OISEAUX
Les Oiseaux sont les animaux vertébrés les mieux organisés pour le vol. On les distingue facilement par la disposition de leur tronc et de leurs membres, ainsi que par les plumes dont ils sont recouverts.
La forme générale des oiseaux ne varie que fort peu et elle est liée à Ta nature de leurs mouvements. Ils n’atteignent presque jamais une grande taille. Leurs membres postérieurs sont spécialement destinés à la station et à la marche, tandis que leurs membres antérieurs, qui ne servent jamais m1 à la marche, ni à la préhension, ni au toucher, forment des espèces de rames très-étendues que. l’on à nommées ailes, et qui leur servent à frapper l'air, pour y prendre un point d'appui , s’y soutenir et sy mouvoir.
Le squelette se compose à peu près des mêmes os que le squelette des Mammifères ; mais leur forme et leur arrangement varient.
La tête est petite et la face est formée presque entièrement par les mâchoires qui s’allongent beaucoup et constituent le bec. Ces mandibules sont enveloppées dans une substance cornée qui tient lieu de dents.
L'articulation de la tête avec la colonne vertébrale est très-mobile. Cette disposition donne à l'oiseau la faculté de tourner sa tête tout à fait en arrière. Le cou des oiseaux à une grande flexibilité, et comme ces animaux prennent en général leur nourriture à terre avec leur bec, 1l était nécessaire que cette partie de leur corps fût d'autant plus longue qu'ils sont plus haut montés sur les pattes. C’est effectivement ce que l’on remarque presque toujours.
La charpente osseuse du tronc est très-solide. Chez les oiseaux qui volent, les vertèbres du dos qui donnent un point d'appui aux ailes, sont tout à fait immobiles et soudées entre elles. La partie la plus remarquable de la charpente osseuse du thorax des oiseaux est l'os sternum qui donne attache aux principaux muscles qui servent au vol et prend un développement extrème.
Les os de l'épaule sont également disposés de manière à donner plus de puissance aux ailes; ils sont au nombre de trois, maintiennent les épaules écartées, malgré les efforts violents que le vol exige en sens contraire, et sont d'autant
plus robustes que le vol doit être plus puissant.
L'ile de l'oiseau correspond au membre antérieur des mammufères, et se compose également de trois portions principales ; la main est réduite à une sorte de moignon qui sert à l'insertion des grandes plumes de l'aile.
L’aile de l'oiseau et la nageoïre du poisson diffèrent l’une de l’autre bien moins qu'on ne le croirait au premier coup d'œil. L’une et l’autre représentent une surface assez large, relativement au volume du corps, et l'animal peut, suivant ses besoins, accroître ou diminuer cette surface : il n’a pour cela qu’à étendre sa nageoire ou son aile avec force ou à les resserrer en plusieurs plis. La nageoire ainsi que l'aile se prêtent à ces déploiements ou à ces contractions, parce que, l’une et l’autre, elles sont composées d’une substance membraneuse, molle et souple. La surface qu'elles présentent toutes deux résiste avec précision et frappe avec force, car elle est soutenue par de petits cylindres réguliers et irréguliers, solides, durs et presque inflexibles. Dans l'aile, cette surface est fortiliée par des plumes; dans la nageoire, elle est quelquefois consolidée par des écailles. On a pu dire avec raison que les oiseaux nagent dans l'air, et que les poissons volent dans l’eau.
Les membres postérieurs des oiseaux qui sont destinés à servir à la station et à la marche, deviennent quelquefois des organes de natation; d’autres fois aussi les oiseaux s’en servent pour la préhension des aliments. Le nombre des doigts varie de quatre à deux; presque toujours il y en a trois qui sont dirigés en avant et un en arrière.
Chez les oiseaux nageurs, les doigts sont palmés, c'est-à-dire réunis par des membranes assez larges pour permettre leur écartement et pour constituer des espèces de rames. Chez les oiseaux qui grimpent, deux des doigts sont dirigés en avant; et chez ceux qui ont l'habitude de marcher à gué dans les rivières, les marais, etc., pour y chercher des poissons ou des vers, les tarses deviennent si longs que l'animal a l'air d’être monté sur des échasses. Enfin, chez tous ces animaux il existe un mécanisme particulier qui, lorsqu'ils sont perchés sur des branches, fait servir le poids de leur corps à la flexion de leurs doigts et les amène, par conséquent, à serrer dans leurs pattes le support qu'ils ont saisi et sur lequel ils sont fixés.
Les plumes dont le corps des oiseaux est couvert les protégent contre le froid et l'humidité; ce sont aussi des instruments puissants de locomotion: Leurs couleurs varient d’une espèce à une autre; dans le grand nombre, la femelle diffère du mâle par des teintes moins vives; enfin dans certaines espèces d’o1seaux , le plumage d'hiver diffère par ses couleurs de celui de l'été.
Les membres antérieurs des oiseaux sont des rames puissantes qui fendent
l'air, et le frappent avec assez de force et de rapidité pour que le choc puisse lancer l'animal au-dessus du point frappé. Plus l'étendue des ailes est grande, plus les oiseaux ont de facilité pour se soutenir dans l'air et s'y mouvoir avec rapidité.
Les plumes de la queue servent à l'oiseau comme d’un gouvernail, pour diriger sa course.
Les organes destinés aux diverses fonctions de la nutrition sont à peu près les mêmes que ceux des mammifères. L'appareil de la digestion présente, dans la classe des oiseaux, la plus grande uniformité de structure. Il n’existe jamais de dents; les aliments saisis par le bec sont en général avalés, sans avoir été divisés, 1ls ne séjournent pas dans la bouche. La forme du bec varie beaucoup et change suivant la nature des aliments dont l'oiseau fait usage, aussi fournitelle d'excellents caractères pour la classification de ces animaux.
L'œsophage descend le long du cou et présente, en général, vers sa partie inférieure une dilatation considérable appelée jabot; cette poche constitue un premier estomac qui fait saillie au-dessus des clavicules.
Au-dessous du jabot l’æsophage se resserre, et bientôt après 1l se dilate de nouveau pour former un second estomac appelé ventricule succenturié. Ce ventricule s'ouvre dans un troisième estomac, le gésier, dont la forme est globuleuse et dont la structure varie suivant le régime de ces animaux. Dans les granivores, 1l présente des parois musculaires d’une force et d’une épaisseur extrèmes. Dans les oiseaux de proie diurnes, au contraire, les parois sont extrèmement minces; et dans quelques oiseaux aquatiques, il ne forme qu'un seul sac avec le ventricule succenturié.
L'intestin des oiseaux est en général moins long que celui des mammifères ; chez la plupart des animaux, il n’a que deux ou trois fois la longueur du corps.
L’organe sécréteur de la bile, le foie est généralement plus volumineux que chez les mammifères.
Enfin, le gros intestin est très-court et se termine par une dilatation appelée cloaque dans lequel s'ouvre l’oviducte.
Le sang des oiseaux contient des globules ovalaires. La chaleur de ce liquide est plus grande que chez les mammifères. La circulation se fait de la même manière que chez ces derniers ; elle est double et complète. Le cœur présente dans son intérieur quatre cavités.
Les oiseaux se distinguent de tous les animaux vertébrés par leur mode de respiration, aérienne, comme chez les mammifères et les reptiles, et offrant cette particularité qu’elle a lieu non-seulement dans les poumons, mais aussi dans la
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substance de tous les autres organes. Chez les mammifères et les reptiles, les bronches se terminent dans des cellules qui sont toutes en cul-de-sac, et l'air qui entre dans les poumons ne peut aller au-delà; tandis que chez les oiseaux, les bronches et les cellules pulmonaires communiquent avec de grandes cavités renfermées dans le tissu cellulaire, et ce fluide pénètre aussi dans toutes les parties du corps, même dans l’intérieur des os. On peut dire que la respiration de ces animaux est double comme leur circulation. Ainsi, un oiseau consume proportionnellement plus d'air qu'aucun autre animal, et périt plus rapidement lorsque sa respiration est interrompue.
La cavité du thorax qui loge le cœur et les poumons, n’est pas séparée de l'abdomen par une cloison , comme chez les mammifères.
Le sens du toucher doit être peu actif chez les oiseaux, en raison de la nature de leurs téguments. Le goût paraît être également obtus chez la plupart de ces animaux ; leur langue est en effet presque toujours dure et cornée. L’odorat, au contraire, est souvent très-délicat. On a vu des oiseaux de proie uniquement guidés par ce sens, se diriger vers des animaux morts qui étaient placés trop loin d'eux pour qu'ils pussent les apercevoir.
Le sens de la vue est en général plus développé chez les oiseaux que chez tous les autres animaux. On remarque au fond de leur œil une membrane plissée qui paraît être de nature nerveuse. En outre des deux paupières ordinaires, 1l y a toujours à l'angle externe de l'œil une troisième paupière qui peut s'étendre comme un rideau au-devant de cet organe.
Les oiseaux n’ont pas, comme la plupart des animaux vertébrés, u npavillon saillant au devant de l'oreille ; les oiseaux de nuit ont seuls une grande conque extérieure, et l'ouverture de l'oreille est généralement cachée par des plumes à barbes eflilées.
Chez les oiseaux, la voix se forme principalement dans un larynx inférieur, qui est situé à l’extrémnté de la trachée-artère, au point où ce conduit se bifurque pour constituer les bronches. Chez les oiseaux chanteurs, cet organe présente une structure très-compliquée. On voit des membranes élastiques tendues dans son intérieur et un grand nombre de muscles destinés à mouvoir les pièces sohdes qui le composent; mais chez les oiseaux qui ne modulent pas les sons, sa structure est beaucoup plus simple.
Les oiseaux sont ovipares, c’est-à-dire qu'ils pondent des œufs, réservoirs formés d'enveloppes protectrices, et d’où sortent leurs petits.
L'œuf se forme d’abord dans un organe nommé ovaire, et sort du sein maternel en traversant l’oviducte : 1l consiste d’abord en un sac rempli du jaune,
et ce n’est que dans l’oviducte qu'il s’entoure de blanc, puis d’une enveloppe plus solide, encroûtée de matière pierreuse, la coquille. Sur la membrane du jaune, on aperçoit un point blanchâtre qui, en se développant deviendra le jeune animal, dont la nourriture a été préparée d'avance, dans les cavités membraneuses qui le protégent.
Pour que le jeune oiseau se développe dans l’intérieur de l'œuf, 1l faut que celui-ci soit maintenu à un certain degré de chaleur. Dans les pays extrèmement chauds, la chaleur du soleil suflit quelquefois, et certains oiseaux aban- . donnent leurs œufs à eux-mêmes; mais le plus ordinairement le père et la mère, ou la mère seulement, entretiennent sur leurs œufs la chaleur dont ils ont besoin, et les couvrent avec leur corps.
La durée de l’incubation varie dans les différents genres d'oiseaux, mais elle est la même pour tous les oiseaux d’une même espèce. Cette durée est généralement plus grande chez les grands oiseaux que chez les petits. Le Cygne couve quarante à quarante-cinq jours ; l'Oie, trente à quarante; les Canards vingt-cinq à trente; les Poules, vingt et un ; le Serin des Canaries, quinze à dix-huit ; l’Oiseau-Mouche, douze jours. Cependant la durée de l’in-
cubation n’est pas toujours proportionnée à la taille ; si ce qu’on dit du Harle huppé est exact, il doit couver vingt-cinq jours. Cette durée varie encore beaucoup pour les œufs d’une même couvée; ce qui peut s'expliquer, à la vérité, par leur position qui les a soumis plus où moins complétement à la chaleur de la couveuse. Ainsi, M. D’Arcet a vu l’œuf le plus hâtif d’une même couvée de Poule éclore déjà le quinzième, et le plus tardif, le vingtième jour de l’incubation.
Les parties de l'oiseau mises en contact avec les œufs, sa poitrine et son ventre, sont, à l’époque de l’incubation, injectées de réseaux vasculaires artériels et vemeux dessinant deux bandes latérales sous-cutanées, qui sont, chez la Poule du moins, dénuées de plumes et de graisse. Ces réseaux ont été décrits comme une sorte d'organe d'incubation servant à produire la chaleur extraordinaire que la couveuse doit communiquer aux œufs.
L'époque d’incubation succède immédiatement chez les oiseaux libres, à celle de la ponte; elle peut avoir lieu chez les oiseaux domestiques, dès le commencement de la belle saison, qui a rendu leur ponte plus abondante. Cet acte provoque chez les uns et les autres une surexcitation de vie qui augmente la chaleur de leur corps. Elle développe le double réseau vasculaire que nous venons d'indiquer dans les téguments de la face abdominale du corps, et une chaleur
locale de la partie qui doit être mise plus particulièrement en contact avec les
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œufs de la couvée. Mais cette surexcitation va un peu en diminuant avec la durée de l’incubation ; de sorte que la température de la couveuse est sénsiblement moindre à la fin de cette époque qu’au commencement. |
Au témoignage de Pline, les anciens Égyptiens étaient parvenus à imiter la nature, en plaçant les œufs sur de la paille, dans une étuve dont la température était entretenue, à l’aide d’un feu modéré, jusqu'au moment où les poulets venaient d'éclore; et, pendant ce temps, un ouvrier s’occupait nuit et jour à les retourner. C’est encore de nos jours, par le même artifice, au moyen de fours construits pour cet usage, qu'on fait éclore artificiellement des œufs de toutes sortes d'oiseaux et même de Reptiles. Le degré de température nécessaire est senti, plutôt que calculé avec précision, au moyen d’un (heroes par les personnes qui dirigent cette délicate opération.
On à imaginé, en Europe, de petites caisses portatives pour arriver aux'mêmes résultats, dans le but d'observer les différentes phases du développement du poulet; la température de l’intérieur de ces caisses, où l’on place les œufs, ne doit pas être moindre de 23° R., ni au-dessus de 32 R.
Dans le récit de son voyage autour du monde, M. Laplace, capitaine de la marine française, raconte ainsi la manière dont les habitants de l’île de Lucon couvent les œufs de Canards :
«Près du rivage, de nombreuses bandes de Canards sillonnaient le courant dans tous les sens; la quantité de ces oiseaux domestiques, paraissant tous de la même force et de la même grosseur, excita ma curiosité : elle fut bientôt satislute, et j'appris à mon grand étonnement, que tous ces Canards provenaient d'œufs couvés par des hommes qui, pour un modique salaire, ont la patience, ou pour mieux dire la paresse, de rester couchés constamment sur les futurs Canetons, arrimés les uns après les autres dans de la cendre, de mamière à former une surface plane, garantie par quelques légères traverses recouvertes d’une épaisse couverture en laine ou en coton. Tout l'appareil est contenu dans une espèce de grabat très-peu élevé au-dessus du sol de la case bien fermée où il est placé ; et telle est la grande habitude de ces couveurs de nouveau genre, qu'ils savent reconnaitre parfaitement le moment où les œufs sont près d’éclore ; ils les brisent avec beaucoup d'adresse, et les nouveaux nés de courir à la rivière, pour rentrer chaque soir, à la suite d’un guide plus expérimenté, dans les cages flottantes dont le petit den is, abattu chaque matin sur le rivage, est relevé le soir quand le troupeau est rentré. »
Presque tous les oiseaux construisent un nid pour loger leurs œufs, et pour servir de demeure à leurs petits, qui, dépourvus de plumes pendant le prénuer
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temps de la vie, sont ordinairement incapables de se mouvoir et de se nourrir eux-mêmes.
* Il règne en général dans les nids un art, une adresse et une élégance imfimis. Ce qui surprend surtout, c’est la régularité avec laquelle les mdividus de générations successives exécutent les mêmes travaux, et construisent des habitations exactement semblables, lors même qu'ils n’ont jamais reçu de leçons de leurs parents. Ils semblent guidés par un instinct mystérieux à prendre une foule de précautions dont pourtant ils ne peuvent pas apprécier toute l'utilité.
Chaque espèce d'oiseau apporte des différences dans la forme, la disposition et l'emplacement du nid. Celui des plus grands oiseaux de proie repose sur l’entablement que présentent quelques parties d’un rocher, ou sur la plateforme d’une tour élevée. Son étendue est très-considérable, et chaque année contribue à son accroissement. IL est rare, en effet, que ces oiseaux abandonnent le premier monument de leur tendresse maternelle; ceux qui le quittent y reviennent périodiquement déposer leurs œufs. Ce nid est souvent composé de pièces de bois si volumineuses, qu'on hésiterait à croire qu'elles aient été apportées par l'oiseau, si l’on ne connaissait la puissance extraordinaire de ses muscles. Ces pièces de bois supportent des branchages liés entre eux par une sorte de mastic. Les espèces qui n'emploient à cette construction que des jones et des roseaux, les accumulent en si grande quantité, et les fixent si bien à la plate-forme, que les coups de vent ou les autres intempéries des saisons en occasionnent rarement la destruction.
Le plus grand nombre des oiseaux établissent leur nid sur les arbres entre la bifurcation des branches. Des brins de paille et de petites bèchettes que l'oiseau apporte, lie et entrelace avec son bec et son pied, constituent la charpente extéieure, qui maintient la mousse et le duvet dont se compose la couchette. Quelques espèces ont aussi l'habitude de suspendre leur nid, plus artistement travaillé encore, à l'extrémité d’un rameau flexible. Ce berceau et la couveuse qui l'habite cèdent aux moindres influences du vent et sont bercés par un balancement presque contimuel.
D’autres constructions ressemblent à une véritable maconnerie de Biche de graviers ou de petites feuilles enduites de mastie fait avec de la terre délayée par la salive de certains oiseaux. Que de peine, que de voyages ! qui n’admirerit une semblable industrie, surtout lorsque l’on pense que l'oiseau n’a pour exécuter ce travail qu'un seul instrument, qui doit en même temps servir au transport des matériaux. Ces nids mastiqués ont ordimairement une forme ronde ou conique ; ils sont établis dans les angles des croisées, des cheminées, des mu-
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railles, et souvent dans les entablements abrités par les rochers. Ils sont ou isolés, où serrés les uns contre les autres; l'ouverture se trouve ménagée, soit sur le haut, soit sur l’un des côtés, et même quelquefois dans la partie inférieure. L'intérieur offre assez souvent plusieurs compartiments. Quelquefois une espèce de vestibule est séparée du véritable nid par une cloison, et c’est dans cet espace que le mâle se retire, après avoir pourvu aux besoins de la couveuse.
Un assez grand nombre d'oiseaux établissent leur nid immédiatement sur le sol, entre quelques mottes de terre, qui les garantissent de la submersion. Ces nids sont d’une construction beaucoup moins soignée : un duvet abondant, maintenu par des tiges flexibles et convenablement entrelacées, forme tout l'appareil de l'incubation. Il est des espèces qui se contentent d’arrondir une cavité dans Ja terre ou dans le sable, pour y déposer à nu leurs œufs qu’elles couvent assidüment où qu'elles abandonnent pendant le jour à la chaleur du soleil. Dans ce dernier cas, néanmoins, leur sollicitude les porte à recouvrir ces œufs d’une petite couche de sable, soit pour les soustraire aux regards des animaux qui en feraient leur nourriture, soit pour les protéger contre l’action trop vive des rayons solaires et les maintenir dans une température modérée.
La place choisie par les oiseaux pour déposer leurs œufs varie selon chaque espèce monogame ; les polygames n’y apportent pas, à beaucoup près, autant de soins, ce qui se conçoit aisément, parce que le mâle ne se mêle en rien de ce qui concerne l’incubation, et que chaque femelle, réduite à choisir et préparer seule le premier asile de sa future couvée, proportionne son travail à ses forces et à ses besoins. La ponte suit immédiatement la confection du nid; les œufs, fécondés dans le sein de la femelle, ne consistaient qu’en des points jaunes; ils ont grossi ; détachés de l'ovaire, ils sont tombés dans le canal de l’oviductus, où ils ont trouvé le blanc dont ils se sont entourés; insensiblement, ils ont glissé dans la grande cavité du bassin, et, de là, après avoir acquis tout leur volume, et s'être, dans les derniers jours, recouverts de l'enveloppe calcaire qui forme la coquille, ils sont enfin chassés de ce dernier organe, et sortent du corps de l'animal.
Rien n’est admirable comme la constance avec laquelle les oiseaux couvent. Ce n’est qu'à regret que, poussée par la faim, la mère quitte ses œufs pendant quelques instants. Chez la plupart des oiseaux, la femelle prodigue les soins les plus tendres à ses petits, et longtemps après leur naissance elle les recouvre de ses ailes pour les garantir du froid, leur apporte une nourriture choisie, que souvent elle digère à moitié et dégorge ensuite dans leur gosier, pour la rendre mieux appropriée à leur estomac délicat. Elle guide leurs premiers pas, leur
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apprend à se servir de leurs ailes, et lorsqu'un danger les menace, elle déploie pour les sauver autant de courage que d'activité.
L'Hirondelle construit son nid avec une habileté très-remarquable. Au dehors, une maconnerie solide ; au dedans, une enveloppe molle, douce, chaude, telle qu'il la faut pour le jeune oiseau sorti de l'œuf. Ces nids, d’un volume considérable, imposent un travail bien pénible à des oiseaux qui n’ont pas un moment à perdre, et qui, dans l'intervalle de six mois, doivent élever jusqu’à trois couvées. Les secours mutels et les avantages de l'association ne sont pas inconnus parmi les Hirondelles. Un mid est-il endommagé ou détruit par quelque accident; aux cris douloureux du couple désolé, on accourt de toutes parts; une multitude de becs apportent les matériaux, etles mettent en œuvre au milieu d’un gazouillement confus qui retentit au loin; c’est un mouvement comparable à celui d’une fourmilière ou d’une ruche. La foule, non moins laborieuse que loquace, a promptement achevé son travail ; elle refait quelquefois en moins d’une heure un édifice que les deux propriétaires n’auraient pu terminer en moins de quinze jours.
L'Engoulevent a le vol bas et incertain lorsqu'on le fait lever en plein jour, il est vif et soutenu après le coucher du soleil; mais il présente toujours des irrégularités, qui sont indispensables à cet oiseau, pour la poursuite de sa proie. C'est ainsi qu'on le voit quelquefois s’abattre avec impétuosité, se relever brusquement, et faire longtemps et sans interruption le tour d’un arbre où des insectes se sont réfugiés. Cet exercice semblerait devoir fournir aux chasseurs des moyens aisés d'atteindre ces oiseaux, mais loin de là; les Engoulevents disparaissent au moindre bruit, et comme pendant le jour leur couleur empêche de les distinguer du feuillage qui les enveloppe et les protége, il faut les faire sortie à grand bruit des taillis où ils se blottissent, et les tirer au vol.
Ces oiseaux vivent isolés, ne volent que pendant le crépuscule ou dans les belles nuits, poursuivent les Phalènes et autres insectes nocturnes, et déposent à terre et sans art un petit nombre d'œufs. Quand ils volent, l'air qui s’engoulfre dans leur large bec, y produit un bourdonnement particulier.
Le genre Hirondelle comprend aussi un animal que la gastronomie enregistre dans ses annales, c’est de la Salangane que nous voulons parler, et surtout de son md, objet d’un commerce important dans les mers de la Chine et de l'Inde.
C'est surtout dans les cavernes des côtes, dans les iles de l'Océan, telles que Timor, Flores, Amboime, Taïti, les Marquises, qu'on va chercher les nids de Tonqums. Pour atteindre à l’entrée d’une caverne battue par la mer, 1l faut descendre un rocher à pie, de quelque cent mètres de hauteur, rester suspendu
sur l'abime pendant plus d'une heure, sans autre soutien que les légères échelles de rotin ou de bambou qui, d'espace en espace, tapissent le rocher. Arrivé à l'entrée des grottes, on allume les flambeaux et l’on procède à la recherche des nids, placés le plus souvent dans des fentes et des crevasses où 1l faut pénétrer avec précaution ; il y règne une nuit éternelle, et l’on n'entend d'autre bruit que le mugissement des vagues qui se précipitent avec fracas au fond de ces abîimes. Il faut avoir le pied bien sür et la tète bien calme, pour escalader sans tomber ces roches humides et glissantes. Une hésitation, un faux pas, seraient suivis d’une mort certaine, et les accidents ne sont pas rares. Quelquefois, au milieu du silence qui préside à la cueillette, un cri se fait entendre, un flambeau disparait, et le bruit effroyable d’une portion de roche détachée qui roule au fond du précipice annonce aux chasseurs consternés la perte d’un de leurs camarades.
Une quantité considérable de nids de Tonquins est destinée aux tables de la cour. Les Chinois disent que rien n’est plus stomachique , plus stimulant, plus salutaire, que cette nourriture ; mais son seul mérite est certainement le prix auquel elle est vendue. La quantité annuelle de ces nids qu'on importe en Chine, s'élève à cent vingt et un mille kilogr. environ; C’est un monopole important pour les souverains des diverses îles où se trouvent les cavernes. Aussi la possession de ces lieux est-elle souvent la seule cause des guerres que se font ces petits peuples. On concoit qu'une marchandise si précieuse . exeite la cupidité; aussi les cavernes qui sont le moins difficiles à aborder, ont-elles été souvent exposées aux déprédations des flibustiers et des autres pirates, qui non-seulement enlevaient les nids, mais dégradaient les roches, et diminuaient, par ces dévastations, la récolte des années suivantes. Dans les lieux où règnent l’ordre et la tranquillité, et où l’accès des cavernes est dificile, on n'a pas ces accidents à craindre, et le revenu est assez régulier. Telles sont les cavernes de Goenong-Goetoe, à Java : elles donnent annuellement près de trois mille cinq cents kilogr. de nids, qui valent, au prix du marché de Batavia, près de 700,000 fr.
Il n’y a que peu d'années que l’on sait la vérité à l égard de la composition de ces nids. M. Lamouroux avança d’abord que c'étaient des fucus, et depuis, M. Dusseuil à mis hors de doute que ce sont effectivement certains végétaux que les Salanganes emploient dans la construction de ces nids.
Le nom de Tisserin vient du grec rhoxevs, lisserand, parce que les oiseaux qui composent ce genre üssent leurs mds avec le plus grand art. Les Tisserins tissent donc, avec la soie, la laine et tout ce qu'ils peuvent se procurer,
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même les herbes menues, le nid qui doit ètre le berceau de leur famille. Ces nids, suspendus aux rameaux des arbres, sont divisés par compartiments et faits avec un art admirable.
Les Tisserins vivent à la manière de tous les momeaux et gros-becs, c’est-àdire qu'ils se réunissent volontiers par troupes criardes et dévastatrices des terres ensemencées. Leur livrée est assez uniforme et le plus souvent mélangée de jaune, de brun ou de noir; ils vivent de graines céréales, de bourgeons, et occasionnent de grands dégâts dans les rizières. Le plus grand nombre des espèces appartient à l’Afrique et aux Indes orientales.
Cet oiseau fait son nid sur le bord des ruisseaux, et l’attache le plus souvent à des feuilles ; 1l est composé de paille et de joncs artistement entrelacés, et forme par le haut une poche où 1l fait sa demeure. Sur l’un des côtés de cette poche est adapté un long tuyau de même nature que le nid, tourné vers le bas ; l’ouverture du nid est au bout du tuyau , il met ainsi ses petits à l'abri de la voracité des couleuvres et autres reptiles. L'année suivante il dispose son nid fait bout de celui-là. Les Tisserins font leurs nids en société, et 1l n’est pas rare d'en voir cinq ou six cents sur le même arbre : il faut donc qu'ils y soient nombreux, car ils ne font que trois petits par ponte.
D’autres oiseaux, voisins des Tisserins, une espèce de Gros-becs, se réunissent pour construire en commun sur un arbre, une sorte de toiture tissue avec de grandes herbes, et tellement serrée qu'elle est impénétrable à la pluie. Lorsque le travail est terminé, l’espace est distribué pour y placer des nids attachés au toit, tous de même grandeur, tous contigus l’un à l’autre. Chacune de ces habitations a son ouverture particulière; cependant il arrive assez souvent qu’une mème porte donne entrée dans trois nids : l’un au fond et les autres de chaque côté; quelquefois aussi deux voisins seulement ont établi entre eux cette sorte d'intimité, et après avoir laissé assez d'intervalle pour que la pluie ne puisse aîtemndre les minces parois des habitations privées, chaque oiseau se loge, sans beaucoup de travail, car il profite des constructions mitoyennes.
Les nids d'environ 10 centimètres de diamètre, sont faits avec des herbes plus fines que celles de la toiture, également bien serrées et garmies intérieurement de duvet. Quand la population augmente, les nouvelles habitations se placent sur les anciennes, et quelques-unes des cases particulières, délaissées par leurs propriétaires, sont converties en voie publique pour que les jeunes couples puissent arriver aux nouvelles constructions.
Vaillant se fit apporter un de ces édifices tout entier, toit et chambres, il y compta trois cent vingt nids. Si un couple d'oiseaux avait occupé chacune de ces
petites demeures, l'édifice entier aurait contenu six cent quarante habitants.
Un nid intéressant à étudier est celui de la Penduline. Le nom que porte cet oiseau dans diverses parties de l'Europe ni vient de la mamière dont il construit son nid. Soit qu'il veuille dérober sa couvée aux petits mammifères carnassiers et rongeurs, soit qu'il veuille la mettre hors d'atteinte de toute attaque de la part de ses autres ennemis, toujours estal qu'il suspend ce nid à l'extrémité d'une branche flexible et pendante au-dessus de l’eau. Des brins de chanvre, de lin ou d’autres matières filamenteuses et soyeuses lui servent pour l’attacher sohdement. La forme qu'il lui donne est celle d’une bourse où d’une cornemuse dont l'ouverture occupe le côté qui est en face de l’eau. Il fait entrer dans la composition du nid des matières duveteuses tirées des fleurs des peupliers, du saule, du tremble ; ces matières sont tissues avec des racines très-ines et forment un tout serré et très-résistant. L'intérieur du nid est garni d’une couche du même duvet, mais plus fin. La ponte, qui a heu deux fois dans l’année, est ordinairement de quatre ou cinq œufs dont la coquille est d’un blanc pur et marquée de quelques taches rousses.
Le nid de la Fauvette Rousserolle est construit avec une industrie qui échappe presque à la description. Composé de brins d'herbes sèches, de feuilles, de racines flexibles que l'oiseau a tissues avec art pour en former une boule épaisse, serrée et impénétrable à la pluie; ce petit édifice est hermétiquement fermé en dessus et dans tout son pourtour; il n’a qu'une ouverture, elle est en-dessous , et l'oiseau n’y peut entrer qu'en montant. Une cloison sépare le fond d'avec l'entrée; ce fond est réservé pour la couvée, c'est une alcôve mystérieuse garnie de Jlichen et tapissée d’un duvet soyeux. Ce n’est pas tout encore, et ce qu'il nous faut admirer le plus, c’est le discernement qu'apporte la Fauvette à soustraire à de nombreux ennemis ses petits et le berceau qu'elle leur à préparé pour l’essai de leur vie encore incertaine ; un jet de liane flotte entre deux arbres au-dessus des eaux; c’est là que la prévoyante mère fixe son nid par une ligature solide quoique flexible, le vent agite et balance cette demeure aérienne, et la Fauvette est rassurée contre l'invasion des rats ou autres petits quadrupèdes. Si, mieux favorisé pour la rapine, l'oiseau de proie s'approche de cet asile providentiel, son attention est violemment détournée par le père ou la mère de cette intéressante couvée. À quelques pas de lui, il les voit tous deux sautiller avec peine, comme s'ils étaient blessés, et l’un et l’autre cheminant sous son vol rapide, attirent sur eux le danger qu'ils redoutent pour leurs petits.
Nous avons dit que l’histoire des nids était une question aussi mépuisable qu'intéressante; nous ne pouvons donc songer à décrire toutes les constructions