LE RAPPEL DE L'ANNEE
A la fin de cette campagne,
De grands noms manquent à l'appel
2tJ KTUDES LlTTKHAinES.
(Jue notre mémoire accompagne Aii\ chemins étoiles du ciel.
De là-liaut leur gloire scintille Et parle aux cœurs bien préparés, (lomme un père parle à sa lille ; Ce sont des entretiens sacrés.
Faites, disent ces grandes ombres.
Ce que vos pères ont tenté, Ajoutez, retranchez des nombres.
Cherchez l'invisible unité.
Restez courbés sur votre lâche, Redressez-vous dans votre droit ; Que pas un de vous ne soit làclie, L'œil de rélernité vous voit.
Tous ceux que de ses noires ailes.
Avant vous, la mort a touchés, Veillent comme des sentinelles En avant des, camps retranchés.
Ils ont, pour voir en notre monde, Des yeux de lynx qui ne sont plus Aveuglés par le lucre immonde Ou par des besoins superflus.
Ils voient à plein dedans nos âmes, Ils savent ce que nous pensons.
Si nous tramons de viles trames, Si ver - Dieu nous nous élan(,'ons ; Si dans Tamour de nos semblables, L'égoïsme n'est pas caché ; Ils voient aussi Ter dans les sables, Et Teau filtrer sous le rocher.
Comme au plus creux de la vallée Le blanc muguet se fait sentir*
KTTDES I.ITTKnur.F.S.
Dans une ànie oKscure et voilée,
Ils devinent un bon désir.
Plus de faux semblant qui les tente.
Plus d'éclat superficiel !
Comme le fleuve suit sa pente,
Ils vont au mérite réel.
Sur des lauriers ne comptons guéres
Pour les tromper, les éblouir;
De nos cliefs-d\inivre. de nos guerres,
Là-liaut l'éclat se peut ternir.
Au lendemain de nos batailles.
De nos travaux, il faut avoir
Au plus profond de ses entrailles
La conscience du devoir.
Ah ! quel remords au cœur vivare
De penser qu'on est exposé
A rencontrer un jour en face
Celui que l'on aurait lésé.
Dans ce séjour inaccessible
Au dol, au mensonge, à la peur!
L'escrime et le tir à la cible
N'y sont pas garants de l'honneur.
Gagnons ces régions seremes Par des efforts persévérants.
Les héros qui comptent nos peines Sont prêts à nous ouvrir les rangs.
Si, jusqu'au bout de la carrière Nous marchons désignés et forts.
Et si, de la lutte dernière, Nous sortons exempts do remords.
fans ces réflexions d'une teinte un peu grise Mon esprit s'abîmait, et ma vue indécise
28 ETUDES L ITTKI! AIRES.
Se perdait sur un vague et brumeux océan
De brouillards blancs, confins de l'être et du néant.
Après les jours d "été si splendides, Fautomne
Éteignant par degrés sa splendeur monotone.
Passant du vert à l'or et du rouge au.v tons bruns,
Effaçant chaque teinte et noyant les parfums,
Nous arrache à l'aspect de la terre appauvrie,
Ouvre les champs du ciel à notre rêverie,
Et nous fait entrevoir dans un monde meilleur
La verdure éternelle et l'éternelle tleur.
Ne soyons pas longtemps engourdis dans ce rêve :
L'homme laborieux ne connaît pas de trêve ;
Hiver, été, toujours penché sur le sillon,
De l'insecte ou du froid s'il ressent l'aiguillon,
H n'en murmure pas, au travail il sexcite,
Et, l'attelage aidant, la besogne va vite.
De même à l'atelier, l'artiste, l'artisan,
Rivalisent d'efforts -avec le paysan.
L'o'uvre sort du métier, de l'ardente fournaise,
Du cerveau du penseur... La foule juge, pèse,
Accorde son suffrage ou prononce un veto,
Poëte, ne va pas, frileux sous ton manteau,
Te plaindre aux carrefours où ton orgueil s'abuse
Des infidélités fréquentes de la muse.
Allons ! devance l'aube, et, comme un forgeron,
Aux rougeurs de la flamme illumine ton front;
Il faut, le fer au feu, forger à toute outrance.
Battre à coups redoublés l'enclume de la France,
Pour que le monde entier se réveille à ce bruit.
Comme à la voix du coq, et sorte de sa nuit.
Saiiit-Genis-Laval, Il novembre 185'.
ETUDES LITTEli AIRES. 29