‹ Musée centennal de la classe 94Chapitre 9 sur 23 · ST · texte numérisé non relu

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(Ml lil son orIV'vi'c allili't'. Il lui vile on l'avciii' à la Cour cl les pci-soniiapcs los plus en vue ne lardèi'enl pas à en l'aire lein- l'onrnisscur de prédileclion.

Ses premières eoniniandes oflicielles (\vent des œuvres religieuses. Il cxceula noiamment pour la eliapelle de Fonlaiiiohlean un encensoir qui lui valut les encourat^enients de Louis \V, jinis c'est à lui (pie fut couliée, eu 17:21), re\('ruli(ni de la toilelle de la reiiu' .Marie Lecziuska. La liouillotle (M1 or aver son rérliand ipii n.p|iarlienl à M. Clialirièi'es Arles, el ipii élail exposi'e au INMit l'alais. esl un des rares sp('Tiiuen> de celle prc'-cieuse oi-fèvrerie: il rc'ussil

AIcHlt (le Tli. Cici'nKiin.

(lieconslilnlion ni/.inl /iiiari' ,'; ri^.ijiosiliou ilc /.W&.)

-i hieii dans cette ciitrepri-e, il sul uiellre tani d'ingéniosité et de noiiveauh' dans la d ■coraiioii des Irenle-ciini pièces doni elle se composait : cuvelle, i)ol à eau, miroir, gobelet. Ilacons, boites à poudre, à pâles et à mouches, llambcaux, jattes, gantières, colTre à bijoux, etc., que toutes les grandes dames voulurent en posséder de sa main. Il sembla un moment avoir la spécialité des ces riches orfèvreries.

Le Mpfcfirr (le France de septembre 1726, décrivant ce service <à toilette, signale iiolainmeul les jattes qui en faisfiient paiiie: (dia(pie jatte ('■tait faite eu forme de nacelle (huit la |)onpe et la proue étaient ornées » d"enfants occupés à » lier un dauphin avec des festons, lesquels régnaient sur tout le fond ».

Il en lil |H)ur la reine d'Espagne, pour une princesse du Brésil, pour la Dauphine, et nue quantité d'autres femmes de (pmlité. Sa production s'étendit aux

objets les plus variés, et sa verve féconde fit resplendir sur les tables de tout ce qu'il y avait d'illustre dans la société de ce temps, les beautés d'une orfèvrerie infiniment gracieuse, mouvementée et chatoyante. Le duc de Luynes qualifie Thomas Germain de « fameux orfèvre en grande réputation dans toute l'Europe » (1). Mariette déclare que « c'est le plus excellent orfèvre que la France ait eu depuis le célèbre Ballin » (2).

Ses compositions sont restées un modèle parfait de grâce et d'élégance, le type le plus achevé de ce style si français, et surtout le plus naturel. Delà cette renommée si méritée qui lui valut d'être chanté par Voltaire, qui dans l'épitre adressée à Phyllis vantait sa 77ia'm divine (3).

Il n'est point de louanges qui ne lui soient décernées et partout on s'arrache ses œuvres qui passent, même de son vivant, pour des merveilles qu'on ne se permet pas de discuter, pour des modèles d'un goût impeccable.

Son portrait peint par Largillière, qui fait aujourd'hui partie de la collection de M. Odiot, nous le montre dans son atelier avec sa femme Denise, fille de Gauchclet, orfèvre.

Thomas Germain fut essentiellement l'orfèvre à la mode : mieux que cela, il fut l'orfèvre de savoir et de raison, le plus instruit peut-être qui ait jamais existé, l'incarnation pour ainsi dire de l'orfèvrerie française. Son nom respecté continua longtemps après sa mort à être invo(iué dans sa corporation, comme celui d'un maître sans égal. 11 domine le dix-huitième siècle tout entier, et défie toute comparaison. Si, lui aussi, ne put faire autrement que de sacrifier au genre rocaille et à la « Chinoiserie », il ne versa en aucune circonstai;ce dans les cocasseries invraisemblables de beaucoup de ses confrères. C'est ce que se plait à faire ressortir Mariette quand il écrit : « Si M. Germain ne copie pas tout juste l'antique, et si, pour se prêter au goût régnant, il se livre à des formes irrégulières, il ne donne jamais dans des écarts bhàmables » (4).

Il est vrai d'ajouter qu'il s'éloignait passablement de l'antique, plus que ne semble le reconnaître Mariette, ffuand il imaginait ses pots à oille (o), ces légu-

(1) Duc de Luyiies, Mémoires, t. IX, page 83.

(2) P.-J. .Marieite, Abccédnrio, t. II, piige 298.

(.3) Voltaire, XXIIh Epîtrr, connue sous le titre les Vous lU les Tu.

Phyllis n'était autre que .M"'î île Livri, jeune et jolie personne qui se destinait an théâtre, recul des leçons di; "Voltaire et devint sa maîtresse. Après avoir renoncé au théâtre, elle épousa un riche gentilhomme, M. de Gouvernet, et mena un grand Iraiu de maison.

Non, .Madame, tous ces lapis Vos vases japonais et hianes.

Qu'a tissés la Savonnerie, Toutes ces fragiles mr-rveilles.

Ceux que les Persans ont ourdis. Ces deux lustres de diamant

Et toute votfe orfèvrerie, Qui pemlent à vos deux oreilles.

Et ces plats si chers que Germain Ces riches eaicans, ces colliers,

A gravés de sa main divine, Et cette pompe enchanteresse.

Et ces cabinets où Martin Ne valent pas un des baisers

A sui'passé l'art de la Chine, Que lu donnais dans la jeunesse.

(4) P.-J. Mariette, Abécédario, t. II, page 208.

(5) L'usage du pot à oille on pot à ouille (du mot espagnol olla qui signifie mnrmile) se développa grandement au dix-huitième siècle. C'était ce que nous appellerions aujourd'hui une terrine; on y faisait

l'ortrail de Tiiumas GERMAIN ci de .-a loninio Dt.Msi;. {^Collée lion (Jdial.

micrs, ces soupières dont le corps élail cnlirreiiRMil l'oniié d'arèlos rocailleuses, (le voliilcs et de ^odroiis en toiirliillons, el doiil le couvci'cle (''lail surcliargé d'aiiiiuaiix (iiNcrs. L'arli>te, inali^ré toiil, savait éviter les iiitenipéi-inees des Meis-

^^Sfe/-''''''

Canclcliil)io en or de Louis W, dessin de Th. Gerniiiin. Collection île M. le baron Pichon.)

soiinierou des autres fervents de la rocaille, en consei'vnnt à ses ustensiles un

ili's i's|)cc-es (le pâtés d;iiis li'S((iieLs il eiilrait toutes soiles ilo viamles, el siil-loiit du gibier: l(!s pots a oille, i|iii avaioiit nrdinairi'iuenl d'assez (.'raiides dimensions, comprenaient des accessoires variés, un bassin rond, nui' !,M-aMile rndiére. le tout pesait de 30 à 60 marcs, lis furent reuiplaeés au siècle suivant, sous lu Ilestauralion, par les sonpién;s.

aspect solide et ferme, une ligne dominante, une apparence en rapport avec leur destination. Son éducation classique se reconnaissait à ce respect des principes et à cette science de composition, ce fut là le grand mérite de Thomas Germain, d'autant plus remarquable qu'il avait à résister à des entraînements qui auraient pu facilement le faire dévier.

Une autre qualité qui lui fait honneur, c'est la conscience (|u'il mit à traduire les ornements empruntés à la nature, à donner l'aspect do la plus parfaite vérité aux perdrix, poissons, légumes, sans commettre une faute de goût dans l'association toujours difficile du décor de réalité au décor de convention. Un de ses contemporains, Lempercur, dans son Dictminaire des artistes, l'apprécie en ces termes : « Germain inventait facilement et sans se répéter, il traitait les figures en » habile sculpteur; son goût d'ornement est pur, sage, ses formes sont agréables, )) riches et élégantes sans être tourmentées, et son exécution est telle que le tra- » vail du ciselé disparaît et ne laisse apercevoir que la nature et le vrai caractère » de l'objet représenté. »

L'architecte Blondel, dans son ouvrage sur l'architecture française, déclare qu'il portait si loin la perfection de son art, « qu'il lui était arrivé plus d'une fois » de recommencer son ouvrage, parce que les ouvriers qu'il employait, quoiqu'il » choisît ce qu'il y avait de plus habile, en avaient négligé une partie. Aux talents » qu'il avait reçus de la nature pour sa profession, Germain joignait une profonde » connaissance du dessin, de la sculpture et de l'architecture ».

Sculpteur, il l'était, les nombreuses figures d'Amours qui décorent les services du roi de Portugal en témoignent. Elles sont si bien modelées qu'un biographe érudit des Germain, M. G. Bapst (1), bien au courant lui-même, et par expérience professionnelle, de l'aide que le statuaire de nos jours apporte aux œuvres d'orfèvrerie, di'clare avoir été tenté de les atti-ibucr à un illustre sculpteur de son temps. Il a fallu la lumière brutale de documents d'arcliives irréfutables pour l'arracher' à ce doute. La collection de modèles qu'il laissa à son fils François- Thomas Germain, lequel à sa mort en 1748 prit la succession de sa maison (quoiqu'il n'eût alors que 22 ans), constitua pour celui-ci un véritable trésor. Nous verrons dans un chapitre suivant que ce dernier ne se fit pas faute d'y puiser, et que ce fut en grande partie avec les chefs-d'œuvre accumulés par le père, que le fils se tailla une bonne part de sa réputation.

Architecte, il l'était aussi, ses œ'uvres d'orfèvrerie le prouvent; il avait reçu cette éducation ([ui |)orle l'artiste à respecter toujours la logique et le principe de la construction. Son goût personnel s'était épuré et formé par l'étude des monuments antiques. Il avait même fait œmvre d'architecte en construisant à la demande des chanoines de Saint-Thomas, sur l'emplacement de Sainl-Tliomas

(1) G. Bapst, les (Jeniiani, page 94 et suivantes.

du Louvre, une c'jilisc à la piac c do celle qui venail de s'ccionlei'. Bloiidcl nous

initie à la construction de l'église et a conservé les dessins du cliceur, du portail

et de la nef dont il donne la description. « La composition en est fort ingénieuse,

» dit-il, d'une noble simpli-

» cité et sa construction d'une

» forme élégante. La comniu-

» nauté, pénétrée de tout ce

» {|ue (lermain avait fait pour

» la nouvelle ('giise, qu'il a fait

» construire, par ses soins,

» SCS travaux personnels, sur

» ses dessins cl ses modèles,

» dans un ('lai de perfeclion

» et de beauté (|ni rend ccl

» édifice un des plus beaux

» et des plus |)arfaits (juil y

» ait dans ce genre à l^iris, et

» ne SMcliant connue elle pou-

» vait lui témoigner sa recon-

» naissance, décida de con-

» céder à lui et à ses descen-

» dants à perpétuité la jouis-

» sance d'une tribune pour

» suivre les oflices, ainsi (pie

» le ccivot le plus prochain du

» sanctuaire pour servir de

» sépulture au sieur Germain

» et à sa famille. »

Lorsqu'il mourut. Thomas Cijrmain était à l'apogée de sa gloire, les commandes aflluaiont et de la coui- et des ('glises. La girandole d'or, qu'il fit pour le roi Louis XY et dont nous domions le dessin, fut son dernier ouvrage.

Ce dessin [paf/e 91), qui fait partie de la collection du baron Pichon, est de la main même de Germain. Il est tellement précis, qu'on pourrait s'en servir pour reconstituer un candélabre identi(iue. 11 laissait inachevé un lampadaire destiné à être offert à Sainte-Geneviève par le prévôt et les échevins de la Ville de Paris

Laïupiulairc de Suinle-Gcnc\ icvo, dessin de Tli. Germain. .Collcclion de M. le baron Pichon.)

en accomplissement d'un vœu adressé à sainte Geneviève, patronne de Paris, pour obtenir la cessation d'un fléau qui décimait alors la population. La délibération du 30 mai portait que cet ouvrage d'orfèvrerie serait « travaillé avec » tout l'art dont notre siècle est capable, pour estre placé à perpétuité dans » le chœur de la dite église devant l'autel » (1). Ce fut son fils, François- Thomas Germain, (pii l'acheva.

La réputation que lui avaient faite en France ses talents et sa personnalité avait dépassé les frontières, et, à sa mort, le roi de Portugal, pour lequel il avait produit tant de chefs-d'œuvre, fit célébrer à ses frais dans la cathédrale de Lisbonne un service solennel auquel assistèrent tous les artistes de la ville.

Un ancien garde de l'orfèvrerie du nom de Lecain, contemporain de Germain, disait de lui qu'il était l'homme le plus remarquable dans cette partie, et que ses ouvrages serviront éternellement de modèles à tous ses successeurs. 11 ne savait pas si bien dire.

Ce grand artiste a dû, en effet, produire un nombre considérable d'œuvres remarquables, et les rares pièces qu'il nous a été donné de voir portent l'empreinte de son goût et de sa puissante originalité. D'une exécution irréprochable, sobre dans les détails, élégante dans la composition, toujours raisonnée, elles nous font déplorer une fois de plus la destruction impie des œuvres de ce grand artiste.

M. G. Bapst, qu'il faut toujours citer quand on parle des Germain, ne connaît de cet orfèvre que trois pièces authentiques existant encore : Une écuelle en vermeil exécutée en 1733, sous Hubert Louvet; M. Paul Eudel l'a publiée dans son recueil « Soixante Planches d'orfèvrerie », et en attribuait la paternité à François-Thomas Germain et la propriété au cardinal Farnèse. C'est une double erreur; né en 1726, François-Thomas Germain n'avait que sept ans, il était donc impossible qu'il en fut l'auteur. D'ailleurs, les poinçons relevés par M. Eudel sur la pièce qu'il a eue entre les mains, et que nous avons reproduits et commentés plus loin au chapitre IV, ne peuvent laisser de doute à cet égard, et le dernier des Farnèse était mort en 1731 (2).

Le corps de l'écuelle est simple et de la forme coutumière; mais la bordure à fdets enrubannés, accostée de deux oreilles plates très finement ciselées, lui donne un suprême aspect de richesse et d'élégance. Les oreilles portent en relief les armes du cardinal encadrées de rinceaux Louis XV. Le couvercle.

(1) G. IJiipst, les Geimciiii, [ja,;,'L' 80 ul saivMiilos.

(2) Dans une communication faile rccemnicnt à la Sociclé de l'histoire de l'art fran(;.iis, .M. .I.-.I. ■}''["'quet (le Vasselot, attaché an .Musée du Louvre, constate rpie si l'ccuelle île (Ji'ruiain porte les ai'nioiries (l'un cardinal, ce ne sont piîiut celles des Farnèse, (|ui sont « d'or a six tleui-s de lis d'azur >s mais bien ccIIl's du cardinal porliiyais Joào da Motta e Silva, (|ui s(jut « de sinople à (■\u(\ Heurs de lis d'or ".

La similitude des einhlénirs a pu tromper .^L l'aiM Eudel. Mais l'attribution de M. .Mari|uet de Vasselot est certaine, car le cardinal da .Alotla e Silva était ministre du roi de l'orluyal, Jean V, à l'éporpie où Thomas (lermain travaillait pour la Coin'; il n'est jias sui'prenant (pi'ini minislre de ce prince so soit

adressé à lui

décoré d'orneiiUMils ^l'avés et rainoleyés cl sur le dùiiio de canaux creux en spirales, est suruioiih' d'un arlicliaul fondu el ciselé doul l'exéculion est parliculièrenient précieuse. Dans l'inlérieur, on l'ctrouve le goût recherché de l'orfèvre qui en a relevé la monotonie par une gravure délicate. Le plateau, de forme oblongue et à contours, présente un décor analogue à celui de l'écuelle et porte, gravées au centre, les armes du cardinal. Le contour est conçu pour encatirer les oreilles de l'écuelle, et, lors([ue celle-ci est posée sur son plateau, l'ellét d'ensemble est al)Solument exquis. Cette écuelle, pure merveille de goût et d'exécution, suffirait à immorlaliser le nom de Th. (lermain.

Ecuelle en vermeil, exécutée jiar Tluimas Germain ^l). [Colleclion l'util Hiidel.)

Un llambeau a tète de bélier, d'une construction si bien raisonnée et d'une ornementation sobre et élégante: il fit partie de la collection du baron Pichon: et enfui un llaml)eau d'étude à deux lumières, sur un socle à cannelures, deux branches s'enlacent pour maintenir une douille destinée à recevoir un abat-

1 .\pré# avoir fait i'oruement de colleclion^ damatours célèbres : Léopold Double, Paul Eudel, prince Demidotf, elle vient d'être achetée par les .\njiâ du Louvre, et fera désormais partie de nos collections nationales.

jour, les bobèches sont des vases à godrons portés dans des coquilles qui

servent de bassins. Les poinçons donnent la date de 1747. Il fit également partie de la collection du baron Pichon.

De tels exemples suffisent pour donner à penser que ce ne furent pas les orfèvres de la Cour qui se livrèrent aux excès du genre baroque qu'on a à regretter dans certaines œuvres de cette époque. La Cour, en définitive, restait ce qu'elle avait toujours été depuis l'origine de la monarchie française, le centre permanent de l'élégance et du goût, dont l'influence, bienfaisante et féconde, s'exerçait sur l'industrie.

Mais il se produisit alors, ce qui était déjà arrivé au milieu du seizième siècle, au commencement et vers la fin du dixseptième : l'envahissement par les hommes d'argent de la haute société, le luxe désordonné de ceux-ci, l'étalage frénétique de leurs richesses, sans mesure et sans goût, eurent sur les arts la répercussion la plus fâcheuse. Dans ce moment critique, la Cour

fut certainement le refuge, la planche de salut des artistes, la gardienne des

traditions, ou plutôt le guide, l'élé-

ment pondérateur ([ui empêcha les décorateurs de tomber dans les pires excentricités. C'est pour cette classe des gens de finances, c'est pour la tourbe des vaniteux et des parvenus qui foisonnaient alors, et se poussaient par tous les moyens, que l'orfèvrerie se laissa aller à des fantaisies inacceptables, à ces grossières erreurs de proportions, à ce déchiquetage des formes, à ces compositions échevelées, ridiculement confuses et prélenlieuses, dont les contemporains, dans les Mémoires et les journaux du temps, se moquaient si justement. En 1754, le dessinateur

Flaiiihcaii à Létcs de liclicr.

{Dessin de Th. Germnin.)

Flimibiau de Inireau.

'Uessin (le Th. Cerniaia.

Cocllin envoyait au Mercure sa spirituelle supplication aux orfècres, où il l'aillait si vertement et avec tant de justesse les exagérations commises. » Nous hnn- sc- » rions inlhiiment obligés, disait-il, s'ils voulaient bien no pas changer la destina- » tion des choses, et se souvenir, par exemple, (|u'un chandelier doit être droit et » perpendiculaire pour porter la lumière, qu'une bobèche doit être concave pour » recevoir la cire ipii coule, et non pas convexe, pour la faii'c tomber en nappe » sur le cliandolicr, et quantité d'aulrcs agréments, non moins déraisonnables,

Flamljcaii Lcjiiis X\'.

fCoUeclion de M"" Iiin-;it. — Musée centcnnal.

Flaiiil)cuu Louis X^'.

(Les (iermuin, par Bapst.

» qu'il serait trop long de citer. » Quelques mois après paraissaient dans le même journal, sous le titre de Conseils à un artiste pour faire observer certaines rrt/les sur l'art de la décoration, les réllexions suivantes qui ne sont pas moins judicieuses : « Sont priés les orfèvres, lorsque sur le couvercle d'un pot à » ouille, ou sur quelque autre i)ièce d'orfèvrerie, ils exécutent un artichaut ou » un pied de céleri de grandeur naturelle, de vouloir bien ne pas mettre à côté » un lièvre grand comme le doigt, une allouette grande comme le naturel et » un faisan du ((uart, ou du cinquième de sa grandeur, des enfants de la même » taille qu'une feuille de vigne : des figures supposées de grandeur naturelle, » sur une feuille d'ornement qui pourrait à peine soutenir sans plier un petit

» oiseau; des arbres dont le troue n'est pas si j^ros qu'une de leurs feuilles, » et quantité d'autres choses aussi bien raisonnées. » Ces critiques pleines de bon sens étaient sans doute très justifiées. Mais encore une fois elles visaient les orfèvres d'un talent inférieur bien plus que les maîtres de la profession. Dans les collections du Musée centennal, à l'Exposition de 1900, il n'y avait qu'un très petit nombre de pièces d'orfèvrerie appartenant à la première période du règne de Louis XV. On n'en trouvait pas ayant le caractère du style baroque, avec les exagérations ou les erreurs de proportion que signalait Cochin. La seule qui rappela un peu le genre de Meissonnier était un flambeau appartenant à M'"°Burat (par/c'dl). Encore témoigne-t-il d'une inspiration singulièrement assagie:

Lcgumior et son plat.

{Colleclion de M"'" Biirat. — Musée centennal.

ses ornements rocailleux n'offrent point d'aspérités dangereuses pour les doigts, et la forme, qui n'a rien de compliqué, est très raisonnablement affirmée. On en peut dire autant de la cafetière si remarquable, évasée par le bas, et ressemblant à ces espèces de coquemar ou de bouillotte qui firent leur apparition à cette époque, et qu'on désigna sous le nom de niarahout [page 99) : la forme en était empruntée aux vases orientaux qu'on importait alors en France en grandes quantités, et dont raffolaient les gens de la haute société. Que ce soit une cafetière ou un marabout, l'objet n'en était pas moins extrêmement intéressant en ce qu'il réunit au style rocaille très accusé un caractère de vigoureuse et mâle simplicité qui constitue son originalité. On remarquera avec quelle belle fermeté sont tracés sur le corps de cette pièce les godrons en creux, qui en sont pour ainsi dire le seul décor, et avec quelle franchise sont accusés et le bec et le bouton qui doit servir à soulever le couvercle. Peut-être faut-il également attribuer à cette période, aux environs de 1745, le légumier qui figurait dans le Musée

centeiinal {paqe 98). Cette pièce pourrait être signée de Thomas GeiMnaiii, tant la composition a de noblesse, tant les ornements, dont la ciselure est parfaite, sont grassement et intelligemment modelés. En tout cas, cette œuvre indique le commencement de lassitude que montra le public pour l'ornementation rocaille à partir de l'année 1750 : On en avait décidément assez des extravagances du tarabiscotage, des décors déchiquetés, des saillies exubérantes, des motifs jetés péle-méle comme un défi au sens commun, des lignes conslamment brisées par hoi'reur de la symétrie, des feuillages qui ne ressembleul pas à des feuillages, des Ilots qui ne sont pas des Ilots, et de toutes ces gentilles cacophonies de formes papillotantes et déconcertantes, (péon ne |)eut pas décrire, pour lesquelles il n'y a pas (le noms dans les dictionnaires, et dont le cliaolifpie assemblage fut. la parure du mobilier français dans la première moitié du l'ègne de Louis XV. La vogue de cet art avait duré vingt-cinq ans à peu pi'ès. (l'était beaucoup. Le génie de notre race comporte trop de clarté, a trop le sens de l'équilibre, pour rpi'on ne s'explique pas facilement qu'il se soit arrêté juste à temps dans la voie oii il s'était aventuré.

Comment s'opéra cette modification? Il est difticiU' de le dire avec exactitude; mais il est curieux de remarquer que, dès le premier tiers du dix-huitième siècle, les violences décoratives de Meissonnier, et l'exagération

des faiseurs de rocaiïles, avaient donné lieu à de timides protestations. Les connaisseurs délicats s'étonnaient tout bas de ce style excessif et llamboyant. Le président de Brosses écrivait vers 1740 : « Les Italiens nous reprochent » qu'en France, nos; pièces de vaisselle d'argent sont contournées et recon- » tournées, comme si nous avions perdu l'usage du rond et ilu carré (I); que » nos ornements sont du dernier baroque : cela est vrai. » Mais la plainte du président de Brosses ne fut pas écoutée, et il fallut attendre que Cochin prit la parole et rappelât les orfèvres à la saine raison dans sa supplication aux orfèvres, de 1754-, dont nous parlons plus haut.

A partir de 1750, insensiblement, et sans qu'on s'en rendît compte^ le goût (lu barocpie s'apaisa, l'effervescence du premier moment se calma; les imagina-

Caffliére ^odi'oniii'e Lmiis X\'.

(.l/i;sée ceiileniinl.j

1 l'aul Maulz : HechiTches sur l'orfévriiiie française. Gazelle des Beaux-Ails.

tions en délire se replièrent. Il semble que les artistes, effrayés eux-mêmes par la profondeur du gouffre où ils couraient, aient senti le besoin de se ressaisir, de mettre un frein à leurs fantaisies par trop déraisonnées, en un mot de se régler. On resta encore fidèle au genre rocaille, mais avec plus de ménagements, une sorte de discipline, de réflexion et de jugement. C'est alors que ce genre prit véritablement les allures d'un style, avec ce que le mot comporte de fixité dans les principes, de choix raffiné et d'épuration des éléments dont il est l'essence.

Thomas Germain n'y fut certes pas étranger, et les orfèvreries authentiques, dont nous avons reproduit l'image fidèle, contrastaient avec celles exécutées sous l'influence de Meissonnier et de ses élèves.

Son goût et son expérience étaient si bien appréciés de ses contemporains, que dans la description des fêtes données par la Ville de Paris à l'occasion du mariage de Madame Louise-Ehsabeth de France avec don Philippe, infant et grand amiral d'Espagne, les 29 et 30 août 1739, nous trouvons le nom de Thomas Germain, cciajei\ orfèvre ordinaire du roi, associé à celui des échevins qui procédèrent à leur organisation, et vraisemblablement aussi à l'exécution de l'admirable recueil qui nous a conservé le souvenir de ces fastueuses réjouissances.

Ecusson de la Ville de Paris,

ii^ni'ant. dans le Recueil dencriptif des fêles du mnrin(je

di> M:iil:ini? Lnuise-Hllsnhelh île France, en I7.'l!).

Fra};iiUM)t (rcncadrcmont par Le Lorrain, exéciito pour le marinjïo du r)nii|iliin avec la princesse Maric-Joséphe de Saxe, i~'\~.

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