PAUL
Paysan, paysan, vous calculez toujours.
TRl.NK.
Le ciel calcule bien le nombre de nos jours.
PADL.
Combien d'heures, hèlasl s'en vont d;u!S la grande ombre Dont l'homme inoccupé ne connaît pas le nombre ! Le fermier, chaque soir, viendrait dire : Comptons, Comme fait un berger rappelant ses moutons, Qu'il s'en trouverait peu par le travail marquées. Le loup prend les brebis qui ne sont point parquées. Les heures de l'oisif sont en proie au malin Qui dévore la vie et hâte son déclin.
Puisque le temps est court, que les roses sont brèves, II ne faut point nous perdre en inutiles rêves ;
ÉTUDES LlTTER.\lHi:S.
J'ai des regrets cuisants dons la vie, et j'ai peur De ne point faire assez pour un homme de cœur ; Finissons-en, je rêve et je chante pour vivre; Si j'ai quelque loisir, j'essaye à faire un livre.
Vous gagnez voire vie à fan^e des chansons Et des écrits; ma foi 1 si j'avais des garçons, Je ne leur mettrais point cet outil dans la lète. C'est là ce qu'on appelle en français un poëte! Je n'en connaissais point, et c'est vous le premier ; On vous a fait choisir un drôle de métier ; Voyons, bon an, mal an, combien cela rapporte?
Je suis au pied du mur, la question est forte; Tierce, quarte, d'aplomb, sauvez le point d'honneur! La botte est bien portée, et j'ai la pointe au cœur.
Là-dessus, Paul s'arrête, et boit deux fois son verre. D'un air demi-chagrin, comme pour se distraire, Grommelle entre ses dents, sur la table de bois, En fredonnant un air, tambourine des doigts, Et reprend :
Eh ! Gretchen, apporte-moi la plumej Je sens que le doux piot dans ma cervelle écume Et j'ai versifié quelque chose pour toi: Ces messieurs jugeront si c'est de bon aloi; Je vois leurs yeux ouverts ainsi que leurs oreilles Et leurs bouches bayer largement aux corneilles.
Or, pendant l'entretien que je viens de citer, Des passants curieux, entrés pour écouter.
Binaient tranquillement sur les tables voisines; La servante cachait ses couleurs purpurines Entre ses jolis doigts et sous son tablier; La maman parlait haut avec un charretier, Une vieille pratique et vieille connaissance. Paul impatienté réclama le silence ; Grelchen ou plutôt Rose, on l'appelait ainsi, Apporte le papier par l'air du lieu noirci, Le tesson qui servait aux buveurs d'écritoire Et la plume taillée en pinceau de grimoire ; Puis, les verres choqués, dans un large unisson, Ayant fait le prélude, on ouït la chanson :