LA FÊTE DU CURÉ
Dans un modeste presbytère , Un bon pasteur des plus anciens.
Que Dieu laissait encor sur terre Pour faire le bonheur des siens , Disait , chaque année à sa fête , A tout son troupeau réuni :
Mes chers enfants , mon âme est prête A regagner son premier nid.
Pourquoi tromper ceux que l'on aime ? Lui répondaient les paysans j Vous nous dites toujours de même
Tous les ans , Vous nous direz encor de même
Dans dix ans.
Alors il leur contait sa vie.
Qu'il datait déjà de longtemps ; En sa jeunesse poursuivie , 11 avait eu d'affreux instants.
A son arrivée au village.
On avait planté ce noyer Dont le soixantième feuillage Ne laissait pas de l'égayer.
Pourquoi tromper ceux que l'on aime P Lui répondaient les paysans ; Vous nous dites toujours de même
Tous les ans, Vous nous direz encor de même
Dans dix ans.
Enfin, joyeux de leur tendresse,
fJT'/.vorsftas' RIBUOTHECA
100 Cn.l^TS ET POKSir.3
Il disait pour les consoler :
Mes bons amis rien ne me presse , Et j'attendrai pour m'en aller Que les rameaux dont se couronne Le vieux noyer soient reverdis , Puisque parmi vous Dieu me donne Un avant-goût du paradis.
Pourquoi tromper ceux que l'on aime ?
Lui répondaient les paysans ; Vous nous dites toujours de même
Tous les ans, Vous nous direz encor de même
Dans dix ans.
LE Vm DE LA PLANÈTE.
Tout l'été sur la colline ,
En visitant mes raisins ,
Rien qu'à voir leur bonne mine
Je prédisais de bons vins ;
Et la nuit levant la tête
Vers les cieux tout grands ouverts.
J'appelais une comète
Pour dorer mes pampres verts.
DE PIERRE DUPO%T. 101
J'appelais une comète »
La planète vient au pas Faire oublier la comète Dont le vin ne valait pas Le vin de la planète.
Une influence bénigne, Comme je l'avais rêvé, De loin réchauffait la vigne ; Les savants l'ont bien prouvé.
Amis , la vendange est belle ; Ce n'est jamais sans raison Qu'une planète nouvelle Met le nez à l'horizon.
J'appelais une comète , La planète vient au pas Faire oublier la comète , Dont le vin ne valait pas Le vin de la planète.
On dit qu'à notre équilibre Manquait ce monde nouveau ; Là-dessus chacun est libre De tourmenter son cerveau.
Depuis que sur ma vendange A soufflé l'astre clément , Ma tête varie et change D'équilibre à tout moment.
J'appelais une comète.
La planète vient au pas
Faire oublier la comète ,
Dont le vin ne valait pas
Le vin de la planète.
Les tonneaux et les bouteilles, Les pressoirs et les celliers, Laissent la vendange aux treilles; Le bois manque aux tonneliers.
Qu'il est lampant et limpide Ce vin terrible en naissant!
C'est comme un soleil liquide Oui s'allume en votre sang.
J'appelais une comète , La planète vient au pas Faire oublier la comète , Dont le vin ne valait pas Le vin de la planète.
Dieu n'est pas un méchant juge»
Tout en frappant , il sourit j Le lendemain du déluge Le cep de Noé fleurit.
La pluie a noyé les terres; Le soleil a cuit les blés , Mais la vigne emplit nos verres, Buvons à coups redoublés.
J'appelais une comète,
DE PIERRE DUPOI^T.
La planète vient au pas
Faire oublier la comète.
Dont le vin ne valait pas
Le vin de la planète.
Oh ! la bienheureuse année.
En dépit de nos revers , Ma Lisette enluminée Met sa coiffe de travers.
Au lit conjugal fidèle, Le rusé marchand du coin Souffle à minuit sa chandelle, Et laisse dormir son vin.
J'appelais une comète, La planète vient au pas Faire oublier la comète, Dont le vin ne valait pas Le vin de la planète.
Le vin de notre planète Dans mille ans sera cité; Voyez , la vapeur en tête , Cheminer l'humanité; C'est une ère qui commence L'âge fleuri de l'amour.
Qu'on cisèle un verre immense Où chacun boive à son tour.
J'appelais une comète.
104 CKAN'àS ET POÉSIES
La planète vient au pas
Faire oublier la comète.
Dont le vin ne valait pas
Le vin de la planète.