CONSOLA TION
. A M, A. Bidault,
Poussant ses longs accords sous la nef arrondie, L'orgue roule, en grondant, ses flots de mélodie ; Le violoncelle pleure et, dans mon cœur serré. Sa plainte se prolonge en cri désespéré.
Des sanglots contenus et des voix de prière Murmurent sourdement alentour de la bière, Où les cierges, plantés aux massifs chandeliers, Se dressent, moines blancs armés en chevaliers.
Le pénétrant parfum que Tencensoir exhale Et qui monte, tordant sa bleuâtre spirale, Réveille votre cher et lointain souvenir, Bois de pins où le vent de la mer vient finir.
Une femme, cambrant sa taille souple et ronde, Indécise, promène un regard à la ronde :
Madone, ou vierge folle au charme décevant.
Elle s'épanouit, fleur de chair, lis vivant.
Sous ses lourds cheveux d*or, une peau diaphane Etale sa pâleur que nul fard ne profane, Et chaque pose accuse, en sa robe à long pli, Une perfection de ce corps accompli.
Beauté, verbe divin, romance sans paroles.
Philtre mystérieux qui guéris et consoles, A ton soleil, vainqueur de la mort et du temps. Germe et fleurit en nous un éternel printemps.
Paysages et Souvenirs,
GIBOULEES
A André Barde,
Des nuages de plomb, silhouettes énormes, Se frôlant, se heurtant, mêlant leurs corps difformes. Troupeau tumultueux, fuyaient sous un ciel bas ; Et le vent d'ouest, pressant encor, bouvier farouche, Leur galop, poursuivait, la menace à la bouche. Ces passants éternels qu'on ne re verrait pas.
Soudain, là-haut, s'ouvrit une ample déchirure, D'où, comme un flot de sang jaillit d'une blessure, Un tourbillon de pluie et de grêle creva :
L'horizon disparut, rayé par l'eau qui tombe ; Ce fut un ouragan et ce fut une trombe.
Mais qu'un instant vit naître et qu'un autre acheva.
Alors, s'introduisant, maraudeur, par la brèche.
Le clair soleil de mars, dardant sa leste flèche.
Répandit la pâleur douce de ses rayons :
Plus d'hiver, plus de nuit, plus d'ombre, plus de brume ;
Dans les champs égayés tout reluit et s'allume,
Ht la lumière court, folle, entre les sillons.
lo Muse et Musette.
Sous le toit que la mousse a vêtu de peluche, En la vieille maison s'éveille un bruit de ruche ; Des enfants curieux tiennent l'huis entr'ouvert. L'enclos, qui reverdit, s'associe à la fête; Les bourgeons, pleins de sève, ont relevé la tête, Et les lichens jaunis prennent des tons d'or vert.
Paysages et Souvenirs. \ i