OPHIDIENS
On donne aussi à cet ordre de Reptiles le nom de Serpents; ils n'ont point de sternum, non plus que d'oreilles externes, ni de paupières, caractères qui manquent très-rarement aux animaux qui précèdent. Quelques-uns seulement ont des rudiments extérieurs de membres, et en général ils se meuvent en rampant sur le tronc par une succession d’ondulations dans lesquelles ils sont aidés par les écailles que la plupart d’entre eux ont sous le ventre.
Ils se subdivisent en plusieurs familes : Crotales d'Amérique ou Serpents à sonnettes, célèbres par la force de leur venin; Trigonocéphales, Vipères, Hydrophis ou Serpents doux (ils se tiennent dans la mer près des côtes); Couleuvres, Python et Boas; Erix, rouleaux. La distinction entre ces Serpents venimeux et ceux qui ne le sont pas est facile dans nos pays, où ces animaux sont très-peu nombreux. La forme triangulaire de la tête, la petitesse de ses écailles, les dents en forme de crochets et qui distillent la liqueur malfaisante, font reconnaître les Vipérines entre autres, ayant une grande ressemblance avec les Vipères par leur système de coloration ; ces animaux ne peuvent être confondus ensemble. Mas dans les pays autres que l'Europe, il est des Serpents fort semblables extéreurement aux Couleuvres, à bouche également sans crochets mobiles, et qui sont néanmoins venimeux ; leurs deuts postérieures étant percées d’un trou par lequel débouche une glande sécrétant d'un principe vénéneux. On évalue à
| deux cents le nombre des espèces de Serpents réunis dans les plus riches col- | lections. L'Europe n’a guère que trente espèces de ces animaux, et la France | douze seulement.
, Les Boas sont les plus grands an'maux de leur ordre. C’est parmi eux que \ se rencontrent ces serpents monstrueux qui atteignent dix ou quinze mètres de
| long, et qu’on dit capables de dévorer des hommes, des gazelles et des buffles.
Ces grands reptiles, quoique dépourvus de venin, n'én sont pas moins redoutables par leur force et par leur agilité. Pour eux, la ruse supplée à la force différente des moyens de défense et d'attaque. Suspendu sur les arbres, enfoncé dans les eaux, tapis sous l'herbe, le Boa attend sa victime à l’affut, s’élance sur elle, l'entoure, la presse, l’écrase dans ses replis tortueux, et, comme le Laocoon cité dans Virgile, la victime bientôt étouflée est rompue e broyée en morceaux qui pourront être facilement engloutis. Quand l'animal est ainsi pétri, le Boa l’étend sur la terre, le couvre de sa bave et d’une salive {rès-muqueuse, et commence à l’avaler la tête la première. Dans cette sorte de déglutition, les deux màâchoires du serpent se dilatent considérablement, il semble avaler un aliment plus gros que fui. Quelquefois on a surpris ce monstre au milieu de cette pénible opération, et alors il est facile de lui donner la mort, parce qu'il ne peut ni fur, ni se débarrasser de la masse qui déforme sa tête. Quand il est parvenu à avaler l’animal tout entier ou une porüon considérable de son corps, le Boa s’engourdit, et sa digestion devient un pémble travail; le poids de son repas le fatigue. Ise tapit alors dans des heux écartés, et y demeure immobile, jusqu'à ce que son œsophage d’abord et son estomac ensuite aient achevé la digestion de la substance animale, qui ramolht de bonne heure par la putréfaction qui s'en empare, et ne tarde pas à ètre macérée par l’action chimique et vitale des sucs qui suintent de toutes les parois du canal digestif.
Le nom de Boa, employé par Pline, mdiquait selon lui les habitudes de ce serpent, qui suivait les troupeaux afin de s’accrocher aux mamelles des vaches pour les téter et se nourrir de leur lait; mais cette tradition erronée ne peut s'appliquer, dans Pline, qu'à quelque couleuvre d'Europe parvenue à la plus grande taille ; car les véritables Boas appartiennent au nouveau continent.
Entre diverses espèces de Boas, nous dirons quelques mots du Devin (Boa constrictor), nommé vulgairement le roi des serpents. Sa longueur, sa force et la beauté de ses couleurs le rendent très-remarquable, et lui ont valu chez les sauvages un culte particulier, sous les noms de Xalxathera, Boignacu, Giboya et lanca Acanga.
C'est un des plus gros serpents. Adanson en a vu des fragments qui avaient plus de soixante-six centimètres de crconférence. Il à souvent plus de seize mètres long, et alors en rampant sur les plantes, il les écrase et les brise comme si on les avait aplaties à dessein avec le rouleau des jardiniers. Le Devm n'attaque pot les hommes et parait même les craindre ; 1l est très-lent dans ses mouvements. On le trouve souvent blotti, roulé en spirale sur le bord des ruisseaux et attendant sa proie. Il forme, dans cette attitude, un disque de près
de deux mètres 15 centimètres de diamètre, au centre duquel se trouve sa tète qu'il soulève de temps à autre de près d’un mètre, sur cette sorte de spirale, pour observer si quelque animal approche. Pai dit plas haut qu'aussitôt qu'il le croit à sa portée, il s’élance comme un ressort et s’entortille autour de son cou pour l’étouffer. Si l'animal est trop puissant, il s’efforce de l’entrainer jusqu'au tronc d’un arbre, et alors, enlaçant des mêmes replis sa victime et le pilier sur lequel il limmole, il en brise le tronc, la tête et les membres.
On avait prétendu, à tort, que les animaux à sang froid ne pouvaient jamais développer une chaleur individuelle; M. Bourdon a établi le contraire, en résumant les observations faites par M. Valenciennes sur un Python femelle qui couvait ses œufs à la manière des Oiseaux. Cette femelle fut séparée de son mâle, vers la fin de février 1841. Elle changea d’épiderme le 4 avril, et, chose digne d’être remarquée, elle refusa, contre son habitude, la nourriture qui lui fut présentée ce jour-à; il en fut de même les jours suivants. Cependant le ventre du reptile grossissait à vue d'œil. Le 5 mai, l'animal, ordinairement doux et tranquille, parut tout excité, plus susceptible que de coutume, et il cherchait à mordre: Le lendemain, il pondit ses œufs dans l’espace de trois heures, et ses œufs, tout isolés dès leur sortie du corps du serpent, et ayant la coque molle et flexible, parurent d’abord d’un ovale très-allongé; peu à peu on les vit se renfler au contact de l'air; leurs deux bouts devenant également gros et obtus, leur enveloppe, d’abord d’un gris cendré, devint d’un blanc parfait, alors qu’elle se fut desséchée, mais non durcie; la femelle, livrée à elle-même dans sa boîte, à l'abri de sa couverture habituelle, rassembla maternellement tous ses œufs sous elle, en un même tas, alentour duquel elle enroula la partie postérieure de son corps, elle finit même par se replier en une sorte de spirale, dont les contours contigus formaient un cône au sommet duquel apparaissait sa tête. Pas un seul œuf n’était à nu. La couveuse repoussait, par de violentes contractions la main qui menaçait de la toucher, elle ou sa progéniture, et elle témoignait ainsi
son impatience…
M. Valenciennes voulant déterminer la chaleur vitale du Serpent, dut d'abord constater quelle était la température non seulement de la chambre, mais du coffre et de l'animal même. Dans cette vue, il plaça et disposa trois thermomètres bien concordants, l'un dans les replis du Python, un autre à quelque distance de son corps, sous la couverture qui lenveloppait, le troisième thermomètre était destiné à mesurer la température de la chambre où se faisait l’observaton dont voici les résultats :
Pendant les preners jours de lincubation, la température de la chambre était
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à 20° cenligrades; celle du coffre, bien que ce coffre fût doublement chaulfé par l'eau à 70° centigrades et par la présence du reptile, n’était que de 22° et demi, tandis que la température de la couveuse était de 41°. C'était donc environ 19° de chaleur que l'animal ne devait qu'à lui-même. Un tableau que M. Valenciennes dressa jour par jour, prouve que la température de la couveuse s’est graduellement abaissée, à partir du quatrième jour de l’incubation jusqu’au dernier, et que de 41° où elle s'était élevée les premiers jours, elle était tombée à 24° le jour où l’éclosion s'accomplit.
Le Serpent à sonnettes se rencontre en Amérique, dans les terrains chauds et humides. Son venin est le plus acuf de tous les venins des Reptiles. Il est d’autant plus dangereux que le climat est plus ardent. Mais, par bonheur, ce serpent ne fait usage de sa puissance que pour se défendre; presque jamais 1l n’attaque l'homme sans être provoqué ; 1l fuit plutôt sa présence, lors même qu'il n’a rien à en redouter. ;
Ces serpents venimeux se distinguent par la singuhère organisation de leurs mächoires et de leurs crochets à venin. Des os maxillaires supérieurs sort une dent longue, aiguë, crochue, creusée en forme de canal, et posée sur une glande située au-dessous de l'œil. Cette glande sécrète une humeur vénéneuse et jaune ; lorsque l'animal ne veut pas blesser de son venin, cette dent se cache dans un repli de sa gencive. La tète de ces serpents semble triangulaire ou élargie sur les côtés, parce que les crochets prennent plus d'espace. La langue est aussi fort prolongée parmi ces espèces, et le gosier est très-dilatable.
Le nom de Serpent à sonnettes a été donné à ce repüle à cause d’un organe assez remarquable qu'on voit à l'extrémité de sa queue : ce sont des anneaux coniques, mobiles et emboités, qui proviennent des dépouilles annuelles de leur mue, transformées en une membrane sèche et crépitante comme le parchemim, et dont le cliquetis décèle leur approche. On a vu quelquefois des Serpents porter de quarante à cinquante anneaux à leur queue. Les Serpents-à sonnettes sont rusés. L'ouïe et surtout la vue paraissent être leurs sens les plus parfaits. Les mœurs des Serpents sont assez douces ; dépourvus de membres, 1ls ne peuvent se transporter rapidement d’un lieu à un autre; cependant ils savent s’élancer assez loin. Pour cela, ils se roulent sur eux-mêmes, la tête élevée sur le
sol, et se détendant comme un ressort par la vive et soudaine contraction de.
tous leurs muscles; ils sont ainsi lancés avec force.
Ces reptiles ont la. faculté d’avaler des animaux trois fois plus gros qu’eux ; car leur æsophage s’élargit très-complaisamment. Les gros Serpents des Indes peuvent même engloutir des chèvres, des cerfs, etc. Les os palatins, plus ou