ARMOIRIES DU CORPS DES ORFÈVRES
Noms (les «ix (.'ardes en cliar^e en ij'it). 'Gravure exlraile de U Clleclion Deliimare. Hibl. iiat., ms, fr. 2179", fol. 22-J.)
onze deniers, douze grains le niiu-c. Les rubis, grenats, émeraudes, améthystes, doivent être sertis sans feuille dans le fond, les perles d'Orient ne peuvent être mélangées avec les perles d'Ecosse, plus communes. Pour les [)erles, connue pour le titre de l'or, on admet une tolérance, ou, comme on disait alors, « un remède » au sujet des joyaux d'église qui atteignent souvent de grandes dimensions. L'obligation de seing ou poinçon des orfèvres, prescrit pour la première fois en 1275, est contirmée. Enfin l'administration de la Communauté passe de trois à six jurés, nombre (pii ne sera plus dépassé (1).
En 1421 et 1429, statuts et arrêt soumettant les orfèvres h l'inspection des maîtres généraux des monnaies, et les obligeant à ajouter leur poinçon particulier à celui de la Communauté. C'est l'intervention directe de l'Etat qui commence ; désormais les orfèvres sont placés sous l'autorité et le contrôle de la juridiction de la Cour des Monnaies, qui ne cessera plus de s'exercer sur eux. Les précautions se multiplient à leur égard pour l'observation des lois concernant l'emploi des matières précieuses.
En lo04, Louis XII, pour faciliter la surveillance, va jusqu'à forcer les orfèvres à inscrire sur un registre tous les objets qu'ils vendent, avec mention à part du prix du métal et du prix de la façon.
Kn laoi, François I" confirma les statuts de 13oo.
En loi3, le même roi, sur les remontrances faites aux maîtres généraux des nioiniaies, pi'omulgue un nouveau texte de règlement pour l'orfèvrerie dans tout le royaume. Fait très particulier et qu'il faut noter, c'est que ce règlement a la forme impérative des édits. Chaque article se termine par les termes consacrés : « Statuons et ordonnons ». C'est le signe encore plus marqué de l'ingérence directe de l'administration dans les affaires de la communauté de Saint- Eloi. L'or, à 22 carats, sera vendu de 149 à 163 livres le marc, en comptant la façon en sus. Tout or inférieur à 21 carats sera cassé. L'argent sera à 1 1 deniers 12 grains le marc, titre de Paris. Les maîtres orfèvres continueront à émailler leurs ouvrages comme ils l'entendront, et à tailler tous les genres de pierres précieuses. Enfin, pour la délicate question des visites, la concession est accordée aux orfèvres (|u'elles pourront être faites par les gardes naturels de la communauté, mais à la condition d'être contrôlées par les maîtres généraux des monnaies.
En looo, paraît une ordonnance de Henri II qui, suivie d'arrêts et de règlements divers, destinés à procurer des ressources au Trésor sous forme de prix de maîtrise, bouleverse l'ordre établi pour les réceptions et constitue une véritable refonte des statuts anciens. Les orfèvres dans leurs luttes contre certaines corporations i-ivales, telles que celles des merciers, des horlogers, perdent sensiblement du terrain.
1 R. (le Lfspinasse el F. Uonuardot, Z»" Livre des tnêliem (.rEliemie Builc.iu. ilaii# la coUuctidU de 17//sloiie générale de Paris 1819. iu-40 . page 32.
En 1679, Louis XIV donne de nouveaux statuts se rapprochant de ceux de 15o5, et corrigeant ceux-ci en tenant compte de toutes les décisions survenues dans l'intervalle. Us furent discutés par les maîtres orfèvres, par la Cour des Monnaies, par le Conseil privé. Ils ne touchent pas à tous les points des règlements, mais seulement à ceux qu'on voulait perfectionner; la marque de l'or, question capitale, est encore une fois fixée et précisée. Le contrôle est de plus en plus obligatoire. Les instructions pour les marques, poinçons, contremarques, etc,... sont minutieusement stipulées, ainsi que l'endroit de chaque pièce devant porter le dit poinçon. La liste exacte des maîtres orfèvres avec leur demeure sera dressée chaque année. Leur caution est élevée de 20 marcs d'argent à 1000 livres. Tous doivent avoir boutique ouverte, sinon rendre leur poinçon. Dans cette boutique, le travail doit pouvoir être \u facilement du public; les forges et fourneaux scellés en plâtre à six pieds de la rue sans qu'il soit permis d'en mettre ailleurs, dans l'arrière-boutique ou la salle basse, à moins de permission spéciale. Les merciers reçoivent l'autorisation de vendre des pièces d'orfèvrerie fabriquées à l'étranger, mais à condition d'en faire la déclaration au bureau des orfèvres où celles-ci seront marquées d'un poinçon spécial. Les veuves des maîtres orfèvres pourront continuer le commerce des marchandises d'orfèvrerie et joaillerie en boutiques « ouvertes », mais seront obligées de les faire poinçonner par nn maître exerçant qui sera responsable de l'aloi des matières. Les statuts de 1679 restèrent en vigueur, presque sans modification, jusqu'à la Révolution.
Tels sont, succinctement analysés, les règlements qui pendant des siècles ont régi la corporation des orfèvres, et qui ont contribué assurément, à travers les révolutions, à maintenir les nobles traditions de leur métier. Aujourd'hui encore, la probité de l'orfèvre parisien, conservée intacte au milieu de l'avilissement de toutes les marchandises, lui permet de dire, comme au treizième siècle, — selon une juste remarque, — avec vérité et sans forfanterie, que son or passe tous les ors de la terre (i).
Durant le dix-huitième siècle, la corporation des orfèvres, qui avait eu à soutenir maintes fois dans les âges précédents des luttes souvent difficiles, tantôt contre le pouvoir pour défendre son indépendance, et tantôt contre des communautés rivales qui prétendaient empiéter sur ses privilèges, semble avoir vécu d'une existence assez paisible. Les édits, ordonnances, lettres patentes ou arrêts qui la concernent, ne présentent pour cette époque qu'un intérêt relatif. Il faut noter toutefois les dernières phases de ses antiques démêlés avec des métiers tels que
fl) René de Lespinassc : Ifs Mélieis et (^orjujvuHunn du la Ville de Paiix lS9i. in-4" ', pages 1-GO. — C'est d'après les dociuients pul>liés dans ce savant ouvrage que nous avons résumé les anciens règlements delà Corporation des orfèvres. Nous les avons d'ailleurs contrôlés avec le recueil entrepris par la comuninauté des Orfèvres et imprimé en ll.'iil sous la direction de Pierre Leroy: c'est un véritable code rédigé eu 14 litres et 145 articles, avec textes à l'appui do chaque que^tiou.
ceux dos fjraveiirs, des /apidain's, des ôatleiirs d'or, des couteliers, des balanciers, des émailleiirs , des horlogers, etc,... ([ui, tout en ayaiil des points de contact avec celui des orfèvres, s'étaient toujours eirorccs de s'en distinjiuci' et de garder leurs statuts propres, en refusant de se laisser absorber. Ainsi, la corporation des graveurs obtenait encore, en 1737, le renouvellement d'une ancienne ordonnance qui empêchait les orfèvres de graver des sceaux. Mais quelques années plus tard, en \~<A, les orfèvi'cs n'en parvenaient pas moins à arracher une répétition d'un arrêt de 10(3:2 qui les laissait absolument libres de graver tout ce qu'ils voudraient
Alelicr d'orlevros. avec IVnclres sur la rue. au ilix-luiiliènie siècle.
sur leurs œuvres d'or et d'argent. De même que les lapidaires ((|ui pourtant ne devaient guère porter ondjrage à qui que ce fût, eux dont la profession était si limitée et si ingrate), ayant émis, en 17iO, la prétention de faire prendre à leurs jurés le même litre de gardes qu'avaient les jurés de l'orfcvrerie, se virent rudement refuser cette autorisation. Ils finirent, de guerre lasse, par se laisser incorpoi-cr aux orfèvres en 1781. Quant aux émailleurs ou patenàlriers (l), ils avaient depuis longtemjjs renoncé à toute lutte avec les fiers disciples de saint Eloi, et dès 1718 leur fusion fut prononcée avec les fabricants d'orfèvrerie d'imitation ou orfèvres-faussetiers; les batteurs d'or, dont le métier consiste à convertir en
il (.'.<• pracieux nom t]c pal enô/iiers élait einjiriiiiti' ili'puis le iiioytMi àiro au iri'ain du rli,i[)i'let ou paler iiosti-r. Les palenôtriers. à l'oriiîine, éiliaillaieiit tontes sortes d'ohjcis, couuix' 1 lucllqueut leurs statuts de 1309. Mai'', peu à peu. ils avaient restreint leur travail aux suhstanees communes, et aux objets hou niarrhé. houcles. boutons, chapelets, etc.. laissant le champ lilire aux orfèvres pour l'émaillerie de l'or et lie l'ar-îent.
feuilles plus ou moins minces l'or, Targent ou le cuivre pour les différentes applications de dorure, se considéraient aussi comme « membres des orfèvres » tout en soutenant la spécialité de leur travail (1) et leur droit à une maîtrise distincte.Leur communauté compren^iit vingt-huit maîtres au milieu du dix-huitième siècle. Elle maintint son autonomie jusqu'en 1776, date à laquelle la nouvelle organisation par Turgot la fit définitivement confondre avec les orfèvres. Ces derniers éprouvèrent plus de résistance de la part des couteliers, avec qui, depuis le seizième siècle, ils n'avaient guère cessé d'être en contestation. Ce métier, d'ailleurs, prenait de plus en plus d'extension. Durant la Renaissance, le luxe des armes dorées et damasquinées avait fait naître les « doreurs sur métaux » qui formèrent une corporation spéciale, reconnue en 1565. Au dix-huitième siècle, les couteliers, entraînés par le goût croissant des élégances qui amenait leur industrie à employer continuellement les métaux précieux, furent plus d'une fois en butte aux protestations des orfèvres qui voulurent les empêcher de fabriquer des ustensiles d'argent et d'or. Finalement, en 1756, les couteliers, dont la corporation ne comprenait pas alors moins de cent vingt maîtres, réussirent à faire rendre à la Cour des Monnaies un arrêt leur permettant de fondre et employer pour la confection des instruments de chirurgie, manches et lames de couteaux, branches de ciseaux, et généralement de tous les ouvrages de leur art, les matières d'or et d'argent (2). C'était pour eux, après tant d'années d'entraves, une brillante victoire et la liberté de l'essor !
Il est curieux de constater qu'à diverses reprises, au dix-huitième siècle, les orfèvres durent eux-mêmes provoquer des mesures répressives contre certains de leurs confrères qui, cédant à la tendance de l'époque, pour les matières en simili, usaient parfois de procédés suspects. Un arrêt du Conseil d'Etat défendit notamment « d'employer aucun parfum ou fumage pour donner à l'argent la teinture ou couleur d'or ». Par contre, ils furent autorisés à exécuter certains « menus objets, comme étuis, boutons, boëtes, etc., au titre seulement de 20 karats 1/4 au remède d'un quart de karat » (3). Les contraventions de n'importe quel genre étaient, il faut insister encore sur ce point, extrêmement rares. Respectueux de la loi et de leurs règlements, connaissant bien leurs devoirs envers l'administration et les respectant, foncièrement dévoués aux intérêts corporatifs,les maîtres orfèvres s'entendaient admirablement à conduire leurs affaires. En 1745, la communauté, qui était charitable et entretenait une quarantaine de confrères tombés dans la misère, se trouva endettée par les nombreuses répa-
(1) Les Ijatteurs d'tjr ôtniont, de iiièmc que les lileurs d'or, soumis à la roi-prjralioii des orfrvres, tout en ayant leur corporation distiuele, plaeés également sous la juridiction de la Cour des .Monnaies. « Les batteurs d'or, dit le Guide des marrhands de 1766 (page 163 , réduisent l'or et l'argent eu livrets; le livret est de 25 feuilles, et l'once d'or Laltn donne 1 MW feuilles de 37 ligues carrées chacune. » Un lingot d'or de la valeur de 40 francs permet d'olitenir une feuille couvrant une surface de 40 mètres carrés.
(2j R. de Lespinasse, ouvrage cité, page 60.
(3) Déclaration du roi du 23 novembre 1721.
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Helcvc des principaux poiii(,ons d'orrévres de lOjy à 17X0,
rations de ses I);UiiiuMils : logements des niailros iiainres et des veuves, du chapelain, (lu clerc et du concierge; laboratoire pour essais des ouvrages d'or, bureau pour le lerniier de la marque doi', salle des assemblées, etc. La somme due se montait à 1 GO 000 livres, plus un emprunt enregistré de 100000 livres. Pour li({ui(ler la situation, on eut l'idée de faire j)ayer à tout orfèvre, au moment de la |)résentalioii de leurs ouvrages à la marque du poinçon de décharge, cinq sols par marc d'argcnl mis en (cnvre et dix sols [)ar once tl'or, non imputés sur la matière, mais imi(picment sui' la façon, et sans exiger du public aucune augmentation sur le prix des ouvrages » (l). Gi'àce à cette redevance volontaire, la dette fut vile éteinte.
Les maîtres ne toléraient pas les manquements aux statuts de la part de leurs apprentis ou de leurs compagnons. Ceux-ci n'avaient pas le droit de travailler ailleurs (pie dans la boutique à laquelle ils appai-tenaient, et d'être payés autrement (pi'au mois ou à la semaine. Une ordonnance (\c iiolicc de 1732 fait défense expresse de recevoir salaire à la pièce ou à la tâche, « tle s'attrouper ni porter des épées ». De leur côté, les maîtres ne pouvaient recevoir chez eux aucun com- |)agnon (pu^ celui-ci ne montrât le congé de sou précédent maitre, et ne fournit le motif pour lequel il l'avait (piitté. Les rapports des appi'cnlis et des patrons étaient habituellement aifcctueux. On verra plus loin combien furent fréquents, au dix-huitième siècle, les mariages entre les tilles de maîtres et leurs apiM'eulis. M. Germain Bapst a cité à l'appui de cette assertion le contrat d'apprentissage de Pierre Germain avec Nicolas Besnier, orfèvre ordinaire du roi aux galeries du Louvre :2). Besnier s'engageait vis-à-vis de son apprenti à « lui montrer et enseigner l'art et le métier d'orfèvre sans luy en rien celler ni cacher, et à le traiter doucement comme il convient ». L'ap|)renti, de son côté, doit « s'entretenir de vestements honnestes suivant son état, se blanchir, se nourrir, se loger à ses dépens ». Il promet de servir son maitre « lidèlement et lui obéir en tout ce (\u"\\ luy commandera de licite ». Il favorisera ses intérêts et lui évitera tout dommage et « l'en avertira s'il en vient à sa coimaissauce «, l'apprenti promet de ne pas s'absenter pendant les huit aimées que dure son apprentissage, ni « aller travaillei' aiUcurs pendant le dit temps ». Enfin, l'apprenti ne recevait aucune l'éuuuK'ration. mais il n'avait rien non plus à payer pour son instruction (3).
11 nous faut dire maintenant (pielques mots de la question des poinçons qui étaient apposés sur les pièces d'orfèvrerie. Elle a une grande importance pour l'histoire de cet art, et offre un vif intérêt pour les collectionneurs. En effet,
1 Voir Lespiuasse. Duvrajre citi-, page o.j.
2i II s'agit ii-i non pas lin fameux Pierre Germain, iDrlV-vrc de Louis .\l\', père île Thomas (icrmain, «loiit il a été qui'stioii. mais d'un Imuionymi- asec li'quel il est parfois confondu el qui est l"anti'ur des £/(>' mrn/s d orfermii'. Il a été plus communément désigné sous le nom de Piei'rc Germain II dit Le lioniain. Le couli-at d'a|)prentissage de celui-ci est nu document encore inédit. Il se trouve aux Archives nationales, Z I B ly.i. (o 274.
3 Germain Uapsf, l'Orfèvrerie fvnnçnisc à la Cour de l'ordt'/al au dix-hiiiliyme xièclr. page 30.
comme les pièces (raryeiitcric ancienne sont devenues d'une insigne rareté et qu'il est extrêmement difficile d'en rencontrer d'une authenticité indiscutable, tout à fait exempte des retouches ou des maquillages (|uc leur font trop souvent subir les contrefacteurs qui ont acquis dans ce genre une habileté extraordinaire, on conçoit l'utilité qu'il y a de pouvoir reconnaître à des signes certains les œuvres vraies des fausses, bien ou mal imitées. Or, les poinçons peuvent fournir cette certitude, et indiquer en même temps le nom de l'orfèvre et la date d'exécution de la pièce.
On a vu plus haut que, sous l'ancien régime, et principalement au dix-huitième siècle, toute pièce d'orfèvrerie devrait obligatoirement être marquée des quatre poinçons suivants :
Le poinçon de maître. 11 était composé d'abord des initiales du maître orfèvre, ensuite d'une devise à son choix, ou différent., puis d'une fleur de lis couronnée, enfin de deux petits ronds ou points ressemblant à deux 'grains posés parallèlement, afin de rappeler continuellement au fabricant «piil n'avait que deux grains de « remède » dans l'emploi des matières d'argent. Le tout ne pouvait dépasser, y compris le champ, la dimension de deux lignes de hauteur sur une ligne un quart de largeur. Chaque maître orfèvre était tenu de faire insculper son poinçon sur une planche de cuivre déposée au greffe de la Cour des Monnaies et sur une autre déposée au bureau des orfèvres, pour servir en cas de contravention. La devise ou différent était spéciale à chaque maître. Par exemple, Thomas Germain avait une toison; Etienne Jannctz, un marc; François Joubert, un cœur; Robert Magnarl, une étoile; Louis Regnard, un renard; Lehendrick, une colonne; R.-J. Auguste, une palme, etc..
Le poinçon de charge. C'était celui qu'apposait le fermier des droits du roi, et (pii attestait que chaque pièce avait bien été déclarée en son premier état d'ébauche, quand l'orfèvre venait acquitter l'impcM prélevé sur les matières d'or et d'argent. L'usage de ce })oinçon datait de l'établissement de l'impôt sur l'ai'genterie par Louis XIV en 167:2. Chaque ville avait son poinçon spécial, représentant toujours une lettre de l'alphabet. Pour Paris, c'est la lettre. A couronnée qui fut adoptée; le dessin en fut modifié à chaque mutation du fermier. Tantôt l'A traverse la couronne, tantôt cette dernière se trouve au-dessus ou au-dessous, à droite ou à gauche de la lettre. Jusqu'en 1732, la couronne est tantôt lleurdelisée, tantôt ouverte ou fermée, quelquefois simplement surmontée de quelques fleurons ou accompagnée d'ornements divers. Mais, à partir de 175:2. c'est toujours une couronne royale fermée qui surplomble rx\ du fermier.
Poinçon de la maison commune. Immédiatement après avoir été marquée du poinçon de charge, la pièce passait au bureau des orfèvres oii les gardes de l'orfèvrerie avaient à vérifier si elle était aux titres voulus et exigés par la loi, c'esl-àdire au titre de 11 deniers 12 grains pour l'argent, et de 20 karals un (|uarl pour
in
Orfèvrerie d'éirlise. Pierre (icrniain II,
lli)
Orfèvrerie d'cKlise. Pierre Germain II.
k's ouvrajics d'or (ii-dinaircs. Aprù^^ (|iioi teii\-c-i la rcvcMaienl de leur poiiK'on de conlr('mai'(|iie. Ce poiiir-oii cMail cliaii^îv Ions les ans, à {•ha(|ii(' noniiiialion des iKuivcaux parties. Il élait ciifcniié avec sa inaliicc dans uin'cassettc dont les pardes avaient la clef, et (iiii était elle-inrmc placi'e dans ini collrc (pic le fermier ^('lU'ral des droits pouvait senl ouvrir. Il représentait une des vint;l-(piali'e Ici très de l'al- |)liahet. Pour Paris, la lettre A commença à être employée en Tannée l'iOtJ, et fut iei»rise tous les vin^it-trois ans, car on ne se servait ni de l'U ni du J ni du W. Kti 1783, toutefois, on marqua par exception d'un U. Ce lut la seule fois. A partir de ITSiel jiis(nreii 1797, send»le-t-il, on ne mar(pia plus (pie d'un P. (le pdincon (le la maison commune, ainsi (pie l'a très clairement e\pli(pié .M. le haroii Piclion, dans une remarfjuable étude sur l'oi-fèvrerie (1), donne la possibilité (Tassii^ner à tontes les pièces anciennes une date pr(''eise.
Piiinçons do Th. Guriimiii. frappes sur rt'ciicllc appai-U'iiiiiit au cardiual porlufiais Joâo da Molla i' Sil\a.
Poinçon de charge.
Poinvon de la maison commune.
Poinçon de maître ou durèrent.
Poinçon de dt-charac.
Pohiron (le décharge. La pièce étant di'Tinitivement achevée, l'orfèvre la rapportait au bureau du fermier des droits du roi, payait les droits, acquittait la soumission qu'on lui rendait accpiittée, et, comme certificat de payement des dits ilroits, on apposait un quatrième et dernier poinçon nommé, à cause de cela, poinçon de décharge. L'ouvrage, en cet état, pouvait être exposé en vente librement et sans crainte. En résumé, le poinçon de charfje mettait lolijet sous le coup de limpôt. et le poinçon de décharge déclarait l'impôt payé. Le modèle de poinçon (le décharge, particulier à chaque fermier en place, changeait chaque fois qu'il en arrivait un nouveau. Dans le cours du dix-huitième siècle, il y eut (de 1703 à 1789) dix-neuf fermiers, d'où dix-neuf poinçons différents. Tantôt ce fut une couronne, ou un trèfle, un soleil, une tète d'oiseau; lanlùt une tête de griffon, un caducée, une feuille de iK'Ilier, etc.
Ces indications sur les poinçons des orfèvres ont vie très clairement données par .M. Paul iùidel, le savant collectionneur, dans le recueil dont nous avons déjà parlé et ipTil a |niblié (piehpie temps avant sa vente. Nous les lui avons empruntées (2).
(1) Baron l'ichon : Catalogue de vente de sa collection d'orfèvrerie, juin 1S18.
l2; Soixante /tliinclies d'oi/rcrerii! de la collccl'on de Paul Eudft. pour faire suite ;iux Elémcnls t/'orfèm-eiie composés par Pierre Germain, se veudaiit a Paris chez Quantin. 1, lue Saint-lJeiiiard. Muccct.xxxiv.
Au-dessous do presque toutes les pièces, il avait pris soiu de faire graver à une échelle suffisante les dilTéi-ents poinçons apposés sur chacune d'elles. Nous avons donné à la page précédente les ([uatre poinçons frappés sous l'écuelle d'un cardinal Portugais, exécutée par Thomas Germain en 1732.
Le n° l est le poinçon de charge : la lettre A surmontée d'une couronne fermée.
Le n'^ 2 est le poinçon de la commune, qui était en 1733 un R, et avait été apposé par Hubert Louvet, qui fut fermier de 1732 à 1738.
Le n" 3 était le poinçon de maître ou différent. Les deux lettres T et G indiquent bien que Thomas Germain en est l'auteur et non son fds François-Thomas, comme on la dit par erreur.
Le n" 4 est le poinçon de décharge; il était variable et arbitrairement choisi par le fermier.
11 serait à souhaiter ([u'un érudit entreprit de dresser une sorte de dictionnaire des orfèvres français, tout au moins pour les dix-septième et dix-huitième siècles. Un tel travail, malgré les lacunes inévitables qui ne pourraient point être comblées, rendrait assurément les plus grands services. Le savant Ijaron Piclion l'avait commencé, mais la tâche lui parut hérissée de telles difficultés qu'il y renonça. En tout cas, il est mort sans l'avoir achevé. Peut-être rèvait-il de trop bien faire. xN'aurait-on qu'une liste chronologique des principaux orfèvres de Paris reçus à la maîtrise par la Cour des Monnaies, qu'un document de ce genre serait extrêmement utile. Quoi qu'il en soit, je me bornerai ici à ajouter aux noms de Claude Ballin, J.-A. Meissonnier et Thomas Germain indiqués ci-dessus comme les plus célèbres orfèvres de la première moitié du dix-huitième siècle, (pielques maîtres qui furent leurs contemporains et jouirent durant cette même période d'une certaine réputation.
Tout d'abord, il faut mentionner Nicolas Besnier, un des trois orfèvres du roi logés au Louvre et qui partagea cet honneur avec Claude Ballin et Thomas Germain. C'est à lui que Louis XV fit exécuter son anneau nuptial et commanda la plus grande |jartie de sa vaisselle de table; en 1737, il lui en fit exécuter une de vermeil du poids de 1 100 marcs. Ce fut son dernier travail important, car, cette année même, il se retira des affaires, cédant la survivance de sa charge à son gendre Jacques Roëttiers. A côté de Nicolas Besnier, qui fut l'un des orfèvres les j)lus en vue de son époque après ceux cpie j'ai déjà mentionnés, il en existait beaucoup d'autres assurément qui, dès les premières années de la Régence jusqu'au milieu du règne de Louis XV, eurent de la réputation. Les noms de quel([ue3-uns seulement sont parvenus jusqu'à nous, mais l'on ne possède sur eux que des renseignements la plupart du temps assez vagues. Tels sont : Frmiçois Gauche/et (reçu maître en 1692), dont la fille. Anne-Denise, épousa l'illustre Thomas Germain; son portrait se trouve à côté de celui de son mari dans la toile de Largillière, que possède M. Odiot; François Vincent (reçu
Orfèvrerie civile. Pierre Germain II,
Orfèvrerie civile. Pieri-e GeiiiKiin II.
inaiti'o en I6881 ; Thoinas-Léonanl Larjucau (reçu maître (mi KîD'f, mort en 1750), marié à nne fille de Pierre Germain, et ([ni eut un fils, Léonard Lagneau (reçu maiire en \~'H), lequel fut eonséqnemmeiit neveu de Thomas Germain; François
Huilier (le J.-Fr. Halzac (i-:>:>).
Hi(jal ;reru maitre en 17:20), cl qui devint grand-garde des orfèvres; Noël Léonard
(reçu maître en 1714); liobert Magnart; Thomas Chancelier, orfèvre privilé"ié du roi
suivant la cour (reçu nuiilre en 17oG:; Louis Rcgnard ; Antoine de Sa/nl-\icolas, (lui
avait pour poinçon une rose; J.-F. Balzac, à cpii
Ion doit l'huilier et le flambeau datés de 175o, de
la collection Paul Eudel, dont nous donnons ici
la reproduction; Grégoire Masse, d'une époque un
peu antérieure, à en juger par certaines pièces
marquées de son poinçon el ijui portent la date de 1708; Antoine Jusseg, du même temps; César Ilaudry , l'auteur de superbes saucières qui ont fait partie aussi de la collection Paul Eudel: J.-F. Gorget, Faijolle, Hébert, Uerbault, Vabatjer, Allain, Devos, fournisseurs attitrés de la Cour entre les aimées 17o() el 1750, etc., etc. Mentionnons à part trois élèves de Thomas Germain : Jean-Etirnne Hnron (reçu maître en 1735), dont on connaît deux très belles jardinières qui se trouvaient dans la collection de M. Polowstolf, et un plateau d'une admirable ciselure appartenant au grand-due Alexis; Louis-Joseph Lehendrick, excellent artiste, d'un talent remarquable qui devint un des meilleurs orfèvres de la période suivante et dont nous parle-
, , . , , ^. . Fliiniljcau de .I.-Fr. lialzac (1755).
rons plus lom; J.-L. Tourteau, qui se spécialisa
dans le commerce des pierres et qui, associé avec Aubert. le joaillier de la Cour,
sut acquérir une fortune considérable. N'oublions pas l'élève de Besnier, ce Picore Germain (né en 1716, reçu maitre en 1744, mort en 1783) que la similitude de nom a fait confondre avec son célèbre homonyme, bien qu'il n'eût avec lui aucune parenté, et qui est souvent surnommé le Romain. Pierre Germain, dit le Romain, s'il ne fut pas un orfèvre transcendant, n'en a pas moins joué un certain rôle dans sa corporation (1). Ses confrères l'élurent garde en 1757 et grandgarde en 1773, ce qui prouve l'estime en laquelle ils le tenaient. Lors de sa mort, ce fut au nom de MM. les Gardes de l'orfèvrerie de Paris que fut envoyée l'invitation au service cpii fut célébré en l'église de Saint-Éloi f^).
DUS êtes priés de la part de Mejjieiirs les Gardes de l' Orfèvrerie- Joyaillerie de Paris,d'alpfler au Service qu'Us feront célébrer pour le Repos de l Ame de M, Pierre GERMAIN , Marchand Orfèvre , ancien Grand Garde du Corps de l'Orfèvrerie, & Grand- Ménager de l'Univerfitè de Parts , quife dira Lundi g Février i y 8 g, à dix heures du matin, en l'Egltfe de Saint Eloy, des Marchands Orfèvres- Joyatlliers,
Meffieurs & Dames s'y trouveronts il leur plaît.
De profundis.
Ses œuvres, marquées de poinçon P. G. et d'un germe, paraissaient avoir brillé surtout par la conscience et la sagesse de l'exécution. On ne connaît aucune œuvre existante pouvant lui être attribuée; ses travaux, du reste, ont dû être peu nombreux, à en juger par le chiffre de ses affaires qui ressort des chiffres de l'impôt du vingtième. 11 payait, en 1773, 19 livres 16 sols; de 1775 à 1776, 5 livres 8 sols.
Son principal titre à la notoriété, c'est la publication faite par lui en 1748 d'un recueil bien connu qui est intitulé Éléments d'orfèvrerie, dans lequel se trouvent cent planches gravées représentant des pièces d'argenterie de l'époque; sur ce nombre, il y en a 93 signées de lui et 7 par J.-J. Roëttiers : c'est ce qui l'a sauvé
(1) Pierre Geriii;iin, !e Roiii;uii, était originaire (l'Avigiiou. D'après M. Germain liapst, il était le si'ptièine fils il'un journalier de ceUe ville. Il resta vingt-ein(| ans, d'ahoni ronune apprenti, puis ouvrier dans l'atelier de liesnier et du successeur de eelui-(,-i, J.-J. Hoi-tliers, avant de reeev(]ii' la maîtrise: d'a|)rès les listes décapitation de l'époque, il n'occupait que le 1 iy^ rang ilans la i-iH'[iorution au point de vue de l'importance commerciale.
(2! Collection Henri Vever.
Urfi'vreric ci^■i'H•, Picirt' (n-rnuiiu H,
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Service de tnilettc. Pierre Germain II.
de l'oubli. Reçu maUi'e on 1744, c'est quatre ans seulement après qu'il publia ses K/émritts d'orfèvrerie. Les très intéressants documents qu'il contient ne pouvaient ilonc être la reproduction des œuvres sorties de son atelier. Elles sont plutôt les œuvres de ses devanciers, mais il est plus probable que ces dessins sont des compositions conçues dans le ^oùt du temps, et (pi'il a voulu faire une œuvre didactique comme il scmbli' riiidiipicr lui-même lorscpri! écrit dans Tavis imprimé en tète de ce recueil :
« J'espère f|ue je ne serais pas désapprouvé d'avoir voulu par cet ouvrage » seconder les bonnes dispositions des jeunes gens, poiu- lesquels seuls je l'ai » composé. J'ai joint d'antres dessins de M. Roëttiers de queUpies morceaux d'or- » fèvrerie (pfil exécute actuellement poin- Monseigneur le Dauphin. Heureux si » mes soins sont agréés et peuvent contribuer à la perfection de ceux qui veulent » embrasser le talent de l'œuvre de l'orfèvrerie. »
Nous n'oserions dire que son homonyme François-Thomas Germain, reçu maître en 17 i8, date de la publication des Élémeiits d'orfèvrerie de Pierre Germain, y puisa des renseignements utiles, les modèles laissés par son père lui suffisaient : mais les o'uvres connues de François-Thomas Germain ont un tel air (le famille, ([ue Ion comprend la confusion qui s'est établie sur leur parenté possible.
Il est certain que P. Germain fit un recueil précieux pour les orfèvres de son temps connue aussi pour les maîtres qui devaient venir après lui. Les orfèvres de nos joui's trouvèrent dans cet ouvrage des documents authentiques qui leur |iermii'ent de recommencer à la fin du dix-neuvième siècle une lloraison nouvelle du style Louis W, I)ien faite pour plaire à la clientèle d'amateurs de notre temps mis en goût par les Expositions rétrospectives. Nous donnons ici une série de pièces d'orfèvrerie d'église, d'orfèvrerie civile et de décor qui nous ont paru les plus typiques parmi les cent planches de cet ouvrage qui nous édifie si bien sur le goût qui régnait vers 17o0. La rocaille, on le verra, a disparu, et le peu qu'il en reste est assagi par le temps.
Pai'ini les œuvres d'orfèvrerie d'église nous avons choisi un calice, deux burettes pour les évèques et deux encensoirs.
Puis, ilans une seconde planche, nous avons réuni une lampe de sanctuaire, deux calices, un ciboire et deux vases d'autel. Parmi les œ^uvres d'orfèvrerie civile, (|ui nous ont pai'u intéressantes à reproduire, nous avons choisi dans le recueil de Pierre (iermaiu, une salière à deux usages, formée de deux coquilles accouplées et reliées par des rinceaux cpii portent un écusson, puis une cafetière, une th(''ièi-e et un drageoir ovale.
Dans la planche suivante, deux tlandjeaux, un seau à rafraîchir, un huilier et un bol d'accouchée; et, dans une autre, une terrine couronnée par un bouquet de choux-tlenrs, un pot à oille à lieux projets et une casserole ovale à anses;
enfin, un service de toilette comprenant l'aiguière et la cuvette, des bols à savon et à bijoux.
Parmi les œuvres d'orfèvrerie civile, nous avons reproduit un sucrier à poudrer le sucre, deux flambeaux, une soupière, un pot à oille, une saucière et une salière à deux usages ainsi qu'un seau à rafraîchir et une cuvette et un pot à eau.
Paul Mantz donne ce recueil comme la fleur du panier des orfèvreries de Pierre Germain I et comme le testament de ce grand artiste mort en 1748, l'année même où paraissait le recueil de Pierre Germain II; une similitude de nom l'a induit en erreur en lui faisant attribuer à Pierre Germain 1 la paternité de cet ouvrage. Les recherches de M. Germain Bapst ont établi dune manière indiscutable que c'était bien l'œuvre de P. Germain II dit le Romain. Si Paul Mantz s'est trompé dans son attestation, en revanche il a si bien défini, avec l'élégance de style dont il était coutumier, le caractère des œuvres de cette époque que je n'hésite pas à dire avec lui : « Les artistes du dix-huitième siècle n'ont connu ni le style qui divinise les » œuvres de l'homme, ni le sentiment qui les rend éternelles, en leur prêtant une » àme toujours éloquente, un langage toujours entendu. Mais encore assez bien » partagés dans leur disgrâce, ils ont eu la fantaisie, l'élégance et par-dessus tout » l'esprit; or, si l'esprit est inutile, nuisible même dans la conception de l'art gran- » diose, il est indispensable dans la pratique des arts charmants qui, comme celui » de l'orfèvrerie, doivent autant à la main de l'ouvrier qui exécute qu'au caprice de » celui qui invente... Les formes que les orfèvres d'alors donnèrent à leurs pensées » furent-elles toujours intelligentes? C'est un point à éclaircir ou du moins à dis- » cuter; mais nous ne craignons pas d'affirmer d'avance que grâce au parti pris de » l'exécution, à la prestesse de la main, à cette légèreté d'outil tel que le graveur » Cochin la définissait avec un rare bon sens, dans une lecture qu'il fit un jour à » l'Académie Royale « sur la légèreté de l'oiftil», leurs œuvres ont fait paraître » un esprit, une élégance, une richesse qui permirent de les placer à côté de ce » que l'orfèvrerie française en ses meilleurs jours avait déjà pu nous montrer (1). »
Dans cette énumération sommaire des orfèvres de la première moitié du dixhuitième siècle ne figurent pas les bijoutiers et les joailliers. Ceux-ci pourtant ne formaient pas une classe spéciale, ils étaient compris parmi les 300 maîtres de la corporation. Les statuts n'établissent entre eux aucune distinction, et s'appliquent à la fois à ceux-ci et à ceux-là. Si les orfèvres ne s'adonnaient pas tous à la joaillerie, du moins on ne pouvait être joaillier qu'à la condition d'avoir le brevet d'orfèvre. La force des choses, toutefois, tendait de plus en plus à diviser la profession en ces deux branches.
(1; Paul .Mantz, Recherches sur l'orfèvrerie française, publiées dans la Gazette des Beaux-Arts (t. XI, page 110;.
Dès la lin tlu règne de Lonis \IV, la mode avait fait sui-gii- ([uantité d'objets de toilette, de menus accessoires, de trousses, de nécessaires, de tabatières, (le bonbonnières, etc., qui donnaient lieu h de véritables spécialités. Parmi les catégories de ces bibelots divers, il en est une, celle des boites, qui se rattache tit)|> étroilenienl au travail de rorfèvrei'ie proprement dite, pour que nous n'en loiicliions [liis ici quelques nu)ts, d";uitant plus que l'Exposition centennale en avait réuni une collection importante et d'un l'éel intérêt.
L'habitude de priser, qui se développa à la fin du règne de Louis XIV, détermina rapidement le goût des belles tabatières; il s'ajouta à celui des petites bonbonnières de poche, et des boites de tous genres qu'on vit bientôt se multiplier.
Mais Louis XIV n'aimait pas le tabac; aussi, n"a-t-il jamais donné de tabatières; mais ce (piil a distribué de boites à portraits est considérable. Pitan, le joaillier (lu roi, fut le premier ([ui lit pour Louis XIV ces luxueuses boîtes chargées de brillants semés habilement autour du royal portrait. A sa mort, en 1676, Pierre le Tessier tle Montarsy lui succéda comme joaillier de la Couronne, et, jusqu'en 1714, resta chargé de la fourniture des « Parures du Roi » (joyaux et boîtes à portraits) ullcrts en présents par Sa Majesté aux divers membres du Corps diplomatique.
l'oiu' lie pas être pris au dépourvu, Montarsy devait alimenter sans cesse le fonds des présents, sage mesure que sa grande fortune lui permettait de prendre. Au 1" janvier 1G90, l'inventaire des bijoux non employés restant en di'pôt mentionna quarante-deux boites à portraits coûtant 314 200 livres (1).
Philippe d'Orléans, le Régent, fut un des premiers à en former une collection qui devint extrêmement précieuse. Il en possédait, entre autres, une série de boites qui étaient ornées à l'intérieur de sujets grivois peints par Klingstet, qu'il s'était attaché et qu'on surnonnnait le « Raphaël des tabatières ». Rientôt la mode vint de placer des portraits sur le couvercle : c'est le fermier général la Popelinière qui, dit-on, eut l'idée de cette innovation, laquelle fit bientôt fureur. Les tabatières à portraits devinrent une des folies du dix -huitième siècle. A partir de l'année 17:2o, c'est le cadeau par excellence qu'on offre en toute occasion; c'est l'objet d'art exquis p(uu' lequel on invente tous les raffinements du luxe, toutes les délicatesses ingénieuses de l'ornementation la plus rare. Comme le dit fort bien Paul Mantz : « Les bonbonnières et les tabatières furent pendant cette épo((uc le luxe suprême. On faisait collection de ces menus ouvrages du caprice, comme on recherchait les tableaux ou les médailles (2). » En 1723, tandis que le maîlre orfèvre /. Bourtjuet publiait des modèles de tabatières de toutes sortes, le bijoutier Devais exécutait de ces jolies boîtes en perfection, vai-iant leurs formes à linlini, les décorant d'ornements et de sujets exécutés en « piqué », en « coulé »,
^1) Le Livre des Collectionneurs, par Mazé-Sencicr : les Boites à portraits, page 101.
(2; Paul Maiitz, Reclierc/ies sur l'orfivrerie frani:aise, Gazelle des Beaux-Arts, t. XIX, page 44d.
en « incrusté », ou en « brodé d'or ». Bientôt on ne se contenta plus de la richesse de la matière, des décors gravés, des miniatures, des colorations qui nuançaient l'or et l'argent : on décora ces boites d'émaux qui achevèrent de leur donner un aspect infiniment précieux. Le joaillier Ronde [\), les bijoutiers Jean Moynat, Jean Georges (qui donna son nom aux merveilleuses boîtes de sa fabrication appelées des georgettes), P.-J. Bcllamjé, Coimj, Garand, Aug. Latcrre, Sagerot^ Drais, Hcrbaiilt, Roucel, Tiron de Nanteinl, de la Fresnaye, L.-F. Taunay, Solle, TJticrollay, Goiiers, etc., etc., livrèrent à la Cour et à la ville, de 1740 à 1783, des milliers de boites d'or ou d'argent, chefs-d'œuvre de goût et d'aimable fantaisie, qu'ils signaient souvent sur la gorge finement ciselée, comme un peintre signe un tableau. Les bijoutiers Eamelin et Maillé se signalèrent, en 1754, par les peintures en émail dont ils les ornaient. Leurs confrères Drais et Sageret ne se laissèrent pas distancer. Je ne parle pas des miniaturistes, tels que Masse', puis /.cbrun, Welper, Slcardi et tant d'autres (2), ni des artistes qui comme Van Blaremberghe décoraient les boîtes de gouaches qui sont aujourd'hui sans prix. Il faudrait un volume rien que pour esquisser l'histoire des tabatières et indiquer la technique si extraordinaire, si minutieuse de ces menues merveilles d'orfèvrerie. L'usage se développa si vite et si bien de les distribuer en cadeaux à tous propos, que le roi Louis XV en fit, durant son règne, une consommation prodigieuse. Pour avoir une idée de sa prodigalité à cet égard, et du rôle que jouèrent alors les tabatières, il faut parcourir les comptes du service des Menus plaisirs conservés aux Archives nationales (3), ou les soixante volumes in-folio consacrés à la commande des « Présents diplomati(iues » qui se trouvent au Ministère des Affaires étrangères (4) : on y voit à quels j)rix élevés montaient parfois ces petites boîtes enrichies de diamants, et ornées le plus souvent du portrait royal. La plus coûteuse fut celle qui fut donnée en 1720 au marquis de Scotti, envoyé à Parme pour récompenser on ne sait quel mystérieux service. Elle était ornée d'un portrait du roi par Massé, de quarante-deux brillants et de quinze diamants; elle ne coûta pas moins de 129852 livres. Ce prix n'est-il pas fabuleux? En 1762, le roi en offrit une au comte de Viri, ambassadeur de Sardaigne, qui sortait des ateliers de l'orfèvre Jacquemin, et qui atteignait 56 258 livres. Les plus modestes, celles qu'on donnait aux seigneurs de moindre importance, à un courtisan, à un comédien, à un poète, à titre
il) Ronilé fut ri!i;u maître orfèvre tlu roi et domicilié au Louvre le 4 janvier n:!l. Il mourut en 17.)7. Il faisait des alTaiies considérables avec la Cour. C'est lui qui transforma la joaillerie et lui donna cette légèreté qu'on admire.
Voir (iermain Bapst : Inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, page lOG.
(2) Vers 171o, les miniaturistes les plus connus pour les boîtes à portraits furent Boiirdiu. Duvigeon, Melle Brison, Château de la Boissiére. Puis, après Massé, et à côté de Lebrun, le plus fécond des portraitistes, vinrent, de 1730 à 1770; Vincent, Penel, Louis Charlier, Prévost, Cazaubon, U. Bactii, \'. de .Montpetit, iMusson, et les habiles peintres en émail, Liotard, Bouquet, Durand et Bourgoiiiz. Sous Louis XVI, les petits-maîtres qui ont le plus répété le portrait du roi sont : Welper et Sicardi. — Le meilleur miniaturiste alors était Hall ;vûir .Maze-Sencier, Le Livre des CoLlecLionneurs, page ICI).
(3) Archives nationales, 0. 2 985 et suiv.
(4) Voir Maze-Sencier, qui a donné un résumé de ces commandes de présents diplomatiques dans son ouvrage cité ci-dessus, pages 103-184.
lîoiU's A poi'Ir.iils.
J,iHii> Xl\'. — I-f (llMiid Diiiiphin — I,oiii> .\\'. — Le (■:ir<liiial de liirliclun.
l^idleil'uns hiiislitd. Ilcrnurd /'/mm'A <•! l'ilz-llcnni.
Kliiis et l).iit,-s.
(CulU'ction Dolshiu i-l d. ISnin.)
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ICtuis. iiiniilix-s i-t cariiits.
{Collcc t ioit ticorij vs Boin.
li."?
Xcccssjiirc. étuis et iinvidcs.
[CoUerlinn C. Itnin cl DoisUiu.)
de reineiricMiuMits ou croncouragenient, valaient de 1 800 à 6 000 livres. Beaucoup d'autres montaient à 20 000 et 30000 livres. C'étaient les plus belles, celles que rehaussaient l'écdat des pierres précieuses. Elles étaient couramment offertes aux ministres plénipotentiaires, soit qu'ils vinssent à la Cour, chargés de quelque mission exceptionnelle, soit ([u'ils prissent tout simplement congé pour retonrner dans leur pays. Prt'sipie toujours le porirait du l'oi était lait par Lcltrun. A la cour de France, c"étail (h'vcnu une mesure tellement liaijilut'ilc (pie ces boites oll'ertes en cadeau aux ambassadeurs, qu'il arrivait fréquemment à ces derniers de ne pas se gêner |)0ui' h^s échanger immédiatement contre de beanx écus sonnants chez l'or-
Hoite en joaillerie.
{Alhiiin (lit Musée îles Arts <k'C(iralil's.)
fèvre qui en était le fournisseur. C'est ainsi ([ue le bijoutiei' Solle, un spécialiste renommé- pour ces sortes de travaux, reprit jusqu'à trois fois au comte de Viri, rainlta^sadcur de Sardaigne, moyennant la somme de 25000 livres chaque fois, une superbe boite enrichie de diamants que le roi, eu ITTo, avait payée 29340 livres pour l'olTrir à ce personnage et qui, rachetée au même prix à Solle par le service des Menus, lui était de nouveau attribuée en présent. Ne voil<à-t-il pas un trait bien siguilicatif des mœurs du temps, et n'est-ce pas une preuve de suprême élégance de la part de celui rpii domic. rpie cette façon d'avoir l'air d'ignorer que le cadeau, déguisé sous la forme délicate d'un portrait peint sur une boîte, va être converti brutalement eu espèces trébuchantes?
l.c Musée centeniial avait réuni la fleur des collections parisiennes. MM. Cicorges Boin, Doistau, Bernard Fuanck et Chappey avaient confié à ses organisateurs le soin de mettre en lumière ces mille objets inutiles, mais char-
mants, dont la composition spirituelle et l'exécution précieuse avaient stimulé le yoiit et montré l'habileté des orfèvres du dix-huitième siècle.
Le Musée de l'Orfèvrerie ne fut pas le seul où furent exposées ces merveilles. Chappey en avait confié aux Classes de l'Horlogerie et de la Parfumerie, un nombre considérable. « A côté des porcelaines rares, on y trouvait toute une » série de boites et d'étuis en or et émail, des montres aux boîtiers délicieu- » sèment décorés, une collection unique de ces bibelots précieux, dans le » métal desquels la sentimentalité du dix-huitième siècle s'était imprimée à » l'aide de devises, aveux et serments, rébus mystérieux ou franchises in- » génues, promesses qui ne furent peut-être pas tenues, souvenii's qui ne furent » peut-être pas gardés, toute la psychologie d'un siècle en breloques, toute » l'àme d'une société livrée dans un sourire, comme en se jouant, de peur d'y » laisser deviner de vraies larmes dérobées et de vraies tristesses sincères. » Chappey n'avait prêté tant de merveilles que pour inciter le public à les » comprendre et à les aimer, que pour forcer le goût de ses contemporains à » s'y retremper (1).
La mode avait duré longtemps, et pendant plus d'un siècle, depuis la boîte à portraits et la tabatière données en présents par les souverains, jusqu'aux menus objets qu'on trouvait dans tous les boudoirs et dans toutes les mains , depuis les flacons et les étuis que les coquettes avaient sur leur table, les crochets, les châtelaines et les montres qu'elles suspendaient à leur ceinture, jusqu'aux boîtes à poudre et à mouche qui décoraient leur toilette ; tous ces menus objets avaient fourni aux artistes l'occasion de créer d'inimitables merveilles.
Le souvenir de ces admirables collections méritait d'être conservé, et nous avons reproduit dans quatre planches hors texte les pièces les plus intéressantes, parmi celles que nous avons pu retrouver encore. Car, il faut bien le dire, ces témoins de nos arts précieux ont passé à l'étranger, et les ventes qu'en ont faites les heureux possesseurs d'un jour nous ont enlevé la joie de les contempler encore.
Le Musée des Arts décoratifs avait prêté au Centennal un document d'une insigne rareté. C'était un recueil, en forme d'album, des compositions qui avaient servi à l'exécution de ces œuvres charmantes. Il devait appartenir à quelque orfèvre en renom de l'époque, qui collectionnait, au fur et à mesure de leur exécution, les dessins ou les esquisses des boîtes qu'il fabriquait.
Tous ces dessins ne sont pas de la même main; le graveur avait donné un détail exact de son œuvre; le bijoutier ou le joaillier laissait apercevoir la difficulté de ses recherches, par l'indécision de l'esquisse; le ciseleur précisait avec netteté, dans des croquis spirituels, des scènes champêtres, des
(1) Préface du catalogue de vente de la Colleclion Chappey, après son décès, par Roger Milis.
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Boites en or ciselé. Scènes villiigcoises. {^Ihnm du M uxée des Arts décora tifs.)
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Trv«T(»si-i^
Boilcs en or cisclc. Scènes militaires.
[Album <lu Musée des Arts décoratifs..
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sujets (le chasse ou de guerre; les émaillcurs ou les peintres représcnlaient des scènes galantes relevées de quelques touches d'aquarelle. Mais tous sont intéressants et nous initient aux raffinements précieux de l'art de ces orfèvres.
Dans les cent cinquante dessins réunis dans cet album, sorte de référence d'un atelier en vogue, nous avons choisi, pour les reproduire ici, ceux qui nous ont paru les plus dignes d'être conservés.
^^^^Mk.
Dessin de boite.
{Alhnm du Musée des Aris décoratifs.)
Cartouc'lii' par Bal)cl, oxccuté piuir lo mariage du l)ain)liin (17^18).