LES TAUREAUX
Voyez paître aux bords des marais Ces taureaux dont les rudes traits,
Le fanon superbe , Attirent plus d'un voyageur Qui les regarde , tout songeur.
Des prés tondre l'herbe.
On voit s'agiter les roseaux Partout où leurs larges naseaux
Soufflent leur haleine ; Leurs yeux ont des reflets sanglants , Leur poil flotte sur leurs fronta blancs
En touffes de laine.
Dans ces taureaux à l'œil de feu, L'Egypte aurait choisi son Dieu.
Pour ses sacrifices , Rome eût pris le plus argenté.
Le plus fier, qui passe en beauté
Les blanches génisses.
DE PIERRK DIPONT. 10 J
Leurs cornes menacent le ciel Et perceraient d'un coup mortel ,
En rase campagne, Le plus vaillant toréador Qui moissonne la gloire et l'or
Aux cirques d'Espagne.
Qu'il vienne à passer par hasard Une génisse au doux regard ,
Vers leur marécage , Ils feront , sauvages amants , Retentir de mugissements
Rivière et pacage.
Restez libres dans le désert , Broutez le pâturage vert ,
Fuyez nos entraves !
Loin des tyrans et des bourreaux , Paissez en liberté , taureaux :
Les bœufs sont esclaves.