LE JUIF ERRANT
P nOLOGUE,
La goutte de rosée à la pointe de l'herbe
Reflète le soleil, les épis dans la gerbe
Recèlent des trésors formés par les rayons
Dont l'ardeur fécondante a jauni les sillons;
Et le cerveau de l'homme en ses petites cases,
S'il s'allume au foyer des célestes extases,
Conçoit, couve, mûrit et fait éclore au jour
L'œuvre d'art, fruit doré par les feux de l'amour.
Sur le chaume le grain, sur le pommier la pomme
Sont moins beaux que le fruit né du cerveau de l'homme.
Un enfant se promène, un jour que le soleil
Sur la création tend son réseau vermeil ;
Baigné dans la lumière, il voit et s'extasie;
Il hume à pleins poumons l'art et la poésie.
Des objets animés qui frappent ses regards
Montent à son cerveau les fluides épars :
Ils l'iltrent dans son sang, et jusqu'à sa jeune âme
.Apportent l'aliment de la céleste flamme.
Aussi le vovez-vous dans la nuit sommeiller?
L'ange des visions est à son oreiller ;
Sous ses tempes de marbre un monde abstrait fermente :
Sa pensée est éclose et déjà le tourmente.
Des soupirs prolongeant la l'espiration
Trahissent les combats de l'inspiration ;
Il sent sur ses cheveux la baguette des fées ;
Son rêve se traduit en notes étouffées ;
Il se lève géant, et s'élance à grands pas.
Somnambule éveillé, vous ne le suivrez pas :
II grimpe, s'accrochant à quelque noire goule,
Sur la flèche gothique, et de là voit la foule
Aller, venir, grouiller comme noires fourmis;
Il n'y distingue plus les parents, les amis :
11 plane dans l'éther ; d'un coup d'aile sublime
Il irait disputer aux aigles une cime^
Il prend un bain de neige aux flancs bleus du glacier,
Et s'y trempe bouillant comme un outil d'acier.
Du cheval de Roland ou du fougueux Pégase
Dépassant le galop au vol de son extase.
Il va jusqu'à la source où se forment les eaux,
Les tempêtes, la foudre, où meurent les oiseaux;
Et soudain s'abaissant des sommets aux collines,
Il revient par degrés aux modestes ravines,
Vers l'humble cheminée où son repas frugal
A son grand appétit oftre un joyeux régal.
Telle, ayant dépassé l'aire où sont les nuages,
L'alouette s'abat, étages par étages,
Jusques au sillon d'or qui lui donne le blé.
Tel redescend l'artiste après s'être envolé ;
D prend la nourriture à son corps nécessaire,
Puis s'incline au travail pour gagner son salaire.
Car le plus grand artiste est encore ouvrier.
Seulement le génie ennoblit le métier.
Ne vous arrêtez pas, d'un regard de myope.
Aux vulgaires détails de son obscure échoppe :
Une table en bois blanc, des liwes, des couleurs,
Une carte, un compas, un verre d'eau, des fleurs !
Les outils, les crayons, Tencre, enfin la matière,
Y sont les instruments d'où jaillit la lumière.
Une vive pensée allume le fourneau ;
Il en jaillit réclair, le chef-d'œuvre nouveau.
L'œuvre de la nature éternellement belle
Aux yeux émerveillés change et se renouvelle,
L'artiste reproduit ces divers changements
Et mêle à ces beautés l'or de ses sentiments.
I! ftùt durer par là de rapides images
Qui s'évanouissaient ; les flots et les nuages,
Les nuances de l'air, les couleurs des saisons.
Les feuillages des bois, les lointains horizons,
La verdure des prés qui varie à toute heure,
Les plans que l'ombre estompe ou que le jour effleure ;
L'artiste fait revivre, anime et rend plus grands
Des tableaux qui, sans lui, seraient indifl'érents.
Il ordonne le groupe, il arrête la pose.
Il imprime l'élan, il combine, il compose :
La nature est le fond ; ruminant ou bêlant,
Avance le troupeau; l'homme est au premier plan.
Méditant, défrichant la terre ou la science :
Son cœur cède à l'amour ou poursuit sa vengeance.
L'homme dans le visage a la mobilité ,
Chacun des traits exprime ou malice ou bonté ;
C'est le beau, c'est le laid, et la femme, quel thème!
Caméléon divin, plus on va, plus on l'aime.
Ignorante, elle apprend à qui lit dans ses yeux
3Iille secrets du cœur profonds, mystérieux.
Qui de l'artiste obscur non moins ignorant qu'elle
Font un devin sublime en qui Dieu se révèle.
Celui qui de cette œuvre a conçu le dessein
Et de ses rêves d'or éparpillé l'essaim
Dans ce fouillis vivant d'art et de fantaisie
Où le suit pas à pas, de loin, ma poésie.
Celui-là jeune encore, et déjà des premiers.
Marche et serre de près ses joyeux devanciers.
Géants du moyen âge et de la renaissance,
Dont chaque nouveau siècle atteste la puissance,
Albert Durer, Cranach, Rubens, Rembrandt, Callol!
Au ciel profond de Fart un nouvel astre éclôt...
Qu'il épande une douce et paisible lumière
Sur notre nation de ses armes si fière !
La gueiTe au nom du droit est un fait glorieux ;
Les triomphes de l'art attristent moins les yeux;
lis coûtent moins de sang : pourtant, quand l'œuvre existe.
On peut dire : C'est l'âme et le sang de l'artiste.
Lorsque Jésus gravissait le Calvaire,
Plus accablé des crimes de la terre
Que de sa croix, sur un modeste seuil
11 voit un Juif qui donnait son coup d'oeil
A ce spectacle, et semblait s'y complaire.
Or la légende en fait un cordonnier.
Jésus succombe et veut l'apitoyer :
« Que sur ton seuil au moins je me repose! »
Soit dureté, peur, ou toute autre cause,
Le Juif refuse... il va bien l'expier!
Jésus se tourne, et, de son beau visage,
Dont le soleil n'est qu'une pâle image,
Éblouissant le cortège atterré.
Il dit au Juif d'un air transfiguré :
« Tu vas partir pour un lointain voyage ;
a Quitte les tiens, passe les monts, les mers,
« Sans t'arrèter, des cités aux déserts,
« En nul endroit, pas même dans la tombe...
tf Quand je t'implore, il faut que je succombe ! « Tu vas servir d'exemple à l'univers.
« Traînant partout le poids de ma sentence, u Tu rêveras la mort, ta délivrance, « Et ne mourras qu'au jugement dernier! » On montre au doigt le pauvre cordonnier. Juges, bourreaux, soldais et vile engeance, Petits et grands, vulgaires curieux.
Arrivés là pour repaître leurs yeux, Ont pressenti la justice infinie :
De ses amis le groupe le renie, Les plus cruels sont déjà soucieux
11 est parti par la pluie et l'orage.
Sa barbe blanche atteste son grand âge ;
A chaque siècle on dit qu'il rajeunit.
Sa marche est longue, et jamais ne finit;
11 n'use pas son bâton de voyage.
.\ux carrefours des rustiques chemins,
Des clous aux pieds et des clous dans les mains.
Le flanc saignant et le front ceint d'épines,
Le Christ lui dit : « 11 faut que tu chemines
« Tant que les jours auront des lendemains. »
Sur la hauteur, une flèche gothique.
Emblème saint du culte catholique.
Donne l'éveil à son cœur endurci ; Sa face pâle exprime un noir souci :
On voit briller, sous sa paupière oblique.
us ETUDES LITTERAIRES.
Comme un saphir son œil incandescent ; Sa lèvre mince est comme un trait de sang ; Son nez s'aiguise en dure silhouette; Chauve et tout blanc, son crâne de squelette Monte à la nuque et vers le front descend.
Quant à Thabit : chausses à la marine, Manteau qui tombe et jupe florentine En grosse laine, et sans linge dessous. Dans un vieux sac il a toujours cinq sous. L'accoutrement encadre bien la raine.
. On Ta nommé dans différents pays : Cartophilus, Ahasvérus ; depuis, C'est Isaac Laquedem ; nos villages Portent ce nom écrit sur des images Où d'Épinal brille le coloris.
Or, sur le soir, il arrive à Bruxelles ; Un fleuve, accru du fïot noir des ruelles. Emplit la place; oisons et curieux Devant sa barbe écarquillent leurs yeux; Car elle est ample et remémore celles Qu'avaient Moïse, Abraham, Aaron.
Un âne passe et la prend, sans affront, Pour foin en botte, et la broute de même. Le Juif errant sous cette barbe est blême, Et ses yeux gris semblent trouer son front.
Ladite barbe est épaisse, mêlée,
Et qui plus est par les Parques filée ;
On en ferait des voiles de vaisseaux, A traverser dix fois les grandes eaux.
Tous les cent ans, rêvez-la décuplée, Comptez les poils, ajoutez-les entre eux, Et vous pouvez escalader les cieux :
Tous les cent ans, vous avez dix échelles!.. Mais revenons au plus vite à Bruxelles, Où les bourgeois sont émus et joyeux.
Les Pays-Bas sortaient de grande peine;
L'oppression semblait déjà lointaine :
A flots pourtant le sang avait coulé,
Les factions avaient tout désolé.
On respirait, on oubliait la gêne;
Le Juif-Errant reçut un bon accueil.
Les plus petits le voyaient d'un bon œil ;
Tous les archers se rangeaient : un notable,
Le dos phé, lui dit : « Voyez la table ;
« La bière est fraîche, il faut passer le seuil. »
Or il conta sa lamentable histoire :
Le fil des temps, roulé dans sa mémoire, Se dévida comme sur un fuseau.
Et son récit, planant à vol d'oiseau, Des temps passés éclairait la nuit noire. Tous récoutaient avec recueillement; Comme l'aiguille attirée à l'aimant, A son discours l'attention s'attache.
Mais sur son front apparaît une tache : Le sang du Christ, visible châtiment!
Chaque journée à son expérience
Ajoute un fait : c'est un puits de science.
Historien sans amour et sans fiel,
Seul Yéridique, étant si peu mortel,
On ne peut pas acheter son silence.
Il ne sait rien flatter ni ménager,
11 a tout vu, tout entendu juger ;
Sa voix fait loi devant la multitude.
N'étant pas douce et n'étant pas trop rude;
Et, quand tout change, il ne peut pas changer.
A ses récits la foule s'intéresse.
Les brocs vidés, on rappelle l'hôtesse ; Au beau moment voilà qu'il va partir ! Le flot joyeux l'empêche de sortir.
Maint bon bourgeois autour de lui s'empresse : « La bière est fraîche et vous aurez un lit « Où de vos maux vous trouverez l'oubli; « Reposez-vous après tant de fatigue. » ^ La Bruxelloise au Bruxellois se ligue.
11 faut partir, son destin s'accomplit.
11 chemina vers les Vosges altières, Dont le flanc porte et nourrit sept rivières Qui vont de là, coulant jusques au Rhin,. Au Rhône bleu, jusques au flot marin.
11 vit leur source au sein des fondrières, Et visita maint donjon féodal, Flanqué de tours, dominant, colossal.
Les noirs sapins qui revêtent les pentes...
Sol qui s'éboule, herbes, mousses glissantes. Rien n'interrompt son pas toujours égal.
Les ponts-levis devant lui s'abaissèrent ; Et si les tours d'armes se hérissèrent, S'il rencontra quelques gens inquiets.
Devant sa barbe ils restèrent muets.
A son aspect, les piques s'inclinèrent.
Tous écoutaient avec componction Ses beaux récits touchant la passion.
La châtelaine a prolongé sa veille Sans plus broder, jusqu'à l'aube vermeille ; Les sanglots seuls coupent l'attention.
Il s'arrachait de force à ces hommages Pour s'en aller comme font les nuages Au moindre souffle, et, jusque sur les eaux. Devant ses yeux flottaient mille tableaux Accusateurs, de lugubres images ; Jésus, courbé sous sa pesante croix, Se retournant, lui dit comme autrefois : « De votre seuil que je touche la pierre ! » Le Juif errant fait un pas en arrière, Il reconnaît et la face et la voix.
II entre un soir seul dans un cimetière. Le deuil est fait dans la nature entière, Et les flambeaux célestes sont éteints.
Là sont les morts... pour eux plus de matins, Et chaque jour t'apporte sa lumière!
122 ÉTDDES LITTÉRAIRES.
Leurs ossements, prompts à se détacher, Tombent en poudre, ont hâte de sécher, Et dans tes os brûlent des flammes vives!... Malgré la mort, il faudra que tu vives : Sa grande faux ne saurait tébrécher.
Entends le glas qui .sonne l'agonie
De ces humains ; lear besogne est finie ;
Dans un sommeil doux et réparateur,
Chacun d'entre eus attend le Rédempteur.
La cloche en l'air te jette une ironie :
« Tu ne peux pas te reposer comme eux,
« Ni recevoir de suprêmes adieux ;
« Il faut marcher et parcourir la terre,
« Sans espérer que la froide poussière
« Un jour se mêle à celle des aïeux.»
Soudain les morts, se levant de la tombe,
Autour de lui tournent comme une trombe
En ricanant et lui criant : « Viens donc !
« Pourquoi rester en ce morne abandon?
« Viens avec nous!... » Contre terre il retombe.
Et sur son front pèse le cauchemar.
Il veut moui'ir. Un fantôme blafard,
Le secouant de son bras de squelette.
Met en ses mains son bâton et lui jette
Ces mots cruels : « Va-t'en! il se fait tard, n
VU
Las des cités, des bourgs et des villages. Pour secouer l'ennui de ses voyages
Et la poussière attachée à ses pieds, Passant le Rhin, il va voir les glaciers Dont les sommets sont voilés de nuages. La solitude y rafraîchit le cœur ; Ces grands aspects font sur le voyageur L'impression des choses primitives :
Rochers à pic, neige éternelle, eaux vives, Sapins géants, le glacent de terreur.
En ces déserts où régne le silence, Guillaume Tell rêva l'indépendance.
Là, secouant son joug matériel, L'âme s'envole, et déjà touche au ciel, Plus haut que l'air où l'oiseau se balance ; A l'horizon, quand renaît le soleil, Pour les sommets c'est un rose réveil : Chaque hauteur semble une jeune fille Qui d'améthyste et d'opale s'habille ; C'est la lumière en son grand appareil.
L'aigle, l'élan, les chevreaux, les génisses. Restent pendus au bord des précipices, A s'enivrer de ces aspects divins ; Les amoureux remontent les ravins.
Et cœur à cœur savourent ces délices. Le Juif errant voudrait les contempler.
Un ange tient, prêt à le harceler.
Un glaive en feu ; les beaux sites grimacent. Les hauts sapins et les rochers le chassent : Dans le lointain, voyez-le reculer!
En ces déserts il faut qu'il se repose !
A ses regards la vision s'impose
Du drame immense où Jésus-Christ est mort :
Pour la chasser, il fait un vain effort.
Les monts altiers n'ont plus leui' teinte rose :
Il voit rougir les Alpes au front blanc ;
Le Christ, plié sous sa croix, tout sanglant,
Traîne son corps meurtri par les lanières ;
Sur des chevaux aux flottantes crinières
La garde suit, cortège étincelant.
Près d'un nuage, et sur un fond de neige, Un cordonnier fait contraste au cortège : C'est Laquedem avec son long manteau !
De son échoppe il revoit l'écriteau Et rhurable seuil que sa famille assiège. Pour n'avoir pas accueilli l'homme-Dieu, Le Juif errant se voit sans feu ni lieu ; Tout l'univers assiste à la sentence, Et le maudit, qui l'écoute en silence, Va loin des siens partir, sans dire adieu !
Jusques au ciel s'élèvent, par étages, Tous différents d'aspects, de sexe, d'âges, Des temps passés et des siècles futurs. Des plus connus jusques aux plus obscurs, Tous les martyrs, tous les saints, tous les sages. Enveloppé dans cette vision, Le Juif subit la malédiction.
Un grand éclair a déchiré la nue ; Le jour pâlit... Une force inconnue Imprime au globe une commotion.
Lorsque la pluie inonde la feuillée,
Du frêle oiseau l'aile n'est point mouillée ;
On y voit l'eau comme en perles courir.
En cent combats le Juif ne peut mourir.
Tellement l'àme au corps est chevillée.
Par la frayeur n'étant point retenu,
Dans la mêlée il s'élance tout nu ;
En vain l'on frappe et d'estoc et de taille ;
Hélas ! pour toi le gain de la bataille
Serait la mort... L'instant n'est pas venu.
Qu'il en a vu de guerres effroyables ! On aurait pris ces hommes pour des diables, Qui se battaient pour la religion.
Reconnu Juif, traqué comme un lion, Il défiait les plus impitoyables...
11 eût voulu rencontrer des rivaux.
Lorsqu'il roulait sous les pieds des chevaux, Et que son sang baignait la terre avide, Rien n'ébranlait sa charpente sohde.
Prédestinée à de plus durs travaux.
Depuis les chocs sanglants du moyen âge. De notre globe il a vu le partage Coûter le sang des générations.
Mieux auraient fait ces pauvres nations
De s'entr'aimer ! C'est contraire à l'usage. Nous avons vu la paix fleurir trente ans ! Et nous rêvions éternel ce printemps :
Un czar le veut! La guerre se rallume... Depuis le jour que cette torche fume, Qu'on en vu mourir de combattants!
Fuis cette terre où la guerre vivace
A sa racine en des haines de race ;
Embarque-toi, libre, au plus prochain port;
L'Océan sombre est un grand sphinx qui dort.
Et son secret ne laisse pas de trace.
Sur un navire il faut s'aventurer ;
Le moindre coup le peut faire sombrer.
Le ciel plus bas présage la tempête ;
La vague bout, elle argenté sa crête;
Les goélands viennent de l'effleurer.
Les eaux, longtemps par leur poids retenues,
D'un bond soudain s'élancent jusqu'aux nues ;
A ces hauteurs le navire emporté
Perd sa voilure et tombe démâté.
On apprend là des transes inconnues.
Le capitaine est pâle comme un mort :
Sur sa boussole il ne voit plus le nord ;
Le matelot se voue à la madone ;
Signal d'alarme, un coup de canon tonne ;
Dans la terreur l'équipage se tord .
Femmes, enfants, vieillards, l'homme lui-même, Tendent au ciel bras nus et face blême.
ÉTUDES LITTÉRAIRES. m
Le vaisseau craque^ et tous sont engloutis. Les vagues ont de cruels appétits, Pour dévorer, hélas ! tout ce qu'on aime. Les requins noirs s'ébattent alentour...
Objets chéris, hélas I adieu le jour, Le créptiscule et le blanc clair de lune ! Le Juif échappe à cette rnort commune, Et rOcéan trouve son corps trop lourd.
Le voilà donc sur ces terres nouvelles Où l'espérance a de si jeune ailes !
Monls et forêts y «ont vierges encor; Mais l'homme ira bientôt y chercher i'or : Cliaque rivière en roule des parcelles.
L'ancien chaos, par ses commotions, A tourmenté ces grandes régions.
Là des palmiers montent les fûts célestes ; Il couve là fièvres, poisons et pestes; On s'y rencontre avec les grands lions.
Le Juif errant, arrivant sur ces terres. Voit accourir les jaguars, les panthères, Le tigre jaune : il court au-devant d'eux. Et son œil gris paralyse leurs yeux, Miroirs sanglants, pleins de fauves lumières. Des baboabs, des plus grands végétaux, •
Des aloés durs comme des cristaux Sortent grouillants les serpents à sonnettes. Et les boas dressent leurs plates tètes, Dardant leur langue et traînant leurs anneaux.
Se détachant du sablejd'or des îles Et de la plage, errent des crocodiles, Ambrés, ouvrant leur mâchoire en élaux, Où les dents sont des lames de couteaux. Force impuissante et rages inutiles !
Ce corps est tel, que le fer ni l'acier, Que mille dents ne pourraient le scier. Du Tout-Puissant les volontés exactes Bravent poisons, tempêtes, cataractes...
Il ne mourra qu'au jugement dernier.
xn
Anges du ciel, de vos grandes trompettes Sonnez, sonnez, ranimez les squelettes.
Les ossements, la cendre des tombeaux ! De toutes chairs qui furent des lambeaux, Formez des corps qui porteront leurs têtes. Astres éteints et d'un sang noir tachés. Des cieux profonds tout à coup détachés, Roulez sans ordre et parsemez de lave La terre morte où le pécheur tout hâve Demande grâce et pleure ses péchés.
« Détachez-vous, rochers, de votre base ; « Que votre poids, en roulant, nous écrase ! Dit le pécheur, en proie à ses remords. Auprès de lui, les justes doux et forts Ont l'avant-goût de la céleste extase.
Le Juif errant, arrivant dans ce lieu, N'est plus brûlé par l'invisible feu.
De Josaphat la célèbre vallée,
ÉTUDES LllTEHAlRES. lî>9
De tous les morts des nations comblée, A le frisson... Voilà le Fils de Dieu !
Le Juif errant meurt. Quand il ressuscite, 11 ne sent plus d'aigudlon qui l'excite ; Ses pieds poudreux peuvent se reposer, .Son vieux bâton doit enfin se briser.
Jésus d'un geste à sa droite l'invite.
Lors, un concert d'immense charité S'élève au ciel, par les anges chanté.
Le sang du Christ au front du Juif s'efface. Plus de combats de caste ni de race ! .\lleluia pendant l'éternité.