PROGRÈS DE LA BOTANIQUE
L’agriculture, les arts, l’économie domestique, doivent airs sciences naturelles une foule d’applications importantes que l’expérience et de nouveaux moyens d’étude tendent sans cesse à perfectionner. Les végétaux y contribuent pour une bonne part* et cela depuis longtemps, car il faudrait remonter bien haut pour trouver le premier ouvrage où la botanique essaya de devenir une science. Indépendamment du charme que procure leur aspect, les plantes durent fixer l’attention au plus haut degré dès que l’on put entrevoir la possibilité de les faire servir aux usages de la vie. De grands génies ne dédaignèrent pas d’en faire l’objet de leurs méditations. 11 est vrai que la plupart des auteurs anciens qui ont écrit sur les plantes, sans en excepter Théophraste, Dioscoride, Pline, n’eurent en vue que l’application de la botanique à l’art de guérir et encore ne nous ont-ils transmis à cet égard que des notions vagues et incertaines. Entraînés par un excès de confiance dans les vertus des Simples , ils semblent
les offrir comme uniques remèdes à tous les maux et à toutes les infirmités qui affligent l’espèce humaine. Ne voyons-nous pas, en 1655, dans Y Histoire générale des plantes , traduction de Jean Desmoulins, plus de deux cents colonnes in-folio, consacrées à un Indice où sont décrites les vertus des plantes. « Afin, dit le libraire au lecteur, que tu puisses plus commodément recueillir les agréables fruicts de cet Indice, il t’enseignera l’utilité de tous les Simples, et comme tu dois en user, les appropriant â toutes les parties du corps humain. Tu y trouveras aussi tous les accidens et les maladies qui peuvent survenir ausdites parties méthodiquement disposez, passans en nombre mille et cinq cens, sans y préconter cent ou deux cens remèdes divers, bien souvent appropriez en une mesme maladie. Bref, je peux t’asseurer que tu y pourras îrouver de quinze à seize mille médicamens esprouvez et approuvez des plus Doctes, tant anciens que modernes Médecins et Simplicistes.»
Certes, il est difficile de faire une pari plus large à la botanique médicale ; mais les moyens précis d’analyse que vint à fournir la chimie organique et l’étude plus rationnelle des végétaux, ne tardèrent pas à faire justice d’un grand nombre de propriétés qu’on leur attribuait. L’examen sérieux et philosophique de la structure des plantes, du jeu de leurs diverses parties et du concours de chacune d’elles à l’action de la végétation, ouvrit ensuite une nouvelle voie à l’observation et aux expériences. La route une fois tracée, des explorateurs pleins de zèle et d’intelligence se mirent bientôt à la parcourir. Nous le voyons encore aujourd’hui : en même temps que des observateurs profonds livrés à l’examen physiologique des plantes étudientleur nature, les fonctions de leurs organes, les lois qui président à leur existence; d’autres se bornant à des considérations d’un ordre inférieur , mais qui prennent leur place dans l’ensemble de la science, envisagent les plantes sous leurs rapports extérieurs et s’attachent à faire connaître les localités les plus variées qu’elles affectionnent,
soit qu'elles recherchent le soleil de la plaine ou l’ombrage des forêts, soit qu’elles se plaisent sur les montagnes ou dans le sein des eaux ; des notions, des informations du plus grand intérêt nous sont fournies par des voyageurs intrépides, qui vont parcourant les contrées les plus éloignées, les lieux les plus inaccessibles. Les collections qu’ils en rapportent nous permettent d’observer les formes variées de la végétation sous des latitudes et des climats différents, de découvrir les modifications que peuvent apporter à l’accroissement des plantes, et les terrains et la constitution physique des pays; et c’est ainsi que journellement, à l’aide de ces matériaux et sous des mains habiles, s’élève et se consolide le grand édifice de la science.
STATISTIQUE DES VEGETAUX.
Especes,
Les voyages et les recherches botaniques ne pouvaient manquer d’amener de nouvelles découvertes et d’accroître le nombre des végétaux connus. Ce nombre en effet s’est augmenté d’une manière considérable, surtout depuis quelques années.
Sans remonter à l’époque où Théophraste ne connaissait pas beaucoup plus de 500 plantes, où Dioscoride, 400 ans après, en indiquait environ 700; Linné n’a décrit, dans tous ses ouvrages, que 8,551 espèces, savoir : 7,728 phanérogames et 825 cryptogames. La première édition de son Species plantannn, publiée en 1755, en mentionne seulement 5,958, dont 615 appartiennent à la cryptogamie.
En 1546, Lonicer indique. . . 879 plantes.
En 1570, Lobel 2,19!
En 1587, Daléchamp. ..... 2,751
Le Phyiopinax de Gaspard Bauhin, qui parut en 1596, 457 années avant le Species de Linné, et qui renferme le ca-
talogue de toutes les richesses végétales connues à cette époque, en fait monter le nombre à 0,000.
Tournefort en 1 694, comptait . . 10, 146 espèces.
Ray en 1704 18,655
Ces chiffres sont bien au-dessus des évaluations faites par les botanistes antérieurs à Bauhin ; mais alors la moindre variation de forme qu’éprouvait une plante, suffisait pour la faire regarder comme une espèce particulière. Les idées de Linné vinrent, plus tard, modifier ces principes ; dans l’application de son système il établissait des distinctions plus nettes entre les espèces, et il fut ainsi amené à réduire de beaucoup le nombre des plantes mentionnées, bien avant lui, par les deux célèbres botanistes Tournefort et Ray.
En comparant ces résultats avec ceux obtenus de nos jours, on voit combien la botanique s’est enrichie par les découvertes nouvelles.
Le Synopsis plantarum de Persoon, qui a paru de 1805 à 4 807, comprend près de 20,090 espèces, sans compter les cryptogames qu’on pouvait évaluer alors à 6,000.
En 1 824, M. Steudel, dans son Nomenclator botanicus, comptait 59,684 phanérogames et 1 0,965 cryptogames, ce qui fait un total de 50,0 49 espèces.
Le nombre des plantes recueillies depuis ce temps dans des contrées inconnues jusqu’alors aux botanistes, ou à peine visitées, et particulièrement dans les Indes orientales et dans les deux Amériques ; l’étude plus approfondie d’une grande quantité d’échantillons renfermés dans les herbiers, et dont on ne tenait aucun compte, a singulièrement grossi le chiffre que nous venons de donner. Une seconde édition de l’ouvrage de M. Steudel porte, sans y comprendre les cryptogames, le nombre des espèces connues et décrites eu 4 841 , à 78,000, ce qui est presque le double du chiffre des phanérogames mentionné par le même auteur dix-sept années auparavant. On peut maintenant compter 80,000 plantes phanérogames et
4 5,000 cryptogames. Ainsi le nombre des espèces s’est accru de 89,000 depuis l’apparition du premier Species de Linné. Leur chiffre total actuel, évalué à 95,000 environ, représente quinze fois les phanérogames et vingt-quatre fois les cryptogames de Linné, ou seize fois la totalité de ses espèces en 1755.
Les plantes décrites par Linné, à cette époque, paraissent bienpeu nombreuses (elles s’élèvent à 5,958), si l’on considère qu’aujourd’hui la famille des Composées ou Synanthérées renferme à elle seule près de 9,500 plantes, ce qui dépasse de beaucoup le nombre d’espèces que l’on comptait, du temps de Linné, dans tout le règne végétal (1).
Le tableau suivant résume, pour plus de clarté, les chiffres que nous venons d’exposer pour montrer l’accroissement graduel des espèces, à partir de Linné.
TABLEAU
DE i/ ACCROISSEMENT DES ESPÈCES.
AUTEURS