‹ Muse juvénileChapitre 32 sur 62 · A S. DUPONT · texte numérisé non relu

A S. DUPONT

ie vais t'écrire en vers, et déjà le bon seils Dort au bruit de la rime en mes vers languissants. Que te dirai-je ? Hélas ! l'écho de la Voulzie S'entretient rarement avec ma poésie.

' Allu^iuii it une toalUiuii de tliarpeuticr; qui eut lieu u telle époque.

ÉTUDES LITTEKAIUES. 55

Naguère la feuillée, un air calme et plus doux,

Favorisaient encor leurs cliasles rendez-vous;

Les saules maintenant pleurent leur vert feuillage.

Comme l'oiseau frileux qui suspend son ramage,

Ma muse attend aussi les beaux jours pour chanter.

Oh! quand reviendront-ils? Je me sens attrister.

Ressusciterez-vous pour moi, charmantes heures

Qui m"avez vu si riche en de pauvres demeures,

Riche de sentiments, riche d'illusions?

N'étions-nous pas heureux, dis-moi, quand nous causions

De nos premiers espoirs, promesses avortées.

Comme des fleurs de mars, pour s'être trop hâtées ?

L'absence n'avait pas élargi ce lien

Qui fait de l'un pour l'autre un mutuel soutien.

Que nous avions à deux de bonheur I Les pleurs même

Semblent doux, essuyés par une main qu'on aime.

Mon frère, où donc es-tu ? je suis las d'être seul.

Aux bords où le platane, où l'orme, où le tilleul,

Si tristes maintenant, effeuillent dans le Rhône

Les débris jaunissants de leur paie couronne,

Je crois errer encore avec toi, quand le soir

Nous arrachait tous deux à l'ennui du comptoir.

Sur de riches tissus, fatigantes merveilles,

Tes yeux s'étaient lassés, et mes pauvres oreilles

Tintaient au bruit railleur que fait sonner l'argent

Quand il s'empile aux yeux d'un commis indigent.

Nous avions traversé bien vite cette place,

Ce forum de Lyon, où la foule qui passe,

Le gaz, le bruit des chars, tout rappelle Paris,

Où le vice doré coudoie avec mépris

La probité modeste, où la fille de joie.

Cette araignée immonde, étend ses lacs de soie.

Nous étions près du llliône, aspirant cet air pur

Qui des Alpes descend avec ses flots d'azur !

A nos pieds bouillonnait l'eau du fleuve : aux temps sombres

lïlle nous rappelait le fleuve noir des ombres;

(Juaiitl les deux ii'élaieiilplus de images voilés, On eût dit qu'ils coulaient dans ces flots étoiles, Et, quand l'astre des nuits y projetait ses flammes, Ils nous semblaient rouler de ces brillantes trames D'argent fin et d'or pur que Lyon, tous les jours, Tisse pour l'ornement des fastueuses cours. Quel aspect grandiose et quelle perspective Enchantaient nos regards de l'une à l'autre rive ! Les maisons de marchands qui bordent la cité, Réfléchissant aux yeux ce rayon argenté, Brillaient de tout l'éclat du marbre de Carrare : On eût dit des palais de Venise ou Ferrare. ( Tu sais que Josepli deux traitait de roitelets Nos marchands de Lyon, hôtes de ces palais. ) A l'autre bord des flols se découvraient des plaines Que la lune baignait de ses clartés sereines ; Au lointain les rayons de son disque tremblant, En mourant, effleuraient les neiges du mont Blanc.

Et d'admiration nos lèvres étaient closes.

Ou de ce sentiment les paroles écloses

Etaient de ces beaux traits, dans le transport lancés,

Que la plume et la voix n'ont jamais retracés.

Nous ne raisonnions pas ; dans notre humble ignorance,

Nous aimions, et l'amour est plus que la science.

Notre amour s'élevait jusques à son auteur,

Et, quand il s'abaissait d'une telle hauteur,

Nous l'exercions sur nous ; d'une ardeur mutuelle

Tous les deux nous luttions d'amitié fralerneile,

Et c'était dans la lutte à qui sacrifierait

A cet amour si pur l'orgueil ou l'intérêt.

De ce beau sentiment les généreuses flammes

Sans s'éteindre, à grands flots, débordaient de nos âmes;

Nos cœurs faisaient autant de haltes que nos pas :

Halte sur celte place où ne rougissent pas,

Que dis-je! où sont tout fiers de leur noble roture

ÉTUDES LiTTEKAUiES.

Des parents dont le front nVut jamais de souillure ; Halle encor sur ce quai d'où nous apercevions La fenêtre où, bien tard, de vacillants rayons Nous disaient qu'une sœur, Fange de la famille, Pour vivre s'épuisait à des travaux d'aiguille. A ce moment le ciel quelquefois l'inspirait, Elle nous sentait là, sa fenêtre s'ouvrait. Elle criait : Adieu! Nous répondions : Courage! Et, plus forte, elle allait reprendre son ouvrage.

L'heure nous rappelait au paternel foyer. (Jue nous étions heureux quand venait l'égayer Un père bien-aimé dont la fréquente absence rs'ous faisait vivement désirer la présence! Les cahots de la roule, et les mauvaises nuits. Elles temps orageux, et mille autres einiuis, Avaient exténué son corps; mais dans son âme 11 puisait pour ses maux un souverain dictame : La gaieté... Je le vois, assis entre nous deux. Déroulant l'écheveau de ses récits joyeux, Fumant, et nous payant par de larges bouffées Nos approbations de rires étouffées.

Il oubliait au sein de nos épancliements Les fatigues du corps et les secrets tourments Auxquels son âme était incessamment en proie. L'aspect de ses enfants lui causait tant de joie. Qu'il fallait, le voyant sommeiller à demi. Lui dire : De longtemps vous n'avez pas dormi, Vous devez être las, reposez-vous, boa père; Que, pour le décider à clore sa paupière, Il fallait d'un baiser appeler sur ses yeux L'essaim trop fugitif des songes gracieux...

Vive le souvenir!... pour moi je le compare .\u vin plus précieux d'autant qu'il est plus rare, Que l'œil du maitre seul découvre en son cellier.

Au convive ordinaire il Ta fait oublier,

Se réservant de boire, en un doux tète-à-tête

Avec un vieil ami, son vin de la Comète.

Le vieil arni, c'est toi, quoique bien jeune encor.

Couronnons-nous de fleurs, et, dans des coupes d'or...

J'oubliais que chez nous, par des arrêts sévères,

L'or fut toujours banni. Donc! emplissons nos verres.

Le vin dur de ma tonne a dû se mitiger,

Le temps Ta fait vieillir, je l'ai fait voyager ;

Quand l'amitié d'ailleurs est juge en poésie,

Elle trouve au Surène un goût de Malvoisie.

Novembre 1842.

ÉGLÔGUE

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