A LA POESIE LEGERE DE PRADIER
Muse du chnnt facile el des rhytlimes légers, Ton corps souple varie à Tinfini ses poses; De rétroit brodequin tes beaux pieds dégagés Foulent comme au hasard les lauriers et les roses ;
Sùus le poids des cheveux et des fleurs en faisceau, Ton front penche en arrière avec une mollesse Que n'avait pas trouvée encore le ciseau, Et fait ressortir mieux ton profil de déesse.
Ton bras droit s'arrondit et, tout négligemment, Livre une de tes mains au geste de la danse, Cependant cpie sa sœur caresse l'instrument Dont les sept cordes d'or attendent en silence.
Laissant à l'abandon, à peine retenus, Flotter ses mille plis sur ses blanches épaules, Ton voile aux yeux ardents étale tes seins nus, Et la taille el les reins sveltes comme les saules.
Quelle grâce puissante el quelle puberté! Les fruits les plus vermeils, les raisins et la pèche N'ont pas, une fois mùi s, cet éclat velouté ; L'agneau bondit moins vif au sortir de la crèche.
Dis-moi, fille de l'air, es-tu née un matin, Comme le lis d'argent et la rose pourprée,
ÉTIDES LlTTl.I'.Air.F.S. 45
Sans ([lie nul œil n'ait pu, dans l'anlre du deslin, Surprendre jour pai' jour ta grâce éiab rée?
Qui le saura jamais? Pareille à ces deux lleurs, Tu te fais une cour d'amants et de poètes; S'il murmure à tes pieds de nombreux querelleurs, C'est que tous te voudraient attirer à leurs fêtes.
Rt'sisle, ô belle Muse; entre tous les repas, Choisis ceux où préside une sagesse folle : Ne va point égarer le rhytbme de tes pas Sous les lambris où rampe une lourde parole;
Rappelle où tu seras Tatticisme oublié, Et ne ménage point, rieuse poésie, L'épigramme cuisante au vice pallié, Qui se rengorge, lier, dans son hypocrisie.
Mais, avant de monter sur quelque socle étroit. Descends du piédestal et daigne m'apparaitre ; Viens dans les buis le jour, et la nuit sous mon toit, M'apprendre en un baiser le secret de ton maître.