‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 18 sur 257 · ET DE LEUR PRÉPARATION · texte numérisé non relu

ET DE LEUR PRÉPARATION

Les augmentations successives que nous venons de constater dans la quantité des espèces de plantes connues ne peuvent être que d’un grand secours à la science qui traite des végétaux ; elles permettent, en multipliant les moyens d’étude, de faire un plus grand nombre de comparaisons et d’établir des méthodes et des classifications sur des bases mieux assises.

Mais la botanique, qui s’occupe des formes, des organes,

de la structure des plantes, n’existerait pas si l’observateur ne pouvait opérer que sur des végétaux vivants. L’impossibilité de maintenir dans un état permanent de fraîcheur les plantes réservées pour l’étude, a fait rechercher les moyens les plus propres à les conserver, de telle façon qu’elles pussent être consultées à loisir par les botanistes. Le dessin et la peinture ne remplissent qu’imparfaitement ce but ; on a donc mis en usage quelques procédés particuliers qui enlèvent, il est vrai, à la plante son éclat et sa fraîcheur, mais qui ont l’avantage de conserver intacts et sa forme et ses organes.

Peu de personnes ignorent qu’on arrive à ce résultat par une opération bien simple qui consiste à étaler avec soin chaque échantillon entre des cahiers de papier non collé, auxquels on fait subir une légère pression et qu’on renouvelle de temps en temps jusqu’à ce que les plantes soient suffisamment sèches. On sait aussi qu’on a donné le nom d 'Herbier à toute collection ou assemblage de plantes desséchées qui peuvent être classées de manière à en faciliter la recherche et l’étude.

Quelques personnes, au lieu du procédé que nous venons d’indiquer, proposent de placer les plantes, lorsqu’elles sont fraîches, entre plusieurs feuilles de papier brouillard et de promener sur ces papiers, avec précaution, un fer chaud, jusqu’à ce que l’humidité soit dissipée ; d’autres les soumet lent, pendant un temps convenable, à la chaleur douce d’un four: mais ces deux modes de dessiccation ont l’inconvénient de noircir les plantes et de les rendre cassantes.

Il y a longtemps qu’on a mis en usage un procédé qui dessèche les plantes et leur conserve, à ce qu’on assure, leur forme et leur couleur naturelle. Il s’agit de les recouvrir d’un sablon fin que l’on expose au soleil ou à une chaleur douce.

Une fois préparés, les échantillons de plantes ne sont malheureusement point à l’abri de la destruction. Plusieurs petits animaux, qui ne ménagent pas davantage les collections

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de zoologie, les bois, les livres, etc., s’attaquent aux plantes sèches. Les parties charnues d'un grand nombre de végétaux, celles plus tendres de quelques autres, offrent un appât à certains insectes dont les larves font des ravages incessants dans les herbiers. L’action de ces petits êtres est puissante, et ce n’est pas sans une peine profonde que le botaniste qui . parcourt ses collections s’aperçoit que des échantillons de plantes souvent très-rares se trouvent complètement réduits en poussière.

Plusieurs moyens ont été indiqués pour remédier à cet in convénient. On a proposé de tuer les larves des insectes en soumettant les paquets de plantes à une température de 75° cent. Mais ce procédé, fort douteux dans ses résultats, ne nous semble pas sans danger pour les plantes, qui ne pourraient que se détériorer par l’action d’une aussi grande chaleur. M. Perrottet, qui a récolté un grand nombre d’échantillons sous les climats brûlants du Sénégal et de l’Inde, employait, pour dessécher ses plantes, une méthode qui lui a donné des résultats satisfaisants. Après avoir placé ses échantillons entre des feuilles de papier comme pour le séchage ordinaire, il les réunissait par petit nombre de manière à former des paquets de peu d’épaisseur, qu'il ficelait et qu’il exposait séparément à l’action directe des rayons solaires. 11 les rentrait le soir, les soumettait, les uns sur les autres , à une légère pression , et recommençait le lendemain jusqu’à ce qu’il eût obtenu la parfaite dessiccation des plantes.

Ce procédé amène-t-il réellement la destruction des insectes et de leurs larves? La chaleur seule du soleil, même des tropiques, suffirait-elle pour produire ce résultat? Nous n’oserions rassurer, quoique les plantes de M. Perrottet nous aient toujours semblé dans un bon état de conservation. Dans tous les cas, le procédé de M. Perrottet, bien préférable à celui qui consiste à employer la chaleur d’un four, nous a paru bon à faire connaître, parce qu’il est plus expéditif que celui dont on se sert communément. 11 dispense, en effet,

pendant que dure îa dessiccation des plantes, de changer le papier qui les renferme, opération fastidieuse et qui occasionne une grande perte de temps, surtout au voyageur botaniste appelé sans cesse à de nouvelles herborisations.

Quelques personnes, pour arriver également à purger les herbiers des insectes qui les rongent, recommandent d’exposer les plantes pendant plusieurs heures à la vapeur du soufre, ou de répandre dans les paquets du camphre pulvérisé, du poivre ou quelque aromate qui éloigne les insectes. D’autres méthodes sont encore indiquées, mais qui ne remplissent leur but que d’une manière imparfaite. Le moyen le plus généralement employé maintenant consiste à imbiber les plantes, lorsqu’elles ont été desséchées, d’une solution alcoolique de sublimé corrosif. Cette préparation est des plus simples, mais l’emploi du sublimé n’est pas sans danger et exige quelques précautions de prudence pour se garantir de son atteinte. Ce procédé est dû à sir J.-E. Smith qui l’a fait connaître en \ 805. 11 eut le premier l’idée d’en faire usage après avoir essayé longtemps et vainement différentes huiles, telles que celles de cajeput, de lavande, etc.

Une collection disposée en herbier et pouvant rassembler des échantillons de plantes de divers pays, susceptibles d’être consultés en tous lieux et à tous les instants, présente les moyens d’étude les plus simples. Peut-être l’état de dessiccation de la plante apporte-t-il quelque difficulté à l’anatomie et à l’analyse minutieuse de certains organes dont l’exiguïté extrême, dans un grand nombre de végétaux, ne se prête déjà qu’avec peine à l’observation, même quand les échantillons sont fraîchement recueillis ; mais, à part cet inconvénient, qui n’en est pas un cependant pour le botaniste exercé, une plante sèche ne perd rien de sa forme et de son aspect général. Ses organes, les différentes parties dont elle se compose occupent encore leur même place comme dans la plante vivante. Par là se conservent les échantillons qui ont servi aux descriptions des auteurs, types invariables offerts sans cesse à l’examen

et à la comparaison ; par là, aussi, se trouvent facilités les dons et échanges de plantes que se font les botanistes et par lesquels s’établit et s’entretient, souvent entre des personnes qui ne se sont jamais vues, le commerce le plus amical et le plus durable. Douce liaison à l’abri des passions des hommes et que viennent bien rarement troubler la jalousie, l’ambition ou F amour-propre!

Des plantes ainsi desséchées, et privées de vie, n’ont aucun charme pour l’homme du monde, étranger à la connaissance des végétaux, mais qu’elles rappellent d’agréables souvenirs à celui qui les a recueillies vivantes, qui les a admirées isolément, qui a pu contempler l’harmonie de leurs masses dans l’ensemble de la végétation 1 Que d’intérêt elles présentent au botaniste lors même qu’il ne les voit que dans l'herbier et encore dégagées de tout prestige ! Mais pour lui l’éclat des fleurs, l’élégance de leurs formes, la suavité de leur odeur ne sont que des agréments accessoires ; il les sacrifie sans peine aux compensations que lui apporte la science qu’il aime. Aucun temps, aucune saison n’enlèvent rien à ses jouissances. Il se plaît au milieu de ces végétaux épars autour de lui et qui n’offrent plus guère aux yeux que des restes flétris et décolorés. Qui ne sait, d’ailleurs, qu’un herbier n’a pas la prétention de reproduire l’aspect d’une végétation animée, et qu’il ne saurait parvenir à conserver aux plantes ni cette fraîcheur qu’elles retirent d’un sol humide, ni ces mille couleurs qu’imprime un soleil chaud aux fleurs éclatantes des tropiques.

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