L'ÉVEIL
Dans le bois qui s'effeuille aupiés des Tuilei'ies, Des plumes de colombe et des feuilles llélries
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SVn allaient au hasard, souvenirs oubliés Du printemps (pii s'envole el d'un amour qui passe Le vent parlait, sa voix me dit îoul bas : Ramasse Une plume à tes pieds.
Et quand les douze su'urs sombres et solennelles, S'envolant des clochers, feront vibrer leurs ailes Pans l'air vif à minuit, en ta demeure enclos. Jusqu'à ce que la vilre à l'orient s'allume, Laisse tes vers sans art s'écouler de ta plume Pressés comme des flots.
J'obéis à la voix : la plume vagabonde Laissa pendant la nuit ruisseler comme une onde Ces vers capricieux que je n'ai pas relus : AdieU; vertus du ciel qu'oK nomme surannées; .\mour, Foi, Poésie, ô fleurs trop tôt fanées, Vous n'êtes déjà plus!
Hier, vous fleurissiez... el le fer qui vous brise, Vous livre aux aquilons, au souffle de la brise : Sur le penchant des monts l'œil du rêveur les suit Éparpillés, broyés sous les pas de la foule. Faut-il que toute feuille ici-bas tombe et roule Vers l'éternelle nuit!
L'épanouissement, le printemps fut supeibe : Des arbres vigoureux s'élançaient en pleine herbe. Pourpres de fraîches fleurs et de fruits d'or chargés Les poètes heureux y suspendaient leurs lyres (jui rendaient leurs accords au toucher des zéphires Les temps sont bien changés !
Ces jours dorés et clairs ont passé comme un rêve. Le feuillage et les fruits ont dévoré la sève : Aux rameaux desséchés la lyre pend toujours ;
ET IDES Ll ITERAIRES. 41
Mais si lo vent d'automne en se plaignant l'efl^'ure, Elle rend un son triste et toujours elle pleure Sur d'anciennes amours.
Assez de longs soupirs et de notes plaintives, Dinlimes désespoirs et de larmes fnrtivcs. Vienne plutôt l'Iiiver, charriant les glaçons, Assombrir les douleurs dont la foule se lasse! Pins lard le doux printemps, faisant fondre la glice, Nous rendra les chansons.
0 Muse-, secouez vos ailes engourdies, De vos étroits vallons élancez-vous hardies Sur cette plaine ouverte où siffle la vapeur. Je sais que Thippogriffe à l'haleine enflammée Vomit sur son chemin des torrents de fumée, Et qu'il mugit à faire peur.
Doux anges! vous craignez qu'il ne froisse vos ailes! Mais voyez tous les jours combien de beautés frêles Osent lui confier leurs plus frêles trésors, Leurs enfants, au péril insultant par leur joie, Tous leurs péchés mignons, leurs vêtements de soie. Leurs âmes, leurs beaux corps.
Le monde, sur ces rails, court à la découverte, En un désert nouveau, de quelque oasis verte Où les hommes unis se puissent reposer El boire enfin l'oubli de leur querelle anliciue. Muses, préparez-vous à chanter le cantique Du fraternel baiser 1
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HÊVA
.l'.'ii nHé des tiges écloses On, sons les baisers du zéphyr.
Feuillages verts et boutons roses S't'panouissaient à plaisir;
•l'ai rêvé les nuits attiédies Où montent solennellement Des bois obscurs les mélodies Du rossignol, plaintif amant;
J'ai rêvé : c'était un doux rêve Que Dieu tirait de mon côté, (domine il fit pour Adam une Eve >iée en sa fleur de puberté;
Une Eve des mains de Dieu même.
Souple et vive comme l'oiseau, Kt non [las immobile et blême Comme les filles du ciseau.
En un seul corps toutes les grâces, En deux yeux toutes les douceurs Que recherchent les âmes lasses Des artistes et des penseurs.
Sa chevelure brune ou blonde, De ses longs réseaux déliés, L'enveloppait et, comme une onde Tombait ruisselante à ses pieds.
KTI^DES LITTERAIRES. 45
Jamais eau bleue et transparente, Attirant sur ses bords discrets La nymphe ou la déesse errante.
Ne voila do plus doux attraits.
Sa taille était comme une vigne ; Le sein, frissonnant au toucher, Mêlait ;i la blancheur du cygne La rougeur des lleurs du pêcher.
Ses yeux, rayons de vive flamme, Faiblement voilés par leurs cils.
Perçaient la neige de mon âme, (,kie charmaient de si doux périls.
Pendant que, tout hors de moi-même, .le restais à la contempler, Sa voix murmura : Je vous aime !
Je l'entends encore parler.
Nuls sons humains ne peuvent rendre L'enchantement de cette voix.
Ah ! je ne puis plus vous entendre, Doux rossignols, charmes des bois!
Depuis ce rêve, cher mensonge.
31on âme est fermée au désir ; 0 forme idéale du songe, Pourquoi n"ai-je pu te saisir?
Et d"où vient qu'auprès des plus belles. Qui nie laissent insoucieux.
Mon cœur voudrait avoir des ailes, Afin de s'envoler aux cieux?