir par ses rivales si cela lui plaît. Les concubines se noircissent les dents, mais elles ne peuvent se raser les sourcils. Nous ajouterons que le mari compense l’irrégularité de sa conduite envers sa femme par les prévenances, les soins affectueux et la déférence dont il l'entoure. Cependant, malgré leur conduite déréglée, les hommes se montrent très-susceptibles à l'endroit de la fidélité de leur
Porte étendart et Parasol Japon ais.
moitié, et s’ils s’aperçoivent qu'on les trompe, une mort cruelle punit la coupable.
En général, le code a peu fait pour le sexe le plus faible; les lois de l'empire permet-
tent le divorce et traitent fort mal les femmes répudiées. S'il n’est point né d'enfant d'un mariage, l'époux n'éprouve aucune difficulté pour le faire rompre, et rien ne l'oblige à assurer le sort de la femme qu’il délaisse. Mais si, à quelque classe qu’elle appartienne, la femme est toujours sous la dépendance deses parents, si même elle n’est pas admise en témoignage, elle occupe, dans la vie sociale, la même place à peu près qu'en Europe, si ce n’est toutefois qu’elle partage moins les plaisirs de son mari, que son travail et ses chagrins,.
» Dans la persuasion que plus les cérémonies funéraires sont pompeuses, mieux on est dans l'autre vie, les Japonais n’épargnent rien pour les rendre magnifiques, el les gens de qualité y affectent des sommes qui vont jusqu'à 12,000 francs, dont l’officiant et ses acolytes touchent la plus grande partie. Voici le cérémonial en usage pour l’enterrement d’un riche.
Environ une heure avant que le convoi quitte la maison du défunt, un grand nombre de parents se rendent au lieu où le corps doit être brülé; les hommes sont vêtus de leurs habits les plus riches; les femmes ont un vêtement blanc, car cette couleur est celle du deuil, mais elles jettent par-dessus un voile bigarré. Après eux arrive le supérieur de la secte dont le défunt faisait partie; entouré de ses prêtres vêtus d’une espèce de surplis et d’un manteau de gaze ou de crêpe noire, il est porté dans une grande litière et ses vêtements éclatent d’or et de soie. Derrière lui marche un homme habillé de gris, portant une torche de pin enflammée et suivi d’autres desservants qui chantent des hymnes à la louange de leur dieu. D'autres acolytes défilent sur deux rangs, tenant des piques au haut desquelles sont suspendus des cartons en forme de paniers remplis de fleurs en papier, et que l’on secoue de temps en temps; le cortége est continué par des hommes qui portent des lanternes fermées avec de la gaze, et par d’autres qui ont sur la tête un petit chapeau de cuir verni de forme triangulaire, auquel est attaché un billet, portant en gros caractères le nom du défunt. Cette escorte processionnelle, entremélée de bannières, de norimons, de bonzes, d'amis, de séculiers, de religieux, etc., se déroule sur la hauteur où le bûcher a été dressé : loute l'étendue de la colline est couverte que le corps n’a pas encore quitté la demeure mortuaire. Enfin arrive le norimon qui le porte; placé dans sa litière, le défunt est vêtu de blanc, et par-dessus ses habits on lui a mis une robe de papier sur laquelle on lit des sentences de livres saints; on a donné au mort la posture d’un homme qui prie, la tôte baissée et les mains jointes. Autour de la litière, soutenue par six porteurs, che-
- minent les enfants du défunt, somptueusement habillés, ‘et dont le plus jeune tient
dans ses mains une torche destinée à mettre le feu au bûcher.
Lorsque le norimon du mort a atteint l'endroit où le corps doit être brülé, la multitude réunie dans l’enceinte funéraire se met à pousser des cris affreux qui se mêlent au bruit effroyable d’une trentaine de tam-tams.
Aux deux côtés du bûcher, qui se compose d'une pyramide de bois très-sec que recouvre une magnifique étoffe moirée, se trouvent des tables chargées de confitures, de pâtisseries et de fruits; l’une de ces tables porte une cassolette dans laquelle sont des charbons ardents et un plat contenant du bois d’aloès. Le supérieur des bonzes entonne l'hymne des morts qui est continuée par l'assistance. Après avoir promené trois fois sa torche sur la tête du défunt, l’officiant la remet entre les mains du plus jeune enfant de la famille qui met le feu au bûcher du côté où se trouve la tête du cadavre.
Toutes les personnes de l'assemblée s’empressent alors, et comme à l’envi, de jeter
sur le bücher de l'huile, des parfums, du bois d’aloès, etc., après quoi l'on se retire en silence et dans le recueillement, laissant aux pauvres le repas qui a été préparé.
Le lendemain les parents et les amis du défunt viennent recueillir ses os, ses dents ou ses cendres, qu’ils placent dans un vase de porcelaine qui est ensuite recouvert d’un voile très-riche. Ce vase est conservé dans la maison pendant sept jours, au bout desquels il est transporté dans la sépulture de la famille.
Quant aux classes inférieures, elles ne brülent pas leurs morts et se bornent à les inhumer dans les cimetières ; le cadavre couvert d’aromates est déposé dans une tombe, et sur la terre qui le recouvre on plante des arbres et des fleurs. Les enfants et les plus proches parents du défunt entretiennent le monument funéraire quelquefois pendant toute leur vie, mais au moins pendant plusieurs années; ils cultivent et embellissent ce jardin où ils viennent, avec leur famille, se reposer.
Les Japonais ont un grand culte pour les dépouilles des morts. A l'anniversaire de la mort de chacun d’eux, ils se rassemblent chez le chef de la famille, et après un banquet qu’ils accompagnent de chants et d'instruments, ils se rendent au tombeau de la famille, où le plus souvent on à préparé un autre banquet auquel sont invités ces morts chacun par leur nom. Cette cérémonie accomplie, ils s’en retournent chez eux au bruit du tambour et d’autres instruments de cuivre qu'ils font retentir devant tous les temples et toutes les maisons de nobles devant lesquelles ils passent.
Il y a encore une fête annuelle pour tous les. morts, et que l’on nomme Bon. Pour la célébrer on allume des lanternes à toutes les portes, et Le peuple sort en foule pour aller au-devant des mânes. Quand on a dépassé l'enceinte de la ville et que l’on est arrivé au lieu où l’on croit les rencontrer, chacun les salue, leur fait un compliment, les invite à se reposer, à manger des confitures et à boire du thé. On dépose ensuite sur les tombes des cimetières une foule de plateaux chargés de mets délicats. La superstition populaire prétend que les morts se lèvent de nouveau au milieu de la nuit pour manger ce qui leur est offert.
C’est à l'occasion de ces anniversaires que les bonzes prouvent leur rapacité; il n’est pas de couleurs effrayantes dont ils ne se servent pour peindre au peuple le malheureux état des morts dans l’autre monde, afin d’en extorquer de l’argent, des vêtements et des comestibles. I1s poussent même l’avidité et l’imposture jusqu’à se faire donner des lettres de change pour racheter, disent-ils, les défunts de l’horrible esclavage où ils sont retenus par les démons, ou pour les fäire passer dans un séjour plus heureux, et chasser les démons par qui l’entrée leur en est interdite.
Pendant deux années on porte un deuil rigoureux, et tant qu’il dure on doit s’éloigner de toute espèce de plaisirs. Le vêtement adopté pour cet état est, comme nous l'avons dit, de couleur blanche; la coiffure se compose d’un bandeau carré avec un long crêpe flottant par derrière. Les habits sont amples, fermés sur la poitrine et retenus par une large ceinture qui fait deux fois le tour du corps. Le pantalon, de toile écrue comme la Le est une espèce de sac.
Il ne parait pas que l’on doive constater légalement la naissance d’un enfant. L'absence de registres de l’état civil est sans doute une conséquence de la loi japonaise qui laisse Les estate au libre arbitre des pères, qui ont sur leur descendance le droit de vie et de mort : ainsi l’infanticide, très-fréquent dans ce pays, n’encourt ordinairement aucune punition. Jusqu'à l’âge d'adolescence, les enfants sont traités très-sévèrement; mais, devenus adultes, ils changent de nom, et dès lors sont affranchis de la tutelle de leurs parents.
Bornés aux produits de leur sol pour la subsistance de leur nombreuse population,