CYRÉNAÏQUE
SB . Parhô
Un herbier de la Cyrénaïque qui fait partie des collections de M. Delessert nous fournira l’occasion de dire quelques mots sur le malheureux Pachô qui a recueilli ces plantes.
J. -R. Pachô, né en Piémont, était peintre; il avait été s’établir auprès de son frère, négociant en Égypte. Il fit un voyage d’artiste dans la Rasse-Égypte en 1825. 11 désirait faire une excursion dans l’ancienne Cyrénaïque, actuellement Barcah, territoire de la Barbarie et dépendance de Tripoli, dont le pacha désigne un bey qui réside à Derne. Pachô entreprit ce voyage à l’époque où la société de géographie avait proposé un prix pour l’exploration de cette contrée. En novembre 1824 il quittait Alexandrie muni d’une lettre de recommandation de Méhémet-Ali pour le pacha de Tripoli. 11 visite la Marmarique, le golfe de Bomba, et arrive à Derne ; il obtient du bey, gouverneur de Bengazi, l’ordre qu’on le laisse visiter la partie des terres qui s’étend depuis Derne jusqu’à Cyrène. Arrivé à l’ancienne Cyrène , appelée maintenant Grennah par les Arabes, son cœur s’émeut à la pensée de la destruction qui l’environne, à la vue des ruines, des statues mutilées et éparses qui recouvrent la place où fut cette antique capitale cyrénéenne.
11 poursuit ses excursions scientifiques, visite Ptolémaïs, au-
(1) Voyez, comme complément de cette section, les Voyages de M. Desfontaines dans les régences de Tunis et d’Alger, chapitre précédent, page 57.
jourd’hui Tolometa, et Taoukrah , ancienne Teuchira, et après avoir examiné les nombreux restes de monuments qu’il rencontre, il arrive à Bcngazi, ville et port de mer bâtis sur les ruines de Bérénice, à 58 lieues de Derne et 25 de Tolometa. Entré dans le désert de Barcah, il se dirige vers l’oasis d'Audjelah et vers Maradeh, autre oasis à 50 lieues d’Audjelah, dont la situation lui semblait devoir correspondre avec celle du jardin des Hespérides de Strabon.
Les recherches auxquelles Pachô s’est livré pendant ce voyage intéressent non-seulement la botanique, mais encore l’archéologie, la géographie comparée, l’histoire, les mœurs et les usages des habitants, les procédés de culture. A son retour à Paris, vers la fin de 1 825, Pachô obtint le prix proposé par la société de géographie. Cet infortuné, égaré par l’idée des injustices dont il se prétendait la victime, a mis fin à son existence en janvier 1829, alors qu’il était en proie au délire d’une fièvre ardente.