‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 88 sur 257 · Auguste «le &aint-llilaire · texte numérisé non relu

Auguste «le &aint-llilaire

M. Auguste de Saint-Hilaire, un de nos compatriotes les plus distingués par ses connaissances en botanique, a consacré six années entières à des voyages dans l’intérieur du Brésil. 11 a visité les provinces de Rio de Janeiro, d'Espirito-Santo, de Minas- Geraes, Goyaz, Saint-Paul, Sainte-Catherine et les anciennes missions du Paraguay, sur la rive gauche de l’Uraguay.

M. Auguste de Saint-Hilaire quitta la France le Jer avril J8J6, accompagnant M. le duc de Luxembourg, ambassadeur de France au Brésil. 11 parcourut les environs de Rio de Janeiro et fit une excursion sur les bords du Parahiba, à 25 ou 50 lieues de Rio. Il voyagea pendant quinze mois dans la pro-

vince de Minas-Geraes et en visita la partie qu’on appelle le désert (Sertao), située à l’ouest, ainsi que le Rio San-Francisco et le district des Diamants; il resta un mois au chef-lien Tijuco, et revint à Rio de Janeiro en mars 18J7 par Sahara, Villa-Rica et San-Joaô-del-Rey. Il fit ensuite deux autres voyages : fun eut lieu de Rio de Janeiro à la province du Saint-Esprit ( Espirito-Santo), et au Rio-Doce; dans l’autre, pour lequel M. Auguste de Saint-Hilaire se mit en route de Rio de Janeiro, le 26 janvier \ 81 9, il se rendit dans la province de Goyaz, visitant San-Joaô-del-Rey, la serra Negra, l’un des points du Rrésil méridional où l’on trouve le plus grand nombre de plantes, Paracatu, Os-Arepcndidos qui sépare la province des mines de celle de Goyaz, Yilla-Roa, capitale de Goyaz, la serra Dorada et le Rio-Claro. De là M. de

Saint-Hilaire revint par la province de Saint-Paul, recueillant des plantes à Saint-Paul, Sorocaba et Curitiba. Il descendit la serra de Paranagua et entra dans la province de Sainte-Catherine. 11 explore l’île de Sainte-Catherine, Garupava, Laguna, Torres et la rivière d’Ararangua, limite de la province, et se dirige par Porto-Allegre, capitale de la province de Rio- Grande-do-Sui, vers la ville de Rio-Grande-de-San-Pedrodo-Sul, qu’il quitta le 19 septembre pour visiter les possessions espagnoles dans lesquelles il entra bientôt. Il arriva à Montevideo et partit de cette ville pour se rendre à l’embouchure du Rio-Negro. Depuis le fort de Sainte-Thérèse jusqu’à Montevideo et de cette ville jusqu’à l’embouchure du Rio- Negro, il recueillit environ 500 espèces de plantes, suivant d’abord la côte et ensuite le Rio de la Plata, puis l’Uruguay et il arriva à Relem. Là son voyage devint plus pénible ; il passa treize jours dans un désert où on ne découvrait aucune habitation ni aucune trace de chemin, et qui n’était peuplé que par de nombreux jaguars et d'immenses troupeaux de cerfs, d’autruches et de chevaux sauvages. Les pluies tombaient en abondance et il n’avait d’autre abri que sa charrette. Ce fut dans ce désert, sur les bords du ruisseau de

Santa-Anna, que M. Auguste de Saint-Hilaire faillit périr avec deux des hommes qui l’accompagnaient, empoisonné par le miel de la guêpe appelée Lechegunna.

Quelques cuillerées de ce miel produisirent surM. de Saint- Hilaire les effets les plus singuliers. S’étant endormi sous sa charrette, il se réveilla profondément attendri des rêves qu’il avait eus pendant son sommeil. Il voulut se lever, mais il était d’une faiblesse telle qu’il fut forcé de s’étendre sur le gazon, et son visage fut aussitôt baigné de larmes, qui furent suivies de rires convulsifs. Mais bientôt commença' pour lui l’agonie la plus cruelle. Nous laissons M. de Saint-Hilaire nous la raconter lui-même.

« Un nuage épais obscurcit mes yeux, et je ne distinguai plus que les traits de mes gens et l’azur du ciel traversé par quelques vapeurs légères. Je ne ressentais point de grandes douleurs, mais j’étais tombé dans le dernier affaiblissement. Le vinaigre concentré que mes gens me faisaient respirer, et dont ils me frottaient le visage et les tempes, me ranimait à • peine, et j’éprouvais toutes les angoisses de la mort. Cependant j’ai parfaitement conservé la mémoire de tout ce que j’ai dit et entendu dans ces moments douloureux, et le récit que m’en a fait depuis un jeune Français qui m’accompagnait alors s’est trouvé parfaitement d’accord avec mes souvenirs. Un combat assez violent se passa dans mon âme, mais il ne dura que quelques instants; je triomphai de mes faiblesses et je me résignai à mourir. Ce qui m’affectait le plus, c’était le sort de mon Indien Botocude que j’avais tiré de ses forêts et que je croyais devoir être, après ma mort, condamné à l’esclavage. Je conjurai ceux qui m’entouraient d’avoir pitié de son inexpérience et de répéter à mes amis, lorsqu’ils les reverraient, que mes derniers vœux avaient été pour cet infortuné jeune homme. J’éprouvais un désir ardent de parler dans ma langue au Français qui me prodiguait ses soins, mais il m’était impossible de retrouver dans mon souvenir un seul mot qui ne fût pas portugais, et je ne saurais rendre l’es-

pèce de honte et de contrariété que me causait ce défaut de mémoire. »

Les gens qui accompagnaient M. Auguste de Saint-Hilaire éprouvèrent de leur côté des symptômes également extraordinaires. L’un déchire ses vêtements avec fureur, les jette loin de lui, prend un fusil et le fait partir. 11 se met ensuite à courir dans la campagne, appelant la Vierge à son secours; l’autre monte à cheval et se met à galoper, tombe, se relève, retombe encore et reste profondément endormi au lieu où il a fait sa dernière chute.

Sauf un peu de faiblesse qui en résulta, les effets de cette espèce d’empoisonnement avaient cessé le soir même du jour où nos voyageurs avaient goûté de ce miel.

M. Auguste de Saint-Hilaire quitta ces déserts pour entrer dans la province des Missions qu’il parcourut en diverses parties, traversa la serra de San-Xavier et se retrouva bientôt dans la province de Rio-Grande. Arrivé dans la ville de Rio- Pardo, il s’embarqua sur le Jacuy, et après quelques jours de navigation, il était à Porto-Allegre. Son voyage avait duré près d’un an. N’ayant trouvé aucun moyen de transport par terre, il se décida à s’embarquer pour Rio-Grande, et là pour Rio de Janeiro Obligé d’aller chercher à Saint-Paul les collections qu’il y avait laissées, M. Auguste de Saint-Hilaire s’y rendit par la province des Mines, visitant sur sa route le pic de Papagayo, où aucun habitant n'était monté depuis un grand nombre d’années, et traversant la grande chaîne occidentale ou la serra da Mantiqueira.

En juin 1822, M. Auguste de Saint-Hilaire s’embarquait pour l’Europe, chargé de collections nombreuses de plantes et de collections de zoologie qui se composaient d’oiseaux, d’insectes, de quadrupèdes, de reptiles, etc., sans compter les coquilles et les minéraux qu'il avait pu recueillir dans le cours de ses divers voyages.

Le nombre des plantes rapportées par M. de Saint-Hilaire, et qu’il a analysées sur les lieux mêmes, s’élève à environ 7,0(i0

M. de Martius.

Pendant que M. Auguste de Saint-Hilaire était au Brésil, M. de Martius se disposait à entreprendre un voyage dans l’intérieur de cette contrée. C’était en 1817, à l’époque du mariage du prince royal Don Pedro d’Alcantara, devenu depuis empereur du Brésil, avec l’archiduchesse Léopoldine d’Autriche. L’empereur d’Autriche avait désigné plusieurs savants pour accompagner l’archiduchesse sa fille, et le roi de Bavière saisit cette occasion pour envoyer deux membres de l’Académie des sciences de Munich, qui se trouvaient ainsi placés sous la protection de l’ambassade d’Autriche et porteurs des meilleures recommandations pour la cour de Rio de Janeiro. Ces deux naturalistes étaient, d’une part, M. le docteur Spix, chargé de la zoologie, et M. le docteur Martius de la botanique. Ils partirent de Munich pour se rendre à Vienne le 6 février 1817, et dans le mois de juillet suivant ils arrivaient à Rio de Janeiro. Après plusieurs mois employés à des excursions aux environs de Rio et particulièrement à Tijuca, Porto-da-Estrella, Piedade, Mandioca, ils se mirent en route le 8 décembre pour se rendre dans la province de Saint- Paul. Ils arrivèrent à Saint-Paul, qui en est le chef-lieu, et de là ils se dirigèrent par Cutia, San-Roque et Sorocaba à San- Joaô-de-lpanema et à Villa-do-Porto-Feliz, sur le Rio-Tiété, lieu qui sert d’embarquement pour le commerce entre Saint- Paul et Matto-Grosso. Ils tournèrent ensuite vers le nord pour se rendre par Villa-de San-Joaô-del-Rey à Villa-Rica, maintenant Cidade-do-Ouro-Preto, capitale de la province de Minas Geraes. Comme ils ne se trouvaient qu’à cinq ou six journées de distance des Indiens Coreados, sur le Rio-Xipoto, un des bras du Rio-da-Pomba, nos voyageurs entreprirent cette excursion et quittèrent Villa-Rica le 51 mars 1818. Ils étaient de retour le 21 avril. Bientôt ils se disposèrent à partir pour le district des Diamants, pays que M. Auguste de

Saint-Hilaire avait seul visité auparavant. Les différentes excursions qu’ils firent dans ce district, surtout celle sur la montagne d’Itambé, donnèrent occasion à nos voyageurs d’étndier la minéralogie, la botanique et la zoologie de cette montrée remarquable, qu’on ne peut mieux représenter qu’en la comparant à un jardin d’agrément établi avec tout l’art et tout le luxe imaginables. On ne peut y être admis qu’avec un passe-port royal et une permission spéciale de l’intendant général. A la sortie du district, on est soigneusement visité par les soldats des postes militaires, et au moindre soupçon les voyageurs sont retenus pendant vingt-quatre heures pour s’assurer s’ils n’ont point avalé de diamants.

De Tejuco nos voyageurs arrivèrent au plateau élevé de Minas-Novas et se dirigèrent vers le Rio San-Francisco, sur l’autre côté duquel ils pénétrèrent, par les plaines de Paranham, jusqu’aux sources orientales du Tocantin, dans la province de Goyaz. Ils revinrent ensuite vers la côte par l’intérieur de la province de Pernambouc, traversant le Rio San- Francisco à Malhada, et se rendirent à Bahia le 8 novembre 1818, après avoir beaucoup souffert dans ce trajet par le manque de vivres et de fourrages. Une excursion de 60 lieues qu’ils firent dans les forêts de la côte jusqu’à Rio-dos-llheos, ajouta encore à leurs collections dont ils firent fenvoi en Europe. A Bahia ils obtinrent, après beaucoup d’instances, la permission de se rendre au Para. Cette nouvelle expédition, la plus hasardeuse qu’ils eussent encore tentée, commença le 18 février 1819. Ils se dirigèrent par le nord-ouest, au travers de la province de Bahia, par Joazeiro, en passant la belle rivière de San-Francisco jusqu’aux pâturages montagneux de la province de Piauhy, qu’ils traversèrent complètement, s’arrêtant au chef-lieu Oeiras, et, le 16 juin ^819, ils atteignirent San-Luiz, capitale de la province de Maranham. Ils visitèrent l’île où est situéë la ville de San-Luiz, ainsi que la côte adjacente, et s’embarquèrent pour le Para, où ils arrivèrent après six jours de voyage. Ils avaient enfin atteint les rives de

l’immense fleuve de l’Amazone; ils se remirent en route le 20 août 4 819 et remontèrent le fleuve au milieu d’un chaos d’îîes flottantes, formées de masses de terre détachées du bord et d’énormes troncs d’arbres entraînés par le courant, étourdis par les cris d’un nombre immense de singes et d’oiseaux, entourés d’une multitude de tortues, de crocodiles et de poissons, et traversant des forêts obscures habitées. par des Indiens errants, marqués et défigurés de diverses manières. Nos voyageurs arrivèrent ainsi à l’établissement de Pauxis où, à une distance de 500 milles dans le pays, le flux de la mer est encore sensible, et où le fleuve, réduit à une largeur d’un quart de lieue, n’est plus qu’un abîme sans fond. Sis se dirigèrent ensuite vers l’embouchure du Rio-Negro. A cet endroit d’un aspect plus sauvage, le fleuve de l’Amazone reprend-son ancien nom de Solimoens, qui est celui d’une nation maintenant éteinte.

Arrivés à la ville d’Ega, sur le Rio-Teffé, M. de Martius et le docteur Spix se séparèrent momentanément pour pénétrer, par des rivières différentes, jusqu’aux limites du Pérou. Le docteur Spix, continuant à remonter l’Amazone, passa devant trois larges affluents de ce fleuve, Jurua, Jutahi et Riolça, et arriva enfin à Saint-Paul-d’Omaguas, à l’embouchure du Javari et à Tabatinga, possession portugaise, la plus occidentale, et où la langue desîncas remplace la langue Toupi. Le docteur Martius, accompagné du colonel Zany, remonta le Yapura, franchissant, mais non sans les efforts les plus pénibles, les cataractes et les rochers de la rivière jusqu’aux chutes d’Arara-Coara, sur les bords du Popayan. Se retrouvant à la Rarra-do-Rio-Negro, MM. Spix et Martius descendirent l’Amazone et visitèrent le territoire inférieur de la rivière Madeira.

Si ces deux voyageurs avaient poursuivi leur marche quelques semaines de plus, ils auraient atteint les bords opposés du continent de l’Amérique méridionale. Mais pour effectuer cette entreprise, ils auraient eu besoin de l’autorisation du

vice-roi du Pérou, et le temps qui leur était accordé pour leur voyage ne leur permettait pas de l’étendre plus loin. Ils retournèrent donc vers l’est, et le courant de l’Amazone les transporta si rapidement, qu’ils franchirent en cinq jours l’espace qu’ils avaient mis un mois à remonter. Après plusieurs excursions latérales où ils firent de nouvelles récoltes, ils revinrent au Para le 16 avril 1820.

La mission de ces naturalistes infatigables était accomplie : ils avaient traversé le continent depuis le 24p degré de latitude sud jusqu’à l’équateur, et sous la ligne, depuis le Para jusqu’à la frontière orientale du Pérou, et parcouru 600 lieues du sud au nord, et plus de 1,000 lieues de l’est à l’ouest, entre le méridien dePernambôuc et celui de ïabatinga. Leur retour à Munich eut lieu à la fin de l’année 1821 . Ils rapportaient de ce voyage les informations les plus curieuses et des richesses considérables en objets d’histoire naturelle. M. Martius évaluait le nombre de ses plantes à environ 7,500 espèces. Toutes ces collections arrivèrent à Munich dans un parfait état de conservation. Elles ont été réunies et classées dans un édifice disposé pour les recevoir, et qui porte le nom de Musée brésilien.

MM. Salzmanfii et Blandiet.

Province de Bahia.

Plusieurs autres voyageurs ont encore fourni des matériaux précieux pour la flore du Brésil; nous mentionnerons d’abord ici MM. Salzmann et Blanchet, qui ont envoyé des plantes de la province de Bahia.

Les collections assez nombreuses, recueillies par M. Blanchet, proviennent en partie des environs de Bahia, de Nazareth-das-Farinhas, de Nagé, de Villa-di-Barra, d’Igregia-Vehla, des forêts d’Olhos-d’Agua et des districts de Jacobina et dos-ïlheos ; d’autres ont été récoltées dans les sertao de Bahia et du

Rio San-Francisco, dans le Maritiba, aux environs d’Utinga, à la serra Açurua et dans les marais d’Itabira.

Le dernier envoi de M. Blanchet, reçu par M. Delessert en 1844, renferme des plantes trouvées dans la même province de Bahia, à Tamandua, Saint-Thomé, Pouço-d’Areia, etc.

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