‹ Musée botanique. De M. Benjamin Delessert. Notices sur les collections de plantes et la bibliothèque qui le composent; contenant en outre des documents sur les principaux herbiers d'Europe et l'exposé des voyages entrepris dans l'intérêt de la botaniqueChapitre 92 sur 257 · II. Claude CJay · texte numérisé non relu

II. Claude CJay

M. Claude Gay partit pour le Chili vers la fin de 1828 avec l’intention de tracer l’histoire naturelle et physique de ce pays. 11 toucha successivement à Rio de Janeiro, Montevideo,

Buenos Ayres, etc., profitant de son séjour dans chacune de ces relâches pour se livrer dans les environs à des courses consacrées plus particulièrement à la botanique.

Arrivé en décembre 1828 à Valparaiso, M. Gay s’occupa de rassembler les matériaux qui devaient lui servir pour l'ouvrage qu’il projetait. Un séjour de neuf mois qu’il fit à Santiago, capitale du Chili, le mit à même de bien étudier la flore de ses environs et même celle des Cordillères voisines. Le gouvernement chilien, témoin du résultat de ses travaux, voulut y prendre une part tout à fait active ; il lui donna de fortes lettres de recommandation pour les autorités des environs, et se chargea d’acquitter tous les frais que ses recherches pourraient nécessiter. A l’aide de cette haute protection, M. Gay put étendre ses courses et se livrer entièrement à l’étude des objets qui avaient été la principale occasion de son voyage. Ainsi rendu, vers la fin de l’année 4 850, dans la province de Golchagua, située au sud de celle de Santiago, et ayant choisi San-Fernando, sa capitale, pour en faire en quelque sorte son quartier général, il mit sept mois à parcourir cette province dans sa plus grande étendue, visitant surtout les hautes Cordillères, et escaladant une fois le grand volcan de Talcaregue, placé à leur centre même. Par là ses collections s’enrichirent d’une foule de plantes tout à fait nouvelles, notamment dans la famille des Nassauviées qui caractérise à un haut degré la flore de cette région.

C’est au retour d’un de ces voyages que M Gay alla visiter le lac Taguatagua, orné par la nature de ces îles flottantes que l’industrie chinoise est parvenue à créer dans les grands bassins de la Chine. « On sait que les Chinois réunissent, au moyen de liens, des champs de roseaux assez légers pour supporter sans immersion une couche plus ou moins épaisse de terreau, et qu’ils les coupent ensuite en dessous, puis les lancent avec des amarres comme de véritables radeaux. A Taguatagua, c’est avec des liserons flexibles que la nature enlace des tiges d ’Anuido et de Typha, sur lesquelles viennent

échouer d’autres plantes dont les débris forment le sol de l’île mobile. M. Gay s’aventura au milieu de ces archipels sur une embarcation assez semblable aux îles mêmes, et il récolta de cette manière, parmi d’autres objets curieux pour l’histoire naturelle, beaucoup de plantes aquatiques intéressantes. Les hautes montagnes qui environnent le lac lui fournirent des récoltes botaniques plus abondantes encore (I). »

M. Gay songeait à venir chercher en France les instruments qui devaient faciliter ses travaux, et dont le gouvernement chilien faisait tous les frais d’achat, etc. Avant son départ, et en attendant un navire, M. Gay entreprit un voyage à File de Juan-Fernandez, qu’avait visitée peu de temps auparavant le malheureux Bertero ; il y resta un mois, et, quoique la saison fût déjà avancée, il en rapporta une assez belle collection de plantes. Vers le mois de mars \ 851, il s’embarque pour la France. Le 25 mai J 854, il se retrouvait à Valparaiso, et bientôt après à Santiago. Vers le mois de décembre, décidé à commencer ses courses scientifiques, qu’il voulait étendre dans toute la république, il crut devoir, pour obtenir les meilleurs résultats possibles de ses recherches, aller s’établir successivement dans la capitale de chacune des neuf provinces qui composent le Chili, se proposant de rayonner surtous les points et d’étudier l’histoire naturelle de ces diverses provinces. Il parcourut d’abord la province de Valdivia, et ensuite celles de Ghiloé, de Coquimbo, Aconcagua, Cauquenes, Conception, etc. Les recherches auxquelles il s’est livré, et les observations de tout genre qu’il a faites dans ses explorations, fourniront de belles données sur la géographie physique de cette contrée, et seront importantes surtout pour la géographie botanique, dont M. Gay s’est constamment occupé dans le cours de ses voyages.

Afin d’étudier d’une manière plus ou moins comparative la

(■) Rapport sur la partie botanique (lu voyage de M. Gay au Chili, par M. Adrien de Jussieu.

végétation du Pérou, au moins dans une partie de ce pays, M. Gay se rendit à Lima en juillet 1 859 et y resta près de deux mois, donnant une partie de son temps à des courses botaniques, rendues plus fructueuses encore par les herborisations à plusieurs lieues à la ronde de deux préparateurs qu’il avait amenés avec lui pour cet objet. 11 se livra aussi à des recherches historiques dans les archives de l’ancienne vice-royauté, qui toutes furent mises à sa disposition. Vers le mois d’octobre, et ses recherches historiques étant terminées, il entreprit un voyage à Cuzco pour y continuer ses travaux scientifiques. Plus de deux mois s’écoulèrent avant qu’il arrivât dans cette capitale des anciens ïncas. Il visita en passant les mines de Tingo, situées dans les premières Cordillères, à une hauteur de 5,117 mètres; Huancayo; Huancabelica, avec ses riches mines de mercure ; Andahuayia et Àbancay, si renommés par la belle qualité de sucre qu’ils produisent; et traversa aussi le fameux pont de l’Apurimac, pont suspendu construit en cordes, et d’une longueur extraordinaire; enfin, il arriva à Cuzco avec de riches collections qu’il avait faites en route. Il resta quelques jours occupé à parcourir les environs de cette ville, et s’achemina ensuite vers le centre de l’Amérique méridionale, chez les redoutables indiens Paucartambinos, Chahuaris, Chantaquiros, qui vivent constamment dans les belles forêts vierges de cette région. Ce voyage chez ces peuplades tout à fait sauvages n’avait eu d’autre motif que la curiosité; M. Gay en fit cependant profiter la botanique, quoiqu’il ne pût qu’avec peine dessécher les plantes qu’il ramassait, n’avant pas voulu apporter du papier avec lui dans la crainte d’éveiller quelques soupçons parmi les naturels. De retour à Cuzco, et après avoir mis en ordre ses collections, il dirigea ses courses vers une autre vallée beaucoup moins boisée, mais aussi beaucoup plus riche pour le botaniste, â cause de la grande variété de ses végétaux. Cette vallée, connue sous le nom de Santa-Ànna, longe la rivière d’Urubamba, et s’étend jusqu’à l’endroit où cette rivière prend le nom de

Ucayali, qu’elle conserve jusqu’à sa jonction au fleuve Amazone. Pendant ce voyage, M. Gay se livrait à des travaux de physique terrestre, tandis que ses deux préparateurs s’occupaient exclusivement des recherches d’histoire naturelle. Ces explorations durèrent à peu près quatre mois; un autre mois fut employé par M. Gay à visiter particulièrement les riches et importants débris des monuments des anciens incas, ruines qu’on retrouve à chaque pas dans toute l’étendue de la vaste province de Guzco, et qui sont propres à fournir les renseignements les plus curieux sur la nature de cette civilisation perdue. « L’indest.uctibilité de ces monuments, écrivait M. Gay, résulte de la forme et de la dimension de leurs matériaux : ce ne sont point des pierres, ni même des roches, mais de véritables rochers entassés les uns sur les autres, et tellement bien superposés et unis, qu’il serait diffh ile de passer la pointe d’un canif dans leur plan de jonction. Lorsqu’on pense que ces Indiens n’avaient ni leviers, ni machines, qu’ils ne connaissaient point l’usage du fer, et encore moins celui du mastic ou de tout autre ciment, on ne peut qu’être surpris de la haute perfection et du nombre si grand de ces travaux. » M. Gay avait pensé revenir au Chili en traversant toute la Bolivie, mais les bruits de guerre entre le Pérou et la Bolivie mirent obstacle à ce grand voyage. 11 se vit donc obligé de se rendre à Arequipa, en passant par un chemin dont la plus petite hauteur était de 5 ,4 89 mètres, et qui montait insensiblement jusqu’à 4,915, régions élevées, où, par une circonstance remarquable, tous les jours, depuis une heure jusqu’à cinq heures du soir, l’atmosphère est continuellement embrasée par d’immenses éclairs, et tourmentée par des pluies de grêle, et par des coups de tonnerre dont on ne peut avoir aucune idée en Europe. M. Gay espérait pouvoir traverser le vaste désert d’Atacama ; il en fut malheureusement empêché par la saison qui était extrêmement sèche. 11 revint par Lima et Callao à Valparaiso, où il arrivait au commencement d’avril 4 840. Tous ses travaux dans le Chili étaient à peu

près terminés; les départements de Capiapo et de Iluasco, dans la province de Coquimbo, étaient presque les seuls qu’il n’eût pas visités à cause de la grande sécheresse qui y avait duré plusieurs années; mais l’hiver de 1840 ayant été assez pluvieux, M. Gay se décida, au printemps, à visiter ces pays dont le sol, à la moindre pluie, fournit la plus belle végétation. Il explora scientifiquement, sous tous les rapports, ces deux départements, et ses excursions, prolongées jusqu’au centre des Cordillères, lui procurèrent des plantes nouvelles et très-intéressantes. De retour à Santiago, il s’occupa a mettre la dernière main au cabinet d’histoire naturelle qu’il à en quelque sorte fondé dans cette ville, et qui renferme une collection, à peu près complète, de toute l’histoire naturelle chilienne. Ce travail, assez long à cause de la détermination et de la classification des objets, le retint plus de dix-huit mois, et ce ne fut que le 26 juin 1842 qu’il put s’embarquer pour retourner en France, d’où il était absent depuis près de neuf années. Ses nombreuses collections relatives à la botanique, à la zoologie et à la minéralogie, ont été déposées au Muséum d’histoire naturelle de Paris.

Des exemplaires de toutes les plantes rapportées par M. Gay font partie des collections de M. Delessert.

Voyageurs qui ont visité le Pérou seulement.

M. llaOiews.

M. Mathews (Alexandre) a enrichi l’herbier de plantes du Pérou, de Lima, où il résidait; il a fait des excursions dans diverses directions, et spécialement dans les Cordillères. Au commencement de l’année 4 855, il revenait par Pasco d’un voyage où il avait visité Huanuco, Tarma, Huaras. Huancayo ; au mois d’avril, il parcourait les environs de Pangoa, à l’est de la ville de Jauja. Cette ville est connue par ses grandes cultures de YErylhroxqlon Coca (Coca des Indiens). On sait que

ces derniers font un grand usage des feuilles de cette plante, que l’on recueille et qu’on sèche avec le plus grand soin, et qui donne lieu à un commerce assez étendu. Les Indiens mâchent continuellement ces feuilles, qui produisent sur eux le même effet que l'opium et les liqueurs fortes sur les peuples des autres nations. Aucune considération, le risque de perdre son emploi, l’approche même d’un danger, rien ne peut empêcher l’Indien de se livrer, à certains moments du jour, à cette occupation pour laquelle il lui faut le repos et Se silence. On en a vu se réfugier dans la profondeur des forêts, et là, étendus au pied d’un arbre, mâcher le coca pendant plusieurs jours, insoucieux des pluies, des vents, des ombres de la nuit, et revenir ensuite au milieu des leurs, mais pâles, les jambes tremblantes, pouvant à peine se soutenir, et abîmés par la fatigue.

En novembre 1855, M. Mathews était à Casapi, dans la province de Iluanuco et sur les bords de la rivière de Huallaga, un des affluents de l’Amazone. Le 17 avril suivant, il quitte Casapi, et après quatre jours de voyage, il atteint Juana-del- Rio, à l’opposé de la rivière Monson, traversant à pied d’épaisses forêts, grimpant sur les rochers et se frayant luimême une route; arrive à Juan-Guerra, port de Tarapota, près du point de jonction du Rio Moyobamba avec le Huallaga, et s’arrête à Moyobamba. Depuis son départ de Casapi, il augmente d’une manière considérable ses collections de plantes, d’animaux, d’insectes et de coquilles. 11 entreprend ensuite une excursion à Chacapoyas, situé sur un des tributaires de l’Amazone, reste deux mois dans ce pays riche en plantes alpines, se rend de là à ïruxillo, sur la côte, et arrive enfin à Lima le 10 novembre, après un voyage pénible, mais dont les résultats furent des plus satisfaisants. Sa collection de plantes se montait environ à 4 0,000 échantillons, renfermant près de 900 espèces de plantes.

La santé de M. Mathews, altérée par ses fatigues et par le climat, ne lui ayant pas permis d’habiter constamment la

ville de Lima, il en était parti en juillet 1 859 pour se rendre dans le nord, à Moyobamba et à Chacapoyas. Il est mort dans cette dernière ville le 24 novembre 1811 .

Voyageurs qui ont visite le Chili seulement.

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