‹ Muse juvénileChapitre 13 sur 62 · FIN D'ANNEE ET NOUVEL AN · texte numérisé non relu

FIN D'ANNEE ET NOUVEL AN

Au moment où rannée expire et recoinmence,

Quelque sage devin dira-t-il ce qu'il pense ?

Avons-nous un flambeau pour voir clair en la niiil

De l'avenir qui vient et du présent qui fuit?

Devinez si le ciel est content ou se fàclie

Aux biensqu'il nous prodigue, aux fléaux qu'il nous lâcliel

Jamais plus belle année, en un sein plus vermeil,

Ne reçut et nuirit les baisers du soleil;

Et, d'un autre côté, que de sanglants désastres !

On a vu dans le ciel germer de nouveaux astres,

Dont la douce influence, infiltrée aux sillons,

A des blés ondulés fait jaillir des rayons.

Sur nos coteaux pierreux cette c'ialeur bénigne

A fait rougir la pourpre aux veines de la vigne.

En même temps la mort travaille à sa façon :

Elle fait sa vendange et coupe sa moisson.

L'Inde, qu'après un siècle on croyait engourdie.

Étouffe les Anglais dans un grand incendie ;

Ceux-ci, pour se venger, immolent à leur tour.

Tout espoir de concorde y périt sans retour.

Ailleurs l'assassinat devient périodique,

Dès le début il arme un bras de fanatique,

ici le magistrat constate en frémissant

Des traces de poison ; là, des taches de sang.

De crimes odieux la terre est inondée ;

L'Auvergne de son sein rejette une Médéo,

Veuve ignoble, immolant à son instinct grossier

Ses enfants, pour atteindre au lit d'un sabotier!

La vogue du moment est à la cour d'assises:

ÔO ÉTliriF.S LITT l-P.Air.ES.

i\os théâtres vieillis n'offrent pas les surprises

Ni les émotions de ce drame réel

Où le beau rôle échoit au plus grand criminel.

Les parfums les plus doux s'élèvent de la salle

Quand un public d'élile y flaire le scandale :

L'endroit est bien choisi pour être vue et Aoir ;

On étale une robe, on agite un mouchoir;

La curiosité se suspend aux paroles,

(]omme l'abeille ardente aux lèvres des corolles;

A travers la défense et Taccasation,

On cherche avidement la preuve, le rayon.

Ces plaisirs sont-ils faits pour une âme pudique?

Ah! c'est pousser trop loin l'étude analomique; , En ces raflinements le sens droit se corrompt : Prenons garde! le crime a relevé le front. Dans cette riche année, en misère féconde, Que de calamités ont eflVayé le monde!

Des navires perdus corps et biens, des pays Par des gouffres béants avalés, engloutis ; Eclair avant-coureur dès tremblements de terre! A Mayence, le feu prend à la poudrière ; A Lisbonne, la peste accumule ses morts ; Puisse un vent favorable en préserver nos ports ! Pour avoir dépassé follement leur limite, Les banques d'Amérique ont déclaré faillite, Désarçonné l'Eiu'ope, et, pour des mois entiers, F;!it asseoir la .Misère aux bancs de nos métiers. L'âme du peuple, après ces terribles secousses, A besoin de chansons et tiimages plus douces; Réranger, de Musset, aurai: nt semé de fleurs El brodé le Imceul de no> grandes douleurs. Eux-mêmes ne sont plus ! Qui reprendra leur lyrr N'ont-ils pas emporté le rire et le sourire ! L'esprit gaulois, français, lesjirit fin des aïeux N'est-il pas endormi pour longtemps avec eux ? Qu'une ins|)irati()n de vos tombes s'élève.

KTLIDES LlTTKR.Ur.F.S.

Un coule, une chanson pour prolonger ce rêve Oui, de votre vivant, éveillés, nous bercail, 0 poëtes aimés, Réranger, de Musset !

Je veux pour conjurer les plus noirs maléfices Que la nouvelle année ouvre sous vos auspices ! , Espérons qne sa main de vierge cueillera Deslauriers non moins beaux que ceux du Jurjurn. Relie année 1 il suffit, si lu veux te survivre, U'ime belle action, d'une œuvre (Kart, d'un livre.

l,\on, 50 (li'Cpnil)ro IS.'iT.

Page 1