‹ Muse et musetteChapitre 19 sur 133 · BANLIEUE · texte numérisé non relu

BANLIEUE

Esclave la semaine et libre le dimanche,

Je tâche, en un seul jour, à prendre ma revanche

De six jours de prison.

Aussi, pour prolonger ces brèves saturnales, Je vais, d'un pas alerte, aux heures matinales,

Changer mon horizon.

Fuyant pavé de bois, macadam, murs et grilles. Dédaigneux des bosquets, des ifs et des charmilles.

Des gazons frais tondus.

Je cours au fond des bois où chante le silence. Et, comme un cerf pressé par les chiens, je me lance

Dans les sentiers perdus.

L'étroit chemin se tord, se creuse, se ravine. Rôde, capricieux, de vallon en colline.

Ou se cache en un pli :

Sous le feuillage épais la retraite est profonde ; J'ai cette impression que je suis seul au monde

Et noyé dans l'oubli.

Je m'arrête, fixé dans la même attitude, Et, dès que j'ai goûté ta coupe, ô solitude,

Je voudrais l'épuiser.

Je jouis à sentir parmi la voûte ombreuse, S'infiltrer goutte à goutte une paix endormeuse,

Douce comme un Èaiser.

Mais au bout des sentiers perdus on se retrouve. J'avance, remué de l'angoisse qu'éprouve

La triste nymphe Echo, Quand sa voix d'or redit des couacs de clarinette, Ou des cris, des chansons, scandés par la sonnette

Des marchands de coco ;

Et j'hésite s'il faut que je pleure ou je rie Lorsque j'entends glapir l'orgue de Barbarie,

Cher aux chevaux de bois.

Et qu'en passant devant tonnelles et guinguettes, Je cueille le sourire avenant des grisettes.

Cœurs aux derniers abois.

Ce pendant qu'à d'obscurs regrets je reste en proie, Pourrais-je me mêler à l'éclatante joie

Qui s'étale au soleil ?

Saurais-je sans remords et sans mélancolie.

Savourer la jeunesse et la firaîcheur jolie

D'un visage vermeil?

Paysages et Souvenirs, 27

X-rC faune qui poursuit la faunesse lascive, S'arrange, à son défaut, de la nymphe passive,

Docile à son plaisir ; ^Nlais, épris d'idéal et de rêve, ô poète!

Amoureux moins de corps que de cœur et de tête.

Garde intact ton désir !

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