‹ Musée d'Histoire NaturelleChapitre 3 sur 153 · INTRODUCTION. III · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. III

des.îles sur lesquelles la végétation se déploie en monstrueux fycopodes, en fougères arbres, en palmier que nous trouvons pétrifiés dans nos houillères. De ces mers sortent ces affreux amphibies, ces ictio-saurus, ces mégala-saurus, ces hydres dont les sifflements de tonnerre couvrent les croassements des crapauds volants, des ptéro-dactyles perchés sur les arbres. D'impénétrables forêts de bambous se courbent sous les plis tortueux, sous les orbes de ces reptiles dont les pattes énormes pétrissent la boue, tandis que leur long cou surmonte la cime des lycopodes. Les voix de tous ces hôtes primitifs se confondent en cris discordants. Une atmosphère chargée de carbone, comme la fumée d’une forge, pèse sur les mers et sur les iles.

C'est au travers de cet air matériel que l’on voit un soleil terne, sans rayons, comme un corps sanglant suspendu sur ces scènes d'horreur. La nuit, point d'étoiles; le jour, point de cités, point de cultures pour récréer les yeux. La vie nouvelle sur le globe, dans ces grands reptiles, combat contre le chaos dont elle triomphe à peine, jusqu'au jour où l’un des cataclysmes si fréquents dans ces premiers âges de notre planète, vient détruire tout ce qui existe et contraindre la matière à prendre, avec une nouvelle température, des formes propres à un autre élément dominant.

Mais l'explication des vicissitudes étonnantes du chaos ne saurait être pour l'esprit de l’homme une étude satisfaisante, qu'autant que les déchirements et les submersions de la terre s'expliquent, à ses regards, comme les mystérieux efforts d’une puissance rénovatrice que rien n’épuise ni ne vieillit.

C'est, en effet, à substituer l’ordre au désordre que tendaient ces enfantements laborieux. La Science ou, en d’autres termes, l’homme ajouté à la nature, en interprétant les révolutions du globe, rencontre à chaque page de cette histoire incomparable, Dieu guidant la force vitale dans sa lutte contre la matière inerte, et ne rentrant dans son repos, comme l’a dit le poète, qu'après avoir assuré son triomphe et constitué sa puissance.

De ce moment, l'étude de l'Univers est possible. Mais que de recherches, que d'essais, que de travaux, l’homme a dû faire pour parvenir à comprendre et à expliquer la création !.…. C’est l'histoire la plus saisissante de l’humanité, et c’est aussi celle qui a le plus contribué à sa gloire. Nous, possesseurs tranquilles de ces richesses, nous n'avons plus maintenant qu'à dérouler page à page ce livre immense écrit par d'infatigables observateurs, heureux si de loin en loin, pour exciter et soutemir notre zèle, nous pouvons surprendre un fait Inaperçu jusqu’à nous, ou saisir la loi générale qui régit l’un des grands phénomènes de la nature.

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