‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 90 sur 257 · ClansseBB · texte numérisé non relu

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L’herbier renferme encore une collection considérable de plantes recueillies dans la province de Minas- Geraes, près du Rio San-Francisco, à Cachoeira-do-Campo, sur le pic d’Itabira, dans la serra de Ouro-Preto, la montagne d’Itacolumi, etc., par M. P. Claussen, qui a habité cette province pendant une vingtaine d’années, et Fa étudiée sous les rapports botanique et géologique. On remarque dans le nombre de ces plantes plus de 40 espèces d ' Eriocaulon,

M. Claussen a envoyé, depuis, une autre collection dans laquelle sont entrées un grand nombre de fougères et qu’il a récoltées en février, mars et avril 1812, à Novo-Friburgo (Nouvelle-Fribourg), colonie suisse du Brésil, établie dans le district de Canto-Gallo, province de Rio de Janeiro, et à 55 lieues nord-est de cette ville.

La colonie de Novo-Friburgo est le premier essai qui ait été tenté dans cette partie de l’Amérique pour y introduire des établissements de fermiers et de cultivateurs formes d’étrangers européens. Elle a été fondée par le roi Jean YI et ne paraît pas devoir se maintenir, la plus grande partie des colons s'étant dispersés depuis longtemps pour se retirer, les uns à Rio de Janeiro, et les autres dans l’intérieur du pays.

Caiillemin.

Avant de nous occuper du voyage de Guillemin, nous dirons, comme nous l’avons annoncé, quelques mots sur cet excellentbotaniste, auquel nous étions uni par lesliens d’une vive amitié.

Antoine Guillemin, docteur en médecine, aide-naturaliste au Muséum d’histoire naturelle de Paris, était né à Pouilly sur Saône (Côte-d’Or), le 20 janvier 1790. 11 fit de bonnes études au collège de Seurre et resta quelques années comme

élève en pharmacie à Dijon et à Genève. C’est en 1815, dans cette dernière ville, qu’il fut remarqué par M. De Candolle, dont il suivait les leçons avec zèle. Le savant professeur ne pouvait manquer d’apprécier les qualités de Guillemin, et dès cette époque ,s’établit entre le maître et l’élève une intimité qui ne se démentit jamais. M. De Candolle l’a témoigné d’une manière touchante par une disposition de son testament, qui réserve à Guillemin le soin de publier une nouvelle édition de sa Théorie élémentaire , dernier vœu du professeur que Guillemin n’a pu accomplir. Vers l’année 1820, il fut adjoint à M. Achille Richard, alors conservateur des collections botaniques de M. Benjamin Delessert, et il lui succéda définitivement lorsque M. Richard fut nommé aide de botanique au Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Guillemin s’est fait remarquer par son savoir varié et ses connaissances étendues en botanique. 11 s’est fait aimer par son caractère plein de douceur et d’affabilité, par une grande modestie et par la simplicité de ses manières. Il a écrit plusieurs mémoires d’organographie et de physiologie végétale, et a coopéré avec MM. Achille Richard et Perrottet à la flore de Sénégambie, publiée sous les auspices de M. Benjamin Delessert.

Guillemin fut chargé, en 1858, de se rendre au Brésil pour

y chercher des plants et des graines de l’arbre à thé qu’il de-

vait rapporter en quantité assez considérable pour que la culture pût en être essayée sur divers points de la France. Il resta un an au Brésil, et à la suite de sa mission qu’il avait remplie avec zèle et intelligence, il reçut la décoration de la Légion d’honneur.

Rien n’annonçait qu’il ne devait pas jouir longtemps de cette récompense. Dans les premiers jours de janvier 1842, malgré les souffrances que lui faisait éprouver une affection organique qui s’était déclarée chez lui, il avait entrepris le voyage de Montpellier, espérant que le climat de ce pays apporterait quelque adoucissement à sa situation ; mais lamala-

die fit de rapides progrès, et il mourait ie 15 janvier, quelques jours après son arrivée dans cette ville.

Guillemin a rapporté du Brésil un herbier de plantes choisies, qu’il a trouvé le moyen de recueillir au milieu des travaux de sa mission. Il partit de Paris le 4 0 août \ 858, accompagné de M. Houlet, jardinier sous-chef des serres chaudes du Muséum d’histoire naturelle, pour se rendre à Brest, où ils prirent passage sur la corvette la Dordogne. Le 4 9 octobre, ce bâtiment côtoyait la terre du Brésil. Pendant son séjour à Rio de Janeiro, Guillemin parcourut sans relâche les environs de cette ville dans un rayon de 2 à 3 myriamètres et lit plusieurs excursions au Gorcovado. Un voyage aux montagnes de Tejuca et de la Gavia lui procure de belles plantes, et il rencontre dans ses courses le Copaifera officinalis , arbre d’où découle le véritable baume de copahu. En janvier 1 859, il se rend dans la province de Saint-Paul. Un bateau à vapeur le transporte en vingt jours à Santos, port principal de la province, et il arrive à la ville de Saint-Paul après avoir traversé la grande chaîne nommée serra do Mar. Il séjourne dans la province pendant près d’un mois, et dans cet espace de temps, tout occupé qu’il était par ses visites aux propriétaires cultivateurs de thé, et par l’examen des cultures et de la préparation du thé, il peut faire diverses courses aux environs de Saint-Paul et explorer en détail le Jaragua, montagne fameuse par ses mines d’or, et qui autrefois eut une immense réputation de richesse. Il visite, en revenant à Rio de Janeiro, la colonie florissante d’Ubatuba, habitée par des familles françaises qui cultivent le café et divers autres végétaux utiles. 11 récolta dans cette localité une collection de plantes, mais l’humidité lui en gâta malheureusement la plus grande partie.

Dans le courant du mois de mai, Guillemin entreprend une ascension au sommet le plus élevé de la serra dos Orgaos (montagne des Orgues). Il se proposait de visiter en même temps de grands établissements agricoles situés dans la serra.

11 a raconté souvent à ses amis les tourments qu’il a endurés dans une des journées de cette excursion où une pluie abondante et un froid excessif vinrent le surprendre, lui et ses compagnons, avant qu’ils fussent arrivés à une espèce de grotte où ils devaient passer’la nuit. L’intérieur de cette grotte, asile naturel des tapirs, n’était pas entièrement à l’abri de la pluie, et l’eau coulait sur le plancher vaseux qui devait recevoir nos voyageurs. Une fois arrivé, on fit des efforts pour allumer du feu, mais le bois vert qu’on employait ne jetait qu’une flamme passagère et de noirs tourbillons de fumée. Chacun se coucha dans la boue, et la nuit se passa ainsi, rendue plus pénible encore par la pluie qui ne cessait de tomber et le froid qui continuait à être très-intense. Enfin, le lendemain on renonça à continuer l’ascension ; le point le plus haut de la serra, peu élevé au-dessus de celui qu’on avait atteint, n’offrait d’ailleurs aucun intérêt.

Le temps était venu où Guillemin devait rentrer en France. Sa mission était remplie ; il s’était procuré un nombre considérable de plants de thé, entre lesquels il avait semé des graines bien mûres ; il avait disposé le tout d’une manière convenable dans des caisses, et le 27 mai ! 859, il s'embarquait pour revenir en France sur la corvette C Héroïne, commandée par le capitaine Cécille, et ce bâtiment mouillait dans la rade de Brest le 24 juillet suivant.

Outre ses plantes sèches, Guillemin a rapporté plus de 150 espèces de bois, recueillis dans les provinces de Rio de Janeiro, Saint-Paul et Minas-Geraes, ainsi qu’un grand nombre de produits végétaux, tels que gommes-résines, écorces, racines, etc., qui ont été placés dans les collections de l’école de pharmacie de Paris.

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