‹ Musée centennal de la classe 94Chapitre 3 sur 23 · BRULE -PARFUMS · texte numérisé non relu

BRULE -PARFUMS

Les inaili-esscs do Iw-aiirois 1"', la ('(iinlesse de CJiàlcaidiriaiid et la duchesse d'Klaiiipes, dmil on sail k's (h'iiirh's avec Hciivcmilo, puisaieiil a |)Ieiiies mains dans le trésor royal pour enrichir leurs ('•crins ou leurs dressoirs. Catherine de .Médicis la feuinie de Henri II, Diane de Poitiers sa niailresse, mettaient en honneur les émaux de LéonortI Limosin.

l'résent ollort par la \ Me de Paris au mi Chark-s L\, lors de son entrée solennelle.

llcm-1 II n était pas seulement jiéiu-reux envers ses maîtresses. Hoi catholique, i' 'l"iiiiait l)eauc(.up aux é-lises. et l'orlevrerie religieuse ne chômait pas, car il iallait remplacer par des (euvres nouvelles celles (pii disjjaraissaicnt dans les pillages des églises et des abbayes.

Sous Charles I\ et Henri III, malgré les troubles que les guerres de religion

onl dû apporter aux orfèvres dans rexercice de leur art, les eutrécs des rois daus la ville de Paris, les mariages princiers, étaient encore l'occasion de cadeaux magnifiques.

Avec Henri IV, les orfèvres étaient assimilés aux peintres ou sculpteurs, et appelés à loger dans les galeries du Louvre. La reine Marie de Médicis protégeait les arts, et Gabrielle d'Estrées n'avait pas manqué au rôle bienfaisant que les maîtresses royales avaient i)ris vis-à-vis des orfèvres; l'inventaire dressé à sa mort, en 1599, dépasse en orfèvrerie somptueuse tout ce que Timagination peut rêver : c'est comme le procès-verbal de la situation de l'orfèvrerie française à la tin de la Renaissance.

D'élégante et raffinée qu'était l'orfèvrerie au seizième siècle, elle allait apparaître somptueuse et magnifique au siècle suivant. L'or et l'argent importés du Nouveau Monde en Europe par les Hottes espagnoles affluaient en telle abondance, que dans la Péninsule on y faisait des mobiliers en argent.

Eille de Philippe 111, la reine Anne d'Autriche, quoique ayant franchi les Pyrénées, avait gardé les goûts de son pays. L'emploi du vermeil pour la fabrication de la vaisselle de table devenait plus fréquent, comme il l'était devenu dans la fabrication de l'orfèvrerie d'église. Le coffret que Richelieu donna à Anne d'Autriche, et que conserve le Louvre dans la galerie d'Apollon, avec ses reliefs d'un or superbe, se découpant en rinceaux et feuillages élégants, peut être considéré comme une des meilleures œuvres d'orfèvrerie de cette époque. Il est « un des rares spécimens de cette ornementation charmante oii les tleurs » naturelles jouent le rôle principal, bien qu'elles entrent dans un ensemble réglé » par une composition préalable », ainsi que le constate M. Alfred Darcel dans sa notice sur les Emaux du Louvre.

Le Cardinal Mazarin, s'il estimait par-dessus tout les i)ierreries et les diamants, dont les plus beaux, connus sous le nom des « Mazarins », furent légués i)ar lui à Louis XIV, et devaient faire partie plus tard des diamants de la couronne, avait fait travailler les orfèvres de son temps et réuni dans son palais des œuvres de grand prix. Rrienne en parle avec admiration. « Que de chenets d'argent ! que de lustres de ci'istal et d'orfèvrerie! Combien de bras et de phujues de vermeil; combien de miroirs ou de plaques d'or et d'argent ciselées ! »

Amie d'Autriche transmit à son tils Louis XIV ses goûts pour l'orfèvrerie. Les premiers jouets du jeune roi étaient en argent, et sa mère, ne voulant pas lui laisser entre les mains des soldats de plomb, lui fit faire par l'oi'fèvre Merlin une armée de soldats d'argent et une artillerie en or massif. Louis XIV s'en souvint et donna à Merlin un log<!mentau Louvre.

Si l'influence de sa femme, Marie-Thérèse, n'eut aucune action sur les goûts de Louis XIV, en revanche M"" de Lavallière et M"" de Montespan et, plus tard,

M"" de Fontangcs, pi'iinit un nsceiulant iiiiii-(|ii(' sui- le roi cl i-t'ussireiil facilement à l'ontraîner clans la voie (|uo lui avait (lacro sa mère. Son ^noùl pour les orfèvreries somptueuses no tarda pas à se manifester dans les fêtes (|u"il orjianisa et dans le luxe cxajic'ré (pi'il mit à décorer Versailles. L'illustre Le Hruu lui fui im aide |»r(''cieu\ pour l't'aliser ses rêves de faste et de ijrandeur, l'orfèvrerie uudli|ilia. pmn- le satisfaire, toutes ses splendeiu's; jamais on n'avait vu une profusion pareille, ci un Ici emploi tin uu'lal pr(''cieu\ dans le mohiliei" d'un Palais.

.Mais vases ou toi-clières, escabeau.x on i^néridons, caisses d'orangers ou brancards d'argent, (pu- les ateliers des Gobelins, dirigés par le peintre Le Brun,

(^ilTn.-! i'i l)ijiiu\ dWiinL' (l'.Vulriolic. (Cnhric (rAiinlhni.)

exéculaieni jiour les résidences royales, et les orfèvreries plus importantes, mais non moins fastueuses, ((uc Louis XIV commandait pour sa table, ses appartements de Versailles, ou pour ses églises préférées, aux orfèvres qu'il logeait au Louvre, ne sont plus là pour attester l'habileté des orfèvres ni la somptuosité du grand siècle. Les fatales ordonnances du 20 février 1687 et du 14 novembre 1089, qui envoyaient à la Monnaie les trésors de la maison royale et enjoignaient aux seigneurs de se conformer à l'exemple donné par le roi, devaient faire disparaître les plus précieux ouvragés du temps, « et, triste » retour des choses d'ici-bas, le Grand Roi, qui logeait Alexis Loir aux Gobelins » et donnait 10 millions pour exécuter son argenterie de service, la remplaçait » quelque temps après par la faïence, afin de pouvoir envoyer des subsides a » son armée épuisée par la guerre du Palalinat (1). »

^1 Profilée du Recueil île Ou planches d'orfivrerie, île I»:iul Eiulft.

Si quelques pièces : écuelles, plais ou flambeaux, ont i)u échapper à cette destruction inutile et impie, et nous donner rinq)ression de la belle tenue et de l'aspect décoratif de ces ouvrages, au moins pouvons-nous retrouver dans les tapisseries de Le Brun, et dans les superbes gravures de Bérain et de Lepautre, la trace de ces magnificences.

Les dernières années de Louis XIV furent attristées par ces inutiles hécatombes, et il nous faut attendre le dix-luiitième siècle pour l'clrouver les splendeurs de l'orfèvreiie civile du gi-and siècle. Ce sont les mêmes orfèvres, élevés à la fière école de ce règne, mais des influences nouvelles vont profondément modifier forientation de l'orfèvrerie. Les formes solennelles vont disparaître, et rornementation symétrique et pondérée, que les architectes et les décorateurs avaient donnée aux œuvres du dix-septième siècle, va céder la place à un art plus libre, mais (pii n'en restera pas moins comme l'une des plus charmanles transformations de fart de l'orfèvrerie.

Dessin de Bérain.

A'asf ddr des tapisseries des Maisons royale: (/,(' ch.ilpnii lie ('limitlxiril.)

Le dix-huitième siècle

C'IIAPrPRE PREMIER

L'Oi'(V'vi'(M*i<' à la lin (\u rriiiH' de Louis \I\\ — Les Atolicps dos Ciohcliiis. — La (livsli'iK^tion par les Ldils. — Co (lu'olio (Hait à la Cour

cl dans la HcMii'aooisio.

VAM- d'aborder létudc dos œuvres d'orfèvrerie réunies dans le iMuséc centennal et afin de dégager les inlluences diverses qu'avait subies l'orfèvrerie au cours des siècles, j'ai cru devoir tracer dans l'Introduction un tableau rapide des transformations qui se sont opérées dans l'art de l'orfèvre, depuis les origines de la monarchie jusqu'à la fin du règne de Louis XIV; mais l'histoire de l'orfèvrerie au dix-neuvième siècle ne peut être bien comprise qu"à la condition de faire un retour en arrière et

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