‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 89 sur 257 · II. Vantliier · texte numérisé non relu

II. Vantliier

M. Vauthier a parcouru les provinces de Rio de Janeiro et de Minas* Geraes. Il a rapporté de ses voyages des collections de botanique et d’entomologie; ses plantes ont été desséchées et conservées avec le plus grand soin.

Arrivé à Rio de Janeiro, M. Vauthier y fit un séjour de deux mois. Il partit de cette ville le 12 février 18^2 pour Porto-da-Estrella, un des deux grands chemins qui conduisent dans la province de Minas-Geraes. 11 y arrivait le même jour. A trois lieues plus loin, il trouvait le petit village de Mandioca, situé au pied de la serra dos Orgaos, ou montagne des Orgues, ainsi nommé à cause de la ressemblance qu’on a cru trouver entre ses différents pics qui vont s’élevant les uns audessus des autres et les tuyaux d’un orgue.

Après avoir traversé presque constamment ou de grandes forêts ou de petits bois, M. Vauthier arriva à Bordo-dos-Campos et à la petite ville de Barbacena. Il se dirigea ensuite sur Sabara en passant par le petit bourg de Congonhas-do-Campo, dont le sol est très-varié, et où il resta huit jours à herboriser, et par Itabira-do-Campo, situé sur une haute montagne. Bendu ensuite à Bella-Fama, il y fit connaissance d’un Français, M. Dupré, géologue, qui s’occupe également de botanique. M. Vauthier fit avec lui plusieurs courses dans les environs.

A Sabara il recueillit une grande quantité de plantes et se rendit ensuite à la serra do Frio (ou da Lapa) , vasfe chaîne de montagnes qu’il parcourut jusqu’à Tijuco. Arrivé dans cette ville, il y resta deux mois et partit, en juin, pour Marianna,

petite ville assez jolie, située à deux lieues de Villa-Rica ou Ouro-Preto et à 80 lieues de Rio. Ses collections s’augmentèrent pendant les six semaines qu’il passa à Marianna.

Dans les premiers jours d’octobre, époque où commence la saison des pluies, M. Vauthier envoie ses caisses à Rio de Janeiro et quitte Marianna. 11 éprouva le regret, dans son voyage jusqu’à Rio, de ne pouvoir recueillir les plantes qui manquaient à ses herbiers. Les pluies cessèrent à peine pendant sa route, et les chemins étaient devenus très- difficilement praticables.

Revenu à Rio de Janeiro, il explore les environs de cette ville, fait plusieurs excursions à la haute montagne du Corcovado, visite l’île do Governador, la plus grande des îles de la baie et dans laquelle Commerson herborisa lors de l’entrée de Rougainville dans le port de Rio de Janeiro. N’ayant pas jusqu’alors exploré la serra dos Orgaos, M. Vauthier s’y installa pendant six semaines, et augmenta beaucoup son herbier et sa collection d’insectes. De retour de ce petit voyage, il fit ses dispositions pour rentrer dans sa patrie, et le 25 mai 1855, il effectuait son retour en France sur la corvette la Bonite , qui arrivait à Toulon le même jour.

M. Georges Gardner.

M. Gardner a fait un plus long séjour dans le Brésil, et il a visité plusieurs provinces de cet empire.

Au commencement de 1 856, entraîné par le désir de voyager dans quelque contrée tropicale pour en rapporter les productions botaniques , M. Gardner fut fortement conseillé de choisir le Brésil. A l’exception de M. Burchell, aucun Anglais n'avait encore tenté de pénétrer dans l’intérieur de cette contrée. M. Gardner entreprit ce voyage sous les auspices du feu duc de Bedford et de sir W.-J. Hooker.

Le 20 mai 1856, il s’embarqua à Liverpool pour Rio de

Janeiro. À l’aspect de cette ville et de sa baie magnifique, qui, suivant l’expression d’un de nos amiraux, contiendrait tous les ports de l’Europe, iM. Gardner ne peut retenir le sentiment d’admiration qui le transporte. Les descriptions du docteur Abel, des docteurs Spix et Martius, et de M. Auguste de Saint-Hilaire, l avaient préparé au spectacle d’une contrée magnifique, mais les tableaux merveilleux qu’en ont tracés ces auteurs semblent encore à M. Gardner au-dessous de la réalité.

Ses premières courses eurent lieu dans le voisinage de Rio de Janeiro ; il en parcourut les montagnes, les vallées humides, visita les marécages qui se trouvent au nord de la ville, les côtes maritimes et les îles de la baie. Ses herborisations durèrent cinq mois. Ce n’est pas trop pour* connaître la végétation d’un pays où règne un été perpétuel, et où chaque mois est caractérisé par la floraison de plantes différentes. Une de ses plus longues excursions fut celle qu’il fit aux environs et dans les montagnes de Tijuca ; elle dura dix jours.

M. Gardner passa six mois dans la serra dos Orgaos, et gravit le premier les sommets les plus hauts de cette montagne qui s’élèvent à près de T. 000 pieds au-dessus du niveau de la mer. Aucun botaniste n’avait encore visité ces points extrêmes. MM. Langsdorff; BurchelletLhotsky avaient été jusqu’à 5,000 pieds Cette circonstance inspira à M. Gardner le désir de passer quelques jours sur les pics les plus élevés pour en étudier la végétation, et il entreprit cette excursion. En 1858, lors de sa mission au Brésil, Guillemin essaya de gravir la montagne des Orgues , mais il n’alla pas aussi loin que M. Gardner.

En septembre J 857, M. Gardner s’embarque à Rio de Janeiro, et en octobre il atteint Pernambouc. Une relâche à Bahia lui donne occasion de récolter aux environs de cette ville un grand nombre de plantes.

11 explore pendant trois mois Pernambouc et ses environs, et particulièrement la petite île de Itamaraca, surnommée le

jardin de Pernambouc. En février, mars et avril ! 858, il visite la province d’Alagoas, située entre Pernambouc et Bahia, et il fait une excursion au Rio San-Francisco. C’était dans la saison sèche, et il ne rapporta de ce voyage que 200 espèces de plantes. Au milieu de juillet, il quitte Pernambouc afin d’entreprendre dans l’intérieur et dans les provinces septentrionales le long voyage qu’il avait toujours projeté. Il arrive bientôt à Aracaty, non sans avoir fait une traversée fort pénible. Le bâtiment sur lequel il s’était embarqué était encombré de marchandises, et les passagers furent obligés de coucher sur le pont, sans aucun abri, et restèrent exposés à une pluie battante qui dura presque les quatre jours de leur voyage. Aracaty est une petite ville située dans la province de Ceara, à trois lieues de la mer. Il y fait quelques excursions avant de se rendre à Icco. La route d’Aracaty à Icco passe au travers d’une épaisse forêt de palmiers qui a 20 lieues de long. M. Gardner se rend ensuite au bourg de Crato, situé dans la direction sud-ouest. 11 y arrive (à la fin de 1858) après un voyage de six jours, et sans avoir pu herboriser, car on était dans le commencement de la saison sèche, et à une époque où l’on rencontre à peine une feuille. Mais l’aspect du pays avait changé en arrivant à Crato. Il fait plusieurs excursions dans la serra de Araripe, visitant ses ravins, ses pentes, ses sommets, et en rapportant chaque fois une ample provision de plantes nouvelles et rares. 11 reste près de cinq mois dans le voisinage de Crato et se dirige ensuite vers Oeiras, capitale de la province de Piauhy . Les pluies étaient arrivées et le pays était verdoyant et refleuri. M. Gardner put observer avec quelle rapidité la végétation reprend son essor après les premières ondées, et combien de plantes qui paraissaient détruites par la sécheresse montraient de nouveau leurs tiges fleurissantes dans un court espace de temps. Notre voyageur consacre quatre mois à ses recherches botaniques aux environs d’Oeiras. Son intention était de se rendre au Rio Tocantin, contrée entièrement inconnue aux botanistes, et où

il espérait pouvoir herboriser pendant trois ou quatre mois. De là. il serait descendu jusqu’à Para. Arrêté dans son projet par Sa révolution qui venait d’éclater dans la province de Maranham qu’il devait traverser, et qui rendait difficiles les communications avec les autres parties de ce pays, et ne voulant point suivre le même chemin pour son retour, il résolut de revenir à Rio de Janeiro par les grandes provinces intérieures de Goyaz et de Minas -Geraes. Il quitte Oeiras le 22 juillet 1859, et, se dirigeant vers le midi, il atteint le 20 août la petite ville de Pernagua, à l’extrémité méridionale de la province de Piauhy, et un mois après les bords du Rio-Prato. 11 arrive enfin et reste plusieurs jours parmi les Indiens dans l’aldea de Diro, mission indienne située à l’extrémité nord-est

delà province de Goyaz. De Diro il se rend à la Natividad, où les pluies le retiennent pendant plus de trois mois.

C’est dans son voyage entre Diro et la Natividad qu'il lui arriva un de ces accidents si propres à désespérer un botaniste. En traversant le Rio de Peixa, un cheval porteur de deux caisses de plantes tomba au moment où il sortait de beau ; une des caisses fut jetée dans la rivière, et elle était tout inondée avant qu’on ait pu la retirer. Cette caisse contenait plus de 2,000 échantillons de plantes. Après avoir fait sécher la caisse et remballer toutes les plantes pour les dessécher à la première occasion, la charge fut confiée à un cheval plus vigoureux que le premier ; mais on avait à peine fait une demi-lieue, qu’en traversant une petite rivière, M. Gardner eut le chagrin de voir plongées dans l’eau, nonseulement la caisse qui contenait les plantes déjà mouillées, mais encore celle qui avait été préservée lors du premier accident. Le cheval qui les portait marchait en avant, et, au lieu de suivre le chemin guéable, il en avait pris un autre et avait laissé tomber les bagages, en se débattant pour sortir d’un trou bourbeux dans lequel il était entré. Heureusement que M. Gardner put faire sécher plus tard dans des étuves toutes les plantes ainsi endommagées, et il n’eut pas le regret

de voir perdu, en quelques instants, comme il le craignait, le fruit de plusieurs semaines d’herborisations faites surtout dans un pays où n’avait encore pénétré aucun botaniste.

Le 1 0 février 1 840, M. Gardner quitte la Natividad et arrive le 27 à Arrayas, situé sur le flanc occidental de la serra Gérai, qui sépare la province de Goyaz de celles de Minas Geraes et de Pernambouc ; il y reste deux mois. La guerre civile menaçait alors la province de Goyaz ; celle de Piauhy se trouvait dans un état complet d’anarchie. Que pouvait faire notre paisible botaniste au milieu d’un pays livré à de tels désordres? 11 quitte Arrayas au commencement de mai 1840. Quelque temps après il arrivait dans la villa de San-Romaô, située sur le Rio San-Francisco dans la province de Minas- Geraes, parcourait le district des Diamants, les montagnes près de Cocaes, Gongo-Soco, Sabara, O.uro-Preto et Marianna. De retour à Rio de Janeiro le 1er novembre 1840, il visita une seconde fois la montagne des Orgues, en rapporta une belle collection de plantes, et fit une excursion sur les bords du Rio- Parahiba, revenant par la colonie suisse de Novo-Friburgo.

Embarqué pour se rendre en Angleterre, M. Gardner terminait enfin par un séjour de trois semaines à Maranham, au nord du Brésil, la série de ses voyages dans ce pays, et débarquait à Liverpool avec ses collections, le 1 1 juillet 1 841 , après cinq ans et deux mois d’absence, et, comme il l’écrivait luimême, après avoir joui, malgré les privations et les tourments d’un long voyage, de la meilleure santé et du bonheur le plus grand qu’il ait jamais éprouvé dans aucune autre époque de sa vie.

Près de 6,000 espèces de plantes remarquables par la beauté des échantillons ont été recueillies par M. Gardner. 11 se propose d’en donner une liste générale dans l’ordre de leurs numéros, avec les descriptions des genres nouveaux et des espèces nouvelles. Le commencement de ce travail intitulé : Contributions towards a Flora o f Brazil, a paru dans le tome Ier du London journal of bolany de sir W.-J. Hooker.

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