CHAPITRE DEUXIÈME
Le pôvoll (le la Rôtjonco, 1715-1723.
Ce (ju'élail lo service d'ai'iicnlei'ie dans les inaisoiis princières.
Caractère des (eiivres de cette épofjiie.
ORSQUE fut proclamée la Régence, les orfèvres purent croire que leurs ateliers allaient reprendre les brillants travaux il'autrefois, et que la nécessité pour la Cour de se pourvoir liune nouv(^lie argenterie destinée à remplacer celle qui avait é(é dt-truite. fei'ait renaili-e les anciennes folies de prodigalité. En ellct, au preiuicr moment, un véritable délire de luxe désordonué parut faire tourner toutes les tètes. En 1716, la duchesse de Monastérol promenait dans Paris un iihaéton monté sur quatre pilastres d'argent, qui avait coûté
40000 livres. La duchesse de Berry, fille du duc d'Orléans, sortait dans des carrosses entièrement décorés de cette matière. La duchesse du Maine, la princesse de Conti, la plupart des grandes dames de l'c'poque affichaient une pareille opulence. Le cardinal Dubois, voulant jouer les Mazarin, achetait des antiquités, et se constituait une orfèvrerie qui lui absorbait des sommes considérables. Les hommes d'affaires, les agioteurs, les manieurs d'argent que le système de Law mit alors en vedette, ceux qui, grisés par la spéculation, gagnèrent en un jour des fortunes qu'ils devaient perdre le lendemain, les gens de robe ou d'épée, affolés par l'espoir des richesses, laquais et commis devenus subitement millionnaires, tous enfin ne tardèrent pas à multiplier les commandes de vaisselle plate.
Mais cette ivresse dépensière provoqua vite le retour de mesures prohibitives. Dès IT'âO, la pénurie du Trésor ayant encore une fois jeté le pays dans une crise financière plus grave que jamais, on revint aux édits et aux pénalités précédentes concernant les ouvrages d'or et d'argent, « pour réprimer, dit Buvat, le luxe » extraordinaire d'un très grand nombre de gens de tous états et de toute condi- » tion, principalement des agioteurs qui s'étaient enrichis en moins de sept ou » huit mois, au commerce des actions et des autres papiers de la rue Quincam- » poix, lesquels s'étaient pourvus d'une quantité prodigieuse de vaisselle d'argent » de toute espèce, la mieux travaillée et la plus belle qui se soit jamais vue chez » les princes et chez d'autres personnages d'un rang distingué par leur noblesse » et leur dignité » (1).
Pourtant, si l'on va au fond des choses, on constate qu'à partir de cette date une modification profonde se manifeste dans les habitudes, et que si le goût du luxe, au lieu de se restreindre, ne fait que se répandre davantage en s'étendant à de nouvelles couches de la nation, il change totalement de caractère. Assurément l'orfèvrerie n'est pas moins en faveur que sous Louis XIV, il y en a tout autant, mais elle se réduit à des formes plus usuelles, plus directement appliquées au>^ besoins journaliers. Elle cesse de produire des objets de pur apparat, tels que meubles, torchères, vases monumentaux. En un mot, elle « se contente d'être pratique », pour employer une expression que l'on aime fort aujourd'hui.
Nous serions bien embarrassé de donner ici la représentation graphique de quelques-unes des pièces des premiers temps de la Bégence, si nous n'avions trouvé dans le recueil des 60 planches d'orfèvrerie de la belle collection de M. Paul Eudel, dont nous avons parlé au chapitre précédent, des pièces du plus haut intérêt dont les poinçons, relevés avec soin par le célèbre collectionneur, révèlent qu'elles ont été fabriquées de 1715 à 17!25, c'est-à-dire sous la Régence; nous les avons réunies dans une même planche, de manière à rendre plus frappaiît le caractère de l'orfèvrerie de cette époque.
(1) Jean liiival, .loiinui! de lu lli'ijnir". t. M, pagi' 'M.
-^ «in^^^.
Six pièces d'urfcvrcric llé^oncc, de 171Ô à \~i'l.^. dessinées jjar Giraldoii d /ipiès les originaux.
[CoUeciion de M. l'.nil Eudcl,]
C'est d'abord une aiguière de forme simple, n" I, décorée à la base et au collet (le très lins ornements dans le goût de iiérain; le couvercle et le pied godronnés; le bec, soutenu par une tète de femme coiffée de plumes, s'amortit sur le corps de l'aiguière, l'anse de forme très élégante est surmontée également d'une figure de femme dont le buste s'allonge, et, dans une gaine agrémentée (roi-nemeiils champlevés, s'attache gracieusement à la panse de l'aiguière. Elle fut faite sous le fermier Cordier, en 172'), par l'orfèvre Hobert Magnard.
Dt-liiils (les ciselures en trace niatis de la cafetière Réjicnce ii" i. Collection l'aul Eudel.)
Puis, une autre aiguière, n" 2. à côtes plates décorées en tracé matis de daupliins. d'algues et de coquillages groupés en forme de guirlandes et de chutes du |)lus charmant clfet, les poinçons indiquent qu'elle fut exécutée en 1727 sous Jacques Cottin. Nous donnons ci-dessus le détail de l'ornementation ciselé, et plus loin le plateau de laiguière à bord coiilourné et godrumié dont le iiiarli est ciselé comme l'aiguière: une saucière, n" î^, eu forme de bateau, d(''corée aux deux extrémités d'inie tète de satyre en relief, dont l'anse en volute est agrafée à la partie inférieure; quoique les poinçons soient un peu elfacés, on peut faire remonter sa fabrication à 172(1; un tlambeau. n" 'i. d'iui très grand caractère, à .'•» consoles engagées, accostées de tèle> de femines. le |»ieii mouluré d'oves et
de baguettes à rubans. Il est daté de 1728. Puis, enfin, deux poudrières à sucre en poudre, n° 5 et n" 6, dont les poinçons usés ne permettent pas de fixer la date de leur fabricalion, mais dont l'ornementation, analogue aux précédentes, et la facture permettent de reconnaître facilement, dans ces œuvres, la main des orfèvres qui vivaient sous le règne précédent, et n'avaient rien perdu de leur habileté. L'homme qui règle la mode, et inspire les artistes à ce moment, c'est le Régent. La réelle culture de son esprit, la délicatesse de son goût, ses connaissances étendues, et, comme le remarque Saint-Simon, sa fine intelligence de tout
Cuvette de raigiiiére n" i, fuite sous le fermier Cordiei-, en 172^, par l'orfèvi-e Holiprl Majjiini'cl.
Collection Paul Endel.
ce qui contribue à l'agrément de la vie intérieure, ses opinions très personnelles sur ce qui constitue le confort, suffiraient à faire comprendre l'inlluence qu'il exerça dès qu'il eut en main le pouvoir. Ce n'est pas qu'il ait pensé une seule minute à imprimer aux arts une direction quelconque, ni à faire sentir autour de lui, à cet égard, le poids de sa volonté. A l'opposé en cela de Louis XIV, il était toute tolérance et n'avait qu'une maxime : « laisser faire ». Mais le duc d'Orléans était le maître de la France, le point de mire sur qui tous les courtisans avaient les yeux fixés. Qi\\\ le voulut ou non, on suivit ses exemples, on adopta ses goûts, on imita les méthodes qui lui firent transformer la décoration de ses appartements, on s'engoua des artistes dont il s'entourait. L'architecte Oppenord, encore inconnu, ayant été chargé par lui d'orner au Palais-Royal la galerie neuve où Antoine Coypel peignit les épisodes de la Vie d'Enée ; voilà du coup Oppenord à
la iiiotle. Le priiu-e ilcinaiRle-l-il à W'alleaii, dans toute la tleur de son |)rcstigicux talent, d'illustrer de ses exquises fantaisies les chambres du château de la Muette? Voici Watteau lancé, et 'lui ne sul'lil plus, dès lors, durant sa trop courte existence, à satisfaire aux coniuiandes (pii lui viennent de toutes parts. Plait-il au duc de faire substituer, dans ses palais, aux vastes et solennelles pièces du temps passe où suait l'ennui, des chambres plus polilcs se prêtant à l'intimité des conversations aimaJjles, des alcôves favorables aux lits de repos ou aux sophas, des boudoirs délioalenienl sculptés? Tout le monde suit le mouvement et se met à l'unisson. Préfère-t-il aux antiques tapisseries, qui attristent les murailles de leur verdure trop sombre, les étoffes soyeuses de Lyon de nuances claires? Comme |)ar encliantcnienl les Triomphes de Scipinii, les liatailles dWlexandre, toutes les tentures de grand pi'ix qui décorent depuis deux siècles les plus fameux hôtels de Paris, vont i-ejoindre dans les greniers les objets qui ont cessé de plaire et ne soni plus au goût du jour. Témoigne-t-il une conliance toute amicale à l'ébéniste Crescent, qui lui fait les meubles qu'il aime, d'un profil savant, d'une grâce spirituelle et délicieuse, qu'animent les bronzes dorés et les minois séducteurs de nymphes souriantes, ciselés avec la dernière perfection? Crescent (h.'vient le fournisseur en vogue, et l'on ne veut plus ((ue les meubles de son style.
11 en fut de même poui- tout le reste, et l'on peut croire qu'en ce qui concerne l'orfèvrerie, le Régent ouvrit également les voies nouvelles, donna le ton, et que, sans qu'il les imposât le moins du monde, ce fui'cnt bien ses goûts personnels qui jirévalurent. Chez lui, point de meubles d'argent, jjoint de pièces à allure monumentale, à endjlèmes mythologiques, à figui'cs moroses de dieux antiques. Il ne possède guère que de l'orfèvrerie de table, et encore, sans excès; son Inventaire conservé aux ai'chives nationales (I), et dressé à sa mort en 17:23, accuse un poids total de 4567 marcs
Flaiiil)L'au lU-jiencc'.
{Musée cenlennnl.)
:l Cet Inventoiri' e?t cinoi'i» im'-dit. ot il fci-ail vivi'nit-nt à SDiiliailir ipi'il fut liiriilùt piililir. M. Virtor Chniii|)ii>i' i-ii a ilmiiir- lll'^ ixlrail< ilans son volume si nhondainiiu'iil (iocunit'iitf de Vllisloirc du l'aliiisl('ii/al l'.iod. 1 Vol. iii-N" , cl nous lirons de col ouvrajre les curieux renseignements que nous reproduisons plus loin sur l'orfévierie du liégeut.
d'objets de ce genre. INous voici loin des quantités fantastiques citées pour Louis XIV. Dans ce chifTre est comprise toute la vaisselle plate qu'il avait dans ses diverses résidences, au Palais-Royal, à Saint-Cloud, à Bagatelle, à Versailles, et même la collection d'orfèvrerie du cardinal Dubois, que lui avait léguée celui-ci, et qui se composait de 85 pièces d'une exécution particulièrement soignée (1). Le duc d'Orléans l'avait fait graver à ses armes et l'avait mise en usage dans sa maison. Ses orfèvres habituels étaient Ballin le neveu, et Thomas
Germain. C'est à Ballin qu'il commanda notamment une splendide toilette d'argent qu'il avait l'intention d'oiï'rir à sa (illc, M'" de Beaujolais, quand fut agité le projet d'union de celle-ci avec l'infant d'Espagne don Carlos. Le mariage n'eut pas lieu; mais, la toilette se trouvant terminée, il fallut la payer; elle coûta 31 607 livres. Il lit d'autres acquisitions importantes de ITIo à 1723. Mais le gros de sa dépense se porta sur les menus objets d'art, accessoires de bureau, écritoires, pendules, vases montés, et principalement sur les boîtes et tabatières dont il forma une collection de toute beauté estimée à son décès plus d'un million, somme énorme pour l'époque, et qui représenterait près de six millions de notre monnaie actuelle.
Veut-on savoir sur quel pied était organisée, au dix-huitième siècle, dans la haute noblesse, le service de l'argenterie? On n'ignore pas que toute famille menant un certain train conservait encore à cette date, pour l'administration de sa fortune et la tenue de ce qu'on appelait la « Maison », des habitudes remontant en pai-tie à la féodalité, et une réglementation uniforme empruntée à celle qui était en usage pour la « Maison du roi ». La domesticité formait un petit gouvernement oii chacun avait son emploi et sa responsabilité fixée selon une étiquette immuable. Il y avait le service des Menus, le service de la Bouche, de la Panneterie, de l'Echansonnerie, des Équipages, des Ecuries, etc. L'importance en était variable, comme on pense, suivant le rang et le
Flambeau llé^cncc.
{Collection de M'"" Burat. — Musée cenlennal.)
(1) Elk' pi'^ait, à rlle seule, 1 13!) marc:^. Le duc d'Orléans accepta le li'trs do son aiicini précpploiir, mais voulut ahsolumeut l'aire estimer la valeur de celte argi'uteiie. qui lui prisée 143 200 livres, el en remboursa généreuseuieut le prix aux héritiers de Dubois.
degré (le richesse; mais c'était Torganisation type dont essayait de se ra|i|irt)clu'i" ([iiicoïKiiie prétendait faire figure dans le monde. Comme dit le fabuliste :
Toiil polit prince a des ambassadeurs; Tout marcpiis veut avoir des pages...
Chez le Uégent, le service de Targenterie était réglé de la façon suivante. Ce (pii était vaisselle j)late, indépendamment des ustensiles servant dans les chambres à coucher des princes et des princesses, était réparti entre les dillérentcs catégories des serviteurs qui avaient à en faire usage pour les besoins de leur charge. Par exemple, Yargentier avait sous sa garde im total de 104 pièces (plats, assiettes, cloches, etc.), destinées à paraître (luotidiennement sur les tables « des maîtres et du commun ». Puis, il y avait la vaisselle relevant des Officiers de la lioHche (marmites, casseroles, pots à vin, compotiers, essais, sucriers, huiliers, pots à bouillon...) ([ui comprenait oo pièces; la vaisselle du pàtissie?- de la Bouche (compotiers, assiettes, plats de formes originales et variées, drageoirsi..., 13 pièces; la vaisselle du perdreau (cuillères et fourchettes, aiguières, flambeaux...), 42 pièces; la vaisselle de Y Echansonnerie (couverts du vin. flacons, gobelets, etc.), 30 pièces; la vaisselle de la Panneterie (saucières, moutardiers, cadenas, huiliers, salières, poivriers (soif en vermeil, 150 pièces pesant 524 marcs, soit en argent blanc, 178 pièces pesant 243 marcs); eiifm les services d'apparat des princes et princesses, que Ton ne sortait que dans les grandes occasions (surtouts de table, assiettes, plats, coupes, flambeaux qui étaient en or ou en vermeil et (jui coiuprenaient 119 pièces pesant 225 marcs). Outre cette argenterie si variée et si abondante, dont l'afleclation était méliculeusement réglée, il y avait encore la grosse orfèvrerie, employée par le service des cuisines : marmites et casseroles de toutes formes, poêles à confltures, écumoires, fourchettes cl cuillères, flaïubeaux. Celle-là ('tait (Avisée en trois séries ; vaisselle blanche, vaisselle godromiéc et vaisselle de vermeil. De la première, YInventaire, dont sont extraits ces détails véridiques, nous décrit 148 pièces, de la seconde
Flanil)L'aii Hé^encc.
yMiisée cenlennnl. ■
106 pièces, pesant ensemble 128o marcs, et de la troisième 170 pièces d'un poids de \ 11 marcs.
Pour compléter ce tableau, f[iii donne une idée précise des mœurs luxueuses de l'époque, il convient de remarquer que, dans cet état de rorfèvrcric du Régent, la vaisselle léguée par le cardinal Dubois n'est pas comptée, et que l'argentci'ie personnelle de sa femme, aussi bien que celle des princesses ses lilles, qui vivaient avec lui, forme un chapitre à part. 11 faudrait donc ajouter, à cette nomenclature de 952 ustensiles d'argent ou d'or, un chitlre presque égal pour avoir à peu près le total de l'orfèvrerie employée par le duc d'Orléans et les membres de sa famille (1).
Ecuelle en \criiu'il.
{CdUeclion île M"" Btirnt. — Musée cenlennnl.)
Le caractère général de l'orfèvrerie de la Régence peut-il être déterminé avec la netteté d'une définition positive et tranchante? Evidemment non, car ce qui la distingue c'est essentiellement l'indécision qui est le signe habituel des œuvres de transition. Il faut se garder de faire remonter à cette période le triomphe du style rococo. C'est anticiper légèrement, et cela tient sans doute à ce fait f[ue, les œuvres d'orfèvrerie de cette époque étant très rares aujourd'hui, on s'en forme une opinion non pas sur l'élude directe des pièces qui ont subsisté, mais d'après l'examen de gravures anciennes qui ne sont pas toujours véridiques quant à l'année exacte de ce qu'elles reproduisent. Or, en ces matières, il faut pousser jusqu'à l'extrême le scrupule des dates. En réalité, le style rocaille, mis à la mode par Meissonnier, n'atteignit son épanouissement que quelque temps après la mort du Régent. Qu'il ait commencé à se manifester en 1720, et qu'il ait trouvé dans l'état d'esprit de la société d'alors, dans le bouillonnement d'idées (|ui transforma les arts comme tout le reste, un terrain favo-
(1) Cf. Victor Chaiiipier, Uisloire du l'a/uis-Roijal, t. I*^'', pages 3U9 et suivantes.
i-ablc ;'i son développciiu'iil, l'ieii de plus ccrlaiii. Mais ce n'est guère ([u'end'c les années 17:2') à IToO, (jne rinipiilsion doniu'e par les novateurs, \nùs Iransniise par une armée de dessinateurs, d ai-cliileetes et de senlpteurs (|ni i-cnehérirent sur les i'antaisies du début, produisit tous ses clîets.
Le Musée centennal de l'Orfèvrerie, à l'Exposition de 1900, a fourni à cet ('j^ard les plus précieuses et les plus forntelles indications. Les (euvres de réporjue de la Kégenee (pi'on atlniii-ait dans les collections de .M'"" Hurat. de MM. Boin-Taburet et Doistau, monti-aient les phases successives de la révolulion ipn s'opéra dans les formes et les oriiemenis des objets aussilnl ajirès la mort de Louis XIV, et
Tlicicre lU-yenco.
|)ernieltaient de suivre, pour ainsi dii-e, étape par étape, le mouvement tout d'abord incertain et tinnde. puis de plus en plus accentué et émancipé dans le sens du caprice à outrance.
Les trois tiambeaux que nous donnons sont bien de l'époipie de la Régence comme leurs poinçons nous laflirment; le premier {pafjc 71) a gardé du siècle précédent sa coiistruclion logique, le i)icd rond bien assis, décoré de coquilles encadrées, le fût ferme et puissant, couronné par des mufles de lions et cannelé en spirale: le second pf/f/r ~'2), appartenant à M"" Burat, marque bien la di'uxième étape, on le croirait encore, au premier aspect, dessiné par Le lirun, tant il a garch- la construction architecturale des belles années du grand règne, la fermeté et la pureté des lignes, la rigueur des proportions. Déjà, il laisse apparaître, dans les détails de son décor, dans l'expression de la figure qui orne le haut du balustre, dans la disposition de la base à cinq pans, un certain
souci de rendre plus aj^réable et avenante une forme qui était devenue classique et presque banale. L'œuvre est absolument caractéristique et d'une rareté insigne; elle doit dater des tout premiers moments de la Régence. C'est le balbutiement à peine formulé de l'art nouveau qui va prendre son essor. Cet art, on le voit dans un troisième ilambeau [page 73), d'allure encore un peu gauche, qui s'essaye aux douceurs des courbes, aux molles délicatesses remplaçant les lignes viriles de l'âge précédent, aux combinaisons hyljrides d'ornements empruntés plus ou moins à Bérain, avec les entrelacs et les coquilles, mais sans originalité bien franche. Le mélange (le deux inlluences contradictoires semble lui donner une apparence vieillotte. Puis, le voici dans l'éclat de sa grâce jeune et fraîche. Le papillon est sorti de sa chrysalide. Le style s'affirme, se précise, prend conseicnce de son indépendance, et se dégage de toute imitation.
De plus en plus, l'orfèvrerie rejette les lignes architecturales; mais elle garde encore, dans ses plus audacieuses nouveautés, une construction logique, des proportior.s harmonieuses, l'unité toujours lisible de la forme sous la diversité des ornements, (ïonsidércz l'écuelle de vermeil avec son plateau prêtée par M""" Burat [paye 74); c'est un des plus parfaits spécimens de cet art charmant. Le galbe en est d'une souplesse exquise; quant à son exécution, elle révèle une habileté consonuuée, avec son ornementation si sobre et si élégante, posée comme une dentelle sur le marli du plateau et sur le couvercle par le procédé du trace ciselé, ((ui rappelle un peu les nielles de la Renaissance et qui fut alors très en faveur.
Une théière [pacjc 75) faisant partie de la collection de M'"'' Burat est une pièce très rare, dont la composition et l'exécution sont également intéressantes. De forme ventrue, au pied godronné, à la panse unie, la collerette est seule décorée au tracé ciselé, dans le goût de l'écuelle dont nous venons de parler, elle est bien de l'époque de la Régence où l'on n'a pas oublié encore les dessins de Bérain; le bandeau ipiadrillé est égayé par ([uatre agrafes h coquille ciselées
CafeLièro Marubout (il/i;.sée renlenit:d.)
avec un ixoùl (•harinaiit ; k's deux l'onilelles siiiiiilçinciit tournées servant de liodcs pour ai^i-al'er l'anse en ébènc, solide et bien en inaiii.
Dans ces dillerentcs pièces que nous avons rc[)i'odniles, et qui sont les pièces Ic^ plus |ypi([ues qui figuraient au .Musée l'étrospeelif à rKxposilion de 19U0, on li'(iu\ail, réunies d'une façon saisissante, les qualités de l'art de la Rég:ence ; ré'ipiililire. l'opposition savante des parties nioulni'ées et des contours arrondis, l'ainialile noblesse, de la com|)Ositi()n et la suprême (It'licalesse de la facture. Ce sont bien là. en sonnne, les ti'aits dislincliCs ^\u slyle de la Kéycnce, de 1715 il \~'2'>>, tels qu'ils dominent dans l'album de Itobert de ('otte, de même ([ue dans les (euvres d'argenterie qui ont sui-vécu.
Nous avons trouvé également, })armi les jjièces exposées au (^enteimal, une cafetière à côtes très sinq^les et fermes [pagcliS), et dont le bec à masearon est bien dans le caractère de cette époque (pi(»i(prelle ne nous pai'aisse [as de fabrication iVancaise; il était int(''ressant de la reproduire, tout au moins pour montrer le degré d'inlUience de notre art national sur la |)roikiction étrangère de la même époque.
Dessin de Bciaiii.
"^'^ÇmTECTE, DESSINA TE^'% CliauibrecMCabinet-
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C;irti)uchc par Mcisscmnier.
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