‹ Musée d'Histoire NaturelleChapitre 2 sur 153 · II INTRODUCTION · texte numérisé non relu

II INTRODUCTION

la première fois ma smgulière existence; je ne savais ce que j'étais, où j'étais, d'où je venais. J'ouvris les yeux, quel surcroît de sensations ! la lumière, la voûte céleste, la verdure de la terre, le cristal des eaux, tout m'occupait, m’animait, et me donnait un sentiment inexprimable de plaisir. Je crus d’abord que tous ces objets étaient en moi et faisaient partie de moi-même.

« Je m'affermissais dans cette pensée naissante, lorsque je tournai les yeux vers l’astre de la Ilumière : son éclat me blessa; je fermai involontairement la paupière, et je sentis une légère douleur. Dans ce moment d’obseurité, je crus avoir perdu presque tout mon être.

« Affligé, saisi d'étonnement, je pensais à ce grand changement, quand tout à coup j'entends des sons ; le chant des oiseaux, le murmure des airs, formaient un concert dont la douce impression me remuait jusqu’au fond de l'âme : j'écoutai longtemps, et je me persuadai bientôt que cette harmonie était mot.

« Attentif, occupé tout entier de ce nouveau genre d'existence, j'oubliais déjà la un cette autre partie de mon être que j'avais connue la première, lorsque je rouvris les yeux. Quelle joie de me retrouver en possession de tant d'objets brillants! mon plaisir surpassa tout ce que j'avais senti la première fois, et suspendit pour un temps le charmant effet des sons, etc. »

Nous ne pouvons reproduire en son enter, ce fragment de l'Histoire de l'Homme ; mais le lecteur, en remontant à la source mème de cette citation, pourra juger de l'élévation de pensée et de la pureté de style qui ont inspiré et soutenu Buffon dans cet éloquent récit où se montre, plus qu'ailleurs peutêtre, l’heureuse alliance de la fiction et de la vérité.

L'homme ajouté à la nature, comme l’a dit Bacon, est la nécessité providentielle de toute Science. Avant l’homme, le spectacle de la nature n’est que la monstrueuse peinture des luttes de la vie et de la mort chez les êtres animés ; et, pour les corps bruts, c’est l’effroyable tableau des cataclysmes, des ones ements, des on ne de la terre.

Que rencontre, en effet, dans le monde primitif, la pensée, soutenue par les notions approfondies et certaines que six mille ans d'existence ont ‘entassées dans les archives de l'humanité? Quels phénomènes terribles et sublimes à la fois, se déroulent devant l’astronome, le géologue, le naturaliste! Un seul mot les a résumés : Le chaos! cet assemblage confus de toutes les matières, que les poètes personnifièrent et dont ils firent un Dieu, le plus ancien de tous, père de l'Érèbe et de la Nuit.

L’imagination s’effraie et refuse d’entrer dans ce monde que le Dante seul pourrait peindre. Des mers chaudes bouillonnent cà et là; elles sont dominées par

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