‹ Musée centennal de la classe 94Chapitre 8 sur 23 · VJ · texte numérisé non relu

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Portrait de J.-A. MEISSU.XMEll

Si)U|)it'rL' au\ l'crovisses.

[MeissDiinier.)

Iiardiesscs de louis coinpositioiis. Ainsi, le vieux Nicolas Delaiinay, gendre de riiliisli'c l>allin, l'ancien oi-fèvre de Louis \IV, à (|ui fui connnandée en 17:22 la

Idilcllc (le rinfanlc, se refusa jus- (|u";i sa nioi't, en 1727, à suivre le nn)nvenienl. Il resta lidèle aux (radilions de son heau-père, et à l'art du grand siècle. Meissonnier luimcnie, rinvenleui' du genre, no s'est-il pas garde des écarts i-idicules commis j)ar ses soi-disant imitateurs dans les pièces d'orfèvrerie (pi'il a dessinées pour Louis W.

()|»|)enord et Meissonniei' eurent une inlhu^uce bien dilTérente sur les arts de leur temps ; Gilles-Marie Oppenord était surtout architecte et décorateur. Le régent l'avait cli()i>i l'onmie directeur général de ses liàliments et jardins. L'œuvre gravée qu'il a laiss(''e ne nous fait connaître f|u"un très petit noml:)re d'objets pouvant se ra|)porter à l'art de l'orfèvre. Ce sont surtout des motifs d'architecture, de (h'coration d'appartement et d'objets mobiliers. Sa production, ])lus sévère dans les formes et les contours, caractérise la première phase du nouveau style appelé Kégence, et s'éloigne sensiblement de celle de son émule .Tuste- Aurèle Meissonnier. (|ui inaugura la deuxième phase du style Louis XV. que l'on appela le style lîocaille et plus tard Rococo.

Meissonnier, qui était aussi architecte mais surtout décorateui", était en réalité un orfèvre; reçu maili'e en 172."'), il signait ses (cuvies de ses poinçons : J. 0. R.

Il habita longtemps la rue Fi'omenteau, où il avait Ixinlique. Il a laissé un recueil de dessins dans lequel il avait recueilli les

modèles ([u'il avait rêvés ainsi f|ue les dessins des pièces exécutées sous sa direction ou dans ses ateliers.

Nous avons choisi dans ce livre les pièces qui pouvaient le mieux nous édifier

Soupière au (gibier.

{Meissonnier.}

sur le caractère des œuvres de son invention. Les dessins de la soupière aux écrevisses et de celle au giijier, que nous donnons, nous dispensent de toute description. Elles sont tourmentées à l'excès; la rugosité de leurs saillies est inquiétante, et on se demande si elles n'ont pas été faites pour le dressoir plutôt que pour l'usage de la table; mais quelle merveille de délicatesse elles pouvaient devenir entre les mains d'un habile ciseleur.

Le surtout un peu encombrant qui réunissait sur son plateau les différentes pièces du service de table : pot à oille au sommet encadré par des bras de

Nef du roi par Mcissonnifr.

lumière, seaux à rafraîchir; aux extrémités, salières, huiliers et boites à épices, ne devait pas être d'un usage bien pratique, mais quelle superbe décoration pour le buffet d'une salle à manger, dont la boiserie en chêne sculpté aurait été exécutée sur les dessins de Meissonnier.

D'une composition tourmentée et de forme singulière, ce surtout ne fut probablement pas exécuté, il devait être un projet émané de sa verve facile. Mais il donue une idée très nette du style de Meissonnier, lorsqu'il se laissait aller aux caprices d'une imagination bizarre qui oubliait quelquefois la destination de l'objet rêvé.

11 n'en est pas de même de la nef d'or du roi Louis XV; quoique encore un peu tourmentée, le galbe est si gracieux, l'oruement qui décore la nef est si

souple, et ('nvel()|)|)(' si bien la forme f|u"oii coiiipreiid la réputalion (iiic ces œuvres avaient iiu'filée. Le seau à rafraieliir, (|u"il exc'culait en ai-gent iionr le (lue (le Boui'bon, doit, eomnie la nef, appartenir à une é|)oque assajïic, et bien loin (lu jeu des écarts de la Rocaille, qui ont fait accuser Meissonuier par Paul Mautz, d'avoir été le grand corrupteur du goût de la première moitié du dixhuitième siècle.

Parmi les maîtres orfèvres eu faveur de 17 lo à IT.'iO et doni les inventions ont eu (pielque importance il nous faut citer Claude Balliu le neveu, qui avait à celle épo(pie une soixantaine d'années (1) et qui conserva jns(|irau lioiit une vogue extraordinaire dans la clientèle la plus aristocratique de la France et de l'Europe. Tout en se montrant moins intransigeant que son confrère Delauuay et en suivant assez docilement les idées nouvelles, il ne dépassa pas les limites raisonnables; aussi se lamentait-il dans les derniers temps de sa vie sur « ce qu'on gâtait les belles formes en substituant aux sages ornements des anciens w des escrevices, et » (/es lapereaux, qui ne sont » pas faits pour f/arnir le dehors » de vases d'orfèrrerie ». C'est Claude lialliii ipii avait exécuté la charmante couronne du sacre de Louis le Bien-Aimé. En 1726, il prouva qu'il n'était pas si rebelle à introduire un peu de pittoresque dans l'orfèvrerie en composant pour le maréchal Denon, gouverneur du Milanais, un surtout de table dont le sujet était la fête de Cornus. Un autre, qu'il fit, en 1742, pour le roi d'Espagne, représentait des scènes de chasse, « des chasseurs et des chas- » seuses », des pièces de gibier. Plus l'artiste vieillissait, plus il était contraint de suivre le public dans ses prédilections grandissantes pour les rocailles, et on put le constater quand il acheva, en l7ol, le splendide service du marquis de la Ensenada, ambassadeur d'Espagne, que tout Paris alla voir et qui lit sensation.

Barbier, dans son journal, en consigna l'apparition comme un fait notable, et

Seau à ralVaicliir.

(Meissonnier. i

{1 riaude Bnllin inoiirut le 11 mars I1."i4, à l'âge de quatre-viiigt-treize ans. Il était né en 1661, on le désignait habitiiéllenient sous le uoui de Claude 11 pour le distinguer de son oncle, l'illustre Claude l'f Balliu. l'orfèvre de Louis XIV. mort en ICiS.

le Mercure (1) en publia la description. La base du surtout « contournée en une

baroque agréable » simulait une mer agitée par les (lots que dominait Neptune, assis dans une conque marine traînée par des chevaux, le trident en mains, l'air courroucé, tandis qu'autour de lui, nageaient des Naïades joyeuses qui se jouaient au milieu des roseaux brisés par le vent, et des enfants occupés à prendre des poissons. On sait si, depuis, ce sujet fut exploité!

L'orfèvre dont l'influence à cette époque s'exerça le plus heureusement et avec le plus d'éclat, fui, à coup sûr, Tiionias Germain. Initié à la pratique de sa profession dans l'atelier de son glorieux père Pierre Germain (2) qu'il avait perdu de très bonne heure, ayant étudié la peinture avec Bon- Boulogne, la sculpture avec Legros, et l'architecture qu'il connaissait à fond, il avait terminé son éducation par un long séjour en Italie. Il s'était trouvé tout

Boiiilloltc t'ii or sur son réchaud, fie Marie Leczinska, par Thomas Germain.

Jatte de M;iric Lec/.inska, par Tlionias (lerinain.

préparé lors de son retour à Paris en 1706, grâce à ses brillantes relations, à ses bonnes manières et à son talent, au rôle qu'il allait jouer. On l'a vu, le Régent

(1) Le Mercure, n» de juin l"al.

(2) Il ne faut pas confondre ce Pierre Germain, orfèvre du roi Louis XIV. père de Thomas (Jermain et grand-père de François-Thomas Germain, avec un autre orfèvre d'.i dix-huitième siècle qui porte également le nom de Pierre Germain, lequel est l'auteur du volume : les Eléments d'orfèvi-eiie. puhlié en I74S. Il en sera question plus loin. Cette confusion qui a ôlé commise par des écrivains émineuts, tels que Paul Mantz et L. Courajod, a donné lieu à de fréquentes erreurs.

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