‹ Muse populaire (volume 2)Chapitre 26 sur 94 · MON ANE · texte numérisé non relu

MON ANE

L'autre jour à cheval sur l'âne , La tète en l'air, je m'en allais Quérir des navets pour ma Jeanne , Serrant la béte des mollets.

Fleurissait au bord de la route , Plein de piquants un gros chardon ; Mon âne l'avise et le broute , Mâchant l'herbe avec le bridon :

Hue donc, mon âne, {bis)

Si je baguenaude en chemin , Mornifflette ! il fera vilain ;

Au retour, dame Jeanne

Me garde un reveis de main.

j ibis)

OE PIERRE Dl'PO:«T. 7i

Vient à passer fleur de bourrique, A longue oreille, à l'œil bleu-noir; Lune brait, d'honneur il se pique, Il est tout aise de la \oir.

Sur ses deux jambes de derrière, En renâclant, il se tient droit :

J'étais bien près de baiser terre, Il s'en fallait juste d'un doigt.

Hue donc, mon âne , (bis)

Si je baguenaude en chemin , MorniOletle! il fera vilain;

Au retour, dame Jeanne

Me garde un revers de main.

) (bis)

Après, lui prend une fringale,

L'àne sentimentalement

Les quatre fers en l'air s'étale

Avec musique et tremblement.

Je criais entre l'âne et terre ,

Comme quand on sr.igne un pourcocu ;

Quand on m'a péché dans l'ornitrc ,

Je buvais à même au ruisseau.

Hue donc , mon âne , (615)

Si je baguenaude en chemin, Mormlllelte! il fera vilain;

Au retour, dame Jeanne

Me garde un revers de main.

Fnfin j'arrive à la verdure,

(bis)

72 CHAOTS ET POÉSIES

De navets j'arrache un arpent, J'en charge à crever ma monture, Nous revenons clopin , dopant.

L'âne, en chemin, tournant la tête Du bout des dents mord au navet :

Un bouchon de houx nous arrête A la porte du cabaret.

Hue donc , mon âne , (bis)

Si je baguenaude en chemin,

Mornifllette! ilfera vilain; Au retour, dame Jeanne Me garde un revers de main.

Je bois, laissant l'autre à la porte.

Quelques brocs avec les amis, Tant que sur l'âne on me rapporte A moitié saoul , à moitié gris.

An retour, jugez la surprise, Plus de navets dans le panier ! Jeanne d'un soufflet me dégrise :

Il en cuit de se marier.

Hue donc, mon âne, (bis)

Si je baguenaude en chemin ,

Wornifflctle! il fera vilain; Au retour, dame Jeanne Me garde un revers de main.

Si l'on sait dans le voisinage Que ma Jeanne m'a souffleté ,

(bis)

DE riF.RRF. r.lTO^T. 75

Au mardi gras, c'est on usage ,

Sur l'àne je serai monté.

Lié d'une corde solide,

CoilTé de deux cornes au front;

Tenant la queue au lieu de bride.

Et tous les enfants nous suivront !

Hue donc, mon àne, Si je baguenaude en chemin , Mornifllette! il fera vilain ;

Au retour, dame Jeanne

Me carde un revers de main.

Ibis)

LE DAULLV BLEU.

Qù donc s'envo'ent vos semaines , Pourquoi, soucieux jardiniers, Ce surcroit de soins et de peines?

Vos jardins sont des ateliers Où vous li??ci des fleurs tiumaines 0 flenrs divines d'autrefois!

Liî cl rose?, fuy?zaux bois; Blucts, pervenclies, violettes Mjosotis, vivez seulettes.

Sous l'œil de Dieu, Ils rêvent le dahlia bleu.

Qu'il faudrait une main savante Pour semer à son gré l'azur Qui des cieux colore la tente.

Se réfléchit dans un flot pur, Et dans mille fleurs nous enchante!

Toute fleur qui nous laisse voir Le bleu du ciel dans son miroir, Bluet, pervenche, violette, Myosotis , éclot seulette Sous l'œil de Dieu :

Ils révent le dahlia bleu.

Autour des walses, des quadrilles, Des rondes et des jeux du soir, Où se pressent les jeunes filles, Rôde un spectre vêtu de noir Qui censure les plus gentilles.

Vous n'êtes rien , frêles beautés, Au prix des rêves enchantés Qui tourbillonnent dans sa této.

Nulle part il ne voit complète

L'œuvre de Dieu, Il rêve le dahlia bleu.

Voyez les rondes les dimanches , Sous les vieux noyers des hameaux !

Ces enfants ou brunes ou blanches Sont les myosotis des eaux Ou les bluets ou les pervenches.

Voyez dans le bal animé

OB PIERHB DIPONT. 7S

Ces enfants qui n'ont pas aimé, Paies comme les \ioIeties, Peut-être au sein de ces fleurette?,

Filles de Dieu, Se cache le dahlia bleu!

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