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AU MINISTRE

années, à qui, au juste, tout cela appartient. Si, par exemple, à Khenchela, ce qu'on a découvert dans les fouilles est presque entièrement enfermé, ou scellé dans des constructions, par conséquent à peu près à l'abri de la destruction et du vol, en revanche voici Souk-Ahras, où un premier noyau a été constitué. Sur une des collines de la ville, auprès du Commandement, dans un petit enclos, malheureusement exposé au Nord et voué à la mousse, un certain nombre de monuments, parmi lesquels sept inscriptions libyques, ont été dressés autrefois. Dernièrement, j'ai vu l'enclos ouvert, la palissade brisée ; plusieurs des stèles étaient culbutées, quelques-unes ont disparu. Et c'est partout la même chose.

A titre d'exemple typique, je signalerai Tebessa. Il y a dans cette ville, comme antiquités découvertes et transportées, souvent de fort loin, de quoi faire, en une journée, un musée lapidaire aussi gros que ceux d'Alger et de Constantine ensemble, et offrant sur eux l'avantage d'être réellement local. Or où sont tous ces éléments ? Les plus belles inscriptions gisent à l'aventure dans V enclos de l'annexe du génie. Les monuments chrétiens sont dans l'église ou aux abords : l'intelligent et dévoué curé eût voulu les faire servir à décorer cet édifice d'une manière aussi intéressante que topique ; or ils émigrent l'un après l'autre, par ordre de ses supérieurs, vers Carthage. Beaucoup de fragments païens sont enfermés dans le temple de Minerve, où rien n'est préparé pour eux. Une série unique de milliaires, une douzaine au moins, servent de piliers au toit d'une écurie aux portes de la ville, et, dans la même ferme, un lot considérable de stèles est jeté en tas au coin du poulailler. La mairie contient des statues; toutes les maisons des environs sont garnies de monuments divers. Enfin les belles mosaïques mises au jour dans le camp sont condamnées à mort : au lieu de les enlever, on a construit sur elles, imaginant les préserver, un baraquement qui a coûté bien plus que l'aménagement d'un musée, et qui n'empêchera pas leur ruine. Et encore je ne parle point des objets épars en campagne. Je cite ici uniquement ceux qu'on a pris la peine d'extraire et d'apporter, dans une pensée de conservation, mais que personne ne voit et que personne ne garde, ou qu'on voudrait mettre à l'abri et qu'on détruit par inexpérience.

lO RAPPORT AU MINISTRE

Avec cette bonne volonté, ces efforts et cette dépense, le musée serait dix fois créé; tout le monde le désire et est prêt à y contribuer : bureau arabe, commune mixte, mairie et presbytère ne demandent qu'à unir leur action. Or c'est seulement à présent que sa formation vient d'être décidée, et sera réalisée par le service des Monuments Historiques. Qu'a-t-il manqué pendant vingt ans ^ Là comme partout, l'impulsion d'en haut, la France apportant la consécration légale, l'expérience scientifique, la direction d'ensemble, et assurant l'avenir.

Il ne m'appartient pas d'indiquer les mesures générales à prendre, Monsieur le Ministre. Si j'ai, avec quelque détail, insisté sur des faits affligeants, c'est qu'il serait facile d'y appliquer de sûrs remèdes, et que la présente entreprise me semble déjà en être un. La publication des richesses qui subsistent dans ces dépôts, constitués ou ébauchés, si mal en point pour la plupart, était utile, était urgente. Puisse-t-elle attirer sur eux, autant que je le souhaite et autant qu'il le faut, l'attention, la bienveillance et d'efficaces et prompts secours! C'était, dans tous les cas, la première œuvre à faire. La voici, je l'espère, en bonne voie. Nous la compléterons, si vous nous l'ordonnez, par la confection du catalogue général, travail d'une tout autre nature, et qui n'est pas moins attendu, mais pour lequel nous devons nous-mêmes attendre des dispositions matérielles qui n'ont pas encore été prises.

Nous sommes surs, Monsieur le Ministre, mes collaborateurs et moi, que nous n'aurons pas recommandé en vain à votre haute sollicitude les musées, si dignes d'intérêt, des trois provinces de l'Algérie.

Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments les plus respectueux.

M.-R. DE La Blanchère.

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