‹ Muse juvénileChapitre 14 sur 62 · DIVAGATION POÉTIQUE · texte numérisé non relu

DIVAGATION POÉTIQUE

Mon àmc chante un cantique éternel ; Ouand tout est deuil dans les champs et les villi Quand sous les pas il rampe des reptiles. Je tiens mes yeux toujours fixés au ciel.

Que sont pour moi vos passions stupides ! J'ai dans le cœur des élans intrépides, El ma pensée a des ailes d'oiseau ; Elle s'envole au-dessus du tonnerre A des hauteurs d'où notre pauvre terre N'esl plus à l'œil qu'un nid flottant sur l'eau.

Vers les humains s'il me plait de descendre Je vais au faible, el, d'un mouvement tendre. Je le relève à ses yeux, comme fait De son enfant une mère attentive;

32 ÉTUDES LlTTÉUAiaES.

Vous le croyez mourant : je veux qu'il vive Et qu'il ignore le bienfait.

Ah! ce n'est pas sur les beaux équipages, Sur les ballons gondés de vanité, Que mes regards s'attachent au passage : C'est aux haillons, c'est à la pauvreté.

Comme de loin un capitaine

De ses soldats connaît le rang,

Je devine la moindre peine.

Et nul malheur ne m'est indifféronl. *

De l'aspect des douleurs parfois je me repose Dans un regard jeté sur les êtres henreiix. Et je n'appelle pas tels tous ceux qu'on suppose Heureux, mais ceux qui sont aimants et vertueux. Regardez ces piocheurs, ces mineurs ou ces femmes Qui passent jour et nuit l'aiguille dans les trames,

Qui n'ont jamais de mot hâbleur, Et qui font, sans rien dire, une utile b.'sogne ; Je leur baise les niains et les pieds sans vergogne,

Je chauffe à leur foyer mon creur.

J'aime à causer avec un pêcheur sur la berge,

Avec un marinier dans une vieille auberge ;

Ces gens ont des bons mots d'où nait le rire franc;

Vous lisez dans leurs yeux clairs comme la rivière ;

Ne vous y trompez pas : sous rétuflé grossière

Ils ont l'esprit nalif, l'ànie primesautière...

Ce que ne donnent pas ia richesse et le rang.

La verlu niche aussi dans les plus hautes sphères : Jusqu'en vos tourI)illons du monde et des afiaires. Mon œil perçant découvre une bonne action. Ah! ma mu^ie n'est pasuneharaneu^e louve.

Elle aime à relever tout le bien qu'elle trouve Sous la soie et sous le haillon.

Parfois elle se berce aux molles causeries Oui traduisent en mots les vagues rêveries

Qui vous poignent jusqu'au mourir.

Femmes qui suspendez nos âmes à vos lèvres, Philosophes, rêveurs, malades de ces fièvres

Que rinllni seul peut guérir.

(Test un temps de repos, puis je reprends ma course Jusques au fond des bois où se cache la source Des pensers généreux, comme celle de l'ean. Là je guette, j'écoute, et, comme un faon timide. Je tremble au moindre bruit... Qui va là? Ma sylphide,

Ma blanche fée aux pieds d'oiseau.

Chante, chante, ma douce fée, De rArèlluiso et de TAlphée Note les murmures charmants, Emperle mon écrin des notes Dont les merles et les linottes Raillent les soupirs des amants.

L'air est doux, la forêt tressaille.

Le premier bourgeon va s'ouvrir :

Toujours le merle qui me raille!

Son gai sifflet me fait souffrir.

Ah ! brise, sois encor plus douce, Que la violette repousse.

Que j'entende s'épanouir Ces roses qu'à pleine feuillée Jette à la nuit émerveillée w-

Le rossignol divin, doux chantre du plaisir. Mais voit I ma fée envolée Sur un rayon d'azur et d'or ; La forêt par la nuit voilée Dans un calme parfait s'endort.

-,l KTUDES l.lTTKRAiriF.S.

J'entends le craquement des branches C'est le vent, le loup, le blaireau ; Ma soif du merveilleux s'étanche, Je rêve d'un vieux fabliau.

Dans les grands rêves je m'égare; Le ciel allume ses flambeaux, De quels joyaux la nuit se pare !

3Ia raison a besoin d'un phare, 0 Dieu I que tes astres sont beaux !

Dans ce pays bleu des poètes

Je sais de divines retraites.

Des coins d'astres où j'ai pleuré,

Régions hautes et sereines

Où n'atteignent jamais les haines,

Où s'entretient le feu sacré 1

Dans cet asile inviolable,

A tous nos maux impénétrable.

Mon esprit lier s'est retiré.

LE IVrARI

Madame, je le sais, de tout temps on a ri De cet être bénin qu'on appelle mari, Et je ne puis cacher sous des feuilles de lierre Les ramures de cerf dont l'affuble Molière, Molière qui fut le mai i, des mieux nommés. Voilà pounptoi mon cœur les a toujours aimés.

KTUDKS l.ri IKISAllit^.

\'oiis iK" savez donc |kis quel lioi rible iii;irt\ic

Cel liuiiiine de L;éiiie a carlié sous le rire?

Il fut victime aussi. l'ourtaiil nous ne voyous

Sur sou Iront glorieux (|ue d'immortels rayons.

Si les dél'unts pouvaient secouer celle terre

Qui les couvre, et, la nuit, venir avec mystère

Visiter notre monde, à l'heure où Ton s'endort,

Une ombre, s'arrachant au sommeil de la mort,

Reviendrait, ù Molière ! au pied de ta statue

S'agenouiller, et là, de douleur abattue,

Sufl'oquant de sanglots, n'osant lever les yeux.

Faire amende honorable au mari malheureux.

Si vous découvrez là trace d'ignominie.

Est-elle empreinte au front de l'homme de gènit;'.'

Aiu'ait-il devant nous à baisser le regard?

Devons-nous accuser ou 31olière ou Béjart?

Un tel mari suffit pour que toute la race,

Far lui justifiée, à vos yeux trouve grâce.

Ah I n'accusez pas trop les maris... vous savez,

Ou vous ne savez pas tout ce que vous pouvez :

Il dépendrait de vous qu'ils fussent des modèles ;

Vos yeux ont des seciets de les rendre fidèles.

Demandez aux miroirs, sincères confidents,

Si le rire enchanteur ((ui laisse voir vos dents,

Si vos cheveux noués qu'un ca|irice dénoue,

Si la fleur de jeunesse éclose à votre joue,

Si le profil antique el le front de pen.sèur,

Si vos traits où respire une forte douceui',

Votre blancheur qui lutte avec celle des cygnes,

La grâce des contours el l'idéal des lignes

Ne pourraient pas changer vos glacials maris,

Dont il vous plait de rire, en Horaéos épris,

Qui, sans avoir besoin d'entrer par la fenêtre,

Vous aimeraient autant, plus sûrement peut-être.

Oh! quels charmants liens, qu'ils ne sauraient briser,

Vous formeriez d'un mot, d un regard, d'un baiser 1

Il est plus d'un mari dont l'àme en secret brûle,

i: TLDES LITTERAIRES.

Qui n'ose l'avouer, craignant le ridicule.

Un pasteur de seize ans est plus audacieu.K,

Quand, la première fois, blessé par les doux yeu.x

D'une hrune glaneuse, il l'attend, il l'épie,

En s'accusant tout bas, et d'une lèvre impie,

Sollicite, en dépit de ses pleurs simulés,

Un baiser qu'elle cède à l'ombre des grands blés.

C'est que souvent l'épouse est rigoureuse et lîére :

Elle veut que l'époux s'abaisse à la prière.

Qu'il ploie et s'humilie; un mari toutefois

Dans ce chapitre à deux doit maintenir sa voix.

Vénérez le mari tel qu'au moins je le rêve.

Ce n'est pas un Adam fasciné par son Eve.

Un Samson qui s'endort et livre ses cheveux ;

C'est un homme de cœur qui sait dire: Je veux,

Mais qui ne prétend pas forcer l'obéissance,

Assuré que l'amour se rit de la puissance.

C'est la tête et le bras, c'est le fier et le fort;

Dans cette vie à deux, il prend pour lui l'eftort

Et laisse le repos à sa moitié chérie.

Il est le mâle enfin ; quand la femelle crie

Et dénonce un danger, il accourt frémissant,

Prêt à fondre, à lutter, à mêler dans son sang

Le sang de l'ennemi. Quelle ardeur l'aiguillonne !

On dirait un lion qui défend sa lionne.

Mais, après le combat, c'est un enfant soumis;

Qu'a-t-il fait des lauriers ? Voyez I il les a mis

Aux pieds de son épouse... Elle qui le relève,

Lui dit, Irerablanle encor : « INe tirez plus le glaive!

« En des labeurs si grands vos jours sont exposés :

« Si la mort vous allait ravir à mes baisers I »

Mais l'époux lui répond : « Ai-je senti mes peines ?

« La llarame de vos yeux bouillonnait dans mes veines.

Un sage époux prévient de funestes discords,

En ne s'inquiétant que des soins du dehors.

Pendant que la maison, sagement gouvernée

Par l'épouse, est joyeuse et resplendit ornée,

ÉTUDES LlTTliRAlliES. 37

Les sillons remués font reluire- le soc; Où la ronce en rampant s"entrelaçait au roc On voit se balancer une naissante vigne, Qui, rautonine prochain, si la grêle est bénigne. Brunira la colline, et, de ses fruits nouveaux. Rompra la vieille cuve et les jeunes cerveaux. Pendant que, relirée au sein de sa famille, L'épouse, qui se plaii au travail de Taiguille, Dans les coffres brunis, légués par les aïeux, Visite chaque toile et des doigls et des yeux. L'époux, toujours aclif, sur la plaine enflammée, Préside vaillammenl aux labeurs d'une armée, Ou, dans son c^ibinet, d'où le sommeil a fui, Combat avec la plume, autre épée aujourd'hui. Quand viennent les enfants, la mère les allaite; La femme les ébauche et l'homme les complète. Il les sèvre du lait, et, pour chauffer leur cœur. Leur apprend à goùler le vin pur de riioimeur. V^ous riez des maris, et vous êtes chrétiennes! Vous êtes au-dessous même des mœurs paieimes. Les poètes païens ont chanté le mari, Mais tous les vieux respects tour à tour ont péri. Ulysse et Pénélope ont fui votre pensée, El vous vous ennuyez sans doute à lOdyssée. Cependant il est I eau qu'après mille tourments, Retrouvant Pénélope aumiUeu des amants, Ulysse mendiant soit reconnu par elle.

Abatte ses rivaux et l'embrasse fidèle.

Heureux l'étang qui dort et le fer insensible, La neige froide et mate et le gazon des champs !

Ô8 I;ïL[)ES LlTTliRAlRES.

Heureux ceux dunl le cœur n'est pas comme une cible. En butte aux Hèches des méchants I

Heureux l'oiseau qui suit d'une aile prévoyante Les traces du printemps, le zéphyr et les fleurs! Heureux qui, le matin, sagement s'oriente Et fait ainsi les jours meilleurs!

Heureux qui met ^on nid au lond d'une vallée, - Comme le rossignol dans un feuillage épais, Et doucement préfère à l'ardente mêlée L'insouciance de la paix!

Heureux qui se comptait avec sa bien-ainiée Dans une ombre où l'amour jette seul sa lueur, Buvant comme un doux vin son haleine embaumée, Et comme endormi sur son cœur I

Pourvu qu'en son alcôve à tous les bruits bien close Rien ne trouble d'en bas ses amoureux transports : En bas le pauvre souflre, et quelquefois il ose Se faire entendre du dehors.

rÉTE D'UNE JEUNE FILLE

Hier quand je voyais simplement assendjiés Autour de la couchette où dort la jeune tille

KTIDES I.ITTKBAIRES. 5f»

Les présents des amis ef ceux de la famille, J'eU'euillais en esprit fous les bluels des blés;

Entre les lleurs des caps, des continents, des îles, J'aurais vonlu choisir les couleurs, les parfums Pour son front virginal et pour ses cheveux bruns. Mon esprit s'épuisait en désirs inutiles.

Mais dans lombre une voix m'a fiarlé cflle nuit, Qui m'a fait oublier mes rêves de pode; Elle disait: Aux champs, comme au ciel, tout la lèto ; La rose qui s'entrouvre et l'étoile (pii luit,

Les feux où les lueurs dont l'azur étincelle, Les chansons des oiseaux, des ruisseaux et du \enl, Tous les bruits variés qu'elle écoute en rêvant, Tout lleuiit, tout rayonne et tout chante pour elle ;

Car Dieu l'a faite artiste, et tout ce qu'elle entend A des échos en elle, et tout ce qu'elle admire Dans l'ombre de son co-ur vibre comme une lyre. On la voit s'égarer tout le jour méditant;

Dans ses accents naïfs la nature est vivante ; On croit èlie au désert, au bord des lacs dormaiil>; (hi cruit ouïr la voix des rossignols aimants, Quand son riavier frémit et quand son àme clianic.

Page 1