MOSAÏQUE: TROISIÈME SECTION D'UN PAVEMENT DE TRICLINIUMC
(Portus Magnus, Saint-Leu)
Bordure. — À droite: dans le compartiment inférieur, un satyre entre deux bacchantes, tous trois se livrent à une danse désordonnée ; dans le compartiment supérieur, un bacchant, vêtu d’une pardalide, suit une bacchante qui joue des cymbales, et tire par son vêtement une bacchante qui porte un tympanon et un thyrse. À gauche: dans le compartiment inférieur, un satyre danse en jouant de la double flûte, une bacchante le saisit par sa nébride, une autre, devant lui, agite un tympanon; dans le compartiment supérieur, un satyre entre deux bacchantes, dont l’une lui met la main sur l’épaule, tandis que l’autre choque deux cymbales.
Champ. — LATONE TRANSPORTÉE À DÉLOS.
L’Aquilon, sous les traits d’un vigoureux jeune homme à grandes ailes, escorté d’un centaure marin qui d’une main élève un canthare et de l’autre tient un pedum, pose sur ses épaules, s’appuyant du genou gauche contre une pierre, Latone, à laquelle sa sœur Ortygie donne la main. Il va se diriger vers le port de Délos, figuré par le dieu coifflé d'antennes de homard qui est debout contre un écueil, à droite du tableau, le coude gauche appuyé sur une urne, une ancre dans la main droite. À gauche, Neptune, armé de son trident, chasse le serpent Python jusqu'aux pieds de la source Castalie, représentée par une nymphe demi nue élevant un objet qui doit être une grande phiale.
La scène est dans la mer, dont la surface est indiquée par des flots, sur lesquels on voit un groupe de divinités figuratives : deux Centaures marins tenant en main, l’un un grifion, l’autre un cheval marins, et deux Néréides, assises, l’une sur un lion marin, l’autre sur les rochers d’un rivage. Celui-ci est peut-être bien l’île même de Délos, où l'artiste a représenté une plage, l'olivier au pied duquel naîtront Apollon et sa sœur, et une construction, que M. Carl Robert regarde comme pur motif de remplissage, et qui pourrait aussi être un temple.
Les dieux marins inférieurs, ainsi disposés, sont de style; ils se retrouvent sur des sarcophages; mais, le plus souvent, sans que leurs attitudes ni leur groupement en soient beaucoup changés, les Néréides sont toutes deux sur des monstres.
Pour les acteurs principaux, pas de doute. La légende qu'ils figurent est connue. Latone, enceinte des œuvres de Jupiter, ne peut accoucher dans aucun des lieux que le soleil éclaire; le serpent prophète Python, qui sait que cet accouchement sera le signal de sa mort, la poursuit. Alors, sur l’injonction de Jupiter, l’'Aquilon enlève Latone ; il l’apporte à Neptune, qui chasse le serpent, et place la fugitive dans l’ile d’Ortygie, depuis nommée Délos, qu'il fait descendre sous les eaux. Cette légende, racontée par Hygin, est, avec quelques variantes, qui n’ont pas un grand intérêt et qui ne changent pas le sens des figures, le sujet de notre tableau.
Quant aux personnages secondaires, leur explication est au moins très probable. La femme qui assiste Latone doit bien être sa sœur Astérie, l’Ortygie sous-marine, la personnification de Délos. La déesse aux pieds de qui se réfugie Python est plutôt la nymphe de Castalie, près de laquelle il sera tué, qu’une Océanide quelconque. Le dieu marin que M. Carl Robert considère à raison comme celui d’un port, devra être celui de Délos plutôt que celui de Portus Magnus.
Ce tableau n’a pas trop souffert. Il manque: une cuisse et un peu de draperie au dieu du Port, et la moitié du rocher sur lequel il
s'appuie; une partie de la jambe droite de l’Aquilon et de la pierre sur laquelle il met son genou gauche; les doigts du pied gauche de Neptune; les jambes d’Astérie et de Latone.
Le dessin de Viala de Sorbier indique déjà presque toutes ces lacunes, mais il les comble. Les manquements qu’on y relève sont les suivants. Il n’a pas fait le visage du dieu du Port, qui est cependant conservé, et il a pris pour une draperie l’écueil sur lequel pose l’urne. Il n’a pas vu repliée la jambe gauche de l’Aquilon, qui est cependant intacte, et l’a confusément esquissée étendue, dans un mouvement tout à fait faux. Dans la bordure, les trois figures qui remplissent le compartiment inférieur du côté gauche sont, chez lui, inexactes.
Ces erreurs, ainsi que quelques autres, ont été corrigées, au Musée, dans la restitution au trait sur le ciment.
BPANCHENNTE