‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 8 sur 257 · MUSÉES PARTICU LIENS D HISTOIRE NATURELLE · texte numérisé non relu

MUSÉES PARTICU LIENS D HISTOIRE NATURELLE

Nous avons vu quels services rendent aux sciences les musées sans le secours desquels tout progrès serait imposai-

ble. Ceux des auteurs anciens qui consacrèrent leurs veilles à l’observation des choses naturelles n’eurent à leur dispose tion que des collections imparfaites ou manquèrent même de ce moyen précieux d’étude et de comparaison. Rien n’indique, non plus, qu’ils aient travaillé sur des matériaux qui fussent leur propriété. Les musées que des particuliers possédèrent plus tard et dans lesquels les productions de la nature ne tenaient qu’un rang secondaire, paraissent avoir été disposés moins pour l’instruction de l’esprit que pour le plaisir des yeux. Ce n’est guère que vers le seizième siècle qu’on voit se former des collections appartenant, pour la plupart, à des hommes savants qui, à cette époque, s’appliquaient à l’étude de l’histoire naturelle.

Conrad Gesner, de Zurich, mort en 1565, est le premier qui ait réuni en assez grand nombre des objets d'histoire naturelle de manière à en composer un muséum.

Léonard Thurneisser, né à Bâle, après avoir voyagé en Ecosse, en Espagne, dans le Levant, en Italie, etc., revint en Allemagne où l’électeur de Brandebourg le nomma son médecin, vers l’année 1 570. On le cite comme le premier qui, dans ce pays, ait formé une collection de curiosités naturelles.

Michel Mercati, naturaliste et médecin, né en Toscane, nommé en 1567, intendant du Jardin des Plantes du Vatican, s’occupa de rassembler les productions de la nature et en par ticulier celles du règne minéral dont il parvint à établir une collection très-curieuse.

François Calceolari, naturaliste et pharmacien de Vérone, recueillit une grande quantité de plantes, de minéraux, d’animaux, de drogues, de pétrifications et autres raretés naturelles. Son petit-fils en publia la description en 1622, avec de bonnes figures.

Ferrante Imperato, Napolitain, livré dès sa jeunesse à l’étude des sciences naturelles, avait disposé un cabinet de minéraux, dans lequel on trouvait aussi des animaux et des plantes.

Pierre Borel, colieeieur habile de raretés naturelles et artificielles, publia, en 1655, le catalogue de son musée.

John Tradescant, naturaliste et voyageur hollandais qui, fixé en Angleterre, reçut, en 1629,1e titre de jardinier du roi, fonda, le premier, dans sa patrie adoptive, un muséum dans lequel il avait rassemblé ce qu’on connaissait de plus remarquable, non-seulement en minéraux, oiseaux, poissons, coquilles, insectes, fruits, etc., mais encore en instruments de guerre, habillements^ ustensiles, monnaies et médailles. Tradescant parcourut plusieurs pays de l’Europe afin de perfectionner ses connaissances en histoire naturelle, et de se procurer des échantillons de tout ce qui lui paraissait rare ou curieux. Ses nombreuses collections’ attirèrent l’attention publique et furent visitées par divers seigneurs de l’époque ; la famille royale, elle-même , enrichit de ses dons ce musée surnommé l’arche de Tradescant (Tradescant’s hark) . Augmentées par les soins de Tradescant le fils (I), qui avait suivi l’exemple de son père, ces collections devinrent en 1662 la propriété de l’antiquaire Elias Àshmole; plus tard elles se trouvèrent comprises dans la donation que fit celui-ci à l’université d’Oxford, de son cabinet d’histoire et d’antiquité, et concoururent à fonder le musée qui, encore aujourd’hui, porte injustement le nom de musée Ashmoléen.

Vers la fin du dix-septième siècle, Petiver, apothicaire à Londres, avait réuni un grand nombre d’objets d’histoire naturelle. Il s’était procuré avec beaucoup de soin tout ce qui appartenait à son pays. Quant aux productions exotiques, il engageait les capitaines et les chirurgiens de vaisseaux à lui rapporter tout ce qu’ils jugeraient propre à enrichir son muséum. 11 donnait à ces personnes des listes imprimées et des indications sur les objets qui devaient attirer le plus leur

(1) John Tradescant fils publia, en 1656, le catalogue de ce musée, ainsi que celui du jardin que son père possédait à Lambeth, près de Londres, et dans lequel il avait introduit, un des premiers en Angleterre, la culture des plantes exotiques.

attention, ainsi que les instructions nécessaires pour conserver ce qu’elles pourraient recueillir. Il fonda, par ce moyen, une des plus belles collections connues de son temps.

YVoodward, médecin et naturaliste anglais, possédait un cabinet, composé principalement de fossiles, et dont le catalogue a été imprimé à Londres en 1738.

Les collections de ces deux derniers naturalistes, Petiver et Woodvard, réunies, avec celles de William Courten, au grand cabinet d’histoire naturelle de sir Hans Sîoane, contribuèrent à accroître la juste célébrité que celui-ci s’était acquise par ses immenses collections.

HansSloane avaitcommencé.de bonne heure, à rassembler une grande quantité de curiosités et d’objets d’histoire naturelle. Les collections qu’il rapporta, en 1680, de quelques îles des Antilles (les Barbades, Nevis, Saint-Christophe), et surtout de la Jamaïque où il séjourna plus d’une année, augmentèrent considérablement son muséum, mais il n’obtint réellement de l’importance qu’en 1702, époque où il s’enrichit du précieux cabinet de William Courten.

Les collections de sir Hans Sloane, qui prirent ensuite un plus’grand accroissement, ne sont point sorties d’Angleterre. Elles ont servi, en 1755, à former l’institution nationale connue, à Londres, sous le nom de British Muséum (1).

(1) Désirant que ces collections fussent conservées entières et servissent constamment au public, sir Hans Sloane ordonna, par une disposition testamentaire, que son muséum, qu’il déclarait lui avoir coûté plus de

50.000 livres sterling, fût offert au parlement anglais pour la somme de

20.000 livres seulement. Si cette offre n’était pas acceptée, on devait faire la même proposition à certaines académies étrangères qu’il désignait, et sur. leur refus il laissait à ses exécuteurs testamentaires le droit de disposer des collections de la manière qu’ils jugeraient la plus convenable. Sir Hans Sloane mourut au commencement de l’année 1753, et l’offre faite au parlement fut acceptée sans hésitation.

Le cabinet de Sloane renfermait un choix de curiosités artificielles, des médailles, des ustensiles de diverses époques, des camées, des préparations anatomiques, des coquilles, des insectes, des minéraux, etc., et 300 volumes de plantes sèches, contenant des échantillons recueillis par

On peut encore citer le cabinet d’Albert Séba, droguiste à Amsterdam, mort en 1756. Séba fit plusieurs voyages dans les deux Indes, y forma un choix d’objets d’histoire naturelle, et revint s’établir à Amsterdam. Cette précieuse collection ayant été achetée par Pierre le Grand, Séba en prépara une nouvelle, plus riche encore et qui malheureusement fut vendue à l’enchère et dispersée après sa mort. L’ouvrage dans lequel il donne la description de son cabinet est bien connu des naturalistes.

Zannichelli (Jean Jérôme), naturaliste de Modène, forma, en 1702, un muséum d’histoire naturelle et fit plusieurs voyages afin de collecter différents objets et entre autres des fossiles.

Gronovius (Jean-Frédéric), le même qui, en 1759, publia avec Linné, alors en Hollande, la Flora Virginica , d’après les plantes de Clayton, prit à Leyde, où il remplissait une des premières magistratures, le goût de ses concitoyens pour les collections d’histoire naturelle. Son musée se composait de minéraux et de végétaux qu’il communiquait avec empressement à toutes les personnes qui désiraient en faire usage.

Pour le temps où ils existaient, ces sortes de musées et quelques autres que nous n’avons pas mentionnés étaient assurément remarquables et ne manquaient pas d’un certain intérêt; mais, soit que le goût des plantes fût moins répandu alors qu’il ne l’est aujourd’hui, soit que les voyageurs négligeassent, dans leurs expéditions lointaines, de recueillir des végétaux, aucun de ces musées ne parait avoir été disposé

particulièrement en vue de la botanique ; ils se composaient,

presque tous, de fossiles, de minéraux et principalement de curiosités plus ou moins singulières. Le muséum si connu de sir Joseph Banks, formé à Londres vers la fin du dix-huitième

Sloune lui-même, en Europe, dans file de Madère et eu Amérique, et d’autres par le docteur Merret, par Plukenet, Petiver, etc.

siècle, répondait à un autre ordre d’idées : il était plus spécialement consacré aux plantes, et sir Joseph Banks y avait ajouté une bibliothèque botanique, la plus riche et la plus complète, peut-être, qui existât à cette époque. On sait que ce cabinet fait maintenant partie du British Muséum, à î ondres. .

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