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serves avec un soin jaloux. Le roi de I*ortugal possède encore aujourd'hui 1274 pièces d'orfèvrerie provenant des ateliers de Fr.-Tli. Germain.
Nous avons donné, à la page 55, l'admirable aiguière portant la signature de
CiillVct à hijiiux (le l'"r.-Tli. Goi'iuain.
Fr.-Th. Germain qui figurait dans le Musée centennal; mais, à défaut d'autres pièces authentiques, nous avons pensé qu'il y avait un intérêt h emprunter à la luxueuse monographie intitulée: l'Orfèvrerie française à la Cour de Portugal, que M. G. Bapst, si bien documenté sur tout ce qui concerne les Germain, a publiée avec le concours de la Société de Propagation pour les livres d'art, quelques-unes des pièces les plus remarquables de cette collection unique.
Boites à poudre de Fr.-Th. Goriiiain.
N" 1. (iVu.sc'c rentehnâl.) — N» 2. (L'orfèvrerie du !'• rlininl.)
Le morceau principal ipar/e \Q'À), «iiii n'est pas d'ailleurs le mieux réussi, était un lourd surtout, mesurant plus d'un mètre de haut, qui représente un ensemble confus d'attributs de chasse, lévriers, fusils, cors, etc., reposant
ni
Pot à eau chaude et samowar sur son rcoliaud, exécutés par Fr.-Tli. ("icruiain pour la Cour de l'orlugal.
Flalciic exccutte par Fr.-Tli. Gciinain pour la Cour ilc l'oituual.
sur dos buissons touffus, le tout acrompagné à droite et à ji:auehe de deux levrelles couchées au-dessus de la base, et qui sont dune exécution adniii'al)le. Cette œuvre, qui ne fut achevée que [)lusieni's années après la faillite de rorfèvre, et dans laquelle on retrouve un mélange de bonnes parties provenant des anciens modèles de Thomas Germain, et d'ornements mal combinés, à côté d'excellents délails de sculpture, coûta un prix considérable.
Parmi les pièces importantes qui complétaient ce magnifique ensemble, figuraient quatre soupières, ou [)ots à oille sur |)lateaux. Ils étaient exécutés sur deux motlèles à [tcu près semblables et qui ne variaient ipie par les figures servant de boutons aux couvercles : Tuii de ces boutons représentait un Amour avec un chien, cl l'autre un Amour avec deux colombes. Le couvercle était fait en rocaille, et la bordure formée par des baguettes reliées à des intervalles réguliers par des feuilles d'acanthe. Aux deux extrémités, des faunes agitaient des banderoles et formaient les anses. Nous avons reproduit une de ces soupières {paye 165). Fraïu'ois-Thomas Germain dut travailler de longues années pour compléter ce service, puisqu'on le voit, en 1766, livrer à la princesse de Portugal un miroir « surmonté d'un Amour prêt à couroimer la beauté » (paye 169).
Dans le nombre, il y a certainement beaucoup de pièces qui seniltlent avoir été faites uniquement sur les modèles de son père, d'autres (pii sont d'un goût inféi'ieur, man((uaut tl'unité ou trop contournées. Quelques-unes sont : ingénieuse comme le somowar dont la chaudière est formée par l'énorme panse d'un Chinois grimaçant, à l'air ébahi: riche et puissante connue le pot à anse et couvercle dont l'usage n'est pas bien défini, mais dont le galbe et le décor sont également réussis; amusantes comme les boîtes à épices, les poivriers, les salières, composés avec des ustensiles variés que portent des Indiens; ou encore les huiliers, très divers, dont l'un ligure un navire avec un mât central séparant la coque en deux pour donner les évidements destinés à mettre le poivre et le sel.
D'un service de toilette, deux pièces seuleincnl sidjsistcnt encore, un colfret à bijuux et une boile à jioudre dont la forme moulurée est encadrée dans quatre consoles à mulles de lion; on sait, par M. G. Bapst, que la majeure partie des objets composant ce service ont été dispersés à différentes époques, mais n'ont j)as disj)aru puisqu'on en retrouve maintenant chez dilTérents collection
TliOicrc do Fr.-Tli. rn'rm.-iin, pxccutéo pour la C-our do I'(>l'tli;;;il.
neurs de France; le Musée ceuteniuil en possédait en effet un exemplaire plus simple de décor, mais dont la construction était identique. Nous donnons côte à cote i^parjc 170) les deux boîtes à poudre, et, certainement, celle qui était exposée au Musée centennal devait être une répétition sortant de l'atelier de Fr.-Th. Germain.
Les pièces d'usage courant d'un décor simple étaient nombreuses, d'une exécution souple et précieuse : la platerie, la théière et la cafetière à côtes tournantes nous donnent bien l'impression de celte orfèvrerie du dix-huitième siècle, sobre mais cependant savoureuse.
Théière cl cafolicrc exécutées par Fr.-Tl\. Germain pour la Ciiur île PorLuj;al.
Mais, si intéressante, si complète et si variée que soit la collection de la cour de Portugal, c'est encore la Russie qui possède les œuvres les plus remarquables de Fr.-Tli. Germain (1). En premier lieu, il faut citer les trois surtouts commandés en 1760 à l'artiste par l'impératrice Elisabeth (2), dont l'un mesure près d'un mètre de largeur, sur 70 centimètres de hauteur; ce sont les pièces les plus belles et les plus parfaites de toute l'orfèvrerie française. Le premier représente Bacchus et l'Amour assis sur un rocher; à droite et à gauche se trouvent une fdlette avec les attributs de la Folie et un petit garçon tenant deux tourterelles, symbole de la tendresse. Le second représente un Amour jouant des castagnettes et du tambour de basque. Le troisième, une petite iîUe jouant avec des tourte-
(1) Cotte collection fut exposée en 1883 à Suinl-Pélersliiiin£t, au .Mu.-^ée du bai'ou Stciglilz, et le catalogue, fpii ne contient pas moins de 270 pièces les plus reniar(|uahles de l'orlévrerie fran(;aise, existe dans la Hililiothèque de 1 Union centrale des arts décoiatifs, au Pavillun de Marsan.
(2 Ils ne furent terminés rpi'en Hfid. Ces trois mapniliipies objets il'arl passèrent par succession de )a famille Soltikolfa la famille M.illielf. (l'est de celle di'rnièi-i' que l'euipereur de Russie les acheta, vers ISS.'i, pour la somme de lîOU (100 routtles (TiOOOO francs] : ils se trouvent aetuellement au palais de Gatchina, près de Saint-Pétershourg.
l'fllos. Est-ce l'iyallc un tout iiiitre sciilplciir (■niiiiciit (\u\ a iiiodclc' (.■••s lifiurcs iluiiinniilcs? Cola ?oiiible probable. Mentionnons encore au palais de Pélerholî, à Saint-Pétersbour-, un niiroii- eu l'ornic d'o-ivc, si^iic en toutes lettres de François-Thomas Gerniain ; un service, dit service de Paris, au Palais d'Hiver, d'un bel elTet, mais d'une médiocre ciselure: deux soupières absolument j)aieilles à
(^iimlolabiv, compose et ilcssiiu' par ,'. Hoi-llitis.
celles du roi de Portugal, et enlin une élégante (oilettc de vermeil appartenant
au grand-due Alexis.
D'aucun autre orfèvre du dix-Iiuilième siècle il ne subsiste un pareil ensemble d'œuvres remarqualdes.
L'émule, pour ne pas dire le rival, de Franeois-Tliomas Germain fut Jacques Uoëttiers. L'existence de celui-ci. honnête, droite et glorieuse jusqu'au bout, fut
aussi paisible que l'autre fut troublée. Entre ces deux hommes, d'ailleurs si différents, comme talent et caractère, le contraste est frappant. Si l'on doit déplorer que le petit nombre d'œuvres exécutées par le second et parvenues jusqu'à nous ne permettent de porter sur son méi-ite qu'un jugement incomplet, nous savons du moins qu'elles le plaçaient au premier rang, à la cour et parmi les artistes de son temps.
Jacques Uoëttiers appartenait à une riche famille d'artistes d'origine ilamande, qui fournit à la France, de 1682 à 1772, quatre graveurs généraux des monnaies,
SurtouL Bucchus, composé cl dessine |)ai' J. RocUicrs.
membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Son père, Robert Roëttiers, après avoir été graveur général des monnaies en Angleterre, était venu se réfugier en France, à la suite de la Révolution de 1688, et y était devenu, en 170 i, tailleur général des monnaies. Jacques naquit en 1707 ; il était l'aîné de quatre enfants. Le roi d'Angleterre, Jacques 111 en personne, le tint sur les fonts baptismaux, et la duchesse de Perth fut sa marraine. On voit que le futur orfèvre, dès sa naissance, faisait déjà figure dans le monde. Il n'avait que 10 ans quand il perdit son père, âgé de 71 ans, lequel s'était acquis, depuis son installation en France, réputation et fortune, et possédait des terres, des fermes, notamment un petit domaine à Choisy-le-Roi. C'est dans cette propriété que fut élevé le jeune homme, et qu'il se prépara à suivre, comme graveur, la carrière où s'étaient
illustrés tous ses aïeux. Mais brusquemeiil il abandonna cette voie où pourtant tant de facilités semblaient s'ouvrir devant lui, et on a tout lien de supposer qu'un gentil roman d'amour, ébauché dès les premières années de son adolescence, fut la cause déterminante de son changement de résolution et de sa vocation. En effet, le jeune Jacques Uoëttiers avait pour voisin de canipagne, à Choisy, le célèbre orfèvre du roi, Nicolas Besnier, dont la fille, Marie-Anne, dans
Fût de candélabre, composé et dessiné par J. Hocltiers.
l'éclat de ses quinze ans, exerça sur lui, son camarade d'enfance, une irrésistible séduction. Le vieux Besnier dut envisager sans déplaisir une alliance qui pouvait lui donner à la fois un gendre très apparenté, et un successeur dans sa charge à la cour.
Jacques Roëttiers commença tout d'abord chez Thomas Germain, puis chez son futur beau-père, son apprentissage d'orfèvre et, dès le 17 juillet 1733, il était ailmis à la maîtrise. Par grande faveur pour lui. comme quinze ans plus
tard pour Fr.-Th. Germain, les formalités du stage furent sensiblement abrégées. Sa connaissance du dessin, les succès précoces et sérieux qu'il avait
Sinipiorc exocutce [xiur le Dauphin par .1. HoL'Lticrs.
remportés à l'Académie de peinture et de sculpture, et surtout ses hautes relations, décidèrent la Compagnie des orfèvres à accueillir avec empressement une telle recrue. L'année suivante, le 6 juin 173'(-, Jacques Roëttiers, âgé de 26 ans,
Deux projets de plateaux pour la soui)ière exécutée [tour le Dauphin par J. Roëttiers,
épousait Marie-Anne Besnier. En même temps, il était nommé orfèvre ordinaire du roi, et associé de son beau-père dont il obtenait, en 1738, la survivance et le logement du Louvre.
C'est de cette époque que datent les premiers ouvrages d'orfèvrerie de Roët-
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tiers. Jusqu'en 177:2, il ne cessa de founiir pour la cour une quanti lé de vaisselle précieuse; mais les pièces remarquables marquées du poinçon de sa maison (qui figure une gerbe) sont pour ainsi dire introuvables, et paraissent avoir été à j)cu |)rcs toutes détruites.
En parlant, au chapitre précédent, du Recueil de dessins d'orfèvrerie de Pierre Germain II, nous avons rappelé que sept des planches de cet ouvrage avaient été gravées par J. Uoëtticrs et qu'elles représentaient « quelques morceaux d'orfè- » vrerie qu'il exécute actuellement pour Monseigneur le Dauphin ».
A défaut de pièces authenti(|ues, nous avons pensé que les dessins conservés dans cet ouvrage seraient un document d'aulanl [tins précieux que l'attestation de son contempoi'ain affirme que les pièces qu'elles représentent avaient été exécutées pour le Dauphin. Leur destination serait au besoin confirmée par l'ornementation de ces ouvrages, les emblèmes et les attributs ((ui les décorent. Le pot à oi/lo, dont le couvercle est surmonté parmi dauphin dompté par l'Amour armé d'une massue, et \o plateau de la soupière {pcf/e 180), dont les anses sont formées par la réunion de deux dauphins alîrontés, ne peuvent laisser aucun doute sur la haute destination de ces pièces d'orfèvrerie. De la même époque datent d'autres pièces intéressantes que nous trouvons également dans le Hecueil de Pierre Germain, telles que le surtout tout à fait charmant [page 178) qui est une œuvre de sculpture pleine de mouvement et de vie. \]n groupe d'enfants, jouant avec des pampres et un lliyrse, et porté dans une coquille soutenue par deux figures, Bacchus et Vénus, forme la pièce du milieu. Le candélabre [patje 179), ou du moins le fût, car les branches de lumière n'existent pas dans la gravure, est gracieusement composé avec un enlacement de deux figures portant une palme, qui devait servir de di'parl aux lumières.
De la même époque est le ilambeau [pafje 18:2) que nous emprimtons au même Recueil et qui a bien la caractéristitiue du style Louis XV vers 17o0, et possède en même temps le mérite de nous renseigner sur la manière de Jacques Roëttiers. D'un autre côté, aucun historien ne s'est encore attaché à éclairer la biographie de cet artiste, et ce que l'on sait de lui se borne à si peu de chose qu'il est bien difficile de procéder par des affirmations catégoriques sur son genre de talent ' 1 1. Ce qui est certain, c'est que durant les trente-cinq ans d'exercice de sa profession, de I7.17 à 177"2, il paraît avoir suivi les ditTérentes fluctuations (lu giiùl et lie la mode, se lançant d'abord avec une certaine exuliérance dans la rocaille, puis transformant sa manière, s'assagissaut pour finir par les plus délicates fantaisies du style Louis WI. Au début, il dut, à coup sur, avoir à tenir
1 Les meilleurs rei)siij:iii'mpnts biotriMphii|iie> publiés jn>qu'iri sur Hoi'tliers se bornent à la notice donnée par Jal dans son Dictionnaire liislo)ii/iie, et a l'élude r(ue AI. Victor .\ilvielle a ilonnée sur Roi'ttiers dans la CoUecUon îles Mëinoiies de la Réunion de lu Société des Ueaux-Arls des départeuients fXlI, p. 446-j7i .
compte du stock de modèles (}Lie lui avait laissés son beau-père et qui sans doute étaient quelque peu surannés. Une des premières œuvres importantes oii il eut l'occasion de mettre quelque chose de sa personnalité dut être la vaisselle qu'il exécuta en 1743 pour la Dauphine Marie-Tliérèse-Antoinette, lors de son mariage; on en parla avec éloges à la cour, elle lui fut payée 300000 livres. Mais, à cette date, Th. Germain, dont la gloire éclipsait tout autour de lui, vivait encore.
Jacques Roëttiers, considéré comme un débutant, ne pouvait aspirer qu'à l'exécution des commandes dédaignées par l'illustre orfèvre, qui avait été un moment son maitre. Celui-ci mort, et le jeune Fi-ançois-Thomas Germain étant devenu son voisin de logement au Louvre, J. Roëttiers prit plus d'aplomb et partagea, avec ce dernier, l'honneur d'avoir à livrer la vaisselle du Roi. Le Journal du Garde-Meuble de l'année 1752 nous indique (I) qu'il fit à cette époque, en collaboration avec son remuant confrère, le service de campagne de Louis XV, comprenant une douzaine de pièces. En fouillant les archives, on trouverait probablement la men- .
tion de ses principaux ouvrages pour la Cour. Il est à remarquer cependant que nous avons vainement cherché son nom dans les Registres du Ministère des Affaires étrangères parmi les orfèvres chargés des présents diplomatiques. De même, dans les Comptes des Menus plaisirs, il ne figure qu'à de rares intervalles : en 1747, pour les anneaux d'or et d'argent qu'il fit lors du second mariage du Dauphin, et pour une paire de flambeaux ciselés avec les armes et la légende, qu'il factura 596 livres; en 1753, pour une boite à éponge, un flacon et un couteau à lame d'argent, payés 788 livres; en 1755, pour une paire de flambeaux dont la façon seule est de 200 livres, etc. Ce ne sont là que de menus ouvrages sans importance. Roëttiers exécuta pour le Roi, à différentes époques, des pièces de premier ordre, comme les deux sucriers d'or
Fliiiiibeau composé et dessine par .1. Hoëtliers.
(1) Journal du Garde-Meuble, Archives Nationales, O., 3314, p. V.Vi.
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Portrait do J.vcmES UOËTTIKHS. par Nicolas Cocliin. ^Cahinel des cslamjics à In IJiI)lii)l/ic(fiic ii;iliuii;tle.J
— isr; —
jugés si reiDanjiiables, ((iio dans la pièce où ils fig-urait'iit, au palais de Versailles, on les plaçait sous des vili'iiies proLeelriees. Il avait aussi pour dietils les principaux personnages de la cour et des souverains étrangers. La |)lus grande partie de la noblesse sadressait à lui pour tout ce qui était orfèvrerie soignée, et surtout bien gravée, car l'orfèvre gardait au cœur l'amour de cet art de la gravure auquel il avait consacré sa jeunesse et dans lecpiel il auiait voulu s'illustrer comme ses aïeux. Il y revenait sans cesse, quand le souci des all'aii'os le lui permettait. C'était le délassement de l'artiste resté tidèle à son premier itiéal. Les pièces d'orfèvrerie aux(juelles il mettait la main portent la marque de ce talent spécial du graveur en médailles : tel esl le beau service de table qui se trouve actuellement au Palais d'Hiver, à Saint-Pétersbourg, désigné sous le nom de service Orloff, vendu en Russie par des émigrés français, au moment de la Révolution, et que Rocttiers avait dû exécuter pour quelque personnage de la cour; telle est encore l'aiguière de forme ovale et aplatie que possédait le baron Pichon, dans la collection qu'il vendit en 1878, et dont la gravure est iiarticulièrement remarquable.
Jacques Roi'ttiers fut très certainement un homme gi-ave et silencieux, qui fuyait le bruit et aimait le calme de la vie de famille. Ce n'est pas lui qui aurait rempli, comme son confrère Fr.-Tli. Germain, les gazettes du temps de réclames dithyrambiques, ou organisé des expositions de son orfèvrerie, chaque fois qu'il venait de livrer une fourniture de quelque conséquence. Nicolas Cochin a fait de lui, en 1770, un superbe portrait [parjc 183), gravé par Augustin de Saint- .\ubin, et qui nous le montre en médaillon, vu de profil. Il a bien les traits que lait supposer son caractère.
Après la déconfiture de François-Thomas, il hérita d'une partie des travaux retirés désormais au malheureux orfèvre en faillite ; mais, à cette éptxjue, Roi'ttiers pensait déjà à se retirer des affaires, quoiqu'il n'eût pas encore cinquante ans, pour pouvoir s'adonner complètement à son art favori de la gravure en médailles. II était entouré de la considération de toute sa corporation <pii le nomma garde de l'Orfèvrerie, en 1754, puis grand garde en 17o8 et I7(il. Il souhaitait obtenir ses lettres de noblesse. Le roi les lui accorda en 1772, et il prit dès lors le nom de Jacques Roëttiers de Latour; mais, en enregistrant ces lettres d'anoblissement, le Parlement spécifia que celui qui en était l'objet ne pourrait plus, à l'avenir, exercer la profession d'orfèvre, incompatible avec son nouveau titre. Cela n'était pas pour déplaire à Roëttiers, qui s'empressa de prendre sa retraite et de donner la direction de ses ateliers à ses deux lils. L'un, Alexandre-Louis Roëttiers, fort instruit, devint le chef de la maison à partir de 177i2. Mais il avait d'autres ambitions; il ahandomia l'orfèvrerie le 20 novembre 177o et se lit nommer conseiller
de la Chambre des comptes. Il devint, en 1791, directeur de la Monnaie de Paris (1). L'autre, Jacques-Nicolas Roëttiers, reçu maître en 1765, fut le vrai et digne successeur de son père. Ce fut lui qui, pendant les dernières années du dix-huitième siècle, fit le plus d'affaires dans le corps de l'orfèvrerie, après Lempereur et Mercier (!2).
Quant au père, complètement repris par la gravure en médailles, il fut nommé membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture, et mourut aux Galeries du Louvre, le 17 mai 1784, à l'âge de 77 ans.
Parmi les grands et précieux travaux de Jacques Roëttiers, nous ne devons pas oublier ceux qu'il exécuta pour M'"" du Barry et dont nous parlerons au chapitre suivant; mais, à cette époque, les œuvres de Roëttiers allaient s'imprégner du goût nouveau (pii dominait, et nous le verrons donner à l'orfèvrerie de style Louis XVI qu'il exécuta pour la favorite, le même charme qu'il avait su iniprimer au style Louis XV, dont les gravures qu'il avait signées dans le Recueil de Pierre Germain II, et que nous avons reproduites plus haut, nous ont fait apprécier l'élégance.
il) Il se faisait appeler Louis RoëlUers de Monlaleut pour se distiiipuei' de son frère. Il est mort seulement le 27 février 18.^.'), eu sa maison rue du Four-Saiiit-Germain, n° "l'i. — Voir rélude sur les Hoëttiers, de Victor Advielle, et Journal-Diclionnaire hisloriqiie.
(2) C'est ce qui ressort des registres de capitation consultés par M. Germain Bapst, qui cite ce fait dans son ouvrage, Inventaire de Marie-Josèphe de Saxe, page 96.
Panier fleuri par Ranson.
Fiajnieiit <renca(lrcnicnt de la Helatidii des Fctcs du maringi' du Daupliin, 17^9.
l)e^^ill de Blondcl.