LA FILLE DU CABARET
Fichu croisé, simple chemise, De toile rousse, à grain serré, Jupon rayé, voilà sa mise, Et bonnet rond, à peine ouvré ; Pendant que l'on boit elle file, Elle fait chanter son rouet.
Et chacun vient voir à la file La fille du cabaret. {Bis.)
Dès le matin elle balaye De la cave jusqu'au grenier ; Le buveur qui la voit s'égaye Comme au regard de son rosier ; Elle est gentille, elle est accorte; On boit le double de clairet, Quand c'est elle qui vous l'apporte, La fille du cabaret. (Bis.)
in'UDES LITTLliÂlUES.
TuuL buveur e^t son camarade Jusqu'à deux doigls de son corset; Aussi volontiers qu'une o?.illade Elle vous aligne un soufflet.
Parfois, son bras sert de béquille, Maint vieillard sans elle choirait; C'est qu'elle est une bonne fille, La fille du cabaret. {Bis.)
Sa mère, une grosse gaillarde A qui l'on sait plus d'un galant.
D'un clin d'œil en dessous la garde Et surveille son corset blanc ; Franc buveur dit tout en goguette, Craignez plutôt ce beau discret Qui voudrait tenir en cachette La fille du cabaret. [Bis.)
Rose, soyez modeste et sage, N'imitez point votre maman!
Respectez- la, car à son âge On revient de l'égarement ; Croyez à son expérience, (Du va plus loin qu'on ne voudrait, Quand on est par droit de naissance La fille du cabaret. [Bis.)
Rose est modeste autant que belle, Ne la voyez-vous pas rougir Du moment qu'on a l'œil sur elle?
Rientôt son cœur pourra choisir :
Il faudrait un garçon qui gagne.
Un beau compagnon qui dirait :
Je vais emmener en campagne ' La fille du cabaret. (Bis.)
' Licence que l'auteur a cru pouvoir se permettre «ii faisant parler un compagnon.
ÉTUDES LITTi; nAITiF.?!.
Pendant que Paul chantait, Rose devint cerise, Dans son retranchement sa pudeur était prise " (lomme une jeune biclie entre les chiens courants; Elle avait des sursauts et des frissons errants. D'un bond elle sauta dans la chambre voisine Lorsque le dernier son vibra dans la poitrine Du chanteur applaudi par les buveurs nombreux : On se mit à sa piste; un poursuivant lieureux La ramène confuse et tremlilante au poëte Qui lui donne un baiser d'une lèvre discrète, Et, devant l'auditoire attentif et muet, Par la main la ramène au banc de son rouet. Alors, pour couper court à la plaisanterie, Il fait un commentaire à sa galanterie : Évitez toute atteinte et tout propos blessant, i\e raillez pomt d'abord sur un acte décent. La fleur cueillie au front de cette jeune fdle Est un chaste baiser de tuteur à pupille. Un autre plus heureux, un homme de travail, De ces charmantes dents entr'ouvrira lemail, Lèvera ce fichu croisé par la pudeur, Prendra possession des secrets de son cœur. Ce jour-là, qu'il soit fait une noce superbe! Chacun à sa corbeille apportera sa gerbe : Ustensiles, bijoux, ornements du foyer.
Draps de toile, rideaux, couchette de noyer; Que chacun donne au moins une piécette blanche ! Et, la dot arrondie, en habits du dimanche, De tous les francs buveurs on fait venir le clan, On convoque le ban avec l'arrière-ban.
A la Branche de Houx on fait grande cuisine. Les rôtis sont en broche et prennent la narine. N'ayant point sommeillé depuis la veille au soir, La mariée est close, et devant son miroir Pour la dernière fois se mire jeune tille. Avec empressement on la sert, on l'habille.
On met dans ses cheveux la fleur de l'oranger.
Enfin, elle paraît, chacun de se ranger;
Du fin bout de ses pieds aux cheveux de sa tête,
Elle est blanche, un vrai lis... Voici la maman prête,
Enfin, tout battant neuf le joyeux épouseur.
Ménétrier en tête, on s'achemine en choeur
Au doux bruit du crin crin, vers la cérémonie
Et, sans empêchements, l'alliance est bénie.
Du matin jusqu'au soir, du soir jusqu'au matin
On danse, on boit, on mange, on fait bal et festin,
Le cabaret subit une métamorphose :
C'est un palais de fée, et cette fée est Rose.
Les mariés auront de tous un souvenir.
Le poëte, venu de loin pour les unir,
Suivant l'antique rit chantant l'épithalame.
De ses vers les plus purs couronnera leur flamme.
Puisque la porte est close, entrez par la fenêtre, Mes vers, dont le babil me fera trop connaître, Et rangera mon nom dans les noms importuns. Entrez et nichez-vous où vous trouverez place, Au panier des chiff'ons, aux fentes de la glace. Dans les cheveux pleins de parfums !
Entrez ! et n'allez pas distraire une seconde Cette grande pensée où se remue un monde. Ne soyez pas mutins, bruyants ni querelleurs. Voulez- vous un instant reposer ses prunelles?
ETUDES LITTI'RAIRES.
Mes moineaux francs ! il faut lisser un peu vos ailes, Vous faire doux comme des fleurs.
Ah ! vous êtes heureux d'échanger ma retraite Contre ce sanctuaire interdit au poète, Dussiez- vous n'y passer qu'une heure et puis mourir ! Pendant que votre père, aux bois, près de l'eau vive, S'en ira demander au printemps qui s'avive, Ce qui fait les portes s'ouvrir.