‹ Musée centennal de la classe 94Chapitre 15 sur 23 · TRA · texte numérisé non relu

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enq)loyé 1)0UI' faire des théières, des ?j|îi ^McvrcÀanJJoyaLcr lu Rer^ âcmuwrant

cafetières, etc. Le très intéressant recueil des Annonces, affic/ies et divers avis, dans lequel on trouve tant de documents précis sur les industries de celte époque, signale à tout iii>taiit (les nouveautés de celte nature. Kn 17(j2. c'est le fabricant (le lampes Massier, (|ui prenne son nu'tal écononuque : en 17(Sl, c'est le fondeur Baillât, (\u'\ « vend toutes sortes d'ouvrages de sa composition, imitant l'argent, savoir:

chandeliers, bougeoirs, porte -huiliers, porte -moutardiers, salières, coquetiers, couverts, couteaux de table, sonnettes, etc. » : en 178:2, c'est le doreur sur métaux Lafosse (|ui célèbre les vertus du métal de sa composition « aussi blanc que l'argent, dans lequel il n'entre ni cuivre ni aucun alliage nuisible à la santé ». Celui-là donne les prix des objets qu'il fabrique : le couvert (■(tùte 3 livres ; les cuillers à ragoût, même prix: les cuillers à potage, même pi-ix; les cuillers à café, lo sols, etc. L'habitude d'avoir chez soi de la vaisselle en ces sortes de métal commençait si bien à se répandre en 1759, qu'au moment où parut l'ordonnance de Louis XV sur l'orfèvrerie, défense avait été faite aux officiers de l'armée de se servir d'autre chose que de vaisselle de « fer-blanc ». Le duc de Luynes (:2i. (|ui nous donne ce détail, nous indique, en outre, le prix

Ailresse de SU-ass.

ItihliolhèqiH- de ii'nion centrale des arts décornlifs.

fl: F. lie Lasteyrie. Histoire de i'orfi-vrerie ilH77, I vol. iii-IS"), piijre 28t. [ij Duc de Luynes, Mémoire.i, t. XVI, pngc '».ï2.

que l'on payait. « Chaque assiette, dit-il, coûte un peu plus de 3 livres, et le service le plus complet revient à 2000 livres. » Il faut ajouter que les métaux communs étaient traités assez généralement par les orfèvres avec leur habileté coutumière, et qu'ils en firent souvent de remarquables œuvres d'art. C'est ainsi que, sur la liste des cadeaux offerts par Louis XV à l'ambassadeur turc, Saïd- Méhémet Pacha, figuraient « deux grands brasiers de similor »>, ce qui prouvait le cas que l'on faisait de cette matière. Il faut remarquer aussi que c'est vers cette même date — 1708 — que commença à s'introduire en France « le plaqué anglais », c'est-à-dire la vaisselle de cuivre revêtue d'une mince couche d'argent qui avait l'aspect de l'argenterie vraie, tout en coûtant cinq fois moins cher. Le procédé du plaqué est dû à Thomas Boslover, de Sheffield, mais il semble que cette industrie, qu'on a appelée aussi le « doublé », avait pris naissance en France, au début du dix-huitième siècle, car le Régent prit soin de la réglementer (1). Mais, pour prendre racine dans notre pays, il fallut qu'elle nous revînt d'Angleterre. En 1770, une manufacture royale de vaisselle de cuivre doublé d'argent, par le laminage à chaud des deux métaux en contact, fut fondée à Paris à l'Hôtel de Fore, rue Beaubourg, au Marais (2), puis transférée dans le quartier du Pont-aux-Choux, rue Popincourt; elle était dirigée par un certain Degournay, ingénieur du roi et inventeur de cette fabrication, qui prit rapidement de l'extension et ne fut détrônée que vers le milieu du dix-neuvième siècle par la découverte de l'argenture galvanique.

Cette extension alarma même à ce point les orfèvres parisiens que plusieurs d'entre eux — et non des moindres — adressèrent en 177:2, au duc de la Vrillière, un mémoire pour protester contre l'introduction en France de cette argenterie à bas titre.

Leurs craintes n'étaient pas vaines, car cette industrie allait trouver dans les faveurs royales une protection qu'elle n'osait pas espérer.

Louis XVI, qui charmait ses loisirs par les travaux manuels et mettait son idéal dans la serrurerie, se préoccupant du moyen de satisfaire le goût des classes intermédiaires pour l'orfèvrerie à bon marché, avait cru devoir favoriser la nouvelle industrie en aidant de ses deniers personnels la création d'une fabrique de plaqué établie rue de la Verrerie, à l'hôtel de Pomponne.

Cette fabrique, qui avait pour directeurs Marie-Joseph Tugot et son gendre, Jacques Daumy, fit de tels progrès que Louis XVI leur permit de prendre le titre de Manufacture royale, et lorsque la Cour des Moimaies, invitée par la corporation des orfèvres, crut devoir prendre des mesures pour restreindre l'étendue du privilège accordé aux entrepreneurs, le roi intervint de nouveau et les autorisa

(i) Voir Henry Ilav.iril, Dictionnaire de l'umeulilemeni, an mr)| Double. (2) Voir Mercure de France. îivi'il IIIO.

l)ar dos lettres patentes du 17 mars 1787 à « doubler et plaquer les vases et usten* siles de cuivre et de siinilor prupi-es aux eouiestibles ».

Et cependant les planches de mêlai mises en œuvre dans la fabrication du pla(|ué ne se prêtaient guère à l;i fabrication d'une orfèvrerie luxueuse, qui aurait |tu faire concurrence aux orfèvres d'argent. Ni le Iravail de retreinte au marteau, ni la fonte, ni la cischn'c ne ponvaienl être emplo\(''s. 11 fallait de toute nécessité avoir recours aux procédés mécaniques du tour et d(> l'estampage, et à la soudure d'étain pour réunir aux formes des vases ce qu'on appelait les garnitures, c'est-à-dire les anses, les pieds et les ornements en relief.

Soupiùre en phuiué de Pomponne.

[Collection du Musée des Ar-ts déconilifs.)

Les moyens restreints dont disposait la nouvelle industrie pour exécuter des pièces ayant un caractère d'art semblaient donc devoir en retarder l'expansion, et il fallut toute l'ingc-niosité de ïugot et de Daumy pour produire des œuvres comme la soupière en plaqué qui sortait de leurs ateliers et qui, ayant appartenu à M. Alfred Darcel, l'érudit et fin connaisseur qui fut directeur du Musée de Cluny, fait aujourd'hui partie des collections du Musée des Arts décoratifs, et témoigne de leur savoir-faire, et de la qualité des œuvres qui sortaient des ateliers de l'hôtel de Pomponne. « Grâce à ces habiles orfèvres, bien des bourgeois de Paris et de

» province |)urenl i>lacer sur leur table le luxe menteur d'une argenterie en

» cuivre (1). »

Mais ils avaient autour deux assez d'artistes habiles qui avaient jusque-là

IJ P.iul .MuiiU, Reclierches sur l'orfèvrerie française... Gazelle des Beaux- Arts, t. XI, page 339.

drêlé leur concours aux orfèvres, pour créer des modèles dont l'exécution par l'estampage devenait facile. Le Musée centennal nous offrait des pièces en argent, notamment un sucrier de l'époque Louis XVI, qui, exécuté en fonte et ciselure, est devenu le prototype des objets analogues exécutés en plaqué par le procédé de l'estampage, qui s'est continué de nos jours d'une façon déplorable à l'époque de la Restauration et de Louis-Philippe, non seulement par les orfèvres plaqueurs, mais aussi par la fabrication de l'orfèvrerie en argent, légère et à bon marché.

L'exécution des édits de 1687, 1702 et 1759 qui avait par trois fois porté un coup si funeste à l'industrie de l'orfèvrerie, et fait disparaître la plupart des belles œuvres exécutées sous Louis XIV et Louis XV, n'avait pas eu seulement pour conséquence de donner un essor à la fabrication de la faïence et de la porcelaine, mais avait également stimulé l'ingéniosité des inventeurs pour la recherche des alliages do métaux qui pouvaient remplacer l'or et l'argent.

Nous avons dit plus haut que l'invention du plaqué était venue à son heure pour substituer à la véritable argenterie une nouvelle vaisselle ayant les mêmes usages et la même apparence. II n'y aurait donc eu rien d'étonnant qu'à la même époque, la poterie d'étain qui avait été depuis si longtemps reléguée à la cuisine, dans la demeure des pauvres gens ou dans les cabarets, ait fait de nouveau son apparition, pour prendre, entre des mains habiles, un lustre nouveau.

L'étain était employé depuis longtemps, non seulement en Allemagne, en Suisse et dans les Flandres, mais encore en France, à la confection d'objets d'usage ou de décor.

Sa couleur blanche, sa malléabilité, son point de fusion peu élevé (228"), son prix modique, ses propriétés sanitaires dans les usages de la cuisine et de la table, en faisaient un métal précieux.

Au Moyen Age, il avait été admis par tolérance pour l'exécution des objets du culte qui devaient être ordinairement d'or ou d'argent. M. Germain Bapst, qui a fait une étude approfondie de ce métal, de ses usages et de la fabrication des ustensiles en étain depuis les temps les plus reculés jusqu'au seizième siècle, cite le texte de la délibération du Concile de Reims en 813, sous le pape Léon III, qui prohibait toute espèce de matière pour la confection des calices, autres que l'or, l'argent et l'étain; et ce dernier métal, autorisé seulement pour les églises pauvres. D'autres objets servant au culte, tels que les burettes, plateaux, crosses d'évêques, boîtes à hosties, bénitiers, pouvaient être également fabriqués en étain.

Dans la vie civile, l'étain a joué trois rôles principaux. Chez les paysans et dans les cabarets, il était employé à la confection d'objets usuels. Dans la bourgeoisie

il élait (leveiui l'orfèvi-erie tle luxe, el, clie/ les grands soigneurs, il n'était admis qu'à la cuisine. Tous les vases à boire : brocs, canettes, cliopes el pots à bière, étaient faits en étaiti. Les plats, les assiettes et les écuelles l'étaient également.

Ecuelle on ('■(ain à urt'illcs trilobées.

Oroille décucllo en étain (quatorzième sièclej.

[Collection et desainde Viollel le Duc.

Vi()ll(>t le Dtic cite dans son « Dictionnaire du Mobilier» des écuelles en usage au i|tiat(irzième siècle, et duinic le dessin d'une écuelle à oreilles en forme de trèllc d'une forme simple et élégante. Ces oreilles étaient souvent très ornées. 11 n'en coûtait pas davantage de fondre dans des moules des oreilles délicatement ouvragées. -In dessin de Viollel le Duc en reproduit un type avec une tète en l)asrelief d'iui style excellent ((ui montre qu'à cette époque, l'art appliqué aux objets usuels tenait une place aussi gramle dans le mobilier de nos ancêtres que dans l'an! iquiti'. avec plus de naïveté- peut-être, mais avec un égal souci de la forme elde l'appropriation à l'usage. Si grossière que soit la matière, si simi)le que soit l'exécution, on sent que, dans ces époques lointaines, l'art avait pénétré jusque dans les couches inférieures de la société.

C'est surtout au seizième siècle, avec François Briot eu France et Gaspard Eiderlein en Allemagne, qti'apparaissent les pièces décoratives en étain qui ornaient les dressoirs des grands seigneurs. Le plat et l'aiguière de la Tempérance de François Briot, qui appartenaient à Claude Sauvageot cl IVml aujunid'luii partie des collections du Louvre, étaient un merveilleux spécimen de la maîtrise de leur auteur.

François Briot, né à Montbéliard, était graveur en médailles, et d'après les recherches de

M. Castan. bibliothécaire de la ville de Besançon, il avait la charge, rémunérée par la vilie, de l'essai au balancier de l'atelier monétaire. L'exemplaire du

Chope en étain seizième siècle) {Collection 0. Rnpsl.)

lîciiL'Ue en vluin dlix-scpliènie siècle). IColIcction If. Houilhel.)

Louvre porte, au-dessous de l'ombilic, l'effigie de l'auteur avec ces mots : « Sculpebat Franciscus Briot ». Cette médaille est une des pièces les plus remarquables de l'époque. On a longtemps discuté sur les procédés que dut employer Briot pour l'exécution de ce chef-d'œuvre. M. Chabouillet estimait que l'oi'iginal

avait du être exécuté en argent pour qucl(|ue grand seigneur, et que les épreuves en élain (pie nous retrouvons aujourd'hui, aussi bien en France qu'en Allemagne, n'étaient que les reproductions par la fonte au sable et la ciselure de la pièce en orfèvrerie ; mais les recherches faites par M. Bapst et l'opinion des artistes qu'il a consultés sur le mode de fabrication de ce plat en étain, lui ont fait admettre une tout autre version.

D'ailleurs Briot était graveur en médailles et son nom n'apparaît dans aucune liste des orfèvres de l'époque. Nul doute que le creux en métal dans lequel il coulait les épreuves en étain avait été gravé par lui. L'habile ciseleur, M. Brateau, qui devait, à la fin du dix-neuvième siècle, donner un nouveau lustre à la fabrication des pièces d'art en étain, n'admet pas qu'un moule en sable puisse donner une telle netteté dans les fonds, une telle finesse dans les rehefs, sur lesquels il est impossible de constater la retouche du ciselet. Briot a du faire le moule en métal gravé en creux, à la manière des graveurs en médailles, dans lequel il coulait le métal en fusion. Nous verrons plus tard, au dixneuvième siècle, tout le parti que M. Brateau a su tirer d'un procédé qu'il a v\\ l'habileté de retrouver et la maîtrise de remettre en lioinieur.

Les moules en métal, que ce soit du bronze, de la fonte de fer ou de l'acier, ont du certainement être employés parce qu'ils étaient les seuls pratiques pour obtenir les finesses aussi délicates que celles que l'on trouve dans le plat de la « Tempérance », et les seuls qui puissent donner un nombre indéfini d'exemplaires identiques au modèle et sans retouche. C'était d'ailleurs le procédé qu'employaient couramment en France h^s potiers d'étain pour la production des pièces usuelles. M. Paul Eudel, dans son livre des Trucs ft Truqueurs, dit avoir rencontré, chez un marchand d'étain d'une grande ville du Midi, des moules que ce dernier avait trouvés dans l'atelier de son arrière-grand-père, et qui lui

Ecuelle (dix-huitième siècle).

{Collectinn II. Houilhel.)

Oi-fcvi'crio dolaiii du dix Imilic'iiu' siccle. (CDllcflion H. IhiiilltvI.

scrvaient à refaire les plats, assiettes^ fourchettes, cuillers, gobelets ou salières qu'il livrait à sa clientèle de passage ainsi que Ions ses menus ustensiles qu'il fournissait aux églises de villages : burettes, aspersoirs, navettes, bénitiers portatifs, etc.

M. Bapst, dans la savante et très doeuuientée «nonographie (pi'il a pnbli(''e en l8S't sur lélaiii, pense ipie les leuvres décoratives de Briot et de ses contemporains ne lurent (pi'un éelair ((ui s'éteignit avec eux. En Fi'anc(>, l'drfèvrerie d'étain di'clina i-apidement, cl, si elle continua en Alleniagnc et en Suisse à pi'oduire i|Ufl(|ues leuvres avouables, l'appaiMlidU de la |)oi'celaine, qui allail remplacer l'ai'genterie, fondue par oi'dre des rois Louh \1V et Louis W, i-eh-guait ce métal à la cuisine ou dans les cabarets. M. Bapst estime (jue, n'ayant plu> de raison d'être, elle ;ivait dû disparaître de nos usages.

" Au premier abord, dit .M. Bapst, ou com- >' prend peu la corr(''lation (pii existe entre la

» suppression momentanée de l'argenterie dans ces temps malheureux, et la dis- » parition de l'étain. » .Mais s'il est exact que l'industrie de la faïence à Nevcrs

Pot à t-au cIkuuIo cm ctain.

{Ci)lU'vli()n Ed. (iiiérin.}

Soupière cl son |)liit en clain ((li\-huilicnie siècle). [Colleclion II. Bouilhel.)

et à Bouen, en Lorraine et en Provence se di-veloppa comme par enchantement, et que la porcelaine remise en honneur sur nos tables princières remplaça l'ar-

— 2:iH —

genterie, il n'en est pas moins certain que l'industrie de l'étain pour la production des objets usuels n'en continua pas moins, et qu'à Paris conmic en province, les potiers d'étain subsistaient encore. Qu'ils aient changé de clientèle, c'est possible, mais il n'en est pas moins vrai qu'on retrouve encore aujourd'hui des soupières, écuelles, cafetières, théières, assiettes, plats, salières, etc., dont le style et la composition sont bien dus à des artisans du dix-huitième siècle. Ce sont les mêmes formes que celles de la véritable argenterie. C'est le même aspect décoratif, si ce n'est pas la même finesse. Les reproductions que nous donnons dans la planche de la page 235 en sont la démonstration évidente. La soupière de style Louis XV avec ses larges côtes si habilement modelées, avec son écusson en relief et ses bordures ouvragées, la bouillotte si fermement moulurée {page 237) sont certainement des œuvres d'orfèvre que les propriétaires firent reproduire par un potier d'étain pour remplacer les pièces en argent qu'ils allaient porter à la fonte. 11 en est de même de ces écuelles, cafetières, théières et flambeaux qui sont réunis dans cette planche et qui viennent à l'appui de notre opinion.

D'ailleurs, si quelques-unes de ces pièces portent des poinçons étrangers, d'autres proviennent certainement d'ateliers français puisque nous retrouvons, dans les poinçons frappés au revers de ces pièces, les armes de nos villes de province, Metz, Rouen, Dijon, Montpellier, Bordeaux, et nous n'avons certes pas le droit aujourd'hui de méconnaître l'habileté et le goût des potiers d'étain du dix-huitième siècle.

Corl)cille fleiii'io, par Uanson.

Vase irorfévreric, par C.liolTard.

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