MOSAÏQUE: PREMIÈRE SECTION D'UN PAVEMENT DE TRICLINIUM
(Portus Magnus, Saint-Leu)
Cadre. — Le cadre est cantonné de quatre carrés contenant des masques ; ceux du haut sont de dieux marins, coiffés d'antennes et de pinces de homard; ceux du bas sont de dieux champêtres, couronnés de feuillages et de fruits.
Les deux bandes latérales reproduisent un même sujet: une figure ailée, se terminant en feuillages marins qui forment deux rinceaux, accostée de deux griffons assis. Les deux bandes horizontales sont chargées chacuné d’un grand cratère ornemental flanqué d'un plat et d’où sortent des feuillages décoratifs; il est accosté de deux lions montés par de jeunes garçons tenant le pedum ; à chaque extrémité, un triton ou centaure marin. Les seules variantes sont qu’en haut les jeunes garçons ont des ailes et que les tritons tiennent une rame, au lieu qu’en bas les tritons portent une pale de gouvernail et les jeunes garçons n’ont point d’ailes.
Tableau. — SCÈNE Du MYTHE CABIRIEN.
Auprès d’un arbre, qui est bien un palmier, et qui figure évidemment le bois sacré où sont les personnages, se dresse, sous forme d’une colonnette ronde, l’autel de la Grande Mère, que l’on voit dessus, en longue robe et tenant le sceptre. À ses pieds, devant le Cabire, qui est gigantesque, demi-nu, couronné de lierre, les yeux levés au ciel, la lance dans la main gauche et la droite abaissant un rameau d’olivier, et devant sa compagne, la Kopn Kafiota, qui, couverte
d’amples vêtements, coiffée et couronnée de narcisses, tient dans la main droite une situle et dans la main gauche une acerra ou une corbeille en forme de vase fermée par un couvercle conique, se joue l'enfant, le jeune Zagreus. Il s'amuse avec une panthère, dont les ocelles sont bien marquées, qu’il chevauche et qu’il semble brider; il est nu, couronné de verdure, et tient dans la main droite une baguette en forme de pedum. Une femme, évidemment sa nourrice ou sa gouvernante, lui offre une paire de ces grosses toupies dont on a retrouvé plusieurs au Cabirion de Thèbes.
Devant la tête de l’animal, maniant des lanières dont il aide l’enfant divin à le lier, se voit l'enfant des hommes, le sauvage Pratolaos, trapu, presque bossu, couronné de grands herbages dressés ou de jones, et ceint d’une nébride tachetée dont une pointe tombe entre ses jambes, le visage laid. Derrière lui sa mère Krateia, couronnée de feuilles vertes, longuement vêtue, et son père Mitos, portant aussi une couronne végétale, peut-être d’épis, les reins ceints d’une nébride, et tenant un pedum.
Au centre, Pan, le gardien du lucus, se tient debout, une nébride: aux reins, le pedum dans la main gauche, la syrinx dans la droite. Derrière le Cabire et sa compagne, une suivante, entièrement habillée, porte un thyrse aux extrémités amplement garnies de feuillage.
Il manque : le pied gauche, le bas de la lance et presque tout le pied droit du Cabire; presque tout le corps de sa compagne et presque toute l’acerra; toute la panthère, sauf la tête, le haut de la croupe, les griffes et le jarret gauche; le haut du bras gauche, le ventre et la jambe gauche de l’enfant, moins le pied et le haut de la cuisse; presque toute la tête et l’épaule droite de la femme qui tient les toupies ; la plus grande partie de la nébride qui couvrait le ventre de Mitos; tout le milieu du corps, l'épaule, le bras et la main gauches, le bras droit et les pieds de Krateia; tout le corps de Pratolaos entre les cuisses et les épaules, et aussi son coude droit; tout le milieu du corps et du sceptre de la Déesse.
MUSÉE D'ORAN Gi
Ces graves mutilations donnent une importance extrême au dessin de Viala de Sorbier, mais en exigent aussi une critique serrée. Les parties disparues dans la région centrale auraient existé de son temps, du moins d’après sa reproduction. Par contre, celles qui manquent dans la région inférieure auraient dû être déjà absentes, puisque, dans cette étendue, il ne figure que les pieds du Cabire, l’extrémité recourbée de la bride, et la jambe gauche de Pratolaos. Or il subsiste, fort heureusement, toute la partie d’en bas de ce personnage, tout le sol du tableau, la pointe et quelques morceaux des quatre pattes et de la queue de la bête, et du pied de l'enfant: ce qui permet de reconstituer d’une manière certaine la position de ces trois acteurs.
Dans les portions subsistantes, voici quelles sont les différences entre le dessin de Viala de Sorbier et l'original. La partie supérieure du thyrse de la suivante porte un bouquet de feuillage bien plus grand qu’il ne l’a figuré. Il n’a pas représenté le Cabire les yeux levés au ciel; il lui a donné une lance à deux fers, prenant probablement pour une pointe le talon façonné de cette arme qui posait sur le sol. Le récipient que tient la Cabira sur le bras gauche parait plutôt, chez lui, une corbeille, un panier à couvercle, une espèce de ciste sans anse, qu'une boîte ou un vaisseau d'argile; le peu qui reste sur la mosaïque ne permet plus de décider, mais ressemble, en effet, plutôt à une pièce de sparterie. Il n’a pas reproduit les
trois fleurs si visibles dans la coiffure, ni la situle que porte la main droite. Il a coiffé l'enfant divin et Pratolaos de calottes, et a pris pour un pedum la bride que tient ce dernier et dont l'extrémité se déroule ; 1l a enveloppé d’une draperie Pratolaos, alors que le haut du corps est nu. Il a donné à Mitos une chevelure et une stature démesurées, à Krateia les bras pendants, ce qui est certainement faux. Dans le cadre, il a mis en main, aux tritons du haut, une haste au lieu de la rame, et, aux tritons du bas, le rinceau qui les avoisine, dont il a fait une sorte de pedum, au lieu de la pale de gouvernail, qu'il n’a point vue.
La restitution au trait faite sur le ciment, au Musée, corrige Viala de Sorbier, une fois à tort, une autre avec raison. C’est à tort qu’elle figure la Déesse prenant son sceptre des deux mains ; elle ne le tenait que d’une, étendant l’autre, posture classique des Déesses reines. Par contre, Viala de Sorbier avait pris la main droite de Kratea pour sa main gauche, et posé le tout en conséquence: on a bien fait de replier le bras gauche, qui a entièrement disparu; l’attitude de l’autre est donnée par sa main et son avant-bras. Cette erreur pourrait faire penser que le tableau était déjà blessé au moment de sa découverte, et que l'artiste a, sans le dire, complété des parties manquantes.
PIPANICEDEANVE