‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 91 sur 257 · PEROU ET CHILI · texte numérisé non relu

PEROU ET CHILI

Voyageurs qui ont visité successivement ces deux pays

Unix, jPsnon et ©ombey.

Nous réunissons dans la même notice ces trois naturalistes qui ont herborisé ensemble au Pérou et au Chili.

Don Hippolyte Ruiz avait été désigné en 1777, par le gouvernement espagnol, pour diriger des recherches d’histoire naturelle, et de botanique particulièrement, dans le Pérou et le Chili. Le 8 novembre de cette même année, il s’embarquait avec Joseph Pavon, son compatriote, et Joseph Rombey, médecin et botaniste français. Ce dernier avait été envoyé en Espagne par son gouvernement, en 1770, avec la mission de se rendre au Pérou pour y chercher les végétaux susceptibles d’être naturalisés en Europe. Le gouvernement espagnol lui adjoignit Ruiz et Pavon, dont les travaux devaient profiter à l’Espagne.

Ces trois botanistes débarquent au port de Callao le 8 avril 1778 et de là se transportent à Lima, où ils commencent leurs excursions. Ils explorent ensemble la province de Chancay, et, revenus à Lima, ils expédient en Espagne 500 espèces de plantes sèches et 242 dessins coloriés d’après nature. Ils se rendent ensuite à Tarma, capitale de la province de ce nom, située dans une vallée profonde, à 40 lieues de Lima. Ici Dombey et Pavon se séparèrent pour aller l’un à Ceuchin et l’autre au fort de Palca, d’où ils rapportèrent d’abondantes récoltes. Réunis à Lima, nos voyageurs se rendent à Huanuco, ville autrefois assez célèbre, distante d’environ 00 lieues de la capitale du Pérou, et pénètrent dans les districts de Chincao et Cochero, et retournent à Lima. Ruiz et Pavon y laissent Dombey et se rendent dans la province de Chancay; ils y restent deux mois et rejoignent encore Dombey à Lima.

Déterminés à étendre leurs recherches dans le Chili, nos trois voyageurs s’embarquent et abordent au port de Talcahuano, traversent les territoires de la Conception, Itata, Rere et Arauco, les provinces de Puchacay, Maule, San -Fernando, Rancagua, Santiago et Quillota, et une partie des Andes qui jusqu’alors n’avait été explorée par aucun botaniste. Ils reviennent de nouveau à Lima avec des collections considérables en botanique, en zoologie et en minéralogie, et un grand nombre de notes, d’observations et de dessins. Malheureusement toutes ces richesses, résultats de deux années de travaux et de fatigues, renfermées dans 5-5 caisses avec les produits des explorations faites à Tanna, à Huanuco et à Chancay, furent perdues avec le navire le San-Peclro d’Alcantara, lors du naufrage de ce bâtiment sur les côtes du Portugal, en février 1 7 86 . Dombey avait quitté le Pérou deux ans auparavant, et ses collections qu’il avait emportées échappèrent à ce désastre.

A la suite de leur retour à Lima et après le départ de Dombey, Ruiz et Pavon se rendent à Huanuco, parcourent de nouveau les divers territoires de cette province et pénètrent de là jusqu’à Puzuzo et au Rio Huancabamba ; ils consacrent trois mois à cette exploration et retournent à Huanuco. Ils passent ensuite deux mois à la hacienda deMacora, avec don Juan Tafalla et don Francisco Pulgar, qui leur avaient été adjoints en qualité d’élèves, le premier pour la botanique, le second pour le dessin. Les environs de Macora abondent en plantes intéressantes dont ils avaient fait une ample récolte lorsque arriva, le 6 août 1785, l’incendie dans lequel furent détruits les manuscrits renfermant les descriptions des plantes, des animaux et des minéraux du Chili, les relations topographiques des provinces du même royaume et de celles du Pérou, et une grande quantité de végétaux, de graines, d’animaux préparés, etc.

Après cet événement, qu’ils supportèrent avec résignation, Ruiz et Pavon revinrent à pied à Huanuco et entreprirent un

voyage très-hasardeux au travers des montagnes dcMuna. A leur retour, ils expédièrent en Espagne un grand nombre de caisses renfermant des dessins et des productions des trois règnes.

En 1787, ils firent un voyage à Piilao, où ils découvriront plusieurs plantes nouvelles. Revenus à Lima et après avoir pris congé de leurs élèves, Tafalla et Pulgar, iis s’embarquèrent pour l’Espagne le 1er avril 1788 et arrivèrent le 12 septembre à Cadix , rapportant 29 caisses d’objets d’histoire naturelle et I 24 plantes vivantes.

Dombey était déjà rentré dans sa patrie. Après avoir été dans les Cordillères examiner les mines de Coquimbo, il s’était embarqué à Lima le 14 avril 1784, et, à la suite d’une navigation pénible et d’un séjour de quatre mois à Rio de Janeiro, il entrait dans le port de Cadix le 22 février 1785.

On connaît tout ce que Dombey eut à souffrir à son retour et les persécutions qu’il endura. 11 était arrivé à Cadix sans ressources, et là il fut en proie à mille tracasseries. Pour réparer la perte de la collection du roi d’Espagne, on demande à Dombey de donner la moitié de la sienne. Dombey ne cède qu’à un ordre de la cour de France. On exige de lui, pour le laisser partir, la promesse qu’il ne fera aucune publication avant le retour de ses deux compagnons, et Ruiz et Pavon ne reviennent que quatre ans plus tard. Dombey, après un séjour de dix mois à Cadix, embarque enfin ses caisses pour le Havre et revient à Paris. Lié par sa promesse, il ne veut rien publier ; mais Bulïon, qui avait obtenu pour Dombey une somme d’argent et une pension, fait prendre chez lui son herbier et le remet à M. l’Héritier, qui se charge de publier à ses frais toute la partie botanique du voyage de Dombey. M. l’Héritier, averti à temps des réclamations faites à ce sujet par l’Espagne, qui ne voulait point que ce travail parût avant celui de Ruiz et Pavon, et ayant appris que la cour de France avait accueilli ces réclamations et allait faire retirer l’herbier de ses mains, s’empresse, avant d’avoir reçu aucun avis offi-

ciei, d’emballer l’herbier de Dombey. 11 passe la nuit à faire cette opération, aidé par sa femme et par Broussonnet et Redouté, et le lendemain il part en poste pour l’Angleterre, où il arrive avec ses précieuses collections. 11 passe quinze mois à Londres, occupé à décrire les plantes de Dombey, et appelle auprès de lui Redouté pour en dessiner les figures. La fin déplorable de M. l’Héritier, mort assassiné à Paris, a laissé en suspens ce travail, qui n’a pas été publié.

C’est en Espagne et sous les noms seuls de Ruiz et Pavon que parut, en 4 794, le Prodrome de la flore du Pérou et du Chili, suivi quelques années après (1798-1802) delà flore elle-même. Les plantes de Dombey, ainsi que ses notes, ses observations et ses dessins, ont servi en partie à cette publication. Un grand nombre de genres nouveaux que renfermait son herbier ont été décrits dans la Flora Pemviana , mais Ruiz et Pavon n’ont pas cru devoir adopter pour les plantes les déterminations de Dombey ni ajouter au nom des auteurs, dans le titre de l’ouvrage, celui du botaniste français dont il n’est question que dans la préface.

L’herbier de Dombey, composé d’environ 1 ,500 plantes, est déposé au Muséum d’histoire naturelle de Paris. L’administration de cet établissement en a fait extraire quelques doubles pour l’herbier de M. Delessert.

M. Poeppig.

Les voyages botaniques du docteur Édouard Poeppig dans le Chili et le Pérou ne sont pas moins dignes d’intérêt que ceux que nous venons de mentionner. Ils ont donné naissance à un bel ouvrage que publie M. Poeppig en commun avec M. Stéphane Endlicher sous ce titre : Nova çjenera ac specie.s plantarum quas in regno Chilensi , Pernviano et in terra Amazonica ab annis 4 827 ad 4 852 legit , etc., dont une partie des planches a été gravée d’après les dessins mêmes de M. Poeppig.

Le docteur Poeppig, professeur de zoologie à T université de

Leipzig? est peut-être, parmi un petit nombre d’étrangers, le seul Allemand qui, dans un but purement scientifique? ait visité le Pérou et le Chili durant ces derniers temps. Plusieurs années de résidence dans les Antilles et dans l’Amérique septentrionale Pavaient préparé au voyage qu’il se proposait d’entreprendre au Chili et au Pérou. Parti de Baltimore le 29 septembre 1826, il arriva le 14 mars suivant dans la baie de Yalparaiso au Chili. De mars à octobre? il séjourna dans les régions maritimes de Santiago et de Quillota. 11 traversa ensuite les montagnes arides de Chacabuco et le vallon triangulaire de San-Felipe. De novembre à décembre, il a parcouru les tristes gorges de Santa-Rosa, dernière petite ville au pied des Andes? revenant s’établir dans une misérable cabane qu’il avait construite lui-même. Là il fit les préparatifs de son entrée dans les montagnes, car c’est à cet endroit que commence le défilé ou passage qui présente le chemin de communication le moins difficile avec Mendoza? où il voulait se rendre. Il y arriva en effet; mais, forcé de revenir vers les bords chiliens, il s’embarqua pour Talcahuano? dans la province delà Conception.

En octobre 1828, il se trouvait dans la vallée des Andes du Chili? qui prend son nom du village d’Anluco. La guerre avait éclaté entre les Indiens et les Chiliens, guerre atroce signalée par le carnage et les incendies, et malgré le danger que courait le docteur Poeppig dans de telles circonstances, il resta un été entier dans le pays, et ce ne fut pas sans regret qu’il abandonna ces belles Alpes désertes qui! avait parcourues de tous les côtés et dont les trésors s’étaient offerts pour la première fois aux regards d’un botaniste. En mars 1829, il revint au port de Talcahuano? et au snois de mai il débarquait à Callao? port principal de Lima? dans le Pérou.

A cette époque? le Chili était visité chaque jour par de nouveaux botanistes? et aucun ne cherchait à pénétrer dans le Pérou. La stérilité très-grande des régions qui s’étendent

entre l’Océan et les sommets des Andes ne semble devoir of-

frir aucun attrait aux naturalistes. « Quant aux provinces si fertiles du Pérou, dit M. Poeppig dans l’introduction de l’ouvrage que nous avons cité plus haut, provinces situées presqu’aux limites extrêmes de l’ancien empire des Incas, elles sont distantes de 80 lieues au moins de la ville de Lima et séparées par des chaînes de montagnes atteignant une élévation de 12,000 pieds. Aussi n’est-il pas étonnant que les botanistes qui ne pouvaient entreprendre de trop longs voyages aient été saisis d’effroi à la vue de ces coteaux excessivement desséchés, formés de sables mouvants, à l’aspect de ces champs brûlés, portant çà et là quelques plantes seulement, de ces rochers noircis, perpétuellement battus par les flots d’une mer impétueuse et privés de tout ornement de fleurs, et que ces mêmes botanistes aient souhaité un ciel plus doux et se soient enfuis au plus tôt, cherchant vers des contrées meilleures un climat moins funeste à la santé. »

Excité par le désir de connaître les régions visitées précédemment par Ruiz et Pavon, et après avoir séjourné pendant quelques jours sur les rives les plus tristes du Pérou, le docteur Poeppig gravit les Andes de Pasco, et pendant dix mois, il s’établit sur le versant oriental de ces montagnes. M. de Martius, dans son exploration du Brésil, avait remonté l’Amazone à partir de l’océan Atlantique jusqu’aux limites du Pérou, et le docteur Poeppig pensa qu’il serait fort utile qu’il réunît ses propres observations à celles de M. de Martius, afin qu’elles s’enchaînassent ensemble et que la géographie des plantes pût être connue et tracée dans une ligne menée par tout le diamètre de l’Amérique méridionale, depuis la ville de Lima jusqu’à l’embouchure de l’Amazone Au mois d’avril 1850, le docteur Poeppig descend le Huallaga, reste quelques mois dans une région dite la Miûo-Alta , au pied des Andes, et entre dans une des provinces les moins connues de l’Amérique méridionale, celle de Maynas, et dans ses plaines immenses arrosées par un réseau de neuves et ombragées par des forêts éternelles. Pix mois après, il commençait à navi-

guer sur l’Amazone. « Je traversai i’ Amérique méridionale du Pérou au Para sur l’Amazone, écrivait M. Poeppig quelque temps après son retour, mais c’est un chemin que je ne conseillerais à personne de suivre. J étais endurci par une longue habitude des voyages et accoutumé à toutes les fatigues, je parlais facilement la langue des Incas, et cependant j’ai été sur le point d’abandonner l’entreprise. Quoique vivant parmi des sauvages et des millions de mousquites, solitaire et entièrement séparé de tout être civilisé, seul Européen dans une province immense, privé de souliers et de vêtements, n’ayant souvent pas même un morceau de singe pour mon dîner; traité durement par des autorités subalternes au mépris de la protection qui m’était accordée par le gouvernement de Lima, très-éloigné il est vrai ; retenu une fois comme prisonnier pendant trois mois, je n’ai pas, Dieu merci, succombé sous le poids de tant de maux et de périls. Ma résolution croissait en proportion des difficultés. Je vécus même pendant près de dix-huit mois dans les déserts de Maynas, travaillant jour et nuit, sans un seul ami et tout à fait abandonné aux ressources personnelles que je pouvais retirer de mon corps et de mon esprit. »

Le docteur Poeppig séjourna à Ega, dans la comarque brésilienne du Rio-Negro, suivant, depuis le mois de septembre J 851 jusqu’au mois d’avril 1852, les traces de M. de Martius, son prédécesseur. La guerre commuait dans ces contrées ; il n’y avait plus de sûreté pour les étrangers. M. Poeppig reprit sa route vers les rivages atlantiques, et ayant consacré un mois à l’observation de la flore du littoral, il se détermina enfin à quitter le Pérou pour se rendre en Europe.

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