‹ Musée centennal de la classe 94Chapitre 4 sur 23 · AA · texte numérisé non relu

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de se rappeler quelles avaient été les destinées de cet ai-t dans la société française, depuis la mort du roi Louis XIV jusqu'à la Révolution. C'est, d'ailleurs, ce qui a été fort bien indiqué par les organisateurs du Musée centennal de l'Exposition de 1900 et c'est pourquoi ceux-ci avaient réuni, à côté des pièces caractéristiques de la période moderne qui s'étend de 1789 à 1889, des œuvres de choix appartenant aux époques de la Régence, de Louis XV et de Louis XVI. On ne pouvait adopter une meilleure méthode. Elle avait l'avantage de rendre plus sensibles, par des comparaisons nécessaires, les transformations survenues. Je ne saurais donc mieux faire que de la suivre.

En 1715, au moment où les élégances pimpantes de la Régence vinrent arracher la cour de Versailles à la torpeur on l'avait plongée la vieillesse assombrie du monarque défunt, l'orfèvrerie achevait à peine de traverser nne des plus désastreuses crises qu'elle eût jamais subies. Des édits prohibitifs, qui nous apparaissent aujourd'hui comme invraisemblables et presque monstrueux, avaient ordonne la destruction, dans tout le royaume, des chefs-d'œuvre d'or et d'argent, des vaisselles somptueuses, des merveilles d'art que possédaient les particuliers et les églises.

Certes, dans le passé, l'orfèvrerie avait éprouvé maintes fois des cataclysmes analogues. Considérés par les princes et les seigneurs du Moyen Age ou de la Renaissance, comme une sorte de placement d'argent, comme un trésor de guerre, une réserve qu'on se ménageait pour les temps difficiles, les objets en métaux précieux n'avaient pas souvent survécu à l'époque de leur création. Voués d'avance au creuset, bien peu échappaient au sort falal, et ni leur prestige d'œuvres d'art, ni leur perfection f[ui leur donnait une valeur très supérieure à celle de la matière, ne les préservaient de cette lamentable fin. On sait que c'est là le motif pour lequel nous possédons de si rares spécimens des orfèvreries anciennes. L'antiquité grecque et romaine n'a pas été, en cela, plus conservatrice ni plus prévoyante. C'est un malheur dont les archéologues ont dîi prendre leur parti.

Mais, à aucun moment, à coup sûr, l'anéantissement des objets d'orfèvrerie n'avait eu le caractère systématique, brutal, presque bai'bare, des dernières années de Louis XIV. Ce fut alors une hécatombe générale, une Saint-Barthélémy inexorable, et qui ne dura pas qu'un jour, car le Roi-Soleil s'y reprit à plusieurs fois avec un redoublement de rigueur. On ne compte pas, sous son règne, moins de vingt ordonnances, déclarations ou édils somptuaires dirigés contre l'orfèvrerie. Il est vrai qu'au début il ne s'agissait que de refréner, d'une façon générale, parmi ses sujets, le luxe dont lui-même était le pi-emier à donner l'exemple, mais dont il prétendait réserver à lui seul et à ses courtisans le privilège. C'était le temps où une légion d'orfèvres illustres, Claude Ballin, Gravet, Thomas Merlin,

Porlrail de Ci.aiui: liALLlX [Culjiiict des eslumpcs de hi BihUolhèquc luilionale.)

qui avaient leurs ateliers au palais du Louvre, Alexis Loir, Claude de Villicrs (jui Iravaillaient. aux Gobelins sous la direction de Le Brun, sans compter Pierre Germain. Viaucourt, Gérard Débonnaire, Du Tel, Vorbeck, René Gousinet, Pierre el ('.Liillaume Loir et tant d'autres, exécutaient, pour Versailles, ce mobilier fastueux en arj^ent massif, ces tables, ces bassins, ces vases, ces caisses d'orangers, dont les invenfaires de la Couronne nous ont conservé les étincelantes descriptions et qui éblouirent longteujps l'Hiiropc tout entière.

Parmi les artistes dont nous venons de citer les noms, Glande Hallin figure au premier rang, et, dans son puissant elTort, résume les aspirations dv celle épo(|ue. Né à Paris en l()lo, il avait appris les éléments du dessin en étudiant les o'uvres de iNiussin. Charles Perranll, (|ui a écrit sa vie.

(lisait <pie, « dès sa |)re- » mi ère jeunesse, il » avait un discernement » excpiis |»()ur prciidic » ce i|ii'il y a de beau » dans l'anliquilé, et un » goût atlmirable i)our y » ajouter, de son inven- » tion, mille grâces el » mille bcauti's (pi'on » n'avait pas encore » vues ».

Il eut d'ailleurs tous les honneurs (ju'il méritait. Plusieurs fois Garde du métier de 10^)6 à lOOT, il fut Consul en 1GT2 et succéda à Varin dans sa charge de Directeur du balancier des médailles, et garda cette situation jusqu'cà sa mort en 1()7S. Son portrait nous a été conservé, il est gravé par Saint-Aubin, et se trouve au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale.

Ballin fit beaucoup d'orfèvrerie d'église, mais il excellait surtout dans cette orfèvrerie pompeuse qui décorait les appartements de Versailles. Perrault qu'il est bon de rappeler, lorsqu'il nous parle de ces merveilles, disait dans ses « Hommes illustres » : Il y avait des tables d'une sculpture et d'une ciselure si admirables,

Viisc à nu'ltrt' les orangers, l'ail i)ai' {'A. lîallin.

que la matière toute d'argent et toute pesante qu'elle était en faisait h peine la dixième partie de la valeur. C'étaient des torchères et des guéridons pouvant porter des tlambeaux et des girandoles de 8 à 9 pieds de hauteur, de grands vases pour mettre des orangers, avec des brancards pour les porter où l'on aurait voulu; des cuvettes et des bassins dont la magnificence et le bon goût étaient peut-être une des choses du royaume qui donnait la plus juste idée de la grandeur du prince qui les avait fait faire (1).

Toutes ces pièces, hélas! sont disparues; pour les faire connaître nous ne saurions mieux faire que d'emprunter à l'inventaire du mobilier de la Couronne, publié par M. Jules Guiffrey, les renseignements authentiques qui peuvent nous donner une idée de ce qu'étaient ces merveilleuses orfèvreries (2).

Nous citerons enti'e antres :

\'iii;;l-({iialre j^rands Ijassiiis ronds et \in^t-cjiialre vases pour servir les dits bassins, le tout d'arj^ent de Paris, sçavoir :

55^-555. — Deux grands bassins ronds faits par Ballin, ciselé/, dans le fond de trois j;rands tropbées d'armes entre si.\ lif;nres de Captifs qui représentent les vices; dans le milieu des armes du Roy et sur le bord de douze petits enfants qui portent des festons cl plusieurs autres ornements jjordez de petits j;odroii9 lisses, de 3 pieds de diamètre pesans l'|()"', \", 5" (33''g,i6o).

556-557. — Deux vases faits par lîallin pour servir avec les dits bassins, ciselez sur les corps des armes et des chilTres du Roy, accompagnez de petits enl'ants, par le bas de jjrands j^odrons lisses et sur le collet des g'odrons enfoncez et tournans avec son anse en forme de consolle au hault du c[nel il y a un petit .\lcide qui estoufe deux serpents, haults de 2 pieds \ pouces, pesant ensemble i/|5"', .'{", 5»^ (34''°,i8o). (iiK-ridon à trois ligures.

Les autres, aussi richement décorés, étaient faits par Verbeck, Du Tel, Viaucourt et Merlin {3).

Quatorze grands vases d'argent à mettre des orangers, sçavoir :

(')5o-653. — Deux grands vases d'argent à mettre des orangers avec leurs pieds d'estaux séparez, faits par Ballin, les dits vases ciselez des deux costez des armes du Hoy sont tenus par deux Renommées par le hault, par le bas de godrons brunis rentrans et sorlans, haut

{Dessin de Ch. Le liriin. — Musée du Louvre.)

(1) Paul Mantz, Recherches sur l'orfèvrerie française, Gazelte des Beaux-Arts.

(2) et {3 Jules Guiffrey, Inventaire du Mo//ilirr de la Couronne, pnges 69 et "."i (2 vol. iii-S". 18S.")).

Jiiii pied S pouces, sur aulaut tle diamèlro, leurs pieds aussy ciselez aux armes du Woy des (|uatre cosle/ cl de quatre f;riiroiis aux cpiatre coius. iiaulls de dix pouces, larges d"uu pied 'i pouces pesaus ensemble .")()()'", ii^i-'ij'^-, <((')()).

Les autres, variés de décor : frises de Hacclianales, Tèlcs de Méduses, de Satyres, de Dauphins et de Serpents, étaient les œuvres des orfèvres Verbeck, Loii", Du Tel. Coiisiiicl, ViiMiconi'l.

^';lse à sujets tires de rilisioire du Ildi/. {Dessin tle f.'/i. l.e lirtin.)

Le Musée du Louvre possède des dessins de Charles Le Brun qui sont vraisemliialtlciut'iil les projets des grandes orfèvreries qu'il faisait exécuter dans les atelieri des ('.(dicliiis. Le modèle du f^niéridon à trois figures que nous donnons fut exécuté: il e^l compris dans Tinventaire de la Couronne sous les n" liUO, 1107 et nos.

Trois grands f;uéridous dont le corps est de trois liyures de femmes qui portent un plateau, posées sur un pied à trois consoles terminées en patte de lion, et pesant ensemble : ii>G."i"', .")' (3i3''='',i2o). Ils furent ciselés par Loir et de \'illiers (l''.

(l' Aux sieurs Loiret île N'illiers, orptièvres. pour l'entier el parfait paiement de 50.11 1''»-, 15" à quoy iiioutent trois <;rands ffuéridons dargenl. In lifîe à trois fijjiirps •iur un pied en manière de cassolette, par iMix falirii|ués. Compte de la Maison du Roi du 4 déeenibre |(„S1. 'Alfred Darcel. Monoç/raphic des lapisteries des Maisons nii/ales.

— oO —

Les doux vases à sujets tirés de l'histoire du Roi, quoiqu'on n'eu trouve pas trace dans l'inventaire, furent eertaincnieut exécutés, le dessin est trop précis pour qu'il en soit autrement. Il permettrait encore aujourd'hui d'en faire une reproduction.

Les deux séries de tentures destinées à conserver le souvenir des jurandes époques du rc^i-ne de Louis XIV, qui représentent, l'une « les Maisons royales »,

Flambeau à pied de sphinx.

{Dessin de Ch. Le Brun.)

l'autre « l'Histoire du Roy », sont précieuses pour l'histoire de l'orfèvrerie à la fin du dix-septième siècle. Elles donnent, en effet, les représentations dans leurs dimensions réelles des orfèvreries fabriquées aux Gobelins. Ch. Le Brun, qui dirigeait cet établissement célèbre et composait les cartons de ces admirables tapisseries, avait eu le soin de les introduire dans ses compositions. Il nous a ainsi conservé le souvenir de ces vases d'argent, de ces aiguières, ces bassins, ces brancards, ces torchères, dont les dimensions sont bien faites pour nous étonner

cL (l(»iil les (Icsci'iplions des iiivenlaircs de r(''|)0(|(ie ne nous aiii'iiiiMit donné (Hi'nne failde idée.

I.a la|)issei'ie (|iii i('|ii-ésenle la visite de Louis \[V à la .Manufaclure des (lohelins ;i une valeur docinnentaire préeienso. L'insei'i|)(ion lissée dans le cartouche de sa bordui'e iulV-rienre : « Le Uoi Louis \IV visitant la Manufacltu-e des (uthe- » lins oii le sieur C.olher'l. Snriulendant de ces bàlinients, le conduit dans les » ateliers pour lui .faire voir les ouvrages (jui s'y font », constate l'importance (les ouvrages trorfèvreric ((ui se fal)i'iquaienl aux (îobelins, Colherl ci Le Brun y son! représentés, et vraiseinhiahleuieul les personnages en l'alial ipii, au second plan, portent un vase (For, devaient èlre les urlèvres qui les exécutaient.

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