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AU MINISTRE

de les encourager vivement. J'ajoute que cet appui efficace, cette direction bienveillante doivent, à mon avis, venir de la métropole. On comprend parfaitement que les pouvoirs locaux soient avant tout, comme c'est leur devoir, préoccupés d'intérêts matériels immédiats; on comprend parfaitement aussi que le goût des choses d'érudition, l'entente des questions archéologiques, la connaissance de l'art antique soient encore peu répandus parmi un public engagé dans une lutte de tous les instants contre une nature toujours à demi rebelle ; on comprend surtout que la technique des mille opérations qu'exigent la constitution et l'entretien d'un Musée, l'enlèvement, le montage, parfois la restauration, le nettoyage des pièces, la confection régulière des inventaires et catalogues, soit ignorée de nos Africains. Mais la France a le temps, les moyens, la culture nécessaires. Les richesses antiques de ses provinces d'outre-mer sont une part du patrimoine national; leur sauvegarde, leur mise au jour, leur étude ne sauraient être exclusivement une question coloniale. C'est à elle, c'est naturellement à votre Département, Monsieur le Ministre, qu'il appartient de provoquer, de soutenir et de guider les travaux des sociétés et des particuliers en Algérie.

L'organisation des musées a place au premier rang parmi les questions urgentes que cet ordre d'idées soulève. H est évident en effet que, dans leur état actuel, ils n'offrent rien qui sollicite les dons ni le dévouement. La plupart viendraient à s'augmenter qu'on en serait embarrassé. Il y en a oii un homme prudent ne déposera pas un objet de valeur, craignant qu'il ne s'y trouve ni en lumière, ni peut-être en sûreté.

Le Musée d'Alger est dans un beau palais, mais on ne l'y voit guère. Il y occupe le rez-de-chaussée, dont la cour est jolie, mais les chambres obscures, et oii les antiques sont pêle-mêle. C'est, que je sache, le seul musée qu'on visite la bougie en main.

Le Musée de Constantine habite, provisoirement, me dit-on, mais depuis longues années, une salle de la Mairie, salle oii parfois il pleut, comme d'ailleurs dans tout l'édifice, et qui est au premier. On ne pourrait y transporter de forts poids : aussi la collection lapidaire est-elle

reléguée dans un square, exposée aux coups de cailloux des enfants, et ses pièces les plus importantes, quelques très belles inscriptions, sont-elles dans un coin perdu oii la terre commence à les envahir.

Le Musée de Philippeville est mal logé dans la Mairie, et les statues colossales sont cachées dans une petite cour, derrière le Collège, parmi les ruines humides et resserrées du théâtre romain.

Le Musée de Cherchel est un fouillis, jeté par tas dans un vilain enclos, en plein air, si ce n'est qu'un hangar misérable abrite tant soit peu quelques superbes sculptures, recollées au hasard et groupées comme des moellons.

Quand au Musée de Bône, d serait mieux de n'en pas parler. Dans un magasin, demi-sous-sol, qui, par un soupirail, reçoit les balayures d'une cour d'école, se cachent sous une épaisse couche d'ordure quelques vitrines désemparées, où moisissent pêle-mêle des oiseaux empadlés, des antiquités, des échantillons de minéraux, et près desquelles sont posés des pierres et des marbres qu'il est impossible d'exanùner.

Les Musées mêmes d'Oran et de Constantine, de beaucoup les mieux entretenus et les mieux classés cependant, gardent des traces d'un état analogue à celui où languissent leurs voisins. La plupart des Musées d'Algérie n'ont point de catalogue au courant ; plusieurs n'ont pas même d'inventaire ; la provenance des pièces est souvent inconnue, ou peu certaine ; on n'y retrouve plus celles que jadis on a vues. L'un ou l'autre de ces établissements a pu être autrefois dépouillé, sans qu'aucune vérification fût essayée, fût même possible.

Que dire des collections locales ? La plupart sont de pauvres ébauches, dont l'avenir dépend d'un caprice du sort. Le plus souvent un homme a commencé, c'est-à-dire a réuni quelque part un amas quelconque d'objets. Son successeur va-t-d continuer l'œuvre? Neuf fois sur dix, il ne s'en soucie pas; il n'en a pas le goût, pas le temps; l'abandon est le sort le moins rigoureux que la fondation puisse attendre. Dans aucun cas il n'y a de raison permanente, certaine, rassurante de conservation; d n'y a pas de local, il n'y a pas de personnel, d n'y a pas d'existence légale pour l'œuvre esquissée : on ne sad même plus, après quelques

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