‹ Muse juvénileChapitre 36 sur 62 · SUR LA MORT DE MADAME A. C · texte numérisé non relu

SUR LA MORT DE MADAME A. C

L'ombre qui se répand sur le front des mourantes, Les plaintes, les regrets, les soupirs, les aveux, Les paroles dadieu, tristes, incohérentes. Que l'agonie arrache aux lèvres expirantes. Les sueurs de la mort qui glacent leurs cheveux.

Quand par la maladie elles sont abattues,

Leurs yeux ternes, leurs doigts convulsifs et serrés.

Même avant qu'elles soient du linceul revêtues

110 ÉTUDES LlTTEUAlRIiS.

Leur pâleur qui les fait ressembler aux statues, Couslernent les vivants et leur disent : Pleurez ! .,,

Surtout quand la mourante, à son printemps ravie, Voyait ses jours éclore avec sérénité, Assise à ce banquet où Thymen vous convie, Vous offrant d'une main les roses de la vie, De Tautre, les fruits mûrs de la maternité;

Quand l'époux étant là, prés de Tenfant qui pleure,

On ne peut distinguer le plus faible des deux.

Et lorsqu'ils semblent croire, avant qu'elle ne meure,

(Ju'à force de sanglots ils différeront l'heure

Où tout ce qu'ils aimaient doit s'éteindre pour eux.

C'est ainsi qu'elle est morte, hélas ! et nul dictame N'aurait pu la sauver ; on a tout dépensé, L'or, les soins et les pleurs ; ô pauvre jeune femme ! On n'a pu retenir sur ses lèvres son âme : Elle est morte ; sitôt ! Qui donc l'aurait pensé,

A la voir souriante, et fraîche épanouie, Et pareille au grand lis qui s'est tenu fermé Tant que grondait l'orage et que tombait la pluie. Dont le voile d'argent, quand le soleil l'essuie, Secoue un doux parfum sur le sol embaumé.

Elle avait la beauté qu'on ne saurait décrire, Parce qu'elle n'est pas toute à l'extérieur, Et que, pour la comprendre, il faudrait savoir lire A travers le regard, à travers le sourire, Jusque dans l'ombre même où s'abrite le cœur.

Elle avait cet esprit qui donne aux causeries

Un tour simple et naïf, un attrait innocent,

Et ses doux entretiens plaisaient sans moqueries;

ETUnES LlTTF.r.AIRES. 111

Elle ne cachait pas sous les roses lleuries Ces aiguillons cruels qui tonl jaillir le sang.

On la voyait partout, son fils marchant prés d'elle, Tantôt la devançant, tantôt prenant sa main ; Il paraissait tout lier à l'ombre maternelle : Ainsi bondit le faon d'une jeune gazelle Qu'un plomb mortel attend au détour du chemin.

Aussi comme il pleurait sur le corps de sa niére, A l'heure où, l'étreignant sans vie et refroidi, Il apprenait sitôt qu'ici tout est chimère, Que la plus belle fleur est souvent éphémère, Qu'elle brille une aurore, et tombe avant midi.

La douleur de l'époux était presque insensée, Une de ces douleurs qu'on ne peut soulager. Un ravisseur cruel prenait sa fiancée, Celle qu'idolâtraient son cœur et sa pensée, Il fallait qu'il pleurât au lieu de se venger !

Que rhomme se soumette ou bien qu'il se roidisse,

11 ne peut arrêter la marche du trépas,

Dont les coups sont pareds, qu'on pleure ou qu'on maudisse.

Orphée appelle en vain : Eurydice 1 Eurydice !

Le fleuve seul répond, elle ne revient pas.

Nous jouissons des fleurs dans notre humfcle vallée. Le ciel nous prend les fruits aussitôt qu'ils sont mûrs ; Espérons que celte âme au ciel s'est envolée : L'espoir nait des tombeaux, comme la giroflée Croit et s'épanouit aux^ fentes des vieux murs.

0 pauvres désolés, vous dont l'âme succombe. Enfant sans mère, époux sans épouse, écoulez! Un jour on a surpris deux anges sur sa tombe.

Et l'on a vu dans Tair une blanche colombe Qui s'est perdue au sein des divines clartés.

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