JOUR DE TOUSSAINT
Nous avons pénétré, rêveurs, dans la forêt Parmi les châtaigniers que dépouille Tautomne, Pour demain, jour des Morts : leur squelette apparaît En son déshabillé funèbre et monotone.
Sur le ciel d*un bleu pur les branchages tordus. Avec leurs ganglions, leurs nœuds, leurs ankyloses, Dessinent largement des gestes éperdus.
Des embrassements fous, des étreintes mal closes.
C'est la mort, ce n'est pas le vent qui fait pleuvoir, Comme pour Danaé, l'or de ces feuilles rousses. Reliques de l'été qu'on ne doit plus revoir, Manteau qui couvrira, l'hiver, les jeunes pousses.
Lentement nous allons sur ce tapis épais Où frémit sous nos pieds un craquement de soie ; Lentement nous allons sans troubler cette paix Où pas un chant d'oiseau ne vient semer sa joie.
Paysages et Souvenirs, 55
Nous demeurons muets, el le silence est tel Que ron entend frôler une feuille qui tombe.
Dans le bois attristé, le Temps, seul immortel, A rautomne expirant creuse, creuse une tombe.
Mais, en dépit du Ciel, nos cœurs battent si fort. Le sang circule à flots si pressés dans nos veines Que nous saurons braver l'hiver, comme la mort. Avec des yeux sans peur et des âmes sereines.