‹ Mœurs, usages et costumes de tous les peuples du monde, d'après des documents and authentiques et les voyages des plus récentsChapitre 74 sur 78 · SOLDAT JAPONAIS · texte numérisé non relu

SOLDAT JAPONAIS

les Japonais ont dù se livrer entièrement à cet art et le porter à sa perfection. Aussi Kæmpfer assure-t-il qu'aucune nation ne connaît mieux l’agriculture que les Japonais qui excellent surtout dans la partie des engrais. Les récoltes de riz, de froment, de légumes n'ont pas seulement lieu dans les champs, mais jusque sur le sommet des montagnes où la culture en est d'autant plus pénible qu’elle s’y fait à la main seulement, et sans le secours d'aucun animal.

Le riz, qui est le principal aliment des habitants, se sème en avril et la récolte a lieu en novembre; cette céréale vient dans tous les lieux où l’on peut ouvrir des Canaux et conduire les eaux; il se conserve longtemps et passe pour être supérieur à celui de toute l'Asie. Chaque année, avant les semailles, les terres sont mesurées par les emme ou arpenteurs, qui témoignent beaucoup d’orgueil de leurs connaissances en géométrie; la même chose a lieu à l'approche de la moisson qu'ils sont chargés d'évaluer. À cet effet ils font moissonner un carré de riz ou de froment, le font battre, et déterminent d’après le produit la récolte de tout le champ.

Les lois du Japon accordent pour trois ans le produit d’un terrain à celui qui le premier l’a mis en culture; mais elles retirent la jouissance et la propriété de ses terres à quiconque les laisse incultes une année entière.

Le goût chinois domine au Japon dans la construction des édifices publics, tels que les temples, les monastères, etc.; mais on s’en écarte pour la structure des villes et la disposition des habitations. Pour la plupart des lieux habités on a choisi les plus beaux sites, les bords de la mer, des rivières, ou des lacs, ou des baies, ce qui facilite au plus haut point les communications. Des tours élevées n'annoncent pas, comme en Europe, l'approche d’une ville; on ne s’en aperçoit qu’à la foule qui, encombrant la route, ferait croire que toute la population a quitté ses pénates pour jouir de la beauté des environs.

Les chemins, communément assez larges pour donner passage aux princes et aux grands vassaux qui les parcourent avec leur suite, sont entretenus avec un soin remarquable, même ceux qui sillonnent les montagnes les plus escarpées. En général, ces routes sont ornées de très-belles allées de sapins, de cèdres, de châtaigniers ou de cerisiers. Dans le plat pays, le paysage est animé par d'innombrables embarcations qui serpentent sur les rivières el les lacs. Puis, placées ordinairement sur des collines, à l'ombre de frais bosquets, les temples, construits avec art, chargés d'ornements, se distinguent des autres édifices et donnent une idée favorable de la richesse et de l'importance des villes dont ils dépendent.

Les places où résident les princes, accessibles seulement de deux ou trois côlés, sont défendues par des fossés, des murs et des remparts garnis de tours hautes de trois à cinq étages ; les portes sont fortifiées et peuvent résister à une attaque imprévue de l'ennemi. De même que les différents quartiers d’une ville, l'entrée en est fermée par un simple grillage et gardée par un piquet de troupes. Des canaux que l’on traverse sur des ponts bâtis en pierre de taille, coupent souvent les cités. Les rues, Lirées au cordeau, sont astreintes à une loi d’alignement rigoureuse. Les maisons ne peuvent avoir qu’un ou deux étages; les châteaux et les forts seulement jouissent du privilége de s'élever plus haut. Devant chaque habitation règne un lrottoir en pierre de taille que le propriétaire est tenu d'entretenir à ses frais el de maintenir en bon état; le sol des rues est pavé en dalles de pierre ou en fragments de cailloux fortement battus. L'extérieur des maisons est en général peu orné, car les Japonais logent leurs domestiques du côté de la rue, se réservant pour eux-mêmes la partie la plus reculée des habitations qui donne sur de frais et vastes jardins, et forme un séjour trèsagréable.

Un étranger se ferait difficilement une idée exacte de la quantité et de la variété des boutiques, ainsi que de l'élégance et de la richesse des magasins, qui, de toutes parts, sont ouverts aux amateurs avides de faire des emplettes. Les artisans dont les ateliers donnent sur la rue, les ouvrent à la pointe du jour; pendant qu'ils s'occupent assidüment de leur ouvrage, leurs femmes donnent leurs soins au ménage, ou cherchent, à l’aide d’un travail manuel, à se faire un petit revenu. Les habitations particulières sont bien closes; la partie inférieure des fenêtres est, la plupart du temps, fermée de jalousies ou de volets en bois. Devant les maisons est une espèce de cour entourée d’un mur ou d’une clôture en bois qui la sépare de la rue; cette espèce de.

parvis, ordinairement pavé de cailloux, sert à recevoir la suite des hauts fonction

naires qui viennent visiter la maison.

Mais la partie la plus remarquable d'une maison japonaise, c’est le magasin ou gardemeuble, qui est détaché du reste de l'habitation et construit à l'épreuve du feu C'est là que les marchands gardent leurs marchandises et les particuliers leurs effets les plus précieux, tels que tableaux, livres, collections de curiosités, ete. Les maté riaux dont ces magasins sont construits sont les mêmes qui servent aux maisons; mais, toute la boiserie, y compris les portes et le toit, est recouverte d’un enduit d'argile d’un pied d'épaisseur ; Les jours des fenêtres sont fermés par des volets de cuivre, et; pour surcroît de sûreté, on tient en tout temps préparé un grand baquet de boue délrempée dont on couvre toutes les parlies du bâtiment dès que le moindre danger se présente, c’est-à-dire lorsqu'il se déclare dans le voisinage un de ces incendies si fréquents dans des maisons si combustibles, ou bien lorsque le vent dirige de ce côté des élincelles d’un incendie plus éloigné. Ces magasins, à l'épreuve du feu, répondent si bien au but que l’on s’est proposé en les construisant, que le président Doeff, en décrivant un incendie qui consuma onze rues de Nangasaki et caüsa de grands dégâts dans plusieurs autres, dit positivement qu'aucun des gardemeubles ne fut alteint par les flammes.

Aucune ville, aucun bourg n’est dépourvu de tsiaya ou maison à thé; nos lecteurs nous pardonneront si nous sommes forcés d’entrer à ce sujet dans des détails peu con: venables sans doute, mais tellement caractéristiques du peuple que nous décrivons, qu’il ne nous est pas possible de les omettre.

Les propriétaires des maisons à thé sont, en outre, autorisés par la police à acheter dans un but infâme les enfants du sexe féminin de parents indigents., Dans leur première jeunesse, ces jeunes filles commencent par servir de domestiques aux personnes de la maison, mais, en même temps, on leur donne une éducation des plus soignées : on ne se borne pas à leur enseigner tous les arts d'agrément qui peuvent ajouter. de l'attrait aux charmes de leur personne; on cullive encore leur esprit, que l’on ornede toutes les connaissances qui peuvent donner du charme à leur conversation en la ren= dant agréable et attachante. Il s'ensuit que ces victimes des vices d'autrui offrent plus sieurs points de ressemblance avec le petit nombre de courtisanes célèbres que l’on cite dans l’ancienne Grèce. Ainsi, de même que les maris athéniens conduisaient leurs femmes chez Aspasie pour qu’elles pussent prendre part à l'instruction qu'ils puisaient eux-mêmes dans ses entretiens ; de même les Japonais engagent leurs femmes à visiter ces maisons à thé afin de partager les plaisirs que procurent la musique, le chant, la danse et la conversation de ces personnes accomplies, mais malheureusement perdues par la débauche.

Ce qui, dans cet usage, est vraiment extraordinaire sous le rapport des mœurs, c’est la posilion assignée à ces femmes. Par exemple, les Japonais, dans les relations ordinaires de la vie, sont aussi sévères sur la vertu du sexe que les nations dont les femmes

soldat Japonais.

et les filles sont renfermées le plus soigneusement, et pendant que leurs infâmes acheteurs, ces spéculateurs éhontés de la dépravation humaine, sont méprisés comme le rebut de la terre, on juge avec plus d’indulgence les victimes de leur cupidité, que l'on: regarde en quelque sorte comme innocentes de leur corruption et destinées seulement à une carrière passagère de vice, auquel elles se livrent, pour ainsi dire, malgré “elles. Nous avons dit une carrière passagère, parce qu’en effet ces jeunes filles ne sont —ichetées que pour un certain nombre d'années : vers l'âge de quatorze ou quinze ans, elles sont obligées de se soumettre au choix des personnes qui fréquentent la maison; mais lorsqu'elles ont atteint leur vingt-cinquième année, elles recouvrent leur liberté ét peuvent relourner dans leurs familles, où elles occupent le rang qu'elles se montrent dignes de tenir dans la société. Un grand nombre entrent dans une espèce d'ordre de religieuses mendiantes; mais on assure qu'il y en à beaucoup aussi qui trouvent à se marier, et qui mettent en pratique dans leur ménage toutes les vertus des épouses et des mères japonaises les plus irréprochables. Quelle que soil d'ailleurs la nouvelle condition de ces ci-devant courtisanes, on ne les juge pas d'après leur ancienne profession, mais par leur conduite ultérieure dans la position . qu’elles se choisissent.

Le nombre des tsiaya est à peine eroyable; les auteurs hollandais nous disent qu'à Nangasaki il n’y en a pas moins de 730, et que, sur la route de Yédo, toutes les auberges sont des maisons à thé. La chronique japonaise fait remonter l’origine de ces maisons au temps du séougoun Yoritomo, qui, vers la fin du xrre siècle, se trouvant à la tête d'une armée formidable, accorda des priviléges à ceux qui établissaient sur les … grandes routes ces sortes de lieux qui servirent d’abord d’auberges, puis devinrent des endroits de rendez-vous moins innocents.

Ces maisons sont fréquentées par les gheeko ou joueuses de sanisie, qui estune guitare à trois cordes. Ce sont de jeunes filles fort belles et bien élevées qui amusent la société par leur danse et leur chant, et qui ne refusent ni le sakki ni les friandises qu'on leur offre.

Les Japonais ont deux sortes de navires; les uns sont employés pour le commerce, les autres pour les voyages d'agrément. Tous sont construits en sapin ou en cèdre, mais les derniers ont une forme différente et selon le goût des personnes à qui elles appartiennent. En général, ils sont faits pour aller à rames; au-dessus du pont, qui est bas et plat, il en existe un autre partagé en cabinets ou petites chambres. Outre ces navires, que l’on embellit de banderoles et autres ornements, les Japonais ont encore des bateaux longs dont la voile affecte une forme pyramidale, et qui ressemblent à ceux que l’on voit à Siam.

Les dimensions ordinaires des bâtiments marchands sont de quatorze toises pour la longueur et de quatre pour la largeur; leur construction est telle qu'elle admet également la rame et la voile. Le corps du vaisseau n’est point convexe comme celui des navires européens, et la partie qui est en dessous est presque toute en ligne droite. La poupe, large et plate, offre au milieu une grande ouverture qui permet à la vue de plonger dans l'intérieur du bâtiment, et qui est pratiquée dans le but de faciliter la manœuvre du gouvernail. Ces navires n’ont qu'une voile, faite en toile de chanvre, et un mât planté à une toise au delà du milieu du vaisseau. Les ancres sont de fer ; el les câbles, de paille torse, ont une solidité inimaginable. Le nombre de rameurs varie de 50 à 50, et ils ne travaillent qu’en l'absence du vent; ils s’asseyent alors sur des bancs placés à côté de la poupe, et rament en cadence à l'air d’une chanson, de quelques paroles, ou même d'un son qui sert à régler leurs mouvements el à les animer au travail.

Les connaissances des Japonais en matière de dessin paraissent assez peu étendues, si l’on s’en rapporte à la forme de leurs idoles; cependant, quoique de beaucoup inférieurs aux Européens, ils sont supérieurs aux Chinois dans cet art; leurs peintures consistent, pour la plupart, en miniatures faites sur papier ou sur une peau très-fine. Mais dans leurs peintures sur porcelaine, ils excellent pour la vivacité du coloris et la dégradation insensible des jours et des ombres. Les riches sont grands amateurs de beaux tableaux; ils emploient à cet effet de grosses sommes, et conservent ensuite leurs acquisitions comme des objets auxquels ils attachent un grand prix.

La langue japonaise est un composé de chinois et des idiomes de quelques autres peuples qui vinrent s'établir dans cette contrée. Les signes idéographiques des premiers, ainsi que leur langue, ont continué à être employés au Japon depuis Ozin-Teno jusqu'à nos jours. Bien qu’ils soient particulièrement en usage dans les livres de sciences, ils n’en sont pas moins généralement connus dans tout l'empire.

« Cependant, dit M. Klaproth, comme la structure de la langue japonaise diffère sensiblement de la structure de la langue chinoise, et comme les caractères chinois ont souvent plusieurs significations, on reconnut que l’on avait besoin d’un expédient pour obvier à cette difficulté. En conséquence, dans les premières années du vne siècle, on inventa les systèmes syllabiques, nommés kata-kana et firo-kana, qui sont complétement adaptés à l’idiome du pays. L'usage de cette espèce d'écriture est maintenant universel au Japon ; il est rare de trouver quelqu'un qui ne sache pas la lire.

» Du moment où les Japonais eurent une langue, ajoute le même auteur si compétent en ces matières, leur littérature fit, de siècle en siècle, des progrès rapides. Malheureusement elle est à peine connue en Europe; mais d’après le pelit nombre de livres japonais que nous possédons, il est évident que cette nation a des ouvrages de toutes sortes, notamment des compositions historiques et une littérature polie très-étendue. »

Depuis le ve siècle on connaît au Japon l’usage du papier; l'imprimerie à la manière chinoise, c’est-à-dire en sculptant les caractères, ainsi que dans notregravure sur bois, fut introduite dans l'archipel en 1205, deux cent cinquante ans avant que cet art fût connu en Europe.

De même que les Chinois, les Japonais ont un goût très-prononcé pour la littérature et les sciences. Passionnés pour les langues étrangères, les indigènes harcelaient de questions les Hollandais des ambassades. Thumberg rapporte que ses interprètes ne lui laissaient pas un instant de repos. Les soldats japonais ont continuellement un livre indigène à la main. Ces livres traitent de l’ancienne histoire du pays, ou bien ils renferment quelques poésies en l’honneur des dieux, des romances amoureuses, ou des idylles descriptives.

La musique vocale et instrumentale, ainsi que la poésie, sont cultivées au Japon; quelques écrivains assurent même que le style de l’une et de l’autre y est grand et sublime, Cependant aucun Européen n’a pu encore entendre ni goûter les beautés de la musique japonaise, et Kœæmpfer dit, au contraire, que cette science, considérée comme tenant à certaines règles d'harmonie, est entièrement inconnue de ces peuples: Mais la danse, compagne inséparable de la musique, est recherchée avec ardeur par une nation que de fréquentes solennités invitent au repos et à la joie. L'étude de l’éloquence est suivie avec passion surtout dans les universités, où, d’après quelques auteurs, il se trouve des professeurs qui ont le talent d’émouvoir jusqu'aux larmes.

Les notions scientifiques du Japon sont à peu près sur la même ligne que celles de la Chine. Les naturels ont peu de connaissances en mathématiques, surtout dans la partie transcendante et purement spéculative de cette science; toutefois ils calculent

Soldat Japonais.

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Arte tit

assez bien en se servant de pelits bätons ronds de bois ou d'ivoire, et d’une petite {able semblable à celles de nos jeux de dames ou d'échecs qui forment leur arithmétique. Leur astronomie n’est qu'une astrologie grossière, et ils n’entreprennent rien sans consulter préalablement quelqu'un d'habile en cet art. Ils étaient jadis si bornés en géographie qu'ils divisaient le monde en trois parties principales : le Japon, la Chine et le royaume de Siam; les autres contrées n’élaient considérées par eux que comme accessoires de celles-ci. Aujourd’hui on trouve chez les principaux Japonais des cartes géographiques, mais informes et bizarres. À Yédo seulement existe un petit comité d'astronomie qui offre de l'analogie avec le tribunal des mathématiques de Péking, et de même que celui-ci, il est chargé de dresser l’Almanach de l'empire et d’y calculer les éclipses. Golowin fait mention d’un certain Mamia Rinzo qui fut envoyé vers lui, pendant sa captivité, pour se perfectionner dans Pastronomie. On donnait ce Japonais pour un prodige de science parmi les siens; el cependant il s'informait auprès du prisonnier russe, de la manière dont il devait se servir du sexlant, de la boussole el du niveau à mercure.

La médecine, sans être fondée sur un système raisonné ou même sur l'expérience, est moins arriérée au Japon que l'astronomie, et les Européens doivent même à ce pays l'usage de quelques médicaments plus ou moins usuels. L’acupuneture y est connue; pour guérir la colique, ils enfoncent dans le bas-ventre du malade des aiguilles d'or ou d'argent bien acérées; l'habileté de celui qui opère consiste à ne faire entrer l'aiguille qu'autant qu'il est nécessaire pour l'évacuation de la matière qui s'échappe par l'ouverture pratiquée, au moyen d'une pression au ventre. Le moxa est également originaire du Japon; lorsqu'on veut l'appliquer, on tord les tiges desséchées de l’armoise, et lorsque cette mèche est étendue sur le corps nu du malade, on y met le feu, non sans invoquer une divinité. La mèche brüle lentement, presque sans flamme, gagne la peau et la cautérise. Mais on abuse du moxa: les naturels se l'appliquent souvent comrne préservatif une fois par mois, et quand la plaie ne suppure point, on la mürit avec de l'oignon écrasé ; les médecins de Nangasaki le prescrivent comme remède contre tous les maux, notamment contre la goutte; ils l’appliquent principalement sur les reins, d’où il résulte que les épaules des hommes et des femmes sont parfois couvertes de marques de cautérisation. Les docteurs japonais sont d’ailleurs fort ignorants en anatomie. Comme symptômes, ils écoutent les pulsations et les consul- “tent à l'avant-bras. Ils encouragent leurs malades à manger et à boire des infusions de thé, et regardent comme moyen fort douteux de guérison la diète et les saignées.

On compte au Japon plusieurs universités fameuses où l’on rencontre d’habiles professeurs, de riches bibliothèques et un grand nombre d'étudiants. La plupart de ces établissements ont à leur tête des fils de maisons nobles, qui, àleur mort, en augmen-

tent les revenus en les dotant de legs considérables. Du temps où le grand daïri exerême, ces universités étaient très-florissantes par suite du revenu qu'on leur avait affecté de superbes

ef réel du gouvernement, elles ont

çait l'autorité supr prodigieux dont elles jouissaient, et aussi parce édifices: mais depuis que le séougoun est le ch beaucoup perdu.

A ? F 19PDeG La nation japonaise est douée, autant et plus peut-être qu aucune autre, de rares

qualités; les Japonais sont un peuple très-intelligent, sage, docile à la raison : ayant des sentiments nobles et magnanimes , l'esprit élevé, même dans les classes inférieures, Mais ce dont ces indigènes se piquent le plus, c'est, d'avoir pour la mort un grand mépris et d’être avides de gloire et, en conséquence, propres à de grandes entreprises. En dépit de certains usages qui leur appartiennent et qui annoncent plus de barbarie que de civilisation, les Japonais témoignent de bons procédés el beaucoup de délica-

tesse dans leurs relations entre eux et avec les élrangers. La politesse de ce peuple existe également sous le chaume du pauvre et dans les palais des rois.

Vis-à-vis de la porté de chaque maison exisie une armoire, à côté de laquelle est un buffet garni de rayons ingénieusement disposés; au-dessus est une espèce de table qui reçoit les livres, le papier, les plumes, et un petit coffret de forme zbique fait de planches très-minces, qui sert de chevet pour la nuil, car la coutume au Japon: est de dormir sur des natles ou sur des tapis. Dans le plancher est un trou que l’on remplit en hiver de cendres sur lesquelles on pose des charbons allumés; quelquefoisvon recouvre ce trou d'une planche, et on étend dessus un tapis sur lequel on s’assied afin d'avoir chaud. Dans les appartements où il n’y a point de ces trous, on tient des vases de cuivre ou de terre que l’on remplit de cendre chaude ou de charbons allumés.

Des tapisseries de papier garnies de bords très-beaux décorent les appartements : milieu est orné d'une figure de saint grossièrement peinte, mais avec de justes proportions, et au bas de laquelle on lit ordinairement une sentence morale de quelque philosophe célèbre, ou des vers de quelque poëte fameux. On voit égalementsur ces teñtures d’autres figures qui représentent des oiseaux, des arbres, des paysages, elc., qui paraissent naturels. Les appartements ont en outre pour ornements de nombreux vases de fleurs, ou, à leur défaut, des brasiers qui représentent une grue, un lion, un dragon ou tout autre animal.

Dans chaque maison, ou du moins dans la plupart, on trouve une étuve ou baïth, placé communément derrière le jardin et construit en bois de cyprès. Ce bain, qui a la forme d’un coffre cubique de 3 à 4 pieds de hauteur, reçoit chaque soir les Japonais qui s’y délassent ou s’y rafraichissent.

Nous extrayons du Voyage autour du monde, par M. Dumont d'Urville, le passage suivant qui fera connaitre dans tous les détails un palais japonais : « Un séougoun, dit-il, envoya vers notre interprète un de ses domestiques. La démarche était faite à notre intention : « Kourisouki-Dofa invitait les nobles étrangers à se reposer dans son palais et à partager son thé. » L’interprète nous traduisit l'invitation en ajoutant que Korisouki-Dofa était l’un des plus grands officiers de l'empire, propriétaire de plusieurs palais et gouverneur de quatre provinces: J

» Nous acceplâmes l'offre du grand officier de l'empire, et bientôt nous nous trouvâames devant la porte d'un de ses palais. C'était un édifice admirable, plus élégant, bien plus coquet, bien plus beau que la résidence de l'empereur. Les tuiles qui couvraient es" Loits avaient deux doigts d'épaisseur : le fond en était noir, mais émaillé de figures qui, suivant notre interprète, conservaient leur éclat pendant plus de cinquante ans: Les chambres étaient revêtues de bois de cèdre exhalant une odeur suave. Les balcons faits d’un seul morceau et admirablement sculptés, les murs tapissés de bas-reliefs et de gracieux stylobates; les colonnes, les architraves, les torses, revêtus d’un cuivre doré aux ciselures délicates: les parois couvertes de riches peintures, où l’histoire japonaise revivait dans ses plus belles pages : voilà ce que nous relevâmes tour à tour dans la demeure seigneuriale de Korisouki-Dofa, le favori du séougoun actuel. De lintérieur du palais, nous passâmes au jardin, vaste clos planté de cèdres, de cyprès, de pins et de pommiers. Un ruisseau le traversait dans toute sa largeur, et servait à alimenter une foule de bassins, de fontaines et de cascades. Des ponts suspendus, des belvédères perchés sur le roc: des kiosques, des grottes souterraines; des accidents de Lerrain d’un effet calculé, attestaient les soins que le propriétaire consacrait à cétie attenance de son palais.

» Lorsque Korisouki-Dofa eut ainsi joui de l'effet que produisaient sur nous les merveilles de son habitation, il nous conduisit lui-même, avec la politesse la plus recher-

Infanterie Japonaise. Musicien.

chée, dans la salle où le thé était servi. Des confitures rares, des pâtisseries exquises chargeaient un vaste plateau que des trépieds tenaient élevé au-dessus du sol. Nous nous accroupimes autour de cet élégant service, sur des nattes disposées pour les convives. Après la collation, Korisouki-Dofa, suivant l'usage japonais, fut jaloux de nous montrer les vases de porcelaine et de fer qui, de temps immémorial, servaient, dans sa famille, à la préparation et à la conservation du thé. Le premier de ces ustensiles élail un vase en porcelaine que son propriélaire n’estimait pas à une valeur moindre de deux cent mille francs. D’après lui, il avait été fabriqué dans l'ile de Maory, île de l'ancien Japon, engloutie jadis dans un tremblement de terre, el perdue à jamais. De temps à autre, ajoutait-il, les plongeurs parviennent à retirer du fond de l’eau quelques-uns de ces vases, qui montent jusqu'à des prix fous. Celui que nous avions sous les yeux n’était pas, bien s’en faut, d’une forme élégante : il figurait un petit baril avec un col étroit : la matière m'en parut fort mince et d’une couleur blanc verdätre. IL paraît que la bizarrerie et la monstruosilé de la forme augmentent la valeur de ces objets, en donnant la preuve de leur antiquité. Outre ce vase principal, Korisouki- Dofa nous fit voir encore d’autres objets en porcelaine, des tasses, des cuillers, un entonnoir, un chaudron et un trépied en fer. Le trépied, ressoudé en plusieurs endroits, et qui aurait passé, en Europe, pour une vieille ferraille, était estimé, par le propriétaire, dix mille francs, le chaudron vingt mille, les autres objets, trois, quatre, cinq, six mille francs la pièce. Ges assortiments sont les joyaux de famille des Japonais; c’est leur cabinet d’antiquités. Chacun de ces ustensiles est soigneusement enveloppé d’une étoffe de soie, et renfermé dans des coffrets de bois précieux. »

La principale nourriture de ce peuple se compose de riz, de légumes, de fruits, de racines et d'herbages ; la boisson consiste en eau tiède, en thé et en d’autres liqueurs faites de froment et de riz. En général, les Japonais sont très-sobres ; ils mangent peu de viande, et s’ils en prennent ce n’est jamais que de là chair sauvage; le poisson n'est pas non plus un aliment commun. Il ÿ a même des bonzes qui, croyant à la métempsycose, s’abstiennent, outre la viande, de lait, de beurre, de fromage et d'œufs.

Les Japonais conservent à table un air très-réservé; ils s’y tiennent les jambes croisées. De même que les Chinois, ils remplacent les cuillers, les fourchettes et les couteaux par de petits bâtons, dont ils se servent si adroitement qu’ils ramassent jusqu’au moindre grain de riz ; l'usage des serviettes et des nappes n'existe point au Japon.

Le costume ordinaire des deux sexes de toutes Les classes se ressemble beaucoup pour la forme, et toute la différence consiste dans la couleur, la finesse et le prix de l'étoffe. IL se compose d’un certain nombre de robes très-amples qui se portent l’une par-dessus l’autre, sans être serrées; celles des basses classes sont en toiles ou en calicot, et celles des personnes riches communément en soie, avec les armes de la famille travaillées ou brodées sur la poitrine et sur le dos de la robe extérieure. Toutes ces robes, altachées autour des reins au moyen d’une ceinture, ont des manches d’une largeur et d’une longueur démesurées, et la partie pendante sous le bras est fermée à l'extrémité, afin de remplir l'office de poche, qui toutefois ne forme qu’un supplément à la partie de ce vêtement qui couvre la poitrine ainsi qu’à la ceinture, lesquelles servent à recevoir les objets les plus précieux, parmi lesquels nous ne saurions omettre-les jolis petits carrés de papier blanc dont les Japonais se servent pour se moucher et qu'ils laissent tomber dans leurs manches après en avoir fait usage, et en attendant que l'occasion se présente de s’en défaire sans salir la maison. Ge détail s'applique aussi bien aux hommes qu'aux femmes, mais celles-ci portent généralement des couleurs plus brillantes que les premiers et ornent de broderies d’or les bordures de leurs robes. Les hommes portent sur leurs épaules une écharpe dont la dimension en longueur varie

selon le rang de la personne et sert à déterminer la profondeur du salut qu’ils se doi- . vent les uns aux autres en se rencontrant. On doit se baisser jusqu’à ce que l’écharpe touche la terre quand on salue un supérieur. -

Dans les occasions importantes, on joint à ce costume un manteau de forme parti culière qui se jette par-dessus les autres vêtements et qui porte le nom de robe de cérémonie. Les classes élevées portent en outre une espèce de pantalon appelé hackkama, qui, d’après la description ainsi que d’après un modèle renfermé au Musée de La Haye, parait consister en une immense jupe plissée et cousue entre les jambes, mais qui, pour ne pas gêner la marche, est laissée ouverte à l'extérieur. |

Ce pantalon-jupe ne marque les rangs que dans certaines circonstances. La manièré habituelle de reconnaitre les personnes de distinction est par le nombre et le port des épées; celles du plus haut rang en portent deux, l’une au-dessus de l’autre et du même côté; celles du rang immédiatement au-dessous n’en portent qu’une. Ces épées ne se déposent jamais, et le port en est sévèrement interdit aux classes inférieures.

Dans les maisons, l'unique chaussure des Japonais se compose de chaussons. S'ils sortent, ils mettent des souliers par-dessus, mais de l'espèce la plus incommode. Ce ne sont guère que des semelles de paille, de roseau ou de bois, maintenues sous Le pied par une petite cheville perpendiculaire qui traverse une ouverture faite exprès dans le chausson, et passe entre le pouce et le premier doigt du pied. L’impossibilité de soulever en marchant un-pied ainsi chaussé explique suffisamment la gaucherie des Japonais dans leurs mouvements. Au reste, toutes les fois qu’ils pénètrent dans une maison ils se débarrassent de ces souliers.

La coiffure forme la principale différence entre le costume des deux sexes. Les hommes se rasent tout Le haut et le devant de la tête; le reste des cheveux, c’est-à-dire ceux qui croissent autour des tempes et par derrière, est soigneusement rassemblé, puis tiré en haut et en avant, et noué de façon à former une espèce de touffe sur le crâne dépouillé. I y a cependant certaines professions dont les membres font exception à cet usage général : les prêtres bouddhistes et les médecins, par exemple, se rasent la tèle entièrement, tandis que les chirurgiens conservent, au contraire, tous leurs cheveux qu’ils rassemblent en masse sur le sommet de la tête.

Les femmes disposent leur abondante chevelure en forme de turban, dans laquelle elles fichent un grand nombre de morceaux de belle écaille de tortue, de quinze pouces de long, de l'épaisseur d’un doigt, arlistement travaillés et si bien polis qu’ils ressemblent à de l'or. On assure que ces ornements coûtent fort cher, et plus les cheveux d’une dame en sont garnis, mieux elle est coiffée. Elles ne portent, du reste, aucune espèce de bijoux. Elles se Leignent le visage en rouge et en blanc, et les lèvres en couleur pourpre avec un reflet doré, ce qui détruit complétement la beauté de leur teint. Indépendamment de ces enjolivements, et ainsi que nous l'avons dit, quand une dame japonaise est mariée, elle se noircit les dents et s’arrache les sourcils.

Les deux sexes ne portent de chapeaux qu’en cas de pluie; ils regardent comme une proteclion suffisante contre le soleil l'éventail, qui se voit à la main de tout le monde sans exception, et qui est certainement l’une des choses qui frappent le plus les Européens à leur arrivée dans l'archipel. Soldats et prêtres ont leurs éventails aussi bien que les petites-maitresses qui s’en servent d’ailleurs au même usage que celles des autres contrées. Au Japon on reçoit sur son éventail les sucreries qui vous sont offertes dans les visites; et le mendiant qui sollicite une aumône présente son éventail sur lequel on dépose ce que l’on veut bien lui donner. Le dandy s’en sert en guise de badine, et chez le pédagogue il remplace la classique férule. Enfin un éventail présenté à un cri-

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Japonais en costume de cérémonie.

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minel de distinction, sur un plateau d’une forme particulière, lui annonce que tout espoir est perdu pour lui : sa tête tombe à l'instant où il l'incline sur l'éventail.

Outre l'éventail, les femmes, afin de ne pas risquer au soleil la fraicheur de leur teint, se font accompagner, dans leurs promenades, d’un domestique qui tient suspendu à l'extrémité d’un bambou flexible un large voile en forme d’éteignoir. Ge voile, d'étoffe très-fine, a deux larges trous carrés, garnis d’une gaze très-claire, à l’endroit qui correspond aux yeux. Quelquefois encore les dames japonaises ne se servent que d’un écran en laque dorée.

Toutes les gravures que nous avons données ont été faites d’après des dessins pris sur les lieux.

Les Japonais vont à cheval sans toucher la bride; un domestique, qui porte la livrée du maître, la tient en main et marche à la droite de la monture en chantant quelque chanson qui le distrait et excite l’animal. Les étriers sont très-courts et la bride est de soie.

On voyage aussi en norimons ; ce sont des-espèces de litières ou de caisses de carrosses faites de planches très-minces et de cannes de bambou. C’est à peu près le palanquin de l’Inde; on peut s’y asseoir à l’aise et même s’y coucher. On y à ménagé des fenêtres sur le devant et sur les côtés. L'intérieur est revêtu de belles étoffes de soie et de velours; un matelas et une couverture de cette dernière étoffe garnissent le cadre. Le système d'ameublement est complété par des coussins sur lesquels on s’accoude, des tablettes pour écrire, des stores, des rideaux de soie. En un mot, c’est une chambre portative, douce, commode et moelleuse. Le nombre des porteurs est proportionné au rang des voyageurs et varie de six à douze. Si c’est un prince, les porteurs en tiennent les bâtons dans la main; si c’est un simple particulier, ils les portent sur leurs épaules.

Par beaucoup de détails, le théâtre japonais se rapproche du théâtre chinois. Il a ses tragédiens, ses comédiens, ses danseuses et son machiniste. Les pièces se composent quelquefois de drames que dénoue le poison ou l'assassinat; mais le plus souvent le sujet des scènes est puisé dans les anciennes annales de l'empire : ce sont des aventures amoureuses des temps héroïques. Dans les drames les plus noirs et au moment où les spectateurs sont en proie à la plus vive émotion, paraît ordinairement un personnage bouffon, comme l’arlequin des parades italiennes; il lance quelque lazzi et change en un rire contagieux les larmes de l’auditoire. La danse précède communément et.termine les représentations. Les décorations sont très-soignées et nombreuses. La scène change souvent à vue d'œil; on voit tour à tour des maisons, des ponts, des jardins, des fontaines, des montagnes, des forêts, la mer, et quelquefois l'illusion est complète. Dans chaque pièce on compte une douzaine de personnages, hommes ou femmes; celles-ci sont des courtisanes; les premiers sont souvent des jeunes gens de famille, choisis dans le quartier, et jouant par goût. Kœmpfer dit qu’en général ces acteurs s’acquittent de leurs rôles avec un aplomb et une grâce que l’on ne rencontre pas toujours parmi les acteurs européens.

Un autre amusement des Japonais consiste dans les luttes entre athlètes. L’arène est enceinte d’une barrière en bois; les gradins, construits en amphithéâtre, portent la foule qui appelle les lutteurs, et, de même que les anciens peuples romains, les excite de la voix et du geste. Au-dessus d’elle, et dans une espèce de belvédère, se placent quelques hauts officiers de police, chargés, soit de contenir et de surveiller cette multitude, soit d'intervenir dans le conflit athlétique comme hérauts du camp. — À un signal donné les lutteurs paraissent dans la lice. Ce sont pour l'ordinaire des hommes doués d’une force prodigieuse , trapus, carrés, aux membres courts et forts. Ils sont

nus jusqu’à la ceinture et ne portent qu’un caleçon soutenu par une corde. Ils ont pour ceinture une large plaque en cuivre aux armes de l’empereur, et d’autres plaques de même métal garnissent le devant de leurs jambes et la paume de leurs mains. Comme il est d'usage dans ces sortes de luttes, les éombattants se ménagent d’abord et cherchent plutôt à développer leurs formes, à se poser en groupes académiques. Enfin, quand ce. manége a duré assez de temps, ils s’attaquent, s’enlacent plus vivement jusqu’à ce que l'un d'eux laisse sur le sable la trace de ses épaules. Alors la pièce d'or, prix du combat, est remise au vainqueur; mais en général le vaincu se montre trop bon camarade pour ne pas avoir sa part de la prime rémunératoire.

À l'exemple des Spartiates, les Japonais ne châtient point leurs enfants, et afin de ne point leur inspirer une crainte servile, ils ne se montrent pas envers eux sévères ni menaçants, Ils cherchent, au contraire, à les encourager à l'étude et à les corriger de leurs défauts au moyen de quelques récompenses; et si ces procédés sont infructueux, ils ÿ joignent les larmes que les mères accompagnent de plaintes amères contre la destinée qui a fait donner le jour à des enfants dont le mauvais naturel et l’indocilité causent le déshonneur des chefs de famille. — Dans les écoles et les universités on leur inspire l’amour de la gloire, le mépris des dangers et la haine du mensonge et de la fraude. On pratique à la rigueur en ce pays le précepte de Montaigne, qui consiste à accoutumer de bonne heure les enfants à la chaleur, au froid et à toutes les intempéries des saisons.

L'industrie manufacturière des Japonais n’est pas inférieure à celle des Chinois et des Hindous. Ils ont des ouvriers qui travaillent admirablement le fer, le cuivre et l'acier. Les draps de soie et de coton sont chez eux d’une beauté et d'une variété rares; et ils ont atteint un très-haut degré de perfection dans la fabrication du papier, des meubles en laque, de la verrerie et d’une foule d’autres objets. Leurs sabres valent ceux de Damas et du Khorassan, et leur porcelaine a un luisant et une vivacité de couleurs bien au-dessus de celle de la Chine.

Les flottes japonaises allaient jadis jusqu’au Bengale; mais depuis que le christianisme a été banni de ces contrées, depuis l’édit de 1585, l'État n’a plus une seule jonque de guerre, et la marine marchande ne construit que des vaisseaux pour le cabotage. Il ÿ a sur l’émigration une loi de proscription tellement sévère qu’un cas de tempête et de naufrage ne peut absoudre les contrevenants. — Le seul port ouvert aux étrangers est Nangasaki, où les Chinois, les Coréens et les Hollandais ont seuls la permission d'aborder, et encore le nombre de navires à admettre est-il limité et resteint. Mais si le commerce extérieur du Japon est circonscrit de cette facon, les échanges intérieurs ont acquis un état prospère et florissant. L'impôt, la douane, l'octroi ne grèvent point les transactions, d’ailleurs favorisées par l’admirable situation des routes et par un immense développement de côtes. Les ports de l'archipel regorgent de bâtiments nationaux; ses marchés, ses boutiques, ses foires annuelles abondent en produits manufacturés et en denrées territoriales. Les principaux marchés de l'empire sont Osaka, Nangasaki et Kasi-no-Mats. |

Le poids du pays est le pikoul; les mesures de superficie sont évaluées par naïtes. La monnaie nominale est le thail qui équivaut à peu près au rixdaler hollandais, et se subdivise en dix mas. Les principales monnaies sont le 4obang, en or; le kodama, en argent. Le premier est la plus forte; c’est une pièce carrée, plate, un peu arrondiesur les angles, très-mince et frappée aux armes du daïri; on la prendrait pour une médaille. Le kodama, la monnaie d'argent, est la plus variable par ses dimensions, sa forme et ses empreintes ; les pièces sont oblongues, circulaires, sphériques, convexes où aplalies, On y remarque assez communément l'effigie de Daïkak (le Plutus japonais);

il est assis sur deux tonneaux de riz, tient un marteau de la main droite, et de la gauche un sac.

Dézima, dans laquelle est établie la factorerie hollandaise, est une petite île artificielle, construite dans la baie à la manière d'un môle. Dès son origine elle servait de prison, et aujourd'hui elle n’est guère autre chose pour les Hollandais qui l’habitent et ont succédé aux Portugais. Lorsque le gouvernement japonais commença à. éprouver de la jalousie contre eux, la première mesure qui en résulta fut de les placer dans une situation qui permit de les surveiller strictement. À cet effet, les Européens et leur commerce furent circonscrits dans les deux ports de Nangasaki et de Firando, et la factorerie hollandaise fut établie dans ce dernier. Mais ce lieu ne parut pas encore assez resserré, et l’île de Dézima fut pour ainsi dire tirée du fond de la mer : son nom signifie île antérieure, Zima étant en japonais le mot qui exprime île, et la particule de indiquant ce qui se trouve au devant. Quand on s’enquit auprès de l’empereur de la . forme qu'il fallait donner à l’île, il déploya son éternel éventail, et en conséquence l'ile se présente sous l'apparence d'un éventail dégarni de ses deux bâtons. Les Hollandais furent donc transportés dans la prison qu'ils habitent aujourd’hui. Dézima n’est qu’à quelques toises du rivage sur lequel s’élève Nangasaki, et n’est séparée de celle ville que par un pont en pierre, Mais un mur élevé s'oppose à ce que les habitants de l'une puissent voir ce qui se passe dans l'autre. Il est vrai que ceux de Dézima jouissent de l’aspect animé que présente la baie, mais ils ne l’aperçoivent que de loin; une défense sévère interdit aux barques japonaises de dépasser certaines limites marquées par des pieux plantés dans l’eau. Le pont, fermé par une porte, est défendu par un corps de garde toujours occupé par un poste de soldats et d'agents de police, chargés de repousser les Hollandais qui se présentent pour sortir de l’île sans permission, et de s'opposer au passage des autres Japonais que ceux qui sont désignés pour y pénétrer ce qui même a lieu à des heures déterminées, et seulement après que les uns et les autres ont été fouillés. La porte sur la mer est également gardée, mais simplement par des agents de police, quand elle est-ouverte, ce qui n’a lieu que dans le cas où des navires hollandais sont dans le port, et afin de faciliter les communications avec eux. |

Le nombre d'Européens qui habitent cette île est actuellement borné à onze, qui sont : un opperhoofd (chef ou président de la factorerie, que les Japonais appellent holanda ou horanda capitan) ; un garde-magasin, un secrétaire ou teneur de livres, un médecin, cinq commis et deux garçons de magasin. Aucun domestique étranger ne peut y être admis, et, du reste, ils y seraient inutiles, puisque les étrangers peuvent être servis par des Japonais, du moins jusqu’à un certain point, c’est-à-dire tant que le soleil brille à l'horizon. Mais ces prétendus domestiques ne couchent point dans la maison de leurs maîtres; ils sont astreints à quitter l'ile au soleil couchant, et pour rendre impossible toute supercherie, ils sont tenus de se présenter, à l’heure fixe, à l'officier de garde du pont. Rien ne saurait les dispenser de cette formalité, quand même leur maître serait en danger de mourir. On sent combien cette coutume doit être peu agréable à des Européens, surtout à ceux des colonies asiatiques qui sont habitués à d’autres soins. UNE

Par une singularité inexplicable , la seule classe d’indigènes qui ait l’autorisation de demeurer à Dézima après le coucher du soleil, est celle des prostituées. Dans l'ordonnance affichée à la porte et qui l'annonce, la décence n'est pas ce qui est le plus respecté : el c’est la privation absolue de toute espèce de services domestiques pendant la moitié de l'année que les Hollandais allèguent pour excuser les liaisons illégitimes qu'ils ont la coutume de contracter pendant leur séjour au Japon. Nous

sb ASIE. — JAPON.

devons aussi faire remarquer, en passant, que non-seulement le séjour, mais leur présence dans l’île est strictement interdit aux femmes honnêtes.

Les enfants issus de ces unions passagères sont considérés comme appartenant à la nation Japonaise, et par une conséquence assez naturelle de cette adoption, il ne faut pas qu'ils naissent sur le sol de Dézima. C’est évidemment pour empêcher toute fraude à cet égard qu'il est enjoint à chacune de ces femmes de se présenter à l'officier de police du pont, une fois dans les vingt-quatre heures. Elles ont la permission de nourrir leurs enfants; mais aussitôt que ceux-ci sont élevés , ils ne peuvent plus voir leurs pères que de temps à autre et à des dates fixées. Ces derniers, d’ailleurs, ont droit de pourvoir à la srbsistance et à l'éducation de leur descendance. On permet, ou, plus exactement, on ige qu’ils acceptent pour les enfants mâles des places dans les bureaux du gouverneme t, soit à Nangasaki, ou dans tout autre endroit.

S'il n’est pas permis à un saponais de naître à Dézima, il ne doit pas non plus y mourir ; et à ce propos il n’est pas aisé de comprendre comment on élude la défense en cas de mort subite. Il est vraisemblable que dans cette occasion on fait usage de l'étrange naïboun, acte qui consiste à cacher intentionnellement une chose généralement connue, et dont nous avous eu, précédemment , occasion de parler.

Dans cette singulière espèce de prisen, les habitations n’ont point été données aux Hollandais par le gouvernement, jui ne leur a même pas concédé l’usufruit des térrains pour y construire à leurs frais. Ce sont des habitants de Nangasaki, auxquels Les Européens payent un loyer exorbitant, fixé par le gouvernement, qui y ont édifié les maisons. Cependant les locataires ont la permission de se meubler à leur convenance, et peuvent faire venir de Ja’ des meubles européens ou les faire faire, selon leur goût, par des ouvriers japon: * qui, il faut en convenir, se montrent adroits, patients et ingénieux au point de mener à bien tout ce qu’ils entreprennent, quelque difficulté qu'il y ait pour eux à exécuter des ouvrages si différents de ceux qu'ils ont J'habitude de confectionner; seulement ils exigent de leurs pratiques une patience étc'e à la leur, et l’on emploicrait vainement les prières ou les menaces pour les engag * à retrancher une minute du ‘€ 3 qu’ils consacrent à leurs repas, à leur sommeil cu à leurs plaisirs. Rien au monde ne saurait les fléchir à cet égard. 2, Kers

Par une autre dispo® n arbitraire, les membres de la factorerie ne peuvent pas choisir eux-mêmes les ouvriers qu’ils désirent employer, ni les marchands avec lesquels il leur conviendrait de traiter. Les fournisseurs sont désignés et les prix déterminés par le gouvernement qui a toujours soin d'élever le derniers de 30 WE au-dessus du cours ordinaire, de manière que le bénéfice différentie! couvre en partie les frais auxquels donne lieu la**. de des étrangers. Néanmoins. Peur cerlains objets, il y a un acheteur attitré qui Püfte encore le nom portugais de comprador, et qui est chargé de fournir aux Hollandais, sans bourse délier, tout ce qu'ils réclament en marchandises permises. (n ne connait point le but de ces restrictions, mais il'est avéré que toute espèce: * ‘d'argent est interdite aux sujets de la Hollande, qui n’ont pas même le droit d'en posséder. | /

À l’arrivée des bâtiments hollandais, leurs cargaisons passent aux autorilés japonaises, qui vendent les marchandises importées, en emploient le prix à acheter celles qui doivent être exportées, et remettent ensuite au président léurs comptes qui ne sont Soumis à aucune vérification. Les pacotilles mêmes accordées aux membres de la factorerie, comme compensation de la modicité de leurs traitements, sont vendues, et le prix en est employé de la même manière. Les comptes courants des fournisseurs et du comprador avec les divers membres de la factorerie Sont soldés par le produit des Yentes annuelles. Ces fournisseurs, le comprador, un médecin japonais qui remplace,

Famille de Pêcheurs Japonais.

MOEURS, USAGES ET COSTUMES. b81

en cas d'empêchement , le docteur hollandais, sont munis de cachets ou de passes pour pouvoir entrer à Dézima et en sortir aux heures permises; il en est de même d’un opérateur indigène de l'acupuncture, et des domestiques connus. Mais on oblige toutes ces personnes à s'engager par serment à ne former aucun lien d'amitié avec les Hollandais ; à ne leur rien confier sur la langue, les lois, les mœurs, la religion ou l'histoire du Japon; en un mot, à ne communiquer avec eux que sous le rapport de leurs fonctions avouées. Personne autre que les individus que nous avons désignés ne peut entrer à Dézima sans une autorisation expresse du gouverneur de Nangasaki; toutefois, on assure qu’il n’est pas difficile aux Japonais d’éluder l'interdiction, en se substituant aux personnes qui y ont l'entrée libre par le fait de leur place et moyennant quelque argent.

La surveillance et l'exécution de ces règlements et de ces restrictions sont confiées aux officiers municipaux de Nangasaki, dont un certain nombre sont toujours à Dézima avec les interprètes nécessaires. Quoique des maisons leur soient assignées, ils n’ont guère besoiñ que d’un corps de garde, puisqu'ils sont exactement relevés toutes les vingt-quatre heures.

Les interprètes composent à Nangasaki une des corporations ou maîtrises régulièrement organisées, et leur traitement est à la charge du séougoun. On en compte soixante à soixante-dix spécialement affectés à la factorerie hollandaise, et un plus grand nombre encore estassigné à la factorerie chinoise, qui, de même que l’autre, est établie dans un lieu voisin de Nangasaki et duquel ses membres ne peuvent non plus s'éloigner. On aurait tort de croire que ces interprètes eux-mêmes entretiennent de libres communications avec la factorerie; il ne leur est permis de s’y rendre qu’accompagnés d’un officier de police qui, en réalité, n’est qu’un espion, classe à laquelle appartiennent d’ailleurs tous les membres de la factorerie qui comprennent le hollandais et rendent compte de la conduite de leurs maîtres en même temps que de celle des interprètes et même des officiers municipaux.

Pendant que les bâtiments hollandais sont mouillés dans la baie et que, de part et d'autre, on s'occupe au déchargement, aux achats des cargaisons et au transport de celles que les navires prennent en échange, de fréquentes communications sont nécessairement établies entre le président et le gouverneur. Les écrivains allemands et hollandais ne sont pas d’accord sur le degré de politesse quetémoignent en cette occasion les autorités japonaises. Les détails qui vont suivre pourront peut-être jeter quelque jour sur cette question, relativement à laquelle nous ferons d’abord une observation qui expliquera en quelque sorte la conduite de cette nation hautaine, mais que l’on ne doit point accuser de vanité. La noblesse indigène, et même les fonctionnaires d’un rang distingué, pro- fessent un souverain mépris pour le commerce, d’où il résulte que le chef d’un établissement commercial ne saurait être considéré par eux comme leur égal. Or, il est évident que c’est sous ce point de vue qu’ils regardent l’opperhoofd hollandais, puisque la loi somptuaire du port d’arme lui est appliquée. Aucun marchand japonais n’a droit de porter l’é épée; les plus riches négociants du pays ne jouissent de ce privilége qu’en obtenant, à prix d'argent, de olde noble ruiné, qu’il inscrive son nom sur la liste de ses domestiques, auquel cas ils peuvent porter une seule épée. Parmi les membres de la factorerie, il est accordé au président seul de ceindre une épée, et encore il ne peut le faire que dans certaines solennités. Au reste, ce n’est point là un témoignage de mépris pour la nation ou les personnes hollandaises ; c’est une ne indication du

rang qu’ils occupent dans la société.

Cependant, il y a un point sur lequel tous les écrivains s'accordent pour reconnaître qu'il existe en Europe des opinions très-erronées sur la manière dont les Hol-

landais sont traités au Japon: c'est celui de la religion. Si des lois irrévocables de cette tation léur interdisent d’en pratiquer osténsiblement les rites, du moins n’exige-t-on pas d'eux qu’ils la renient ou l’insultent. Sont:ils véritablement descendus, comme on l’a dit, jusqu'à fouler aux pieds l’image de la sainte Vierge et celle de l'enfant Jesus? C’est là une qüestion sur laquelle on ne saurait sans Lémérité se prononcer aujourd’hui. Il est bien vrai qu’ils l'ont toujours nié, que leurs seuls accusateurs furent les Portugais leurs rivaux, et les jésuites leurs ennemis ; toutefois, il est certain que leur première charte date de l’an 1611, époque où la persécution contre les missionnaires et contre Les chrétiens indigènes se montra la plus active, et il est encore avéré qu'ils ne durent cette chatte qu’à une aveugle Soumission à toutes les exigences des Japonais. Quoi qu’il en soit, voici ce que l’on sait de cette singulière cérémonie de l’abjuration, et de là manière dont les Hollandais ont été et sont encore traités au Japon, eh matière de religion.

Nous avons vu que depuis la première invasion des Portugais jusque vers là fin du xvi° siècle, le christianisme et les travaux des jésuites furent accueillis dans cet empire avec une tolérance si complète, qu’elle est presque inexplicable dans ün pays où toute autorité repose essentiellement sur la religion. Cependant, en 1637; une insurrection éclata dans la province d’Arima dont les habitants étaient pour la plupart chrétiens. La cause de ce malheureux événement est attribuée par les écrivains portugais à la persécution des chrétiens par un prince païen; les Holländais prétendent, au contraire, que là religion n’y eut aucune part et que l'insurrection est due à dés actes tyranniques et à d’intolérables exactions du nouveau prince. Il faut croire que les deux causés se réunirent pour amener un tel résultat, car on doit observer que, malgré le nombre de chrétiens que renfermait le Japon, l'exercice de leur religion était toujours défendu par la loi qui, dès lors, ordonnait de fouler aux pieds l’image de la Vierge et du Sau-. veur. Quelle que soit cette cause, les insurgés, après une lutte prolongée; furent repoussés dans la péninsule de Simabara; et le prince, n'ayant pu les réduire; résolut pour y parvenir de réclamer les secours des Hollandais. Koekebakker , qui était alors à la tête de la factorerie établie à Firando, s’y rendit avec le seul vaisseau de guerre qu'il eût à sa disposition, et l'artillerie hollandaise décida du sort des infortunés réfugiés à Simabara. Cette guerre coùûta, dit-on, la vie à 40,000 hommes, et la victoire du prince fut suivie de l'exécution rigoureuse, dans tout l'archipel, des lois contre les chrétiens : les premières victimes furent les infortunés réfugiés:

Les écrivains hollandais justifient la part que prirent leurs compatriotes à cette guerre d'extermination, en affirmant que les motifs religieux y étaient étrangers; mais ils pourraient alléguer une excuse plus juste et plus vraisemblable dans la crainte qu'ils devaient naturellement éprouver de la vengeance de l’empereur, s’ils eussent répondu par un refus à là demande formelle qui leur était adressée. Leur obéissance, en outre; confirma probablement les Japonais dans l’idée que, ainsi qu'ils l’assuraient euxmêmes, quoiqu’ils fussent chrétiens, leur christianisme n'avait aucune ressemblance avec celui que professaient les Portugais ; et il est présumable que ce fut à cette même circonstance qu'ils durent d’être exceptés de l'exclusion générale; Mais cette faveur ne fut pas sans restriction; de Firando où ils jouissaient de quelque liberté et de certains priviléges, ils se virent contraints de venir habiter l’ancienne prison portugaise de Dézima.

Nous ne quitterons pas cé sujet sans rendre un légitime hommage, un juste tribut d'admiration à la constance avec laquelle les nouveaux convertis supportèrent les plus cruelles épreuves, plutôt que d’abjurer la foi qu'ils avaient embrassée. Tout indigène chrétien fut sommé de fouler aux pieds l’image du Rédempteur du monde, et parmi tant d'individus, il y eut à peine un exemple d’apostasie, tandis qu'une foule innombrable

souffrit volontairement le martyre, infligé avec cette cruauté qui ne préside que trop souvent aux exécutions japonaises. Quand le gouvernement fut las de massacres ét de tortures, il fit jeter ceux qui y avaient échappé dans des prisons où les plus * rudes travaux leur étaient imposés. Chaque année la liberté leur était offerte au prix de l’äbjuration, et chaque année un refus positif accueillait la proposition, jusqu'à ce que le dernier enfant du Christ eût succombé victime de sa foi.

Actuellement ëncore les Japonais nés à Nangasaki ou dans Îles principautés environnantès Sont contraints de prouver une fois par an, le quatrième jour de la nouvelle année, qu'ils ne sont pas chrétiens; cette cérémonie consiste à fouler aux pieds l’image sacrée, et elle est observée avec une telle rigueur que les malades et les enfants doivent toucher au moins l’image avec leurs pieds. Mais on n°y oblige plus que les naturels, et, loin d'exiger rien de semblable de la part des membres de la factorerie, les autorités japonaises montrent aujourd'hui un grand respect pour leurs opinions religieuses.

Noûs dvons offert Succinctement, quoique avec exactitude, tous les renseignements qu’il nous a été possible de recueillir sur ce point important. Maintenant nous emprunterons au président Meylan, dont le séjour au Japon est le plus récent, les détails suivants sur l'étiquette qui s’observe dans les relations officielles entre les autorités iidigènes et celles de la Hollande.

« Dans ces occasions, dit-il, lé président, en attendant l’arrivée du chef de la policëe et du maire de Nangasaki, doit faire étendre un tapis par terre, faire préparer des liqueurs et des confitures pour leur être présentées, et aller au-devant d'eux jusqu’à sa porte. Quand le haut fonctionnaire s’est assis, à là mode japonaise, en s’accroupissant sur le tapis, le président doit s’accroupir de même, en inclinant deux ou trois fois la tête jusqu'à terre, ce qui s'appelle ici faire son compliment. Tout cela me paräitrait assez naturel, car c’est ainsi que les grands seigneurs se reçoivent et se saluent toujours entre eux au Japon; mais voici, à mon avis, en quoi consiste l’insulte. Entre Japonais, le compliment est réciproque; tandis qu'un gobanyosi ne daigne pas réndré le même honneur aux Hollandais, et qu'on le regarde comme particulièrement affable quand il veut bien faire un signe de tête en marque d'approbation. Ces manières sont surtout frappantes pour les Hollandais nouvellement arrivés dans le pays et qui n’y sont pas encore accoutumés, parce qu'ils remarquent sur-le-champ que les Japonais entre eux sont prodigues de cérémonies et de politesses, en quoi ils ne le cèdent à aucune nation du monde, pas même aux Français. Il faut observer encore qu'aucun Japonais du rang de gobanyosi et au-dessus ne parle directement à un Hollandais, mais qu'il se sert toujours d’un interprète. On pourrait croire que cela vient de l'impossibililé de s'entendre, mais il n’en est rien. Nous avons eu beaucoup de présidents qui, s'élant appliqués avec soin à l’étude de la langue japonaise, élaient parvenus à la parler d'une manière fort intelligible; il ÿ en a même eu qui, sans faire attention à l'interprète, s’adressaient directement au grand fonctionnaire japonais, mais en vain : il faisait semblant de ne pas comprendre et indiquait par signes qu’il fallait se servir de l'interprète, J'en conclus que c’est là un point d’étiquette; et ce qui m'a confirmé dans cette opinion, c’est que plus le personnage est d’un rang élevé, plus le nombre d’intermédiaires est grand. Ainsi, dans les audiences que le gouverneur accorde au président, le gouverneur parle à son secrétaire, le secrétaire à l'interprète et l’interprète au président, tandis que la réponse passe par le même nombre de bouches.

» Le président (opperhoofd) a deux audiences par an du gouverneur : la première en lui présentant Le fassak, ou tribut que les Hollandais payent annuellement au gouvernement japonais, et l’autre au moment du départ des bâtiments de commerce. Voici

jai ASIE, — JAPON.

la conversation qui a lieu régulièrement dans ces occasions, et à laquelle on ne change jamais un mot :

» À LA PRÉSENTATION DU FASSAK.— Le président. Il m'est on ne saurait plus agréable de voir monseigneur le gouverneur en parfaite santé, et je l’en félicite. Je lui dois aussi ? des remerciments de l'assistance que Sa Seigneurie a accordée cette année aux Néerlandais en affaires de commerce. C’est pourquoi, au nom de monseigneur le gouverneur général de Batavia, j'offre comme un. présent à Sa Seigneurie les objets qui, selon l'ancien usage, sont destinés à Sa Seigneurie, et qui sont énumérés dans la liste que j'ai déjà remise.

» (Ce présent, toujours le même, consiste en un vase de ski et deux plateaux, l’un chargé de poisson de mer et l’autre de varech.)

» Le gouverneur. Y m'est fort agréable de voir Le président en bonne santé, ce dont je le félicite, ainsi que de l’heureuse issue des affaires de commerce; j'accepte avec reconnaissance le présent qui, selon l’ancien usage, m'est offert au nom du gouvernement suprême de Batavia. L’époque du départ des bâtiments étant proche, le président aura soin qu’ils soient bientôt en état de faire voile, et dès qu’ils seront prêts il le fera savoir au gouverneur.

» L’audience terminée, le président se rend dans un autre salon et demande la permission de faire une visite particulière aux secrétaires. Les secrétaires viennent, le compliment d'usage se rend, et la courte conversation qui suit a lieu :

» Le président. Il m'est agréable de voir messieurs les secrétaires en bonne santé, et je les remercie de la peine qu’ils ont bien voulu prendre pour le commerce. |

» Le premier secrétaire (au nom de.tous deux). Nous sommes bien aises aussi de voir le président en bonne santé, et nous souhaitons qu'il continue ainsi.

» À L'AUDIENCE DE DÉPART. — Le président. Après avoir souhaité à monseigneur le gouverneur une bonne santé, je fais savoir à Sa Seigneurie qu’après-demain, 20 du mois, les bâtiments se rendront au Papenberg, étant, grâce au secours que leur a accordé monseigneur le gouverneur, prêts à partir. |

» (En vertu d’un édit impérial, les bâtiments hollandais sont tenus de quitter le port de Nangasaki, qu’ils soient prêts ou-non, le vingtième jour du neuvième mois japonais. Toutefois, sous prétexte d'attendre un vent favorable, il leur est permis de rester encore pendant quelque temps mouillés sous le Papenberg, et d'y compléter ce qui peut manquer à leur cargaison. L’audience du départ a donc toujours lieu le dixhuitième jour du neuvième mois japonais. ) ÉTIe L

» Le gouverneur. C’est une satisfaction pour moi de savoir que les bâtiments sont prêts à mettre à la voile, et le président est prié de les faire partir le 20 du courant. Je vais maintenant lire ce qu’en vertu des ordres impériaux il reste au président à faire et le président écoutera.

» Le président. Je remercie monseigneur le gouverneur de la permission de départ qu'il a accordée, et j'écouterai les ordres impériaux.

» (Le gouverneur lit alors en japonais, et l'interprète, en hollandais, un document dont la teneur est que si les Hollandais désirent la continuation de leur commerce avec le Japon, ils ne doivent y amener aucun Portugais ni avoir aucune relation avec des Portugais; qu’ils doivent, au contraire, instruire le gouverneur de Nangasaki de tout ce qu’ils pourraient apprendre au sujet de projets hostiles des Portugais contre le Japon; puis qu’ils doivent respecter toutes les jonques chinoises qui se rendent au Japon, ainsi que tous bâtiments appartenant aux îles de Lou-Tcheou, qui sont soumises au Japon; après quoi la conversation continue en ces termes : )

» Le gouverneur. Vous observerez strictement ces ordres impériaux, et le pré-

sident enjoindra en outre aux Néerlandais qui restent ici de se bien conduire.

» Le président. J'observerai ainsi qu’il convient les ordres impériaux qui m'ont été communiqués, et j'en ferai part au gouvernement suprême à Batavia. J'enjoindrai aussi aux Néerlandais qui restent ici de se bien conduire. » j

Ce qui précède suflira sans doute pour faire connaître comment la vie s'écoule à Dézima. IL nous reste à faire dire ce qui a lieu lorsqu'on y meurt, chose permise aux Hollandais. Les terres dépendant de certain temple désigné sont assignées à la factorerie pour lieu de sépulture, moyennant une somme annuelle qu’elle paye au temple, mais moins comme prix du privilége qu’à titre d’offrande gratuite. Ainsi qu’on doit le supposer, les rites des funérailles n’appartiennent pas au culle chrétien, mais on garde un profond respect aux morts. Les prêtres du temple assigné aux Hollandais font les mêmes cérémonies funèbres à la mort d’un étranger, et prennent autant de soin de son tombeau que s’il était leur compatriote.

ILE DE MATSMAIÏ.

Après la description du Japon, nous devons placer ici celle de l’île de Matsmaï comme étant tributaire de l'empire. Cette île est appelée en japonais terre de Yéso, Jesso ou Mo-sin, c’est-à-dire des peuples velus, ou encore Mao-jin, Mo-m'in et Mao-min. Quélques géographes, comme l’observe Malte-Brun, ont d’abord pensé que cette terre était un continent ou une grande île qui joignait l'Asie et l'Amérique ; ensuiteils l'ont confondue avec le Kamtschatka, ou en ont fait une partie de ce que l’on appelait autrefois Tartarie russe. Le Hollandais Vries (et non Uries) est le premier qui nous ait donné quelques notions précises sur cette portion du globe, et qui nous ait appris qu’elle est séparée de l'Asie au nord-est, comme elle l’est du Japon au sud.

Yéso, la plus septentrionale des quatre grandes îles du Japon, est située entre 41° 98’ et 43° 51’ de latitude nord, et entre 1357° # et 144° 50’ de longitude est. Ses bornes sont : à l’ouest la mer du Japon, au nord le détroit de La Pérouse qui la sépare de l'ile Saghalien, au nord-est la mer d'Okhotsk, à l’est le détroit de son nom qui la sépare de l’île Kounachir, et au sud le grand océan Boréal, qui la baigne, ainsi que le détroit de Sagar, au delà duquel est l’île de Niphon.— L'étendue de cette terre est de 195 lieues de l’est-nord-est à l’ouest-sud-ouest, de 100 lieues. du nord-nord-ouest au sud-sud-est, et de 7,900 lieues carrées.

Cette île, de forme très-irrégulière, projette, dans diverses directions, de grands avancements que terminent le cap Romanzov, au nord, le cap Broughton, à l’est, le promontoire de Matsmaï, au sud-ouest, les caps Nosovitzov et Malespina, à l’ouest, et le cap Eyroen, au sud; les principaux enfoncements des côtes sont : au sud la baie du Volcan , à l’ouest celle de Strogonov, et au sud-est celle de Bonne-Espérance.

L'ile de Yéso présente de tous côlés de très-hautes montagnes qui s'élèvent à 8,000 pieds au moins au-dessus du niveau de la mer; elles se couvrent d’une belle verdure et sont couronnées de sapins, de saules, de cyprès, d’ormes et d’autres arbres qui y viennent en abondance; les tussilages et les lis saranes ÿ prospèrent, ce qui indique un climat froid et humide. Il ÿ a beaucoup de plantes sarmenteuses, et les roseaux y ont des dimensions énormes. Parmi les cultures essayées par les Japonais on cile comme ayant réussi le millet, les pois, les fèves, et une espèce d'orge dont les insulaires font un mauvais pain.

Les animaux sont des aigles, trois variétés de faucons, des cerfs, dés ours: on prend ces derniers fort jeunes, les femmes les nourrissent de leur lait et les élèvent comme un chien favori; mais lorsqu'il à atteint un certain développement, on le ren: ferme dans une cage, et tous les soins n’aboutissent qu'à le tüer dès qu’il est assez gras, La famille pleure solennellement la mort de l'animal, ce qui ne l'empêche pas de manger sa chair. Les loutres, les chiens marins et les phoques sont indiqués sous un grand nombre de noms. Les baleines chassent dans les baies et dans les emboüthures des rivières d'immenses essaims de nising, espèce de sardine, et le saumon fourmille au point de pouvoir être pris avec la main. La sangsue de mer est appréciée, et vendue aux Japonais: La lentille marine, le fucus Saccharinus, et vraisemblablement beaucoup d’autres fucus, composent la fourriture ordinaire.

Le sein des montagnes renferme des mines d’or, d'argent et de plomb. Le climat est plus froid que ne l'indique la latitude : depuis le mois de novembre jusqu’en avril, la neige couvre non-seulement les montagnes, mais les plaines et les vallées jusque dans la partie méridionale; le thermomètre centigrade marque souvent 15 degrés au-dessous de zéro. En été l'atmosphère est agitée par des vents violents, et les pluies sont fréquentes. |

On ne voit de terres labourables que sur les bords de la mer, où l’on compte 107 villages d’insulaires montagnards, qui habitent-en dehors du canton de Matsmaï, dont le territoire n’a que.sept lièues d’étendue.

MarsmAï, ou la ville du détroit, est bâtie vers l'extrémité méridionale de l'ile: c’est une forteresse japonaise, inaccessible du côté de la térre. Les autres postes s'étendent par l'ouest jusqu’à la pointe nord. LeS maisons de cette ville sont construites en bois, mais recouvertes de pierres et de plâtre; on se sert de chaux pour blanchir les édifices publics, Il ÿ a, dit-on, un théâtréjäponais et une population de 50,000 âmes: Son commerce est florissant; et son port ëst fréquenté par un assez grand nombre de navires japonais et européens:

Yéso forme, conjointement avec les Kouriles méridionales et là partie sud de Säghalien ; un grand gouvernement sous le commandement d'u général japonais: Les indigènes passent pour tributaires bien qu'ils ne payent point d'impôts.

Selon Krusenstern, les Mo-sin s'appellent eux-mêmes Aïnos: Ces peuples ont la taille plus élevée et le corps plus robuste que les Japonais: une barbe noire trèsépaisse couvre leur visage et sé confond avec une chevelure de même nuañce et un peu crêpue. Le tatouage est commun aux deux sexes ; homimes et femmes $e peignent sur les lèvres diverses figures de fleurs et d'animaux:

Les vêtements des riches sont de toile du Japon où de la Chine; le peuple s'habille d'une éloffe faite avec le fil que l’on tire de l'écorce d’une espèce de saule. Tous portent des pendants d'oreilles; les premiers en argent et les autres en soie de couleurs variées.

Nous avons déjà eu occasion de parler de ce peuple à propos de quelques tribus qui habitent l'ile Tehoka, sous la dépendance de la Chine (page 214). Nous avons peu de chose à dire sur les lois de ce pays. L’adultère y est sévèrement puni; lorsqu'une personne s’est rendue coupable de ce crime, on l’étend par terre, et landis que deux hommes lui tiennent les jambes et les bras, le bourreau, tenant en main une courte massue, recule dix à douze pas en arrière, et, revenant à la Course, il applique sur la tête du patient un coup qui lui brise le crâne. On rapporte qu'il est des endroits où l’on rase la tête ét le corps de la femme adultère, et où l’homme coupable de cette faute n’encourt qu’une amende pécuniaire déterminée par le mari ou par les parents. Mais lorsque c'est la femme qui recherche l’homme, celui-ci a soin

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